- il y a 4 semaines
Pia Clémens, journaliste sportive, animatrice de "100 % Bleus" sur ICI, Nathalie Iannetta, directrice des Sports de Radio France et Claude Askolovitch, journaliste et chroniqueur à France Inter, analysent la défaite de l'équipe de France face à l'Espagne (2-0), en demi-finale de la Coupe du monde. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-15-juillet-2026-3380152
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00:00Et si le bonheur, c'était d'abord accepter la défaite, comme vous nous le disiez tout à l'heure,
00:07Nathalie Yannetta, rebonjour.
00:08Je le crois, je le crois, je le crois.
00:10Rebonjour Nathalie, directrice des sports de Radio France.
00:13Cette défaite en demi-finale de la Coupe du Monde de Football 2-0 face à l'Espagne que vous
00:17avez suivie pour votre émission 100% Bleu.
00:19Pitié à Clément, bonjour.
00:20Bonjour.
00:21100% Bleu sur le réseau, ici, des radios locales de Radio France.
00:25Défaite amère, défaite qui fait mal à tous ceux qui ont rêvé depuis le début de l'été, évidemment.
00:30On va se calmer, ce n'est que du foot, même si avec Claude Askolovic.
00:33Bonjour Claude.
00:33Bonjour.
00:34Nous savons que c'est un peu plus que cela.
00:36Si vous voulez intervenir, vous aussi, on accueille tout le monde, ceux qui aiment le foot, ceux qui le détestent.
00:41Vous nous appelez, comme d'habitude, au 01-45-24-7000 et vous nous écrivez sur l'application de Radio
00:47France.
00:47J'ai envie de commencer par une question toute simple qui reflète assez bien, je pense, l'état dans lequel
00:52tous ceux qui étaient devant leur télé hier sont sortis du match.
00:55Qu'est-ce qui s'est passé, tout simplement, Nathalie Yannetta ?
00:57Entrer dans le match, du coup, c'est pour ça qu'en sortir est difficile.
01:00Quand vous n'entrez pas quelque part par où voulez-vous sortir, c'est un peu le sujet.
01:06C'est à la fois très explicable et inexplicable.
01:10Explicable parce que l'équipe d'Espagne a fait le taf, mais vraiment un boulot colossal, cette force défensive et
01:17cette manière qu'ils ont de rentrer dans les têtes des adversaires pour les faire déjouer.
01:22Et puis inexplicable parce que quand même, un moment sur 90 minutes, est-ce qu'il était possible d'avoir
01:2710, 15, 20 minutes de sursaut, comme ça avait été le cas en 2022, par exemple, dans la finale face
01:32à l'Argentine ?
01:3380 minutes à l'envers et 10 minutes incroyables.
01:35Et bien là, on n'a eu que 90 minutes à l'envers.
01:38Pierre Clément, Anne Souhaitemont, il y a un instant, nous parlait de phénomènes inexpliqués.
01:43On s'est tous regardés en se disant, c'est ça l'explication, d'accord.
01:47Qu'est-ce qui s'est passé ?
01:49C'était complètement irrationnel et en même temps, on n'a pas pu empêcher de se dire à la fin
01:53du match que le football avait gagné,
01:54puisque ce qu'a proposé l'Espagne était tellement excellent collectivement.
01:58Ce qu'on a proposé, nous, depuis le début, il y avait un côté football-champagne, presque hard-rock football,
02:04un peu comme à Liverpool,
02:05à des moments où ça attaquait énormément, etc.
02:08En fait, ce n'est pas comme ça qu'on construit vraiment le grand football.
02:13C'est beaucoup plus plaisant de regarder jouer l'équipe de France que l'équipe d'Espagne la plupart du
02:17temps, il faut le reconnaître.
02:18L'Espagne, ça peut être soporifique.
02:19C'est un jeu de conservation du ballon, qui peut être assez difficile à regarder parfois.
02:25Vous voyez le serpent dans le livre de la jungle qui vous endort et qui vous dit confiance et confiance,
02:29mais juste, ils sont tellement forts techniquement et tactiquement.
02:32C'est tactiquement la faillite de l'équipe de France hier, c'est catastrophique ce qu'on a proposé.
02:36Claude ?
