- il y a 4 semaines
Maître Viriginie Leroy, avocate de la Promenade des anges, Thierry Vimal, écrivain et père d'une victime de l'attentat de Nice et Charlotte Piret, journaliste au service Enquêtes et Justice de France inter, reviennent sur leur vécu de l'attentat de Nice, dix ans après.
Retrouvez « L'invité de 8h20 » sur France Inter et sur : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien
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00:00Comment vivre avec tant de peine, tant de douleur et tant de colère ?
00:04Voilà la question terrible qui se pose depuis dix ans maintenant aux victimes de l'attentat de Nice.
00:10Peut-être plus encore d'ailleurs que pour d'autres attentats qui ont marqué la France ces dernières années
00:15et nous allons essayer de comprendre pourquoi ce matin.
00:18Avec Thierry Vimal, bonjour.
00:19Bonjour.
00:20Votre fille Ami avait 12 ans ce soir du 14 juillet 2016
00:25quand elle a été tuée sur la promenade des Anglais par un terroriste islamiste
00:28lancé au volant de son camion de 19 tonnes.
00:31Vous êtes écrivain Thierry Vimal, vous l'étiez déjà avant l'attentat
00:35et vous avez réussi à mettre des mots sur la perte, sur le deuil, sur le procès.
00:39Des mots désormais adaptés en pièces de théâtre.
00:41Merci d'être avec nous depuis Nice où vont se tenir ce soir les commémorations
00:45en hommage aux 86 personnes tuées et 458 blessées.
00:50Alors que les victimes, leurs proches, attendent encore énormément de réponses des victimes que vous représentez.
00:56Maître Virginie Leroy, bonjour.
00:58Bonjour.
00:58Une partie de ces victimes en tout cas puisque vous êtes l'avocate de deux associations
01:02Mémoriale des Anges et Promenade des Anges
01:04dont vous êtes d'ailleurs membre fondateur et ancien coprésident Thierry Vimal.
01:08Avec nous en studio également Charlotte Piret.
01:10Bonjour.
01:10Bonjour à vous également Charlotte du service police-justice de France Inter.
01:13Vous avez suivi depuis 10 ans maintenant cet attentat et ses suites.
01:18Le standard pour nous appeler, comme d'habitude, 01-45-24-7000 et l'application de Radio France pour nous
01:25écrire.
01:26Une minute de silence aura lieu ce soir.
01:28On en a parlé avant la demi-finale de la Coupe du monde de football entre la France et l
01:32'Espagne.
01:33Une minute de silence qui a été acceptée.
01:34C'est assez rare.
01:36Je crois que c'est même inédit.
01:37Dix ans après un attentat accepté par la FIFA.
01:40Cette minute de silence qui a été demandée entre autres par le maire de Nice, Eric Ciotti.
01:43Est-ce que ce genre de symbole est important pour vous Thierry Vimal ?
01:47Est-ce que ça compte dans un chemin personnel ?
01:50Oui, alors ça a été demandé par Eric Ciotti.
01:51Ça a été demandé aussi par plusieurs victimes, plusieurs parties civiles.
01:54Mais ça paraît tomber sous le sens que cette minute de silence.
01:57Je ne vois pas vraiment comment la FIFA aurait pu refuser dans la mesure où c'est quand même le
02:01jour de la fête nationale française.
02:04C'est un attentat international et la Coupe du monde est une compétition internationale.
02:11Et puis ils jouent pile, heure pour heure, dix ans après l'attentat.
02:16Le match commence à 22h.
02:18L'attentat c'était à 22h30.
02:21Donc moi ça me paraît tomber sous le sens que ce soit accepté.
02:24On ne peut qu'imaginer Thierry Vimal les sentiments qui vous ont traversé depuis dix ans.
02:29Quel est celui qui domine aujourd'hui ?
02:32Celui qui domine aujourd'hui, là c'est la saturation des commémorations et tout ça précisément là maintenant.
02:42Sinon, je dirais qu'il y a quand même beaucoup de colère, une colère résiduelle par rapport à tout ce
02:46qui n'est pas encore bouclé et terminé.
02:48Il y a beaucoup de parcours qui se font après un attentat, un parcours indemnitaire, un parcours judiciaire.
02:54Il y a une instruction sur l'exposition de sécurité qui n'est pas bouclée et qu'on a envie
02:59de voir bouclée.
03:00Donc en ce moment c'est ça le sujet principal pour beaucoup d'entre nous.
