00:00 dans l'intimité de l'histoire.
00:02 - Et aujourd'hui Clémentine, vous nous emmenez visiter un caillou si on peut dire.
00:07 - Bah oui.
00:08 - Et un caillou c'est jouer une bataille restée gravée dans l'histoire, la bataille de Trafalgar.
00:12 - Écoutez, je n'ai pas le secret de Trafalgar,
00:14 mais peut-être que je vais vous apprendre quand même un ou deux petits trucs qu'on va voir.
00:18 En tout cas, même si vous ne saviez pas que Trafalgar est la plus grande défaite de l'histoire de la marine française,
00:24 vous connaissez forcément la chanson de Brassens, les copains d'abord, hein ?
00:28 - Oui. "Au moindre coup de Trafalgar, c'est l'amitié qui prenait le quart."
00:33 Bon alors, qu'est-ce que ça veut dire ?
00:34 Ça veut dire que les copains sont tellement soudés qu'au moindre pépin, au moindre coup du sort, ils se serrent les coudes.
00:41 Alors, que s'est-il passé exactement à Trafalgar pour que cela donne une expression dans la langue française ?
00:46 D'abord, où ça se trouve Trafalgar ? Vous savez où ça se trouve Trafalgar ?
00:49 - Précisément non.
00:50 - Précisément, mais en gros quand même, en gros, vous savez où c'est, non ?
00:53 Non ? Même en gros ?
00:55 Oh là là ! Aïe aïe aïe ! Ah ouais !
00:58 Alors bon, c'est tout à fait au sud de l'Espagne quand même, non ?
01:01 - Oui, mais c'est...
01:02 - Près du détroit de Gibraltar et de Gaddix, voilà.
01:04 Et d'où vient le nom Trafalgar ?
01:06 Même vous Stéphane, je vais vous apprendre un truc là.
01:09 Ça vient de "Taraf al-garb".
01:11 - Ah oui, l'algebra.
01:12 - Ça ressemble un petit peu à "al-garb", oui c'est ça, mais "cap de l'ouest", le cap extrême.
01:17 Et l'algebra, ça doit être la même racine arabe sans doute.
01:20 - Oui, oui.
01:21 - Peut-être que quelque chose...
01:22 - Et l'algarve, l'algarve vient de là aussi ?
01:24 - Ah mais sans doute, vous avez raison.
01:26 - Ah vous voyez comme c'est passionnant l'étymologie.
01:29 Bon alors, à quoi ça ressemble Trafalgar ?
01:31 Oui, c'est un très gros caillou, un promontoire peu élevé
01:34 qui constitue la limite nord-ouest du détroit de Gibraltar
01:38 à la jonction de l'océan Atlantique et de la mer Méditerranée.
01:42 Alors, quand ça se passe là, grosso modo quand même,
01:45 ça vous le savez, c'est sous le règne de Napoléon Ier,
01:48 et très précisément le 21 octobre 1805.
01:52 Qui est en lice à Trafalgar ?
01:54 Il n'y a pas simplement la marine française,
01:56 commandée par le vice-amiral Villeneuve.
01:58 La marine française est alliée à la marine espagnole,
02:01 qui elle est dirigée par l'amiral Gravina.
02:04 Et donc nous, Français, sommes alliés avec les Espagnols
02:07 contre la flotte britannique qui est dirigée là pour le coup,
02:10 bon là, c'est quasiment Pavlovien pour un Français, non ?
02:13 L'amiral Nelson.
02:15 L'amiral Nelson qui va perdre la vie lors de la bataille.
02:19 Et ce jour-là, c'est ça qui est particulièrement vexant,
02:22 humiliant pour la marine française,
02:23 c'est que la marine française et espagnole est supérieure en nombre.
02:26 Nous avons 33 navires,
02:29 contre 27 seulement pour les Anglais,
02:32 ça fait six bateaux de différence,
02:34 c'est pas énorme, mais enfin, grosso modo,
02:36 on domine en nombre.
02:37 Et ce sont les Anglais qui gagnent grâce à un renversement
02:41 complet de la tactique habituelle de combat en mer.
02:44 Parce que comment se combattent deux flottes habituellement en mer ?
02:49 Elles se disposent en deux longues files perpendiculaires au vent,
02:54 d'où le terme d'ailleurs de vaisseau de ligne,
02:56 et elles naviguent l'une vers l'autre,
02:59 elles remontent toutes les deux lentement le vent,
03:01 en se croisant, elles se canonnent,
03:03 donc ça fait pas beaucoup de dégâts si vous voulez,
03:05 parce que vous avez égare le temps,
03:07 vous êtes là, vous êtes poussé par le vent,
03:08 donc le temps que vous passiez devant le bateau adverse,
03:11 vous tirez, mais après vous poursuivez votre chemin.