02:37Ce que j'ai ressenti au fil du match, moi je vais bien.
02:43C'est déjà ça.
02:44Non, mais ce n'est pas moi ni mes gosses qui étaient très énervé hier, qui a perdu une demi
02:48-finale de Coupe du Monde
02:49après avoir montré des choses magnifiques et ne pas avoir joué cette demi-finale.
02:53C'est Kylian Mbappé, c'est Dembele, Ballon d'Or, c'est Luc Adin.
02:56Luc Adin, il ne s'est pas levé hier matin en disant « je vais me faire manger par l
03:00'ami Niamal ».
03:00Ça lui est arrivé, il y avait des images de sa famille dans les trucs.
03:03J'ai eu une immense, immense affection, immense empathie, immense détresse pour eux.
03:10Parce que c'est à eux que c'est arrivé.
03:12Et ça va mettre du temps.
03:13Ça m'a frappé d'entendre les Français dire « après on va oublier ».
03:16Je crois que c'est Rianne Scherke qui disait « on va oublier le plus vite possible ».
03:19Ce n'est pas vrai, on n'oublie pas le plus vite possible.
03:20L'équipe du Brésil qui se fait battre 7-1 par l'Allemagne en 2014, ça dure des années.
03:24Ah, on n'en est pas à ce niveau-là !
03:26Je ne sais pas, parce qu'on attendait tellement.
03:28Alors c'est vrai que c'est une équipe jeune.
03:30Notre attaque miracle, le lien entre Olizé et Mbappé par exemple, c'est tout récent, ça vient de sortir,
03:36ça date d'il y a quelques semaines que ça marchait.
03:38Olizé, on le savait que de temps en temps, on l'avait vu avec le Bayern contre le PSG,
03:41que parfois il a des moments de moins bien, il est encore jeune.
03:44Donc tout ceci n'est pas grave à condition d'en parler, à condition de faire...
03:48Ce n'est pas de la thérapie de groupe, c'est de comprendre, au-delà de « c'est la
03:52catastrophe, c'est inexplicable »,
03:54qu'est-ce qui déjoue à un moment donné ?
03:56Nathalie, comme toujours, a totalement raison.
03:59Les grandes équipes de France ont toujours connu des moments de moins bien.
04:02« Rappelez-vous la colère d'Aimé Jaquet contre les Français à la mi-temps de France-Croissy,
04:07demi-finale de la Coupe du Monde 98, où ils les engueulent parce qu'ils sont en train d'être
04:11passés à côté de leur compétition.
04:13Et là, ça repart.
04:14Tu parlais après de la finale de la Coupe du Monde 2022, là effectivement, ça ne venait pas.
04:18Donc qu'est-ce qui a déjoué ?
04:19Qu'est-ce qui fait qu'à un moment donné, en dépit de tout son charisme, toute son envie,
04:25Kylian n'arrive pas à remonter les autres ?
04:27Qu'est-ce qui fait que Dembélé n'a plus la haine ?
04:29Je ne sais pas.
04:30C'est bien au-delà des notes de l'équipe de machin,
04:31mais c'est d'abord une immense affection pour ces gens-là qui m'ont beaucoup fait plaisir.
04:36Et au-delà de l'analyse qu'on peut essayer d'avoir tous ensemble ce matin,
04:40il y a aussi le ressenti du spectateur, pour nous, qui étions impuissants devant la télévision,
04:45et cet écart énorme entre les attentes suscitées et la déception d'hier.
04:52C'est toujours comme ça.
04:53C'est une demi-finale de Coupe du Monde.
04:56Forcément, on se dit qu'on ne doit pas être là par hasard
04:58et qu'on ne peut pas en sortir par hasard.
05:02Et là, on n'est pas sortis par hasard.
05:04Parce qu'encore une fois, Pia et Claude l'ont dit,
05:06l'équipe d'Espagne a fait un match, pas un gros match, mais un match immense.
05:11Il y a plein de paradoxes dans cette demi-finale, honnêtement.
05:17Mais devant la télé, qu'est-ce que vous voulez faire ?
05:20Il fallait regarder juste, peut-être, le visage de Didier Deschamps.
05:24Au bout de dix minutes, jamais...
05:27Je pense que c'est l'une des personnes que j'ai le plus observées dans ma vie professionnelle.