03:04On va parler de tout cela évidemment et des raisons de cette colère et de ces questions toujours sans réponse.
03:09Mais si je vous entends bien Thierry Vimal, vous avez plutôt hâte que ces commémorations soient passées.
03:15Virginie Leroy, pour vos clients, ces victimes que vous défendez, que vous représentez, que représente cette date symbolique des dix
03:23ans ?
03:24C'est un cap. On a passé en effet les procès terroristes. Il reste cette instruction d'un point de
03:30vue judiciaire, dix ans c'est toujours une date symbolique.
03:33Et puis pour l'attentat de Nice, contrairement d'ailleurs je pense à l'attentat de Paris, tout reste encore
03:40en cours en fait.
03:43Au réserve de ce que Thierry dira.
03:45C'est-à-dire que la page n'est pas tournée ?
03:46Non, j'ai l'impression que la page n'est pas tournée, j'ai l'impression que c'est encore
03:49beaucoup à vif.
03:50Moi-même je suis encore énormément engagée à leur côté pour en effet ce volet sécuritaire qui est loin d
03:56'être achevé.
03:57Et voilà, j'ai l'impression qu'on ne peut pas poser ses valises et qu'on ne peut pas
04:01souffler.
04:01D'ailleurs tourner la page c'est sans doute une expression qui n'a pas lieu d'être quand on
04:05est victime d'un événement aussi traumatique.
04:08Mais s'il y a de la colère Thierry Vimal, c'est aussi parce qu'il y a ce sentiment
04:11sans doute encore aujourd'hui, dix ans après, d'être des victimes, beaucoup on dit oubliées en tout cas, des
04:18victimes de second plan.
04:19Oui, oubliées ou abandonnées, oui tout à fait, l'attentat de Nice pour un certain nombre de raisons.
04:25Principalement du fait qu'à mon avis il arrive juste après les attentats du 13 novembre.
04:30Donc Paris est en pleine sidération, Paris essaie certainement de se reposer en plein été.
04:38Et en plus c'est un attentat qui est extrêmement dur parce que ça concerne des enfants.
04:45C'est anxiogène parce que ça prouve qu'il n'y a pas besoin de commandos et d'armes de
04:52guerre pour commettre un carinage comme ça.
04:56Donc à mon avis le terrain parisien n'est pas du tout ouvert à recevoir ça à ce moment-là.
05:02Et du coup je pense que ça part de là, l'oubli et le déni de la capitale qui fait
05:08que forcément après toute la France est oubliée avec.
05:12Ce sentiment dont Thierry Vimal nous parle et Virginie Leroy, Charles de Piret, vous qui avez recueilli la parole des
05:19victimes de cet attentat de Nice,
05:22qui avez suivi aussi évidemment l'attentat du 13 novembre 2015 et ses suites judiciaires.
05:29Cette parole-là et ce sentiment, vous les avez entendues pendant toutes ces années ?
05:34Oui, on les a constatés très vite dès la commission de l'attentat le 14 juillet 2016.
05:39Ça s'est révélé aussi au moment des procès qui étaient malheureusement beaucoup moins couverts et suivis que ceux des
05:44attentats du 13 novembre,
05:46mais même aussi ceux de janvier 2015 de Charlie Hebdo, Montrouge et l'Hypercacher.
05:50Effectivement, c'est une réalité pour Nice. Je pense que les multifactoriels, Thierry Vimal en évoquait certaines causes.
05:56Il y a aussi une cause purement géographique. Nice, c'est loin, c'est 6 heures de train depuis Paris.
06:00Il y a une cause sociologique aussi. Ce ne sont pas les mêmes personnes qui ont été visées.
06:04Ce sont des familles, c'est très international, c'est très populaire.
06:07La fête du 14 juillet à Nice, ce sont, je pense, des personnes qui sont sociologiquement un peu moins proches
06:12du pouvoir en place
06:13ou du pouvoir médiatique aussi, il faut le dire, que celle du 13 novembre.
06:17Et toutes ces raisons-là, une fatigue aussi et une difficulté à encaisser encore ces attentats-là
06:23dans une France qui était marquée depuis l'année 2015.
06:26Je pense que tous ces éléments ont fait que c'était des victimes un peu délaissées.
06:29Et puis, alors, il y a un facteur que moi j'ai vu émerger aussi.
