00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur AMC Live. Notre invité ce matin, c'est Didier Malter.
00:04Bonjour, vous êtes président conseiller de défense d'Excel Technologies.
00:08Vous avez été commandant adjoint du commandement maritime allié de l'OTAN.
00:12Entre autres, vous connaissez parfaitement le détroit d'Hormuz.
00:15Vous avez été le premier commandant de l'opération européenne Agenor,
00:17mission de sécurité maritime, justement, qui visait la sécurité du détroit d'Hormuz.
00:22Est-ce que les États-Unis, selon vous, ont minimisé l'enjeu dans le détroit ?
00:26Est-ce qu'on n'a pas vu à quel point ça allait être difficile sur le commerce maritime mondial
00:30?
00:31Je pense qu'effectivement, on est au 14e jour de la guerre en Iran.
00:37Ce qu'on observe à ce jour, c'est que l'épicentre se focalise actuellement sur le détroit d'Hormuz.
00:45Hier, le nouveau guide suprême a évoqué la volonté de poursuivre la fermeture du détroit d'Hormuz
00:51en évoquant la menace mine.
00:53Et comme je le disais, dès lors qu'on prononce le mot mine, ça crée tout de suite un effet
00:58psychologique
00:59parce que vous êtes face à une menace qui est insidieuse, qui est mortelle.
01:03C'est comme si vous deviez rentrer dans un tunnel, dans le noir, avec un panneau, avec une tête de
01:08mort.
01:08Donc ça se traduit par la fermeture du détroit.
01:11Et d'ailleurs, ça se voit au travers des assurances.
01:14Juste deux chiffres pour clarifier un peu la chose.
01:16Pour traverser Hormuz en temps normal, un supertanker de 300 000 tonnes, c'est de l'ordre de 500 à
01:22700 000 dollars par transit.
01:24Le prix a été multiplié par 5, voire par 10.
01:27Parce que là, la Lloyds, à Londres, considère qu'on est dans une zone de à haut risque.
01:31Les Iraniens disent « nous n'avons pas miné le détroit d'Hormuz ».
01:33Vous dites « le seul fait que ça soit possible, ça dissuade », comme l'arme nucléaire finalement.
01:39Exactement, c'est vraiment une arme stratégique.
01:42Et toute chose égale ailleurs par rapport à l'arme nucléaire, c'est une arme stratégique qui dissuade.
01:47Parce que qu'il y ait 10 mines, 0 mines ou 100 mines, l'effet final recherché est atteint.
01:52Le détroit d'Hormuz est bloqué.
01:54C'est-à-dire que c'est 20 millions de barils par jour qui ne passent plus, ou en tout
01:58cas ont été très réduits.
01:59C'est de l'ordre de 20% du trafic du transport de pétrole par la mer qui est bloqué.
02:05Et également pour le gaz liquide liquifié, c'est entre 20 et 25%.
02:10Dans le cas où ils seraient minés, puisque les Etats-Unis ont dit qu'ils avaient abattu des bateaux qui
02:14étaient en train de le faire, on mine avec quoi ?
02:17Alors les Iraniens, sans rentrer dans des données trop classifées, ont plusieurs types de mines.
02:23Des mines d'origine russe, soviétique pour être très clair.
02:26Des mines d'origine chinoise et également des mines développées par leur propre service.
02:31Donc vous avez trois types de mines, très clairement.
02:33Des mines à orin, c'est-à-dire des mines qui sont entre deux eaux et qui sont tenues par
02:37un câble avec un crapaud métallique au fond et qui sont juste sous la surface de l'eau.
02:42Et qui vont chercher à rentrer en contact évidemment avec un bateau transitant dans le détroit.
02:46Vous avez des mines sur le fond, des mines à influence, soit une influence acoustique, soit une influence de pression
02:53ou une influence magnétique.
02:55Donc il y a un déclenchement dès lors qu'il y a un passage.
02:57Sachant que le détroit d'Hormuz est très spécifique, il y a très peu d'eau.
03:01Vous avez entre 40 et 60 mètres d'eau.
03:03Et vous savez, un super tanker de 300 000 tonnes, 350 mètres, c'est un tirando de 25 mètres, c
03:10'est-à-dire un immeuble de 8 à 9 étages sous l'eau.
03:13Donc vous comprenez bien que par petit fond, il y a une sensibilité avec les menaces qui seraient posées sur
03:18le fond.
03:18Avec une destruction totale du bateau d'un coup ?
03:21On a l'exemple, on a un exemple très criant de la guerre en Irak en 91 où une frégate
03:29américaine, le Samuel Roberts avait été impacté par une mine.
03:33C'est une brèche de 4 mètres dans la coque.
03:35Donc déjà, ça endommage radicalement le bateau avec un risque qu'il coule même si jamais les mesures de sécurité
03:42ne sont pas prises suffisamment tôt.
03:44Vous êtes conseiller pour Excel Technologies, une entreprise qu'on suit depuis très longtemps sur BFM Business,
03:47qui est spécialisée notamment sur les opérations de déminage.
03:51Quelle est aujourd'hui la technologie ? On peut aller chercher avec des drones, des mines dans les fonds marins
03:55?