05:31Forcément, ça fait 14 ans qu'il est à la tête de l'équipe de France.
05:36Il n'y a pas un moment où on s'est dit, c'est bon, là, il a la solution.
05:39C'est-à-dire qu'il y avait une espèce de fatalité sur le visage de Deschamps.
05:45Le match lui échappait et, par conséquent, le match a échappé aussi à ses joueurs.
05:51Parce que le petit cliquet que tu dois amorcer pour renverser la vapeur, il ne l'avait pas.
05:57Il y a l'écart immense entre, encore une fois, les attentes suscitées, l'admiration...
06:01Il faut la garder, c'est l'admiration.
06:04Parce que ce qui va se passer là, je vous le dis, c'est...
06:06Oui, ben finalement, on nous a menti.
06:09Oui, finalement, on s'est emballé pour...
06:11Ce n'est pas vrai, on ne s'est rien emballé du tout.
06:13Les talents qu'il y a sur le terrain, ils sont immenses.
06:15Après, c'est peut-être Luis de la Fuente qui a raison, qui dit
06:18les plus grands joueurs du monde ont perdu face à la meilleure équipe du monde.
06:21Et cette toute petite nuance, ce n'est pas un détail.
06:24Ce n'est pas un détail, justement, parce que...
06:27Est-ce qu'on n'a pas vu hier soir, puis il y a Clément,
06:28tout simplement une confrontation entre une vraie culture foot,
06:33une éducation des joueurs dès tout petit et une culture française plus pragmatique
06:40et qui laisse la part belle aux individualités.
06:42C'est la culture foot et un vrai projet de jeu, c'est-à-dire l'Espagne, qui a gagné.
06:46Le projet espagnol en général et le projet du Barça en particulier.
06:49Mais en fait, ce qui est frappant, c'est que Luis de la Fuente, il est là depuis 5 ans
06:52et Didier Deschamps, il est là depuis 14 ans.
06:54Et le projet tactique de Luis de la Fuente est beaucoup plus lisible, en fait.
06:58Mais Luis de la Fuente, en fait, il est là depuis 20 ans,
07:00parce qu'il avait toutes les équipes de jeunes.
07:02Donc en réalité, il a écrit, il fait partie de ceux qui écrivent cette fameuse culture espagnole.
07:08Mais le problème, c'est que Didier Deschamps aussi, il est là depuis 20 ans,
07:10parce qu'avant, il était un joueur cadre de l'équipe.
07:12Donc en fait, le truc, c'est que quand on repense à l'euro d'il y a 2 ans,
07:16où franchement, le jeu de l'équipe de France était affreux,
07:18c'était une souffrance de les voir jouer tellement ce n'était pas intéressant
07:21et tellement on n'avait pas envie de s'attacher à l'équipe.
07:23Deux ans après, ils arrivent, c'est fantastique, ils sont incroyables,
07:27ils sont gays, ils sont joyeux, ils sont heureux de jouer.
07:30Et ça donne vraiment des choses magnifiques.
07:32Et en fait, on se dit, mais en fait, le problème, c'est que les fondations tactiques
07:35ne sont pas assez solides, ça va prendre du temps de créer quelque chose de tactique costaud.
07:40Mais parce qu'on a changé de culture, Claude Ascolovic.
07:43Cette équipe de France, trop rapidement, on fait avec les joueurs
07:45qu'on a qui sont merveilleux et qui m'ont fait rêver.
07:48On ne peut pas les bouder.
07:50On ne peut pas bouder le fait qu'on est des attaquants extraordinaires,
07:53on ne peut pas bouder la métamorphose d'Embélé
07:55depuis que Louis-Henriquet lui a expliqué quelle était la vie.
07:58Donc c'est merveilleux ce qu'on a.
08:00Ça n'a pas marché parce que ce n'était pas mûr.
08:02Ça n'a pas marché parce qu'on en parlait d'équipe de France.
08:05On a des discussions entre nous, on flippait avant l'Espagne.
08:08On ne le disait pas à l'antenne parce qu'on est des menteurs, mais on flippait.
08:11Moi, quand je vois l'équipe d'Espagne, je pense à une nouvelle de Maupassant
08:14qui s'appelle le Orla.