06:32Et je dois dire que je n'avais pas eu totalement en tête, c'est en retravaillant là sur ces
06:3510 ans.
06:35J'ai rencontré une chercheuse, j'ai retrouvé une chercheuse qui s'appelle Jeanne Abel
06:39et qui a travaillé sur ces questions-là et qui, elle, identifiait quelque chose que je trouve assez intéressant.
06:43Elle dit aussi que les victimes de Nice n'ont pas été les bonnes, alors je mets beaucoup de guillemets,
06:47ça ne se voit pas à la radio, mais les bonnes victimes,
06:49en ce sens qu'elles n'ont pas eu uniquement des discours de résilience et de souffrance
06:53qu'on a beaucoup vus dans l'attentat du 13 novembre,
06:56mais aussi un discours assez politique et une demande de réponse.
06:59Et on rejoint cette question notamment de l'instruction sur les failles sécuritaires
07:02et cette colère-là et cette demande d'un discours qui est plus politique
07:07et qui s'en prend un peu plus aux institutions.
07:09Il est moins audible à l'échelle nationale quand on a besoin de se réparer finalement
07:12et ça a sans doute aussi joué sur ce sentiment un peu de mise à l'écart des victimes de
07:17l'attentat de Nice.
07:17Le refus, disiez-vous Thierry Vimal, d'être une victime digne, qu'est-ce que vous vouliez dire par là
07:24?
07:26On attend de nous qu'on incarne la personne blessée mais qui est digne, courageuse et qui se répare
07:35et qui n'y arrive pas et puis qui arrive, on nous met dans une case, comme ça on représente
07:40quelque chose
07:40et dès qu'on ouvre la bouche pour essayer de dire autre chose et par exemple peut-être quelque chose
07:45d'intelligent
07:46ou un propos constructif politique ou quoi, on nous dit stop, non non vous n'êtes pas supposé dire ça.
07:51Ça c'est à nous juristes, journalistes de le dire, vous vous restez bien là, voilà.
07:58À votre place ?
08:01Non mais justement, c'est le sentiment qu'on vous a signé une place, celle que vous avez refusée finalement
08:11d'endosser en écrivant aussi.
08:16Oui tout à fait, en écrivant des livres et puis souvent on me remet à cette place-là, c'est
08:21-à-dire que pas plus tard qu'hier,
08:22sur une autre chaîne de radio, on me dit vous avez écrit des livres et alors est-ce que ça
08:26vous a fait du bien ?
08:27C'est-à-dire que tout ce qui intéresse les gens, c'est de savoir si écrire m'a fait
08:30du bien ou pas
08:30mais le contenu des livres, ça c'est pas intéressant, on n'y prête pas attention.
08:36Le contenu c'est la chronique du procès, sur un ton souvent incisif, on va dire caustique.
08:41On l'a lu sur votre blog, vos chroniques du procès, blog qui s'appelle, il est toujours en ligne,
08:48ça passe crème et aujourd'hui la pièce Prom 14, il y a aussi de la colère encore une fois
08:54et beaucoup d'humour dans cette façon de traiter ce moment-là.
08:58Il y a tout, quand on est parti civil, qu'on suit trois mois et demi d'audience
09:01et qu'on écrit 72 chroniques sur les trois mois et demi, il y a tout.
09:05C'est-à-dire qu'il y a la colère, il y a les moments où on a pris des
09:08fourrures en audience,
09:09il y a les moments où on a bu des verres au café des deux palais en face,
09:13il y a des moments où on a appris des choses très intéressantes,
09:15il y a des moments où on a compris qu'on n'aurait jamais accès à une vérité satisfaisante.
09:20Donc voilà, ma chronique couvre tout ça et j'essaie d'en restituer tout ça sur 1h15 de spectacle.
09:26Ce procès, justement, Maître Virginie Leroy, on parle de colère,
09:31cette colère elle est peut-être aussi toujours là parce que le procès n'a pas été
09:34le moment de catharsis collective, pardon de revenir à cette comparaison,
09:38mais qu'a pu être le procès du 13 novembre à Paris précisément
09:42parce que le terroriste de Nice, le seul auteur direct, a été abattu par la police
09:49et n'était plus là pour répondre de ses actes.
09:50C'est peut-être aussi ça qui joue beaucoup.
09:52Oui, mais pas que. Je ne pense pas que ça ait été déterminant.
09:55Je crois que les partis civils, en arrivant à ce procès,
09:58elles savaient évidemment que la Wesh Boulay l'avait été abattue.