03:14 Et à Trafalgar, au contraire,
03:16 au lieu de pratiquer cette tactique classique,
03:20 Nelson cherche à détruire complètement la flotte française,
03:25 et à tronçonner sa flotte.
03:27 Alors il coupe notre flotte par le milieu,
03:29 donc il empêche complètement l'avant-garde
03:31 de venir au secours des bateaux à l'arrière,
03:33 et il détruit l'un après l'autre tous nos bateaux.
03:36 Alors qu'est-ce que ça donne comme résultat ?
03:39 C'est affligeant,
03:40 il y a eu 4 400 morts côté franco-espagnol,
03:43 contre 448 côté anglais.
03:47 Et le coup de Trafalgar,
03:49 donc cette façon de procéder extrêmement rapide,
03:52 tronçonner la flotte comme ça,
03:53 c'est devenu synonyme de manœuvre inattendue et décisive.
03:58 Voilà ce que c'est qu'un coup de Trafalgar.
04:00 Qu'est-ce qu'on peut retenir d'autre ?
04:01 Bien sûr, la grande question de savoir
04:04 si Nelson a été tué par une balle française ou espagnole,
04:08 on débat encore de la question.
04:10 En tout cas, il a pris une balle dans la colonne vertébrale,
04:12 il meurt pendant la bataille,
04:14 se dépouille, il est rapatrié en Angleterre dans un fudrome.
04:18 Ses obsèques ont lieu à Saint-Paul à Londres le 8 janvier 1806
04:22 et l'amiral Villeneuve, qui est donc celui qui a perdu la bataille
04:26 et qui est prisonnier des Anglais à ce moment-là,
04:29 assiste aux obsèques de son vainqueur,
04:31 pour lequel il a évidemment le plus grand respect,
04:32 car c'était un immense marin, un immense amiral, Nelson.
04:37 Le cercueil de Nelson,
04:39 ça aussi c'est un peu énervant pour les Français,
04:40 il a été fabriqué à partir du mât de Lorient.
04:43 C'était un bateau français que les Anglais nous avaient pris à Aboukir.
04:46 Donc Nelson est dans un cercueil en bois français
04:50 et tous les objets liés à cet épisode naturellement ont été pieusement conservés.
04:54 Je suis sûre que Stéphane a vu tout ça.
04:56 La balle qui a tué Nelson,
04:58 elle a été exposée pendant longtemps dans le grand vestibule du château de Windsor.
05:02 L'uniforme qu'il portait sur lui le jour de la bataille
05:05 est présenté au musée national de la marine de Greenwich.
05:07 Voilà, tout ce qui concerne Nelson en Angleterre
05:10 a été pieusement conservé.
05:13 Vous voyez la statue de Nelson qui trône en plein cœur de Londres,
05:16 à Trafalgar Square.
05:17 Alors elle a été placée tout en haut d'une colonne,
05:20 pourquoi ? Parce qu'il fallait que même depuis Londres,
05:23 Nelson puisse voir la mer.
05:26 Et les quatre lions qui sont au pied de Nelson,
05:30 en bas de la colonne de Trafalgar,
05:32 ont été fondus avec des canons qui ont été pris aux Français.
05:36 Quant au bateau de Nelson,
05:38 le Victory existe toujours, il est chouchouté comme un bonbon.
05:42 C'est un bateau musée,
05:44 et il fait toujours officiellement partie de la Royal Navy.
05:47 D'ailleurs, on peut aller voir à l'Hallport Smooth,
05:49 c'est un des rêves de ma vie, vous l'avez vu ?
05:51 - Il y a un morceau de ce bateau qui a servi
05:54 pour constituer le bois,
05:56 vous savez, sur la couronne
05:58 dans laquelle il y a la caméra du jubilé,
06:03 du carrosse du jubilé qu'a emprunté le roi Charles.
06:06 - C'est fait avec un morceau du bateau de Nelson ?
06:08 - Ah, extraordinaire !
06:10 - Vous voyez, ça va très loin, la réutilisation de Nelson va très très loin.
06:13 - En tout cas, en conclusion,
06:15 on sachait que quand la BBC avait produit une émission
06:18 intitulée "100 Greatest Britons",
06:20 c'est-à-dire les 100 Anglais les plus populaires,
06:23 les plus grands hommes de l'histoire d'Angleterre,
06:25 l'amiral Nelson se retrouva presque 200 ans après sa mort
06:29 à la 9ème place du classement, ce qui est quand même pas mal,
06:32 parce que dans le même temps, Napoléon Ier,
06:34 dans un classement à peu près similaire,
06:37 ne décrocha chez nous que la 16ème place
06:40 entre Jules Verne et Louis de Funès.
06:43 Ah ben oui, on a des dirigeants qu'on mérite, qu'est-ce que vous voulez !
06:46 - Merci Clémentine !
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