08:15Le Orla, c'est l'espèce d'être invisible qui t'habite, qui te pénètre
08:19et brusquement, ils sont au milieu de toi, dans ta surface de réparation,
08:22en train de combiner devant ton but et tu n'en sors pas.
08:25C'est ça aussi, l'emprise.
08:27Ça existe dans la psychologie.
08:28Mais maintenant, une fois que je dis ça, en réalité, tout le travail,
08:33et je ne sais pas comment va travailler Didier maintenant et comment travaille Razidane après,
08:37mais ils vont devoir parler de ce qui est arrivé pour comprendre comment un autre positionnement,
08:43d'autres paroles, d'autres ajustements auraient pu être faits.
08:46Ils ont besoin d'en parler entre eux.
08:47C'est comme ça, tu parles de culture tactique, qu'on construit une équipe.
08:50L'Espagne, c'est aussi une équipe qui se fait manger, c'était nous,
08:54un 5-1 pendant la Coupe du Monde 2014, alors qu'ils sont champions du monde en titre,
08:58par les Pays-Bas au premier match.
08:59Ça arrive à tout le monde.
09:00Oui, mais on ne les a pas battus depuis 2021 maintenant.
09:02Se garder...
09:03Ils sont dans notre tête et 8 victoires sur les 11 derniers matchs pour les Espagnols.
09:09Bon, se garder malgré tout de la tentation de tout jeter,
09:14notamment cette façon qu'ont eu les Français, les joueurs français,
09:17de représenter dignement la France sur le terrain et en dehors.
09:22C'est-à-dire qu'on a vu des joueurs investis de leur mission aussi dans leur déclaration
09:26et dans leur façon de représenter le pays.
09:28C'est une nouvelle génération quand même, ceux-là, vous savez.
09:33Ils ont été champions du monde.
09:35Il y a eu cette génération championne du monde en 2018,
09:38dont on a dit « Ah, enfin, l'héritage, enfin, on touche l'héritage de 98 ».
09:43Sauf que ce n'étaient pas du tout, du tout les enfants de 98.
09:46Ceux-là, c'étaient les enfants de 2010,
09:48c'est-à-dire ce fameux bus de Neissna dont ils ne sont pas descendus pour faire une grève.
09:54Et qu'ils ont donc appris et ils ont grandi avec le poids du maillot,
09:59la force et la puissance de ce maillot qui dépasse.
10:03Et donc là, on est face à une génération qui n'a connu quasiment que ça.
10:07C'est-à-dire l'équipe de France est au-dessus de tout, au-dessus de moi, au-dessus de
10:11mon égo.
10:11Et ils n'hésitent pas à s'emparer des symboles de la Marseillaise, du drapeau, des couleurs ?
10:18Oui, bien sûr, parce que c'est la différence entre le nationalisme et le patriotisme,
10:21qui ne sont quand même pas des nuances sémantiques fallacieuses,
10:24qui sont réelles et qui disent quelque chose.
10:27Ils sont les héritiers de cette transmutation-là.
10:31Et ils ont accepté que oui, porter le maillot de l'équipe de France,
10:34c'est porter un bout de la France.
10:36Et c'est la représenter dans ce qu'elle a,
10:39à la fois de joyeux, mais parfois de tragique, comme hier soir,
10:42dans sa diversité, dans ses différentes origines,
10:46avec une aisance communicationnelle bien plus importante que leurs prédécesseurs.
10:51Enfin bref, voilà, c'est la nouvelle génération.
10:52Et avec la conscience d'un rôle social et politique, Claude Ascolovitch.
10:56Oui, et c'est pour ça que le malheur est à eux.
11:00Leur bonheur, si ce matin on parlait d'une qualification pour la finale,
11:04serait à nous tous, mais leur malheur, le fait d'avoir déjoué...
11:10Non, non, pas du tout, c'est au contraire par solidarité.
11:14Je ne me prends pas pour un joueur de l'équipe de France.
11:17Je n'ai pas raté une demi-finale de Coupe du Monde.
11:19Je suis un supporter amoureux, épris, et un père de famille
11:23qui disait à ses gossières,
11:25non, tu ne dis pas de mal d'un défenseur français parce qu'il s'est fait manger,
11:29parce que tu te fais manger parfois sur ton terrain à une porte de Paris,
11:32tu les respectes.
