00:00Comment se porte l'économie américaine ?
00:02On devrait avoir les chiffres de l'emploi mercredi qui ne devraient pas être bons
00:05parce qu'on a des premières données du côté de l'emploi privé qui ne sont pas très positives.
00:09On va regarder également la production industrielle.
00:11Notre invité ce matin c'est Alexis Karklis-Marché.
00:12Bonjour.
00:13Bonjour Laure.
00:13Directeur général, délégué d'Aid Advisory.
00:16Donald Trump se félicite ces dernières semaines des milliards et milliards d'investissements étrangers
00:21venus sur son pays comme si là ça y est on avait les premières pierres des usines qui sortaient des produits.
00:28C'est pas complètement ça en vérité, on n'a pas une réindustrialisation massive en fait.
00:33Effectivement la semaine dernière, il y a eu plutôt des mauvaises nouvelles économiques aux Etats-Unis.
00:38D'abord ce titre du Wall Street Journal qui dit
00:40« L'industrie manufacturière américaine recule et les tarifs de Trump n'aident pas ».
00:45Bim, en couverture.
00:46Effectivement dans l'article on voit l'emploi dans le secteur manufacturier a continué à diminuer en 2025.
00:52En fait l'industrie américaine a perdu 200 000 postes depuis 2023 et il n'y a pas d'inversion en 2025.
00:59Deuxième information, deuxième nouvelle, là encore mauvaise sur le front de l'emploi plus généralement.
01:03Les employeurs américains ont supprimé plus d'emplois en janvier 2026 que n'importe quel début d'année depuis 2009,
01:10bien sûr hors année Covid.
01:12Voilà, deux nouvelles qui sont tombées et qui nous disent quelque chose.
01:15Alors d'abord sur l'industrie américaine, c'est vrai qu'elle continue de reculer.
01:18Pourquoi ? Trump avait annoncé que les tarifs douaniers allaient ramener l'âge d'or de l'industrie manufacturière
01:23jusqu'à présent, on va dire jusqu'à présent.
01:26Ça n'a pas marché, selon les chiffres officiels, l'emploi industriel recule chaque mois depuis la Liberation Day,
01:32donc depuis ce jour où les fameux tarifs douaniers ont été annoncés.
01:36C'est une tendance historique, je l'ai dit, qui continue.
01:39Les droits de douane, ça conduit les entreprises américaines et notamment les industries
01:43à augmenter leurs coûts d'approvisionnement.
01:45Elles sont obligées de répercuter ça sur les prix et elles se battent pour s'approvisionner
01:49et elles doivent aussi gagner en productivité pour retrouver les marges perdues.
01:52Voilà.
01:53Annalisa.
01:54Mais alors pourquoi Donald Trump continue de vendre une économie américaine
01:56qui se porte très bien, qui est au plus haut ?
01:59Est-ce que c'est finalement pour défendre ses choix ?
02:02Alors c'est vrai qu'il a fait un pari.
02:04Et ce pari, c'est un pari qui est osé.
02:06Le pari de droits de douane et de baisse du dollar
02:09pour stimuler les exportations américaines et pour tirer l'emploi industriel.
02:13Il y a aussi les pressions de Washington, vous l'avez évoqué, Laure,
02:16pour forcer les industriels étrangers à investir localement.
02:19Il y a eu des promesses, des promesses de dons.
02:21Beaucoup d'industriels étrangers ont dit au président américain,
02:25on va investir des milliards.
02:27On ne les voit pas encore arriver, pas complètement.
02:28En tout cas, les montants qui sont annoncés n'ont pas été encore délivrés.
02:32Clairement, pour beaucoup d'entreprises étrangères
02:35qui veulent continuer à servir le marché américain,
02:36il faut donner des gages et ça passe par l'investissement local.
02:39Pour l'instant, encore une fois, on n'en voit pas les fruits.
02:42Et puis, il y a cette logique aussi de baisse de taux d'intérêt.
02:46On a parlé la semaine dernière sur cette antenne de Kevin Walsh,
02:48le nouveau, enfin le futur probable président de la Banque centrale américaine
02:53qui a pour mission de baisser les taux d'intérêt.
02:56La combinaison de ces différents éléments doit conduire
02:58à stimuler l'exportation, à recréer de l'emploi industriel.
03:02Pour l'instant, nous n'en sommes pas là.
03:04C'est un pari qui est osé, je le disais,
03:06parce que d'abord, les autres pays réagissent.
03:07On a vu, par exemple, que la Chine a continué à augmenter ses exportations.
03:11Sa balance commerciale est encore plus excédentaire en 2025 qu'elle ne le fut avant
03:15parce qu'elle continue d'exporter.
03:16Ça veut dire que ça fait des pressions sur les prix mondiaux
03:20et ça, ce n'est pas bon pour les entreprises américaines.
03:23Et puis, pardon, mais on ne recrée pas des industries aussi facilement.
03:26Une industrie, une usine, il faut de la prévisibilité.
03:29Il faut avoir une certaine forme de certitude,
03:32en tout cas de visibilité qui n'existe pas aujourd'hui.
03:34Il y a beaucoup d'incertitudes.
03:35La politique étrangère américaine, même la politique économique,
03:38il y a parfois des déclarations contradictoires et erratiques.
03:41Ça, ça crée un environnement qui n'est pas favorable à des plans d'investissement long terme.
03:45Pour l'instant, le pari n'est pas gagné.
03:46Il faut rester quand même dans la nuance.
03:47Oui, parce que ce n'est pas un peu tôt,
03:48parce qu'en fait, il y a une réorganisation industrielle quand même.
