00:12Et on commence avec ton édito, bien sûr, Thomas, tu nous dis que le capitalisme actionnarial montre aujourd'hui ses
00:18limites.
00:19Oui, oui, je pense qu'on peut dire qu'il touche à ses limites et on l'a souvent développé
00:22ici,
00:22mais je vais plutôt citer une personne qui, à mon sens, a une sacrée légitimité pour l'affirmer,
00:26ces derniers jours, Thierry Breton, qui n'est autre que notre ancien ministre de l'économie, commissaire européen,
00:31rappelait à quel point le monde capitaliste et l'économie mondiale étaient à bout de souffle,
00:35alors dans un contexte géopolitique très tendu, mais aussi pour d'autres raisons.
00:38Sans doute parce que cette économie mondiale est trop verticale, trop concentrée,
00:42et puis en réalité trop déconnectée des enjeux de ces territoires.
00:45Les entreprises, elles, elles restent du coup très hors sol,
00:47et sans doute perte en pérennité et en robustesse à cause de cela,
00:50parce qu'elles doivent passer d'un capitalisme actionnarial à un capitalisme partenarial.
00:54Alors, voilà, la concentration du pouvoir et de la richesse aujourd'hui crée un dangereux décalage.
00:58Dans le baromètre Territoires et Confiances de 2025,
01:00on apprend que 64% des Français estiment que les décisions économiques sont prises loin des réalités locales.
01:06En interface de cela, un autre chiffre que j'ai trouvé très intéressant,
01:09c'est que 70% des dirigeants reconnaissent que leur entreprise défend davantage de leur écosystème local que par le
01:14passé.
01:14Il y a donc une trop forte déconnexion entre les deux,
01:17et ça, ça peut nuire à la pérennité des entreprises.
01:19Et alors, pardon, comment est-ce qu'on entre dans l'ère du capitalisme partenarial ?
01:23Alors, sans doute par deux jambes très bien ancrées.
01:25La première, un ancrage dans le partage du pouvoir,
01:27pour garder une légitimité vis-à-vis de son territoire et de ses parties prenantes.
01:31L'entreprise qui, depuis le site seul, aujourd'hui s'expose,
01:33s'expose à des projets bloqués, à de la défiance,
01:36à des pertes de rendement et de performance,
01:38et puis à des conflits avec les riverains.
01:39On a en France un projet très symbolique de cela,
01:41qui est la construction d'une autoroute,
01:43qui fait que, par trop faible concertation,
01:45aujourd'hui, il y a plein de blocages.
01:47L'État, je crois, vient de décaisser 70 millions d'euros
01:49de dommages envers l'entreprise qui devait opérer le site
01:51à cause de tout le retard pris et les conséquences que cela a pour elle.
01:54On voit à quel point toutes les parties y perdent
01:56quand il y a un manque de concertation.
01:58Alors, d'après l'observatoire européen Environmental Justice,
02:00en 2024, un conflit socio-environnemental sur deux
02:03est lié à un déficit de participation locale initiale.
02:06C'est montrer à quel point le partage du pouvoir
02:07et des décisions devient fondamental.
02:09Le message est donc clair.
02:10Il faut mettre en place des conseils de parties prenantes,
02:13de la sociocratie, s'appuyer sur les modèles de la coopération,
02:16représenter peut-être aussi les communautés locales dans les instances.
02:19Voilà comment une entreprise qui, avec une gouvernance partagée,
02:22peut davantage jouer collectif et ne pas être hors sol.
02:25Donc, le partage de la valeur est présenté comme stratégique.
02:27Comment est-ce qu'on mesure l'impact territorial des entreprises ?
02:30Alors, évidemment, c'est assez difficile,
02:31mais on ne crée pas d'ancrage avec un slogan.
02:33Il faut réellement des flux économiques,
02:34notamment pour le représenter et pour que tout le monde y gagne.
02:38Aujourd'hui, seulement 18% des achats des grandes entreprises
02:41bénéficient à leur territoire directement.
02:42Un chiffre simple est assez sonnant et trébuchant
02:45de la problématique à laquelle on fait face.
02:47Alors, pourtant, les organisations qui redistribuent mieux la valeur,
02:50elles y voient des intérêts.
02:51Plus 22% d'impact économique local,
02:5315% de résilience aux crises d'après Coop Europe en 2025.
02:57Acheter local, co-investir, mieux rémunérer.
02:59La participation des acteurs à la création de richesses de l'entreprise,
03:03ce n'est pas du militantisme aujourd'hui,
03:05c'est une garantie de pérennité, de robustesse face aux fluctuations.
03:07Et selon toi, le capitalisme partenarial peut devenir la norme
03:10ou est-ce qu'il sera réservé à une minorité d'entreprises plenaires ?
03:13À court terme, je pense que ça va être très difficile,
03:15mais on peut passer d'un pouvoir sur les parties prenantes
03:18à un pouvoir avec les parties prenantes.
03:19C'est bien ça l'enjeu.
03:20Un nouveau capitalisme qui coopère,
03:22c'est celui qui inclut les invitants,
03:23les élus, évidemment les salariés,
03:25les acteurs associatifs, peut-être même la nature.
03:27On en parlera aujourd'hui via des représentations dédiées.
03:30Et au-delà de ces mécaniques, il y a aussi un cadre réglementaire,
03:32en Europe notamment, qui peut vivement y inviter
03:35pour faire en sorte que les entreprises soient davantage évaluées
03:37sur le partage du pouvoir et de la valeur
03:39comme un gage de sécurité, de souveraineté
03:41et pas seulement une unique performance financière.
03:44C'est la fin sans doute du coup d'un modèle très clos.
03:46C'est le début d'un modèle davantage relationnel
03:48qui met réellement au service des enjeux sociétaux les entreprises
03:50et ça, c'est une noble ambition.
03:52Merci beaucoup Thomas pour cette entrée en matière.
03:54On passe tout de suite au pour ou au contre.
04:01Merci.
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