11:33Et donc les aimer, y compris quand ils déjouent,
11:35les aimer, y compris quand ils ne sont pas dignes d'eux-mêmes, c'est cela.
11:38Et donc quand je dis le malheur est à eux,
11:40la catastrophe, c'est eux qui l'ont vécu.
11:42Si nous nous mettons à déjouer complètement dans le studio,
11:45à dire n'importe quoi, c'est nous qui aurons raté la matinale.
11:48Ce n'est pas les joueurs d'équipe de France.
11:50Si on dit des gros mots,
11:51si je dis un gros mot à l'antenne, c'est moi qui l'ai dit.
11:53Ce que je veux dire, c'est que l'immense admiration que j'ai pour ces gens-là
11:57fait que je mesure...
11:59Moi, vous savez, je suis un vieux supporter des Pays-Bas,
12:00je regardais mes joueurs perdre deux finales de coupe du monde d'affilée.
12:04Kian Mbappé, ce cadeau que le ciel nous a fait quand il avait 19 ans
12:08et qu'il n'arrive pas à reproduire ce qui lui est arrivé
12:11quand il était encore au fond un adolescent.
12:14Waouh !
12:15J'ai pour lui une affection totale.
12:19Mais je ne peux pas l'aider.
12:21Il n'y a qu'en lui-même qu'il trouvera les ressources,
12:23et j'espère qu'il les trouvera, pour rattraper ce destin.
12:26Et parfois, on ne rattrape jamais sa jeunesse.
12:27Il faut aborder maintenant, même s'il reste un match à Didier Deschamps
12:31à la tête des Bleus, ce sera cette assez triste finale pour la troisième place
12:37samedi contre l'Argentine ou l'Angleterre.
12:40Il faut aborder le bilan d'ores et déjà de Didier Deschamps,
12:4314 ans à la tête de l'équipe de France de foot.
12:45Question de Xavier.
12:46La triste soirée d'hier soir ne renvoie-t-elle pas Didier Deschamps
12:49à la réalité de son bilan en termes de titre ?
12:52Alors j'imagine que Xavier veut dire qu'il est un peu déçu.
12:55Malgré tout, un titre de champion du monde, ça arrive souvent, à la plupart, ça n'arrive jamais.
13:01Puis il y a Clément.
13:02Et une Ligue des Nations, il ne faut pas oublier ça.
13:05Il est arrivé souvent loin dans les compétitions, quasiment toujours.
13:09Mais c'est vrai que c'est dur de partir là-dessus,
13:11parce qu'il partait vraiment sur quelque chose de délié.
13:14Il était très ouvert dans sa communication.
13:17On sentait qu'il prenait beaucoup de plaisir à être là.
13:19Et là, le coup est rude, parce qu'honnêtement, le responsable principal de cette soirée, c'est lui.
13:25La façon dont les Bleus vont sortir de cette Coupe du Monde samedi va être importante,
13:28même si évidemment la nation sera moins engagée derrière eux.
13:32Mais ça va être important quand même, surtout si c'est l'Argentine en face.
13:34C'est ce que j'allais dire, ça dépend de la fiche quand même.
13:36On s'est tous dit, bon, si c'est l'Argentine, il y aura peut-être des gens qui nous
13:38écouteront.
13:39Si c'est l'Angleterre, on verra.
13:41Mais en tout cas, je voudrais juste dire une chose,
13:43c'est que ces Bleus-là n'ont pas été prétentieux sur le terrain.
13:45Ils n'ont pas perdu les pédales parce qu'ils se voyaient trop beaux.
13:48Ils ont perdu les pédales parce qu'ils étaient trop verts.
13:51Et c'est important, parce que par le passé, ça a été le cas.
13:53Et de ce point de vue-là, on peut être fiers d'eux, du début à la fin, sur leur
13:56comportement.
13:57Ils ont été fair-play totalement.
13:58Nathalie Hanetta, sur Didier Deschamps, 14 ans.
14:01Non, mais c'est immense.
14:03Franchement, on va entendre beaucoup, beaucoup de choses.
14:06Bien sûr que sortir comme ça, tu préfères sortir avec un titre de champion du monde, sans blague.
