00:00Europe 1 Soir, 19h21, Charles Huillier.
00:04Je suis toujours accompagné d'Antoine André, rédacteur en chef du service politique du journal du dimanche,
00:10et Michel Fayad, analyste géopolitique et auteur du livre « Après la guerre » paru chez Fayad il y a
00:17déjà quelques semaines.
00:18Alors, on le disait justement dans le journal de Stéphane Burgatte,
00:22la visite de Sébastien Lecornu ce matin en Gironde a été assez agitée.
00:26Le Premier ministre a débuté sa séquence par le Porge, village meurtri, presque 200 habitations détruites par les flammes.
00:35Je vous propose d'écouter l'accueil justement réservé par les quelques dizaines d'habitants du Porge présents auprès du
00:43ministre ce matin.
01:00Voilà une ambiance captée par Charles Bouchard, l'envoyé spécial de repas en Gironde.
01:04Alors nous évoquerons bien sûr le plan de relance.
01:08On l'a appris durant l'après-midi, 10 millions d'euros pour relancer la Gironde, 2 millions d'euros
01:13pour relancer les Landes.
01:15De cela nous allons parler dans un instant.
01:17Mais juste avant, est-ce que vous comprenez, Antonin André et Michel Fayad, cette fronde, voire cette colère de la
01:25part des habitants du Porge,
01:27la commune la plus meurtrie après ces incendies en Gironde ?
01:30Michel Fayad.
01:31Ces gens quand même ont tout perdu, donc c'est normal qu'ils soient vraiment en colère.
01:36Après, en fait, le Premier ministre Lecornu a dit qu'il y avait des problèmes déjà avant qu'il arrive
01:44au gouvernement,
01:45qu'il y avait même des problèmes avant l'élection d'Emmanuel Macron.
01:48Là vous parlez des moyens de la sécurité civile, c'est ça ?
01:51Absolument.
01:52Mais en même temps, les gens doivent se dire forcément que 12 millions en total, c'est rien en fait.
01:58C'est la cosmétique, c'est un...
02:00Je parle en fait de la vision qu'ont les gens qui sont sur le terrain, qui ont tout perdu.
02:05Mais pour répondre sur la colère déjà, on voit souvent ces phénomènes-là.
02:09On se rappelle en Espagne des inondations tragiques qu'il y avait eues dans la région de Valence.
02:13En novembre 2024.
02:14Quand les autorités arrivent, c'est vrai qu'il y a une espèce de frustration et de colère qui s
02:17'exprime envers les autorités,
02:19dont il faut aussi comprendre qu'il y a une part qui n'est pas forcément rationnelle.
02:22C'est-à-dire que vous dites que c'est un peu un miroir grossissant et que ce n'est
02:25pas représentatif de la fronde.
02:27Non, enfin, je pense qu'il y a sans doute une frustration, une colère qui s'exprime,
02:31et elle s'exprime parce que là il y a un représentant de l'État qui est censé nous protéger,
02:34et que ces gens-là estiment qu'ils n'ont pas forcément été très bien protégés.
02:37Et donc le fond de cet accueil d'ailleurs, c'est une partie des habitants du Porges considèrent
02:42qu'on a déplacé des moyens pour davantage les vacances du Cap Ferret que pour eux.
02:48Alors sur ce point-là, Sébastien Lecornu a répondu en disant qu'il faudrait qu'il y ait un retour
02:52de l'expérience
02:52et qu'on refasse minute par minute et heure par heure le déroulé des faits
02:56pour rassurer les gens sur le fait qu'il n'ait pas été abandonné.
02:59Mais c'est important de le faire et de le faire pour rétablir la vérité des faits.
03:02Pour ces gens-là, je pense que c'est important.
03:04Voilà, parce qu'on peut comprendre tout à fait la colère,
03:06mais c'est vrai qu'il faut veiller à ne pas aller à l'emporte-pièce et ne pas colporter,
03:12parce que je sais que beaucoup d'hommes politiques locaux là-bas dans le Sud-Ouest
03:15se sont emparés de ça, un peu à tort et à travers,
03:19et c'est vrai qu'il faudra faire la transparence.
03:21Il faudra être capable de faire un retour d'expérience pour nous dire exactement ce qui s'est passé
03:24et comment les choses ont été opérées.
03:25Alors est-ce que cette visite quand même est un peu tardive, Michel Fayad ?
03:29Ça arrive un peu après la messe, cette histoire.
03:34Les incendies en Gironde sont terminés quand même depuis quelques semaines.
03:38Oui, non, c'est vrai.
03:39Ça fait partie, je pense aussi, de ce qui a mis les gens un peu en colère.
03:42Mais en même temps, il ne fallait pas faire de la communication pour de la communication.
03:48Et je pense que le Premier ministre a essayé de venir avec quelques idées en place
03:54et de présenter ses propositions.