03:52Les choses qu'on n'achète plus.
03:53Bien sûr, on peut toujours dire que l'histoire a montré
03:55que le protectionnisme n'était pas globalement,
03:57ne s'est jamais révélé être une politique très favorable à l'emploi.
04:00Alors, on va avoir des contre-exemples.
04:02On a montré un certain nombre de puissances asiatiques
04:04qui ont d'abord protégé leur marché.
04:05Le vrai point ici, c'est de recréer des industries,
04:08de recréer de l'emploi industriel.
04:09Ça prend du temps, c'est vrai,
04:11mais ça prend aussi des compétences.
04:12Ça nécessite des compétences.
04:14Ça demande beaucoup d'énergie.
04:15Ça demande aussi, encore une fois, de la prévisibilité.
04:18Et c'est peut-être le point le plus faible aujourd'hui dans la politique américaine,
04:21d'avoir des difficultés, du mal à comprendre ce qui se passe
04:24et voir ce qui va se passer dans les prochains mois.
04:26Alors, sur l'emploi, il y a l'emploi industriel
04:27et puis il y a l'emploi dans la tech aussi.
04:29On a des annonces quand même de plans massifs de licenciements dans les GAFA.
04:34Alors, est-ce que c'est des plans liés vraiment à l'intelligence artificielle
04:37ou est-ce qu'on avait trop de salariés
04:38et l'intelligence artificielle sert à s'en séparer ?
04:41Les deux, mon capitaine.
04:42Évidemment, il y a les gains de productivité,
04:45il y a l'investissement dans l'intelligence artificielle,
04:48mais il y a aussi des gains de productivité naturels.
04:50Et puis, il y a peut-être aussi une forme de désenchantement
04:52de groupes qui ont massivement recruté.
04:55C'est vrai que quand on regarde juste sur 2025,
04:57le nombre d'emplois créés aux États-Unis
05:00est environ, en rythme mensuel, de 50 000 emplois.
05:0350 000 emplois, c'est beaucoup plus bas
05:04que la tendance sur la décennie précédente.
05:06On était à 150 000, 200 000 emplois.
05:09C'est-à-dire même le niveau le plus faible depuis 2003.
05:122025, c'était le niveau de création d'emplois le plus faible.
05:15À ça se rajoutent les suppressions d'emplois
05:16et notamment dans la tech.
05:17Et notamment dans la tech, janvier 2026, vous l'avez dit,
05:20on a eu les premières indications sur l'emploi privé.
05:23Eh bien, l'économie américaine a supprimé 100 000 emplois
05:27juste sur le mois de janvier.
05:30Là encore, c'est plus que tous les mois de janvier
05:31depuis 2009, je l'évoquais.
05:33On commence même à parler de hiring recession,
05:36de récession de recrutement.
05:38Avec des boîtes qui disent no hiring, c'est fini,
05:40et on n'embauche plus personne.
05:41Donc ce sont des signaux,
05:42pas encore dans une récession,
05:44mais ce sont des signaux qui sont très intéressants
05:45et qui nous disent que l'économie américaine
05:47n'est pas à son rythme de croissance habituel.
05:49Pourtant, il y a aussi des indicateurs positifs.
05:51Le chômage, par exemple, la croissance.
05:53C'est vrai, c'est vrai.
05:54On a eu un très bon deuxième trimestre,
05:56très bon troisième trimestre aux Etats-Unis.
05:58On a eu un taux de chômage qui a un peu progressé,
06:00mais qui reste bas.
06:01On est à 4,4% à la fin décembre.
06:03Et puis, les marchés boursiers continuent de monter,
06:06malgré l'incertitude,
06:07tirés quand même par les boîtes tech.
06:09Ce que l'on voit quand même,
06:10c'est que les entreprises américaines
06:11continuent d'investir en technologie, en IA.
06:14Ça stimule la productivité.
06:15On voit aussi que la consommation tient.
06:17Mais attention,
06:18et ça, c'est aussi une information très intéressante.
06:20On commence à parler d'une économie
06:21qui serait en croissance en forme de K,
06:24avec une branche qui monte,
06:25une branche qui baisse.
06:26Pourquoi ?
06:26En fait, c'est plutôt la consommation des riches,
06:28elle est très riche,
06:30des Américains qui ont les revenus les plus hauts,
06:32qui continuent de croître,
06:33portés par des marchés boursiers
06:35qui tiennent bien,
06:36alors que la partie plus modeste,
06:38elle voit sa consommation stagner.
06:39Mais on a une économie américaine
06:41qui est aujourd'hui en situation sensible.
06:44Trop tôt pour encore une fois parler de récession,
06:45mais en tout cas,
06:46qui est dans une position qui est assez atypique.
06:48En tout cas,
06:49Donald Trump,
06:49il dit que le Dow Jones a 50 000 points,
06:51ça montre que sa politique économique fonctionne.
06:54Il dit,
06:54pensez-y quand vous allez voter pendant les mid-termes.
06:56Toujours bien regarder les indices boursiers.
06:59Il y a vraiment les entreprises de la tech,
07:01notamment les Magnificent Seven,
07:02qui tirent,
07:03qui ont tiré,
07:04c'est un peu différent de tout quelques jours,
07:05mais qui ont tiré la croissance.
07:07Le reste des indices boursiers
07:08est plus classique et ressemble davantage
07:10à ce que l'on connaît à travers le monde.
07:11On va revenir sur le grand chamboule tout des marchés
07:13avec Étienne Braque dans quelques instants.
07:14Merci beaucoup Alexis Kachlins.
07:16Marché est venu ce matin dans la matinale de l'économie.
Commentaires