14:10Mais la vérité, c'est que tous les sélectionneurs observent le parcours de Deschamps,
14:15sa récurrence, sa constance, sa régularité dans l'effort et dans les résultats.
14:20C'est celui qui a le plus de victoires en Coupe du Monde, celui qui a le plus évidemment de
14:24matchs.
14:25Celui qui, tout sélectionneur et joueur confondu, représente à lui seul 30% des matchs qu'auront joué,
14:32qu'a rajouté l'équipe de France dans toute son histoire.
14:34C'est monstrueux.
14:37Il y a en gros 940 matchs joués par les Bleus et quasiment 300 où il y a Deschamps, soit
14:44sur le terrain, soit sur le banc.
14:46Il est à lui tout seul un pan de l'histoire de l'équipe de France globale.
14:52Donc maintenant, il s'en va.
14:54J'espère qu'effectivement, les joueurs lui offriront ce cadeau quand même d'une dernière finale samedi dans la moite
14:59heure de Miami.
15:01Et puis Zidane arrivera.
15:02Et ce n'est pas si mal en fait.
15:04Parce qu'après tout, sur cette base-là de joueurs offensifs, etc., où il faut encore un peu de maturité,
15:12il aura ça à impulser Zinedine Zidane, le nouveau sélectionneur qui sera nommé dans les jours qui viennent.
15:18C'est une question, c'est vraiment une question.
15:19À la mi-temps, Deschamps se fait interviewer, on lui demande s'il va y avoir un changement.
15:23Il dit oui, Rabiot va sortir.
15:25Rabiot qui avait été monstrueux, mais je suis parisien et je n'ai jamais oublié que Rabiot l'était.
15:28C'est une blague à part.
15:29Mais il avait un carton jaune.
15:30Il dit je vais sortir Rabiot par prudence.
15:32Mais il y en aura d'autres des changements.
15:33Parce qu'il a pris un carton et donc il risque de l'expulsion.
15:37Après le match, il dira que l'arbitrage n'était pas au top.
15:39Je me suis demandé si Deschamps ne s'en voulait pas d'avoir fait sortir Rabiot par excès de prudence,
15:44donc par excès de méfiance envers l'arbitrage, ce qui n'était pas sa meilleure décision.
15:48Et c'est là ma question qui est pour toi Nathalie, parce que tu le connais depuis toujours Didier.
15:52Est-ce que Didier a souvent abattu ses cartes comme ça ?
15:56Est-ce qu'il a souvent expliqué ce qu'il était en train de faire au milieu d'un match
15:59?
15:59Oui, il l'a fait.
16:00Par contre, je pense que là où il s'en veut, ce n'est pas du tout Rabiot.
16:05C'est d'avoir titularisé Aurélien Chouamény dès le départ.
16:11Parce que le plan, ça aurait été de sortir Aurélien Chouamény, qui finalement n'était pas à 100%,
16:16pour faire rentrer Manu Conné avec Adrien Rabiot.
16:19Sauf que Rabiot, à un moment, il prend un carton assez sévère, disons-le.
16:23Mais enfin, c'est comme ça, c'est le jeu.
16:24Et que du coup, forcément, tu ne risques pas le rouge.
16:27Donc je pense que là-dessus, dans les dix premières minutes, lui, il a compris que je me suis fait
16:31avoir.
16:31Puisqu'on est reparti sur l'explication tactique et les choix de Didier Deschamps,
16:36question de Jean-Pierre au Standard de France Inter.
16:38Bonjour Jean-Pierre.
16:40Oui, bonjour.
16:41On a tous été admiratifs face à cette équipe hyper offensive.
16:46Je me pose la question quand même de savoir si Didier Deschamps ne s'est pas interdit de ce fait
16:53de modifier son schéma tactique, car l'Espagne est une grande équipe joueuse,
16:59et renforcer le milieu de terrain en faisant un 4-4-2, par exemple,
17:04en laissant Dembélé et Mbappé en pointe.
17:08Est-ce que ça n'aurait pas été plus judicieux ?
17:10Bravo Jean-Pierre.
17:11Parce que c'est la bonne question.
17:14Pierre Clément.
17:14C'est tout à fait juste parce que quand on pense à l'Espagne,
17:16on pense tout de suite à leur milieu qui est fantastique,
17:18et leur milieu, il fonctionne à trois.
