Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 6 mois
Ce lundi 9 février, Alexis Karklins-Marchay, directeur général délégué d'Eight Advisory, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Laure Closier. Ils sont revenus sur le bilan de l'économie américaine surtout dans le domaine de l'industrie et l'emploi avec les taxes de Donald Trump. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Comment se porte l'économie américaine ?
00:02On devrait avoir les chiffres de l'emploi mercredi qui ne devraient pas être bons
00:05parce qu'on a des premières données du côté de l'emploi privé qui ne sont pas très positives.
00:09On va regarder également la production industrielle.
00:11Notre invité ce matin c'est Alexis Karklis-Marché.
00:12Bonjour.
00:13Bonjour Laure.
00:13Directeur général, délégué d'Aid Advisory.
00:16Donald Trump se félicite ces dernières semaines des milliards et milliards d'investissements étrangers
00:21venus sur son pays comme si là ça y est on avait les premières pierres des usines qui sortaient des produits.
00:28C'est pas complètement ça en vérité, on n'a pas une réindustrialisation massive en fait.
00:33Effectivement la semaine dernière, il y a eu plutôt des mauvaises nouvelles économiques aux Etats-Unis.
00:38D'abord ce titre du Wall Street Journal qui dit
00:40« L'industrie manufacturière américaine recule et les tarifs de Trump n'aident pas ».
00:45Bim, en couverture.
00:46Effectivement dans l'article on voit l'emploi dans le secteur manufacturier a continué à diminuer en 2025.
00:52En fait l'industrie américaine a perdu 200 000 postes depuis 2023 et il n'y a pas d'inversion en 2025.
00:59Deuxième information, deuxième nouvelle, là encore mauvaise sur le front de l'emploi plus généralement.
01:03Les employeurs américains ont supprimé plus d'emplois en janvier 2026 que n'importe quel début d'année depuis 2009,
01:10bien sûr hors année Covid.
01:12Voilà, deux nouvelles qui sont tombées et qui nous disent quelque chose.
01:15Alors d'abord sur l'industrie américaine, c'est vrai qu'elle continue de reculer.
01:18Pourquoi ? Trump avait annoncé que les tarifs douaniers allaient ramener l'âge d'or de l'industrie manufacturière
01:23jusqu'à présent, on va dire jusqu'à présent.
01:26Ça n'a pas marché, selon les chiffres officiels, l'emploi industriel recule chaque mois depuis la Liberation Day,
01:32donc depuis ce jour où les fameux tarifs douaniers ont été annoncés.
01:36C'est une tendance historique, je l'ai dit, qui continue.
01:39Les droits de douane, ça conduit les entreprises américaines et notamment les industries
01:43à augmenter leurs coûts d'approvisionnement.
01:45Elles sont obligées de répercuter ça sur les prix et elles se battent pour s'approvisionner
01:49et elles doivent aussi gagner en productivité pour retrouver les marges perdues.
01:52Voilà.
01:53Annalisa.
01:54Mais alors pourquoi Donald Trump continue de vendre une économie américaine
01:56qui se porte très bien, qui est au plus haut ?
01:59Est-ce que c'est finalement pour défendre ses choix ?
02:02Alors c'est vrai qu'il a fait un pari.
02:04Et ce pari, c'est un pari qui est osé.
02:06Le pari de droits de douane et de baisse du dollar
02:09pour stimuler les exportations américaines et pour tirer l'emploi industriel.
02:13Il y a aussi les pressions de Washington, vous l'avez évoqué, Laure,
02:16pour forcer les industriels étrangers à investir localement.
02:19Il y a eu des promesses, des promesses de dons.
02:21Beaucoup d'industriels étrangers ont dit au président américain,
02:25on va investir des milliards.
02:27On ne les voit pas encore arriver, pas complètement.
02:28En tout cas, les montants qui sont annoncés n'ont pas été encore délivrés.
02:32Clairement, pour beaucoup d'entreprises étrangères
02:35qui veulent continuer à servir le marché américain,
02:36il faut donner des gages et ça passe par l'investissement local.
02:39Pour l'instant, encore une fois, on n'en voit pas les fruits.
02:42Et puis, il y a cette logique aussi de baisse de taux d'intérêt.
02:46On a parlé la semaine dernière sur cette antenne de Kevin Walsh,
02:48le nouveau, enfin le futur probable président de la Banque centrale américaine
02:53qui a pour mission de baisser les taux d'intérêt.
02:56La combinaison de ces différents éléments doit conduire
02:58à stimuler l'exportation, à recréer de l'emploi industriel.
03:02Pour l'instant, nous n'en sommes pas là.
03:04C'est un pari qui est osé, je le disais,
03:06parce que d'abord, les autres pays réagissent.
03:07On a vu, par exemple, que la Chine a continué à augmenter ses exportations.
03:11Sa balance commerciale est encore plus excédentaire en 2025 qu'elle ne le fut avant
03:15parce qu'elle continue d'exporter.
03:16Ça veut dire que ça fait des pressions sur les prix mondiaux
03:20et ça, ce n'est pas bon pour les entreprises américaines.
03:23Et puis, pardon, mais on ne recrée pas des industries aussi facilement.
03:26Une industrie, une usine, il faut de la prévisibilité.
03:29Il faut avoir une certaine forme de certitude,
03:32en tout cas de visibilité qui n'existe pas aujourd'hui.
03:34Il y a beaucoup d'incertitudes.
03:35La politique étrangère américaine, même la politique économique,
03:38il y a parfois des déclarations contradictoires et erratiques.
03:41Ça, ça crée un environnement qui n'est pas favorable à des plans d'investissement long terme.
03:45Pour l'instant, le pari n'est pas gagné.
03:46Il faut rester quand même dans la nuance.