10:03Elles n'arrivaient pas forcément avec énormément d'attente sur le volet terroriste.
10:07En revanche, énormément d'attente sur justement les sujets annexes.
10:10Et c'est vrai ce que dit Thierry, il y a eu dans ce procès dont on a peu parlé,
10:14et c'est dommage, une farandole d'émotions, une farandole de postures
10:20avec des attentes plus marquées, plus verbalisées,
10:23peut-être plus brutes de décoffrage qu'à Paris,
10:26le vous n'aurez pas la haine, etc.
10:28qu'on a reproché aux victimes liçoises et je trouve ça vraiment dommage.
10:32Moi je rejoins tout à fait Thierry, une victime elle n'a pas été décente, digne, quoi que ce soit.
10:36Ça a été un moment essentiel quand même dans le parcours des victimes,
10:39outre les condamnations, 8 condamnations définitives à des peines de 2 à 18 ans de prison
10:44pour des personnes qui ont aidé le terroriste à des degrés divers,
10:50mais aussi pour cette parole évidemment.
10:52Et c'est je crois plus de 250 participants du ville qui ont pu s'exprimer.
10:56Mais cette audience, elle a été en tout cas pour nous,
10:58Promenade des Anges, Thierry Vimal et plein d'autres,
11:03surtout utilisée, il faut le dire, comme un temps plein pour autre chose.
11:06Nous on l'a utilisée pour mettre sur le débat des sujets qui fâchent,
11:11des sujets dont personne ne voulait parler,
11:12des sujets qui ne sont pas politiquement corrects,
11:15les prélèvements d'organes, les failles de sécurité.
11:17Et en fait on l'a utilisée et ça a plutôt bien fonctionné pour ça.
11:22Les failles de sécurité, justement, enquête toujours en cours,
11:25qui a connu une accélération ces dernières semaines.
11:28On parle de quelles questions exactement, Charlotte Pirret,
11:31qui restent sans réponse précise depuis 10 ans maintenant ?
11:35En fait, très vite, les victimes qui étaient sur la promenade des Anglais
11:39ont fait émerger cette question de savoir quel était le dispositif de sécurité en place.
11:43Et en fait, ils ont en plus un moyen de comparaison très facile,
11:46c'était que quelques jours à peine avant avaient eu lieu des matchs de l'Euro
11:49et avec un énorme dispositif de sécurité, notamment sur les fan zones.
11:53Et force était de constater que ça n'était pas du tout de la même voilure pour l'attentat du
11:5714 juillet,
11:57ce qui posait la question de comment un cavion de 19 tonnes,
12:00qui est interdit notamment à la circulation, a pu aussi facilement pénétrer
12:04sur une zone où il y avait 30 000 personnes.
12:06Et donc ces questions-là, elles ont émergé et puis il n'y a pas eu les réponses surtout.
12:09Et donc, effectivement, il y a eu cette demande de réponse à ce sujet.
12:15Une instruction a été lancée à Nice d'abord, elle a stagné pendant des années et des années.
12:20Il y a deux ans, elle a été transférée à Marseille.
12:22Et effectivement, on a une petite accélération,
12:24puisque notamment il y a eu une série de perquisitions qui ont eu lieu,
12:26notamment à la maire de Nice et dans les commissariats, au mois de juin,
12:29avec l'espoir pour les victimes, notamment que représentent Virginie Leroy et d'autres,
12:34de voir un jour peut-être cette instruction aboutir à un procès
12:37et avoir enfin les réponses à leurs questions à ce sujet,
12:39de savoir si oui, le dispositif était adéquat ou pas.
12:43C'est une information judiciaire pour homicide et blessures involontaires.
12:46Pour l'instant, il y a des témoins assistés,
12:48notamment Christian Estrosi, qui était adjoint à la sécurité,
12:51mais qui était l'homme fort de Nice.
12:52Le maire de Nice de l'époque, Philippe Radal.
12:56Le préfet aussi des Alpes-Maritimes et son directeur de cabinet.
12:59Témoins assistés, mais personne n'est mis en examen.
13:01Est-ce que vous redoutez qu'on n'accède jamais vraiment à la vérité,
13:05dix ans plus tard, avec des preuves impossibles aujourd'hui à trouver Virginie Leroy ?
13:08Non, non, je ne le redoute pas.
13:10Je voudrais quand même revenir sur un point.