17:20Il a toujours fonctionné à trois.
17:22Et en fait, déjà sur le plan tactique, tu te dis,
17:25est-ce que ce n'est pas complètement fou de s'avancer vers eux avec seulement deux milieux ?
17:29Mais même au-delà de ce que dit Jean-Pierre, qui est complètement juste,
17:32en fait, il y a eu une forme de rigidité dans la façon dont Didier Deschamps a géré cette Coupe
17:36du Monde,
17:36et notamment aussi dans la gestion des statuts des joueurs.
17:39Ça revient à ce que disait Nathalie à l'instant sur Aurélien Tchameni.
17:42Parfois, il aurait pu faire des choix peut-être un peu plus rock'n'roll,
17:45un peu moins attendus,
17:46qui auraient fait tomber certains joueurs de leur piédestal,
17:49mais qui auraient apporté aussi peut-être de l'imprévu dans ce qui s'est passé.
17:53Non, mais juste pour répondre à Jean-Pierre, là où il a raison,
17:55c'est que Didier Deschamps, on s'est toujours dit depuis le début de cette compétition,
17:59parce que c'était très offensif, etc.,
18:01s'il faut se déjuger, il se déjugera,
18:02et s'il faut mettre un milieu à trois, il mettait un milieu à trois,
18:05et bien il ne l'a pas fait.
18:06Parce qu'il s'était déjà déjugé par rapport à toute son histoire.
18:09En mettant un milieu à deux.
18:10En mettant un milieu à deux et en jouant l'offensive.
18:12« Ça avait du panache », ça aurait marché.
18:14Bien sûr !
18:15Voilà.
18:16Bon, maintenant que les Bleus ne sont plus en lice pour une troisième finale d'affilée,
18:21on va parler de tout ce qui ne va pas dans cette Coupe du Monde.
18:24Il y a de quoi dire.
18:25Je plaisante, on l'a fait un peu avant quand même.
18:27Est-ce qu'elle restera dans l'histoire comme la Coupe du Monde,
18:29où la collusion d'abord entre la FIFA et la politique est apparue au grand jour ?
18:34Claude Ascolovic.
18:37Je reprécise, Donald Trump qui appelle le président de la FIFA,
18:40Gianni Infantino, pour annuler un carton rouge contre les Etats-Unis,
18:44et qui ne s'en crée pas.
18:46Quand j'étais mot, il y avait une Coupe du Monde en Argentine,
18:49c'était une junte militaire,
18:51le football, et pourtant l'équipe d'Argentine rendait le peuple d'Argentins heureux,
18:54et Luis Menotti l'entrée dans l'Argentine était un progressiste.
18:58Non, il y a eu toutes ces choses-là,
18:59mais à un moment donné, ce qui se passe sur le terrain,
19:02alors toi je ne sais pas, toi je ne sais pas,
19:04Pierre et Nathalie, mais moi je me fais avoir à chaque fois.
19:07Je ne suis pas du tout naïf.
19:09Je n'ai que très peu d'estime pour M. Infantino,
19:12je n'ai que très peu d'affection pour M. Trump.
19:14Je constate cela, le sport n'a jamais été pur.
19:17Et je ne sais pas comment réinventer autre chose,
19:19sauf à faire les Jeux prolétariens de 1936 en Catalogne,
19:22avant la guerre civile espagnole, qu'on avait perdu.
19:24C'est-à-dire qu'on voit effectivement les ingérences politiques,
19:27on voit l'empreinte...
19:28Non mais non seulement les voix, mais elles sont assumées.
19:30C'est ça la grande différence.
19:32C'est qu'avant, bien sûr qu'il y en avait,
19:34mais au moins ils avaient une espèce de délicatesse
19:37de faire semblant qu'eux, mais pas du tout.
19:39Là on le voit, Donald Trump, il convoque une conférence de presse
19:42pour raconter que oui, il a téléphoné à Gianni Infantino.
19:45Donc on a basculé dans autre chose.
19:49Je ne suis pas certaine qu'au bout du bout,
19:54le football ne finisse pas par gagner contre ces gens-là
19:58pour rejoindre ce que dit Claude.