03:47Oui, parce que ce n'est pas un peu tôt,
03:48parce qu'en fait, il y a une réorganisation industrielle quand même.
03:52Les choses qu'on n'achète plus.
03:53Bien sûr, on peut toujours dire que l'histoire a montré
03:55que le protectionnisme n'était pas globalement,
03:57ne s'est jamais révélé être une politique très favorable à l'emploi.
04:00Alors, on va avoir des contre-exemples.
04:02On a montré un certain nombre de puissances asiatiques
04:04qui ont d'abord protégé leur marché.
04:05Le vrai point ici, c'est de recréer des industries,
04:08de recréer de l'emploi industriel.
04:09Ça prend du temps, c'est vrai,
04:11mais ça prend aussi des compétences.
04:12Ça nécessite des compétences.
04:14Ça demande beaucoup d'énergie.
04:15Ça demande aussi, encore une fois, de la prévisibilité.
04:18Et c'est peut-être le point le plus faible aujourd'hui dans la politique américaine,
04:21d'avoir des difficultés, du mal à comprendre ce qui se passe
04:24et voir ce qui va se passer dans les prochains mois.
04:26Alors, sur l'emploi, il y a l'emploi industriel
04:27et puis il y a l'emploi dans la tech aussi.
04:29On a des annonces quand même de plans massifs de licenciements dans les GAFA.
04:34Alors, est-ce que c'est des plans liés vraiment à l'intelligence artificielle
04:37ou est-ce qu'on avait trop de salariés
04:38et l'intelligence artificielle sert à s'en séparer ?
04:41Les deux, mon capitaine.
04:42Évidemment, il y a les gains de productivité,
04:45il y a l'investissement dans l'intelligence artificielle,
04:48mais il y a aussi des gains de productivité naturels.
04:50Et puis, il y a peut-être aussi une forme de désenchantement
04:52de groupes qui ont massivement recruté.
04:55C'est vrai que quand on regarde juste sur 2025,
04:57le nombre d'emplois créés aux États-Unis
05:00est environ, en rythme mensuel, de 50 000 emplois.
05:0350 000 emplois, c'est beaucoup plus bas
05:04que la tendance sur la décennie précédente.
05:06On était à 150 000, 200 000 emplois.
05:09C'est-à-dire même le niveau le plus faible depuis 2003.
05:122025, c'était le niveau de création d'emplois le plus faible.
05:15À ça se rajoutent les suppressions d'emplois
05:16et notamment dans la tech.
05:17Et notamment dans la tech, janvier 2026, vous l'avez dit,
05:20on a eu les premières indications sur l'emploi privé.
05:23Eh bien, l'économie américaine a supprimé 100 000 emplois
05:27juste sur le mois de janvier.
05:30Là encore, c'est plus que tous les mois de janvier
05:31depuis 2009, je l'évoquais.
05:33On commence même à parler de hiring recession,
05:36de récession de recrutement.
05:38Avec des boîtes qui disent no hiring, c'est fini,
05:40et on n'embauche plus personne.
05:41Donc ce sont des signaux,
05:42pas encore dans une récession,
05:44mais ce sont des signaux qui sont très intéressants
05:45et qui nous disent que l'économie américaine
05:47n'est pas à son rythme de croissance habituel.
05:49Pourtant, il y a aussi des indicateurs positifs.
05:51Le chômage, par exemple, la croissance.
05:53C'est vrai, c'est vrai.
05:54On a eu un très bon deuxième trimestre,
05:56très bon troisième trimestre aux Etats-Unis.
05:58On a eu un taux de chômage qui a un peu progressé,
06:00mais qui reste bas.
06:01On est à 4,4% à la fin décembre.
06:03Et puis, les marchés boursiers continuent de monter,
06:06malgré l'incertitude,
06:07tirés quand même par les boîtes tech.
06:09Ce que l'on voit quand même,
06:10c'est que les entreprises américaines
06:11continuent d'investir en technologie, en IA.
06:14Ça stimule la productivité.
06:15On voit aussi que la consommation tient.
06:17Mais attention,
06:18et ça, c'est aussi une information très intéressante.
06:20On commence à parler d'une économie
06:21qui serait en croissance en forme de K,
06:24avec une branche qui monte,
06:25une branche qui baisse.
06:26Pourquoi ?
06:26En fait, c'est plutôt la consommation des riches,
06:28elle est très riche,
06:30des Américains qui ont les revenus les plus hauts,
06:32qui continuent de croître,
06:33portés par des marchés boursiers
06:35qui tiennent bien,
06:36alors que la partie plus modeste,
06:38elle voit sa consommation stagner.
06:39Mais on a une économie américaine
06:41qui est aujourd'hui en situation sensible.
06:44Trop tôt pour encore une fois parler de récession,
06:45mais en tout cas,
06:46qui est dans une position qui est assez atypique.
06:48En tout cas,
06:49Donald Trump,
06:49il dit que le Dow Jones a 50 000 points,
06:51ça montre que sa politique économique fonctionne.
06:54Il dit,
06:54pensez-y quand vous allez voter pendant les mid-termes.
06:56Toujours bien regarder les indices boursiers.
06:59Il y a vraiment les entreprises de la tech,
07:01notamment les Magnificent Seven,
07:02qui tirent,
07:03qui ont tiré,
07:04c'est un peu différent de tout quelques jours,
07:05mais qui ont tiré la croissance.
07:07Le reste des indices boursiers
07:08est plus classique et ressemble davantage
07:10à ce que l'on connaît à travers le monde.
07:11On va revenir sur le grand chamboule tout des marchés
07:13avec Étienne Braque dans quelques instants.
07:14Merci beaucoup Alexis Kachlins.
07:16Marché est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
Commentaires

Recommandations