00:00La Chine vient percuter le cœur du modèle industriel européen, ce sont les mots d'Emmanuel Macron hier matin dans les échos.
00:05On en reparle avec Jacques Lemoisson. Bonjour, vous êtes le fondateur de Gate Capital Management.
00:09Quand on dit que ça percute le cœur du modèle industriel européen, c'est le moins qu'on puisse dire,
00:14puisque je redonne les chiffres qu'on a eus hier sur novembre.
00:17L'excédent commercial chinois atteint plus de 1000 milliards de dollars.
00:21C'est un record avec des exportations de la Chine qui ont augmenté de quasiment 6% en novembre sur un an
00:27et qui ont baissé vis-à-vis des États-Unis, donc a priori ça vient directement chez nous en Europe.
00:32Est-ce que vous pensez que la méthode d'Emmanuel Macron de dire
00:35« si vous ne nous respectez pas en tant qu'européens potentiels consommateurs et clients de vous chinois,
00:41on va vous mettre en place des droits de douane », est-ce que pour vous c'est une bonne stratégie ?
00:45Non. Déjà, qui on est pour essayer de menacer la Chine, petit un ?
00:50Est-ce qu'on a les cartes en main ? Non.
00:52Après, Xi Jinping le sait très bien, on voit ce qu'a récupéré Emmanuel Macron en allant en Chine.
00:57Rien. La Chine a gagné du temps.
00:59Il y aurait quelques contrats sur des Airbus mais non confirmés ?
01:02Oui. Après, derrière, on va toujours avoir des miettes de pain, on va dire.
01:05Mais globalement, c'est un choc de modèles industriels.
01:09Notre modèle est un modèle ancien.
01:11La Chine est un modèle nouveau.
01:14Les déclarations qui ont été faites sur « il faut que les Chinois investissent en Europe »,
01:18la Chine a investi, entre 2015 et 2025, 25 trillions de dollars de plus que l'Europe sur son architecture industrielle.
01:31Nous, en France, on est en train de se battre sur 30 milliards de trous dans la sécu.
01:36Vous comprenez que la magnitude n'a rien à voir.
01:39Donc non, on a clairement un problème de modèle.
01:43Mais qu'est-ce qu'on peut faire face au rouleau compresseur chinois ?
01:45Parce qu'on le sait, ça va être le cas dans l'aluminium dont on parlera tout à l'heure,
01:49mais on sait que la compétition chinoise, en fait, elle est tellement forte qu'on ne peut pas lutter.
01:53Est-ce qu'il faut lâcher l'affaire ? Comme vous le dites, ils sont trop forts pour nous ?
01:56Ce n'est pas lâcher l'affaire. Je pense que le terme de coopération n'est pas un vilain mot, le titin.
02:02Il suffit de voir qu'il y a quand même des centaines de milliards d'investissements de sociétés européennes en Chine.
02:08Il faut aussi comprendre que la Chine n'a pas besoin de nous.
02:11Ce n'est pas qu'elle ne veut pas, comme j'ai entendu dans certains plateaux, certains économistes le dire.
02:16La Chine ne veut pas, elle n'a pas besoin de nous.
02:18Qu'est-ce qu'on met dans la coopération ?
02:20Dans la coopération, il y a des briques.
02:22Par exemple, il y a des sociétés comme Nexperia, qui font des puces pour les autres automobiles.
02:30Et évidemment, elle est interachetée par la Chine et c'est une coopération.
02:34Les Chinois prennent ces petites puces et les Chinois complètent la supply chain de ces puces
02:41avec des produits qu'ils ont à eux.
02:43Et in fine, c'est des produits Nexperia européens, qui est un des leaders dans ce...
02:48Ça, pour vous, c'est un bon exemple ?
02:49Pour moi, c'est un bon exemple de coopération.
02:52C'est un mauvais exemple en termes de, on va dire, idiotie politique.
02:57Parce qu'à un moment, les Hollandais ont dit, si plus les Chinois, spoliation.
03:00Une loi de 56, je crois, qu'ils ont remis au goût du jour, qui est dans la guerre froide.
03:04En disant que c'est stratégique, en fait.
03:06Du coup, on récupère.
03:06Oui, c'est stratégique, in fine, mais c'est stratégique de rien.
03:08Parce que les Chinois ont dit, nous, on coupe.
03:11Et l'industrie automobile se trouve par terre.
03:12On a besoin de la Chine pour produire.
03:15Parce que les Chinois ont investi ce que nous n'avons pas investi.
03:20On a une électricité deux fois plus chère.
03:22On a un coût du capital quatre fois plus élevé.
03:24On a des régulations dans tous les sens.
03:26Et on n'a aucune vision.
03:28Donc, à un moment, il va falloir se poser la question d'un reset.
03:30Et d'ailleurs, lorsque vous avez présenté les Awards 2025,
03:3390% des patrons ont dit la même chose que moi.
03:38Il y a trop de régulations.
03:39Où est-ce qu'on va ?
03:40Et c'était à la fois un bon moment, mais triste.
03:42C'est pas faux.
03:44Non, c'est vrai.
03:44C'est un peu le sentiment que ça a laissé.
03:45Annalisa.
03:46Vous dites que les Chinois n'ont pas besoin de nous.