13:12Il faut quand même réaliser le chemin de croix que c'est
13:14pour avoir un minimum de transparence,
13:16un minimum de réponse qui devrait être spontanée.
13:19Moi, je suis rentrée dans ce dossier
13:21lors de la première instance du vol hétéro.
13:25Le dossier avait été classé sans suite.
13:27Il a ensuite été mis à l'instruction par une partie civile
13:30et avec Promenade des Anges, Thierry Vimal et d'autres,
13:33on a fait citer Christian Estrosi et Philippe Radal à l'audience
13:36pour essayer d'avoir des réponses.
13:38Ça a été catastrophique.
13:40On est des gens en posture, du grand n'importe quoi, il faut le dire.
13:44Et c'est au sortir de cette audience
13:45qu'on a fourni un travail absolument considérable
13:48avec des militaires qui nous ont éclairés
13:51sur ce que c'était que le maintien de l'ordre public.
13:53Et ce sont les partis civils qui se sont véritablement
13:56substitués aux magistrats instructeurs
13:57pour fournir un rapport précis sur le dispositif de sécurité.
14:01Ce n'est pas normal.
14:02Aujourd'hui, on dit que les victimes de Nice sont en colère.
14:05Mais heureusement qu'elles le sont.
14:06C'est légitime.
14:07C'est citoyen.
14:09Donc oui, non, je ne le redoute pas.
14:11Et vous dites que c'est possible d'avoir ces réponses ?
14:13Bien sûr que c'est possible.
14:15Encore maintenant, c'est possible.
14:16Les perquisitions, on les avait demandées.
14:18C'est notre demande d'actes.
14:20Ça fait trois ans.
14:21Il a fallu aller devant la chambre de l'instruction d'Aix
14:23pour les avoir.
14:24Vous vous rendez compte ?
14:24C'est quand même des actes d'enquête basiques.
14:27Donc non, avec tout ce travail qu'on a fourni,
14:29on est encore là et on ira au bout.
14:32Thierry Vimal, c'est possible ?
14:33C'est essentiel pour vous ?
14:36C'est essentiel.
14:37Est-ce que la justice est essentielle ?
14:40La justice est là pour sanctionner les contrevenants à la loi
14:45et pour protéger les autres.
14:48La justice doit faire son travail.
14:52C'est la moindre des choses.
14:53C'est essentiel d'attendre quelque chose d'elle.
14:56Nous, on a des questions et manifestement,
14:58il n'y a pas de réponse.
14:59La justice doit faire son boulot.
15:01La justice doit faire son boulot aussi, Thierry Vimal.
15:03Sur l'autre volet dont vous parliez, Virginie Leroy,
15:07il y a la question des failles de sécurité.
15:09Et puis, question absolument terrible des prélèvements d'organes.
15:14C'est-à-dire que sur plusieurs victimes,
15:16l'Institut Médico-Légal de Nice a prélevé un certain nombre d'organes
15:21sans en avertir les familles, officiellement pour les besoins de l'enquête.
15:25C'est ce qui est arrivé à votre fille, amie, Thierry Vimal,
15:28et vous l'avez appris des années plus tard.
15:30Oui, oui.
15:31Alors, il faut toujours dire immédiatement que ce n'est pas la médecine de grève
15:34qui a fait des prélèvements et que ça n'a jamais été pour les transplantations.
15:37C'est vraiment la médecine égale pour l'enquête.
15:39Oui, pour conserver ses organes pour les besoins de l'enquête.
15:43Voilà, j'ai découvert quelques années après que 14 organes de ma fille,
15:47dont le cerveau, le cœur, les poumons, le bloc cervical,
15:52était dans deux sceaux à l'Institut Médico-Légal,
15:56dans du Formol depuis des années.
15:58Mais il y a des familles qui ont appris ça.
16:00Ça concerne 14 personnes.
16:02Il y a des familles qui l'ont appris en 2022 lors du procès,
16:04qui n'étaient pas au courant.
16:06Voilà, et donc, bon, on a de la chance que le président ait accepté
16:09d'ouvrir aussi l'audience à cette question-là.
16:12Et puis, à la fin, il a ordonné que les organes soient rendus aux familles.
16:17Le président de la cour d'assises spécialement constituée.
16:19Voilà, voilà.