03:55Alors effectivement, comme vous l'avez dit, Excel est vraiment au cœur des enjeux stratégiques actuellement, au cœur de la
04:01New Tech.
04:01Parce qu'on arrive au jour d'aujourd'hui, dans la guerre des mines, au système de troisième génération.
04:07Alors juste la première génération, c'était des drailleurs de mines qui tiraient une drague, des chasseurs de mines.
04:11Et là on arrive...
04:12Chasseurs de mines, c'est des humains.
04:13C'est un bateau armé avec des sonars, donc avec un risque.
04:17Et donc on arrive, on a développé Excel, fort de son expérience, de plus de 50 ans dans le monde
04:22de la guerre des mines.
04:23On a équipé la marine française et on continue à le faire, un système de drones pour écarter le risque
04:29humain de la zone mortelle en quelque sorte.
04:32Donc on opère des drones de surface qui vont opérer des drones sous-marins.
04:35Donc c'est un peu James Bond, mais ça marche.
04:37La marine belge et néerlandaise sont en cours d'équipement actuellement.
04:40On est aussi en soutien de la marine française.
04:43Et ce sont ces outils-là qu'on pourrait déployer, comme l'a dit le président public, lorsque les conditions
04:47seront réunies.
04:48Parce que bien évidemment, on ne peut pas déminer une zone si vous êtes en période de guerre.
04:52Ce n'est pas possible.
04:53Donc voilà.
04:54Certains acteurs, et c'est ce qu'on voit un peu dans le prix du pétrole, quand on voit que
04:56ça pourrait durer des mois
04:57et qu'il y a des anticipations à 160 dollars le baril, 170 dollars, disent qu'une fois que c
05:03'est miné, c'est miné à tout jamais.
05:04Vous dites non, on est en capacité, si ça a été miné, de pouvoir déminer.
05:08– Exactement. D'autant plus, on parle de ces nouvelles capacités qu'il faut rapidement faire équiper les marines de
05:15l'OTAN, en l'occurrence.
05:15Donc la DIMIC est lancée et Excel est vraiment un leader.
05:18Et Excel est un champion industriel européen dans le déploiement de ses capacités au profit des marines de l'OTAN
05:24et aussi des marines du Moyen-Orient.
05:26Et donc, tout dépend du nombre de mines qui seraient posées par les Iraniens.
05:30Si c'est un très faible nombre de mines, vu les couloirs qu'il faut déminer, ça peut se passer
05:36en deux, trois semaines.
05:37Maintenant, s'il y a beaucoup de mines, évidemment, vous comprenez bien que ça peut durer plusieurs semaines, voire plusieurs
05:42mois.
05:42– Les États-Unis disent aujourd'hui, nous ne sommes pas en capacité de sécuriser les bateaux, c'est trop
05:47complexe.
05:49Ça peut durer des mois et des mois dans cette situation-là.
05:52Qu'est-ce qu'il faudrait faire aujourd'hui pour permettre à des bateaux de passer ?
05:56– C'est très compliqué parce qu'on est dans le 14e jour de guerre.
06:00Quand on parle du détroit d'Hormuz, on est quand même juste en face des ports iraniens.
06:07Le détroit d'Hormuz, vous savez, traditionnellement, on dit que c'est une largeur de 55 km.
06:11Mais en fait, il y a deux couloirs de navigation parce que les fonds sont vraiment très peu profonds.
06:15Et c'est deux couloirs très fins qui font 3,7 km de largeur.
06:19Et les super tankers s'engagent dans ces couloirs-là.
06:23Donc dès lors qu'on est sous menace des gardiens de la Révolution,
06:27qui ont tous les outils asymétriques pour créer le chaos dans les Très d'Hormuz,
06:31c'est vraiment leur stratégie.
06:33Finalement, c'est beaucoup plus puissant que des missiles ou des Shahed.
06:36– Et ça ne coûte pas cher ?
06:37– Et ça ne coûte rien si c'est la décision.
06:39– Une mine, c'est quelques milliers d'euros.
06:41Alors que, vous avez raison de le mentionner,
06:43un super tanker avec sa cargaison de pétrole,
06:45c'est entre 3 et 500 millions d'euros.
06:48Donc vous voyez un peu, l'effet coût-efficacité est énorme.
06:50Et là, en laissant peser une menace, sans pouvoir l'objectiver,
06:55la circulation est pratiquement arrêtée dans les Très d'Hormuz.
06:58– Donc les bateaux qui sont coincés aujourd'hui ne risquent pas de sortir demain ?
07:01– Eh bien non, il y en a 3 000 actuellement, dont 200 pétroliers,
07:06aussi bien à l'entrée d'Hormuz au niveau de Fujira qu'à l'entrée à l'heure du Golfe.
07:10Donc il y a des équipages en otage quelque part,
07:11parce qu'ils ne peuvent plus ressortir par Hormuz.
07:14– Merci beaucoup d'être venu ce matin nous voir dans la matinale de l'économie.
07:18Didier Maltaire, vice-président conseiller défense d'Excel Technologies.
07:21– Sous-titrage FR –
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