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  • il y a 7 mois
Jean-Louis Martin, économiste et chercheur associé sur l'Amérique latine à l'Ifri, et Alexandre Andlauer, analyste énergie chez Kpler Cheuvreux, étaient les invités de Laure Closier dans Good Morning Business, ce lundi 5 janvier. Ils sont revenus sur l'avenir politique du Venezuela, sur le plan de Marco Rubio pour l'Amérique latine, ainsi que sur la question de savoir si la Colombie devrait "surveiller ses arrières", comme l'a souligné Donald Trump, sur BFM Business. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Il est 7h45 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invité ce matin c'est Jean-Louis Martin.
00:04Bonjour, vous êtes économiste, chercheur associé à l'Amérique latine, sur l'Amérique latine à l'IFRI.
00:09On va parler de l'avenir politique du Venezuela, mais avant, les réactions européennes face à l'attaque de Trump
00:14vous ont surpris par leur passivité.
00:17Oui, parce que je pense que maintenant l'Europe, alors pas l'Europe chez nous, mais le Groenland est le prochain sur la liste.
00:27Ce n'est pas la Colombie comme l'a pu le laisser entendre Donald Trump, mais il est revenu plusieurs fois sur le sujet Groenland.
00:38Et là, ces derniers jours, il l'a mentionné à nouveau. Je pense que là, il y a un vrai risque.
00:43Et donc je ne comprends pas, et je n'ai vraiment pas d'explication à vous fournir, je ne comprends pas la passivité de la réaction des Européens.
00:52– Ils ont condamné Maduro, à peu près, en disant tous qu'il n'allait pas pleurer le fait qu'il allait ne plus diriger le Venezuela,
01:01mais vous auriez attendu quoi ? C'est l'état de droit qui doit révaloir ?
01:04– On comprend que Maduro a été condamné, il était illégitime, mais ça n'est pas le sujet de ces jours-ci.
01:10Il est illégitime depuis un moment, il a été condamné par la totalité des dirigeants européens quand il le fallait.
01:18On pouvait rappeler qu'il était effectivement illégitime, mais le sujet de ces jours-ci,
01:23c'est une intervention des États-Unis au Venezuela, en dehors de toute référence au droit international,
01:31et même en contradiction avec la propre constitution des États-Unis.
01:36Donc c'était ça le sujet, et ça apparaissait en petit caractère dans le bas des interventions de tous les dirigeants européens.
01:42Donc oui, je suis très surpris.
01:43– Vous dites que ça n'est pas la Colombie la prochaine cible, contrairement à ce qu'on peut penser.
01:47– Non.
01:48– Donald Trump dit qu'il faut surveiller ses fesses directement,
01:52ce sont ses mots où il parle directement aux dirigeants colombiens.
01:55– Oui, mais je ne crois pas, et je me trompe peut-être,
01:59à une intervention directe des États-Unis en Colombie, pour deux raisons.
02:03d'une part parce que la résistance risque d'être beaucoup plus sérieuse.
02:11À la différence du Venezuela, il y a en Colombie des militaires qui se font la guerre depuis 50 ans,
02:19donc ils sont probablement beaucoup plus coriaces que les Vénézuéliens.
02:23Et puis la deuxième raison, qui peut être encore plus forte,
02:25c'est qu'il y a en Colombie des élections législatives en mars cette année,
02:31qui vont très vraisemblablement être gagnées et largement par la droite colombienne,
02:36qui est déjà majoritaire au Congrès, dans les deux chambres colombiennes.
02:40Et puis il y a des présidentielles en mai pour le premier tour et en juin pour le second tour,
02:46qui se présentent aussi plutôt bien pour la droite,
02:49même si là les jeux sont moins faits,
02:51parce que la droite se présente divisée, alors que la gauche a défini un candidat unique
02:56et qui en plus est un assez bon candidat,
02:57mais la droite reste favori.
02:59Donc pas besoin en fait d'intervention, c'est ce que vous dites.
03:02Il suffit d'attendre quelques mois
03:03et le personnage désagréable pour Trump,
03:07qui est Petro, va disparaître du paysage.
03:11Donc pour ces deux raisons,
03:13risque quand même d'une résistance plus forte
03:16et puis proximité des élections,
03:18je ne crois pas à une intervention en Colombie.
03:19Par ailleurs, je pense que la motivation principale
03:24de l'intervention au Venezuela, c'était le pétrole.
03:27Et le pétrole, il n'y en a vraiment pas beaucoup en Colombie.
03:30Vous restez, Philippe Chalmin disait exactement le contraire,
03:32il y a quelques instants sur notre antenne,
03:34en disant que les Américains n'ont pas besoin du pétrole vénézuélien,
03:37ils en ont en quantité importante chez eux,
03:40et puis il est difficile à extraire,
03:41il est aujourd'hui dans des conditions compliquées,
03:43puisqu'il n'y a plus d'infrastructures.