16:21Et puis, bon, il s'est avéré qu'on a demandé des tests ADN qui ont été acceptés,
16:24mais que quand les tests ADN, quand ils ont essayé, ça n'a rien donné,
16:27parce qu'en fait, les organes étaient dans un tel état de dégradation
16:30qu'ils ne pouvaient même plus reconnaître de quel organe il s'agissait.
16:33Vous ne saviez pas ce qui appartenait à votre fille, pour parler très crûment ?
16:37Vous ne savez pas si les organes que vous avez inhumés sont ceux précisément de votre fille ?
16:42Si, il y a de fortes chances que ce soit les bons.
16:44Et puis, si ce n'est pas les bons, d'autres les auront inhumés,
16:46et nous, on aura inhumé les organes de quelqu'un d'autre.
16:48Bon, ce n'est pas très grave.
16:51Enfin, c'est pour vous dire à quel point c'était important de garder ces organes
16:54pour les besoins de l'enquête, vu le soin avec lequel ils ont été conservés.
16:58Oui, vous le dites avec beaucoup d'ironie.
17:00Évidemment, par votre intermédiaire Virginie Leroy,
17:03les deux associations que vous représentez ont assigné l'état pour faute lourde.
17:07Où en est cette procédure ?
17:09Elle est en cours.
17:10C'est une procédure civile en responsabilité.
17:13Elle est en cours.
17:13Elle devrait voir son issue prochainement.
17:16Je ne sais pas quand est-ce qu'on la plaidera.
17:18Mais voilà, il nous paraissait important, en fait, de marquer cette responsabilité.
17:22Parce que là encore, c'est entouré de mensonges.
17:25Et encore une fois, il a fallu préempter la cour d'assises.
17:29Et je salue le courage du président Ravio qui nous a permis de le faire.
17:32Il faut savoir que pendant l'audience de Nice, il y a quand même eu des choses très émouvantes.
17:38Moi, j'ai des clients qui ont procédé à l'inhumation dans des tout petits cercueils des organes de leurs
17:43proches.
17:45Mais on parlait des vertus cathartiques du procès sur lesquelles souvent il y a un peu un gros fantasme.
17:49On a l'impression qu'une victime de terrorisme, qu'elle soit de Nice ou d'ailleurs,
17:52va arriver et va déposer sa souffrance et va repartir laver absolument tout ça.
17:55Évidemment que ça ne se passe jamais comme ça.
17:57Et malgré tout, il y a des étapes et je pense que la question des organes sur le procès de
18:01première instance de Nice
18:02a eu une vertu cathartique énorme pour ces familles-là.
18:05Parce qu'il y a quelque chose, il y a eu des excuses qui ont été prononcées aussi.
18:08Et ça a du sens quand on est une victime de terrorisme, d'entendre la justice s'emparer et dire
18:13qu'elle a fauté à ce niveau-là.
18:15Et en fait, au moins sur cette question, j'ai l'impression vraiment qu'il y a eu quelque chose
18:18qui s'est réparé un petit peu à l'audience.
18:20C'est vrai que le parquet a présenté des excuses officielles lors de son réquisitoire,
18:26ce qui est assez rare et ça, c'était un beau moment d'audience.
18:29Eh bien, on parle du procès, il faut saluer effectivement le travail du président
18:33qui donne une interview d'ailleurs passionnante qui est à lire dans le journal Le Monde ce matin
18:38et qui dit beaucoup du travail absolument exceptionnel et hors norme que fait la justice.
18:44Et des doutes, par contre.
18:45Dans ces moments-là, et des doutes, et des doutes, en effet.
18:47Il y a aussi le sujet, Thierry Vimal, des indemnisations.
18:50Il y a près de 3000 victimes qui ont reçu une indemnisation du Fonds de garantie des victimes d'actes
18:55de terrorisme.
18:56Alors qu'il y avait 25 000 personnes ce soir-là, évidemment, toutes pas concernées au même degré
19:00et pas forcément toutes directement, mais 25 000 personnes tout de même sur la promenade des Anglais.
19:05Vous avez, vous aussi, vécu ce qui peut être parfois vécu par les victimes comme une violence.
19:13Ben, c'est un parcours qui est long, qui est compliqué, qui prend des années,
19:18qui n'est pas forcément facile pour tout le monde
19:21parce qu'il est aussi question de percevoir de l'argent pour ce qu'on a vécu.
19:24Donc les gens ne le perçoivent pas de la même façon.
19:28Puis il y a surtout ces fameuses expertises qui sont souvent des moments éprouvantes, très très durs.