19:59D'abord parce qu'on se fait avoir par les joueurs
20:01et Dieu merci parce que le foot, il leur appartient à eux
20:03et à nous qui les montrent et à personne d'autre.
20:06Et que peut-être là, maintenant,
20:07des lignes rouges ont été franchies
20:09et peut-être un peu trop.
20:10Mais il y a très peu de contre-pouvoirs, c'est ça le problème.
20:12Et on se passionne malgré tout pour un match
20:14dans un stade climatisé au Texas.
20:17Dans un pays en guerre.
20:19Dans un pays, effectivement,
20:21qui mène une guerre au Moyen-Orient et d'autres.
20:25Les enfants, on a été champions du monde en Russie.
20:28La Russie qui avait déjà bouffé une partie de l'UF.
20:31On s'est passionné pour la finale au Qatar.
20:33Notre président de la République était en train de serrer les poings
20:36tellement c'était beau.
20:37C'était en Russie.
20:38Et Vladimir Poutine est venu dans le vestiaire de l'équipe de France.
20:42Restons toujours très modestes par rapport à notre vertu.
20:46Et en perdant hier, on évite quand même
20:48de soi remettre le trophée par Donald Trump.
20:50Et honnêtement, quelque part, c'est quand même un soulagement.
20:52Bonne stratégie, aurait dit JPP.
20:55Coupe du monde élargie à 48 équipes.
20:58Peut-être à 64 en 2030, dit Janine Fantino.
21:02Nathalie Aneta, est-ce qu'il faut le souhaiter ?
21:03Pour 2030, ça risque d'être un peu juste.
21:05En revanche, pour 34, et en plus ça sera en Arabie Saoudite, ça c'est possible.
21:09C'est une question juste économique ou vous croyez aux arguments démocratiques ?
21:14Il faut que le foot est le sport le plus populaire du monde.
21:17C'est les grands yeux de Nathalie.
21:18C'est les deux.
21:20Mais c'est surtout, je crois, à l'argument de plus je vais faire plaisir à des pays,
21:24plus j'ai de chances d'être élue.
21:26Parce qu'un pays à la FIFA égale une voix.
21:30C'était la grande leçon d'un type qui s'appelait Avelanche,
21:32qui était un obro brésilien qui avait chassé les vieux Anglais du pouvoir de la FIFA,
21:37en s'ouvrant à ce qu'on appelait le tiers-monde.
21:39Et une fois qu'on a dit ça, on a regardé Curaçao.
21:43On a été content de voir Curaçao.
21:45Donc ça ne me dérange pas en soi.
21:46Et le Cap Vert, et Haïti.
21:48Et Haïti qui revenait pour la première fois en 1974.
21:51Ça ne me dérange pas en soi.
21:53Je pensais que ces choses-là me dérangeraient.
21:55Alors le coup de fil de Trump à Infantino, c'est méprisable.
21:58Le reste, à la limite...
21:59Ce n'est pas le pire de ce qui s'est passé sur cette Coupe du Monde quand même.
22:02Entre les supporters qui n'ont pas eu accès au territoire,
22:05l'arbitre somalien qui n'a pas pu faire cette Coupe du Monde,
22:08les Iraniens qui ont dû vivre au Mexique parce que les Etats-Unis ne voulaient pas qu'ils soient sur
22:11leur territoire.
22:12Franchement, ça a été quand même la Coupe du Monde de la honte.
22:14C'est une réalité.
22:15On fera un droit d'inventaire après le match pour la troisième place, samedi des Bleus.
22:19Après la finale dimanche.
22:21Mais on a commencé à le faire et effectivement, il y a encore beaucoup à dire.
22:24Comme en England ?
22:26Allez l'Angleterre !
22:26Oui, il y a beaucoup de gens derrière l'Angleterre.
22:28Claude Ascolovic a choisi son camp.
22:30Allez l'Angleterre contre l'Argentine ce soir dans l'autre demi-finale.
22:34Merci à tous les trois.
22:35On vous retrouve très vite sur France Inter.
22:36Nathalie Yannetta et Claude Ascolovic.
22:38Et vous, Pierre Clément dans 100% Bleu sur le réseau.
22:41Ici, des radios locales de Radio France.
22:43Les radios locales de Radio France.
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