03:45Vous pensez que ça reste un but de guerre ?
03:47Je pense que les entreprises pétrolières voient à long terme,
03:51et que la possibilité de prendre pied dans un pays
03:55qui a les premières réserves du monde,
03:57oui, je suis en désaccord avec Philippe Chalmin.
04:00J'ai constaté en plus hier que Donald Trump est revenu quand même
04:06avec beaucoup d'insistance sur ce sujet pétrolier.
04:08Donc je crois que c'est la principale motivation,
04:11parce que la démocratie, on voit bien,
04:14il a écarté sans ménagement Maria Corina Machado et Edmundo González.
04:18Donc la légitimité démocratique, ça ne l'intéresse pas.
04:22L'accusation de narcoterrorisme contre Maduro ne tient pas deux minutes,
04:29et elle vient en plus de la part d'un président des États-Unis
04:32qui a gracié, il y a moins d'un mois,
04:35un autre ex-président latino-américain, l'hondurien Erzendez,
04:39qui avait été condamné à 45 ans de prison
04:42pour narcotrafic par la justice américaine.
04:46Donc non, c'est une histoire qui ne tient pas debout,
04:48ça n'était qu'un prétexte,
04:50qu'on va habiller à New York au cours des prochains jours.
04:53Mais ça n'est pas sérieux.
04:55Pour moi, vraiment, c'est le pétrole.
04:58Le pétrole, pour vous, c'est donc le premier sujet.
05:01Est-ce que pour vous, Cuba est une cible également
05:04dans les prochaines semaines, prochains mois ?
05:07Les mots de Donald Trump aussi sont assez durs.
05:09Oui. Alors, Cuba, je pense que oui, c'est une cible,
05:13mais de manière différente.
05:15C'est-à-dire que là, c'est plutôt un coup de billard
05:17à deux ou trois bandes.
05:18Je pense que là, mon pronostic,
05:23c'est qu'il n'y a pas besoin d'intervention.
05:25C'est que Cuba, qui est déjà dans une crise économique
05:27extrêmement grave,
05:29va voir cette crise s'aggraver
05:31avec l'arrêt des livraisons de pétrole du Venezuela.
05:36Donc je pense que Cuba va tomber
05:38d'elle-même,
05:41parce que la lumière va s'éteindre, tout simplement.
05:44Et je pense qu'il n'y aura pas besoin
05:47d'intervention directe américaine,
05:49à laquelle je ne crois pas non plus,
05:50parce que là aussi, ça serait compliqué,
05:52il y aurait des résistances, etc.
05:56Mais Cuba va sans doute tomber,
05:58et ça sera quand même une douce vengeance
06:00à presque 70 ans d'échec pour les États-Unis.
06:02Donc si je comprends bien, pour vous,
06:04le seul sujet, c'est le Groenland ?
06:05À court terme, c'est pas le seul sujet.
06:09Je pense que d'autres latino-américains
06:11doivent faire attention aussi à ce qu'ils font.
06:14Mais à court terme, oui, c'est le principal risque.
06:16Et c'est un risque pour l'Europe.
06:18Et on revient à votre première question,
06:20ce qui explique ma surprise
06:21devant la faiblesse des réactions en Europe.
06:26Comment vous voyez l'avenir du Venezuela politiquement ?
06:30Vous disiez,
06:31Oritia n'est pas une option pour Donald Trump,
06:34Emmanuel Macron lui en a parlé,
06:35comme justement d'une option démocratique.
06:37C'est lui qui avait officiellement,
06:38je ne sais pas si on peut dire officiellement,
06:39gagné les élections au Venezuela il y a quelques années.
06:42Plusieurs scénarios sont possibles.
06:49Un, c'est qu'il y a effectivement un accord
06:52avec la présidente par intérim,
06:53Delcy Rodriguez,
06:56pour laisser les Américains opérer le secteur pétrolier.
07:00Ça me paraît assez compliqué,
07:01parce que Delcy Rodriguez fait partie
07:04d'un groupe de dirigeants.
07:06C'est-à-dire qu'elle ne va pas décider,
07:08elle toute seule,
07:09qu'il faut maintenant travailler avec les Américains.
07:11Alors peut-être que les pressions vont être suffisamment fortes
07:14sur le groupe dirigeant,
07:16qui inclut par exemple le patron de l'armée,
07:18Padrinan et d'autres gens,
07:20pour qu'ils se sentent obligés de coopérer avec les États-Unis.
07:24Sinon, une autre solution,
07:27ça serait de faire pression à nouveau
07:29par de nouveaux bombardements,
07:31par des séquestrations de bateaux sortant du Venezuela.
07:36les Américains ont encore un certain nombre d'outils à leur disposition.