19:32Moi, ma première, ma toute première expertise,
19:36mon avocate qui n'était pas à mettre le roi sur l'indemnitaire
19:39et puis l'expert, ils en sont presque venus aux mains.
19:42Ils se criaient dessus, quoi.
19:44C'était...
19:45Et moi, au milieu, qui essayait de raconter mon histoire.
19:50Et puis voilà, on sent une espèce de suspicion.
19:51On sent qu'on est testé, poussé dans les retranchements
19:54pour être sûr qu'on n'est pas des fraudeurs.
19:56Alors c'est bien d'essayer de traquer les fraudeurs,
19:58mais on devrait quand même être présumé non-fraudeur, quand même, au départ.
20:01Une question rapide pour vous, Thierry Vimal,
20:04au Standard de France Inter avec Jean-Louis.
20:05Bonjour, Jean-Louis.
20:06Bonjour, Simon, et bonjour, Maître Leroy, M. Vimal,
20:11et hommage aux familles, bien sûr.
20:14Pour faire écho à vos propos immédiats,
20:17je voulais vous poser une question.
20:19Pensez-vous vraiment que le récit du deuil puisse aider les familles ?
20:24Ne risque-t-il pas parfois de mettre trop de sens sur l'inacceptable ?
20:29Merci beaucoup, Jean-Louis Thierry Vimal.
20:31Mettre trop de sens sur l'inacceptable, qu'est-ce que vous répondez à cela ?
20:35Le récit du deuil, écoutez-moi, à la fin de la pièce de théâtre,
20:37il y a une victime qui a dit, dans la presse,
20:40qui a dit, ça fait tellement de bien, pour une fois,
20:43de se reconnaître dans une prise de parole publique.
20:48Et moi, j'ai une question que je me suis beaucoup posée,
20:51évidemment, comment vont réagir les autres victimes
20:53par rapport aux divers récits que j'ai faits,
20:56en livre, ou en chronique, ou en pièce de théâtre.
20:58Et vraiment, je me sens remercié, appuyé,
21:02c'est qu'ils sont contents qu'il y ait quelqu'un qui parle.
21:04Donc, non, non, non, je me sens vraiment soutenu par les autres.
21:09Un dernier mot, Thierry Vimal, sur la présence ce soir à la cérémonie à Nice
21:13de Marine Le Pen et Jordan Bardella.
21:16Votre metteur en scène, Jonathan Gasburger,
21:18qui est engagé à gauche sur la ville de Nice,
21:20a écrit au maire Eric Sioni pour dire que c'était une honte.
21:24Pourquoi cela le révolte et pourquoi cela vous révolte,
21:28si vous êtes dans le même sentiment ?
21:29Moi, ça me révolte s'il n'y a pas les autres.
21:32Si tout le monde y va, si tous les partis sont conviés,
21:36parce qu'il y a des victimes qui se reconnaissent dans chaque parti.
21:40Donc, s'il n'y a qu'eux, oui, ça me révolte.
21:42Après, si toute la classe politique est représentée, ça ne me dérange pas.
21:47Pour terminer, je voudrais vous citer les mots de Lucie,
21:50une victime qui dit, c'était hier dans un beau dossier de libération
21:55sur les adolescents victimes, qu'elle continue,
21:57qu'elle a réussi à retourner sur la promenade des Anglais
21:59pour courir, pour faire des marches, des balades,
22:03et qu'elle arrive à voir la beauté de l'endroit,
22:05à voir le beau et que c'est une sacrée victoire.
22:07Est-ce que vous aussi, qui vivez toujours à Nice,
22:09Thierry Vimal, vous arrivez à voir le beau ?
22:11Oui, c'est drôle, j'en parlais avec une autre adolescente hier.
22:15Je pense que quand on a côtoyé tellement de près les ténèbres,
22:19c'est compliqué de revoir le beau,
22:21mais je pense qu'il y a un moment où le beau,
22:23on le voit plus que n'importe qui.
22:26D'avoir vu tellement le noir, on va voir tellement la beauté,
22:29plus que tous les autres.
22:31Merci beaucoup, Thierry Vimal,
22:33d'avoir été avec nous ce matin depuis Nice,
22:35où vont se tenir ce soir ces cérémonies pour les 10 ans de l'attentat.
22:39Merci à vous, Maître Virginie Leroy également,
22:41et Charlotte Pirret du service police-justice de France Inter.
22:43Merci à vous.