03:48Ils ont quand même un peu besoin de l'Europe en tant que consommateurs,
03:51en tant que marché de consommation.
03:52Bien sûr.
03:52C'est pour ça qu'ils ont déjà commencé à orienter les flux qui allaient avant vers les États-Unis,
03:57vers l'Europe.
03:57Nous, on est un peu des victimes collaterales dans cette histoire.
03:59C'est intéressant, c'est qu'on va regarder les chiffres en détail.
04:01C'est vrai, il y a plus de flux vers l'Europe,
04:04mais surtout, il y a une explosion des flux vers l'Azéane,
04:07vers l'Asie du Sud-Est.
04:08Mais une explosion des flux.
04:09Pour plusieurs choses.
04:11Déjà, un, les flux sont...
04:15Certains pays du Sud-Est sont utilisés par la Chine pour contourner les tarifs.
04:19Alors, tarifs qui ne marchent pas, la preuve.
04:22Record de balance commerciale chinoise.
04:24Bon, donc ça ne marche pas.
04:26Et après, derrière, l'Azéane 5,
04:28donc les 5 plus grands pays d'Asie du Sud-Est,
04:32ont une croissance du PIB à 4,2 à peu près,
04:35quand le G7 est à 1,5.
04:37La croissance n'est plus chez nous, elle est là-bas.
04:39Donc les consommateurs, ils sont là-bas.
04:40Ils sont là-bas.
04:41Et en plus, le choc des différentes administrations américaines d'avoir des tarifs
04:45fait qu'il y a une conscience des pays asiatiques de dire
04:48la Chine est peut-être un partenaire plus, je dirais, stable que les États-Unis.
04:55Et donc, avant, il y avait un footprint, désolé,
04:58il fait une empreinte américaine très forte.
04:59Maintenant, la Chine est devenue une alternative plausible pour beaucoup de pays.
05:06Et donc, maintenant, c'est l'Asie du Sud-Est qui traîne une grosse partie.
05:10Elle rentre un peu, mais vraiment, regardez les flux commerciaux vers l'Amérique du Sud,
05:14vers l'Afrique, vers le Moyen-Orient et vers l'Asie du Sud-Est,
05:19qui représente maintenant quasiment 60% de la croissance mondiale.
05:22Quand Emmanuel Macron dit ce qu'il nous faut, c'est des transferts de technologies
05:26avec des usines chez nous qui produisent des voitures électriques,
05:29vous y croyez à ça, au fait que la Chine puisse accepter de faire ce que nous,
05:33on a fait il y a 30 ans ?
05:35Je pense qu'ils le font déjà.
05:37Vous avez BYD qui a des usines dans le nord de l'Europe,
05:42dans l'Est de l'Europe, pardon.
05:45Donc, ils peuvent le faire, oui.
05:48Le problème, c'est qu'ils ne le font pas parce qu'ils sont menacés de tarifs.
05:51Ils ne sont pas fous.
05:51Et derrière, ils ont une telle compétitivité locale.
05:54Si c'est pour le faire en Europe, avec un prix d'électricité deux fois plus cher.
05:57Alors en France, c'est différent.
05:58Mais en Allemagne, ce sera la charbon qui fournit l'électricité.
06:01Donc, vous achetez une Tesla en Allemagne, vous pouvez lever.
06:04Parce que c'est la chaîne de production d'électricité.
06:07Mais in fine, les Chinois peuvent en effet investir,
06:10mais on n'a pas de cadre réglementaire clair.
06:14Les Pays-Bas ont démontré qu'ils peuvent ressortir des règles
06:19pour foutre dehors un actionnaire chinois.
06:22Est-ce que vous croyez que les Chinois vont dire
06:24« Ah ben super, oui, on va investir chez vous ».
06:26Trop de risques.
06:28Et pas assez d'intérêt.
06:29Non, pas assez d'intérêt.
06:30Déjà, ils le produisent très bien.
06:31Et même avec des tarifs, ils seront encore moins chers.
06:33Une voiture chinoise, je suis allé en Chine il y a quelques mois,
06:36vous avez un 4x4 luxueux, 7 places,
06:39avec des écrans partout, qui marchent très très bien,
06:42qui a 700 km d'autonomie,
06:43vous l'avez pour 25 000 dollars.
06:47Donc vous mettez 100% de tarifs.
06:49C'est le prix de la R5.
06:50Oui, 100% de tarifs, ça fait 40 000 dollars.
06:53Et vous avez l'équivalent d'un Q7 en termes de taille.
06:56Donc le gros problème, c'est qu'on a des atouts
06:59absolument énormissimes en Europe.
07:01Le problème, c'est qu'on a une classe dirigeante
07:04qui est aveugle, incompétente, on ne sait pas encore trop.
07:08Mais on a un gros problème à ce niveau-là,
07:09sachant que la Chine n'est pas un pays,
07:11c'est une civilisation.
07:13L'Égypte, les civilisations égyptiennes, romaines, grecques,
07:17beaucoup ont disparu.
07:18La Chine est une civilisation.
07:20On ne se bat pas contre un pays, mais contre une civilisation.
07:23Merci beaucoup Jacques Lemoisson,
07:24d'être venu ce matin dans la matinale de l'économie.
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