07:40On parlait du Club des Cinq autour de Maduro.
07:43On parle de qui ?
07:45Alors il y a la vice-présidente,
07:48il y a le patron de l'armée,
07:53qui s'appelle Padrinan,
07:55qui est un militaire.
07:58Ce n'est pas un homme seul, Maduro au pouvoir ?
07:59Non, ce n'est pas un homme seul.
08:00Il y a le procureur général et qui est, je crois, aussi ministre de la Justice.
08:05Donc il y a un petit groupe.
08:08Mais il est possible que ce groupe soit divisé.
08:11Là, je n'ai pas d'informations d'insiders sur le sujet.
08:15On parlait de notre débat sur le pétrole.
08:16Est-ce que c'est, oui ou non, un but de guerre évident pour Donald Trump ?
08:20On est avec Alexandre Andlouer de chez Kepler.
08:22Merci d'être avec nous ce matin.
08:24Alexandre, ce qu'on voit quand même,
08:25c'est que ça ne bouge pas aujourd'hui,
08:27ni sur le WTI, ni sur le BREN.
08:30Pas de mouvement sur les marchés actions non plus.
08:32À l'OPEP, pas de discussion hier sur le Venezuela.
08:36Effectivement, parce que, comme vous l'avez dit plusieurs fois ce matin,
08:39les réserves sont extrêmement grandes.
08:42C'est un acteur majeur en termes de réserves et en termes de production.
08:45Le Venezuela, aujourd'hui, c'est moins d'un pour cent de la production mondiale.
08:48Donc l'impact est plutôt limité à ce stade.
08:51Maintenant, l'événement de ce week-end au Venezuela
08:54peut avoir un impact plutôt négatif sur les prix,
08:57sauf retournement majeur dans les relations avec les États-Unis.
09:00Il faut rappeler un peu le contexte.
09:02On est depuis plusieurs semaines, plusieurs mois,
09:04dans un marché pétrolier en surcapacité historique.
09:08Ces derniers mois, les prix ont baissé,
09:10mais ils ont été quand même soutenus par des primes de risque géopolitique
09:14venant aussi du Venezuela.
09:16Donc là, le marché est en train de nous dire
09:18peut-être que cette prime de risque géopolitique au Venezuela va diminuer.
09:22Et donc, effectivement, les prix du pétrole peuvent baisser.
09:27Le deuxième élément de réponse, c'est celui sur la production et les exportations.
09:31La production est extrêmement basse.
09:34Elle a baissé au fur et à mesure de ces dernières années.
09:37Mais un petit potentiel de hausse tout de même sur la production
09:41dans les prochains mois en fonction des relations avec les États-Unis.
09:45On pourrait voir 0,2, 0,3% de la production mondiale
09:50remonter grâce au pétrole du Venezuela.
09:54Je pense que l'impact, en fait, le plus important,
09:56il est potentiellement sur le long terme.
09:58Il reste très incertain à ce stade.
10:01Il faut avoir, pour les sociétés américaines,
10:02il faut avoir la confiance sur le long terme de revenir au Venezuela.
10:07Et comme vous l'avez déjà dit, c'est des milliards d'investissements.
10:10Ça met 5 à 10 ans.
10:11On est très, très loin d'un scénario
10:13où le Venezuela redevient un acteur majeur sur le pétrole.
10:17Alexandre, avec des sociétés pétrolières,
10:19on parlait de Chevron, on parlait de Conoco,
10:22on parlait d'Exxon, des titres qui pourraient grimper.
10:25Peut-être un retour de Total Énergie ?
10:27Il peut y avoir des paris sur les valeurs pétrolières à faire ?
10:30Pour des paris sur les valeurs pétrolières,
10:31je serais plutôt tenté à ce moment-là d'aller sur des raffineurs
10:34parce que c'est eux qui peuvent utiliser au mieux ce pétrole vénédual
10:39qui est extrêmement lourd.
10:41Elles sont outillées pour,
10:43elles sont plus sensibles en fait à la qualité du pétrole.
10:48Effectivement, sur le long terme,
10:49il vaut mieux sans doute miser sur les acteurs américains.
10:52Mais une fois de plus, il faut bien mesurer la baisse du pétrole,
10:56les prix du pétrole que ça peut engendrer.
10:58Je rappelle une fois de plus le contexte.
11:00On a beaucoup de pétrole aujourd'hui sur le marché.
11:02Il suffit d'une étincelle à un moment pour que ça rebaisse,
11:05à voir si le potentiel de production de ces acteurs américains
11:10est suffisant pour compenser en fait la baisse potentielle du prix du pétrole.
11:14Merci beaucoup Alexandre Landlower d'avoir été avec nous.
11:16Merci beaucoup Jean-Louis Martin d'avoir été notre invité ce matin
11:18dans Good Morning Business.
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