03:56Après, je ne dis pas que ses propositions sont bonnes ou sont mauvaises,
03:59mais je dis qu'il a essayé de venir avec un travail qui a déjà été effectué au départ
04:03pour pouvoir s'exprimer auprès des gens,
04:06quand bien même ces gens effectivement montrent leur colère contre lui.
04:09Mais la vraie question, c'est qu'est-ce qui va maintenant être fait
04:14pour que les choses ne se reproduisent plus en fait dans les prochaines années ?
04:19Et ça, ça va être très compliqué parce qu'on est dans une année électorale,
04:22on rentre dans une année électorale qui n'a pas de majorité à l'Assemblée.
04:27Justement, alors bon, il y aura un projet de loi à la rentrée
04:31qui sera débattu à l'Assemblée nationale concernant la sécurité civile.
04:35Il faudrait un milliard d'euros, c'est ce qu'on nous a annoncé.
04:40Un milliard d'euros pour la rénovation du matériel, pour les moyens aériens,
04:45parce que je vous rappelle que la moitié de la flotte était à Quai et à Chesse cet été.
04:50Un milliard d'euros, on les prend où, Antonin André ?
04:53Ça, c'est des questions d'arbitrage qu'il va falloir faire dans le budget.
04:57Le gouvernement, en ce moment, cherche des marges de manœuvre.
05:00On parle de la désindexation de certaines retraites, par exemple.
05:03Là, il y a 6 milliards d'euros à aller chercher.
05:04Pour les plus hautes pensions.
05:05Voilà, pour les plus hautes pensions.
05:06Mais donc, ce sont des sommes qui sont considérables.
05:09Il faut voir aussi, parfois, sans doute, s'il n'y a pas des transferts de charges.
05:13Il y a des investissements de charges qu'il faut faire.
05:15Mais ce qui est sûr, c'est qu'il va falloir investir massivement,
05:17et pas seulement pour la sécurité civile.
05:19Ce qui est aussi en lien avec les mesures qui ont été annoncées.
05:22une partie des élus, parce que les mesures, on y reviendra si vous le souhaitez,
05:25mais une partie des élus s'interrogent sur le fait qu'on ne prenne pas en considération
05:30le fait qu'il faille réaménager le territoire, d'une certaine façon,
05:32repenser l'aménagement des forêts.
05:34Mais vous savez que ça, il y a des lobbies écologistes
05:37qui vont faire feu de tout bois sans jeu de mots, pardonnez-moi.
05:41Il n'y a pas de raison de se laisser dicter la loi par les lobbies écologistes.
05:46Il pèse beaucoup aujourd'hui, Antonin André.
05:48L'intérêt général exigerait qu'on puisse réfléchir à la façon dont on va surtout
05:52replanter et revoir les aménagements de territoire.
05:55Il y avait notamment un élu, que j'entendais,
05:57qui s'inquiétait lui du fait que tous ces pains qui ont été brûlés
06:00sont des aspirateurs à eau, c'est-à-dire qu'ils retiennent de l'eau.
06:03Et au moment des grosses pluies, par exemple,
06:05il y a une inquiétude sur le fait que le ruissellement ne se fasse pas
06:07et qu'on ait des inondations décuplées par ces forêts.
06:09Donc on est là dans un sujet qui va nous tenir en haleine pendant longtemps
06:13et sur lequel il faudra investir des milliards, c'est sûr.
06:1540 litres par pain et par jour, Antonin André, vous avez tout à fait raison.
06:20Alors, c'est vrai que dans les 12 millions d'euros dont a parlé cet après-midi
06:25le Premier ministre Lecornu, je le rappelle,
06:2710 millions d'euros pour la Gironde, 2 millions d'euros pour les Landes,
06:30il y a aussi une enveloppe dans ces 12 millions d'euros,
06:33une enveloppe communication, publicité, pour à nouveau pouvoir accueillir
06:38des touristes dans ces deux départements sinistrés.
06:41Est-ce que ça, ça ne vient pas percuter un petit peu les faillites
06:45et les fautes de communication de la part notamment des hauts fonctionnaires locaux,
06:50notamment en Gironde, parce qu'on se rappelle que la préfète de la Gironde
06:53avait au cœur de l'été déconseillé aux touristes de venir.
06:57Elle a donc, pardonnez-moi l'expression, un peu flingué la saison touristique sans le vouloir.
07:01Ça, c'était au plus fort de l'incendie en Gironde.
07:04Et là, on sort du chapeau une enveloppe pour communiquer et attirer les touristes
07:09dans cette région du Sud-Ouest.
07:11Est-ce que ça ne vient pas un peu en contradiction ?
07:13Michel Fayad, Antonin André.
07:15Oui, peut-être.
07:17Mais je pense qu'il y avait peut-être aussi autre chose à faire.
07:20Il nous parle beaucoup du plan Notre-Dame, etc.
07:23Mais on pourrait aussi imaginer quelque chose de grand solidaire au niveau national.
07:29Peut-être faire appel aux grandes fortunes pour sauver en fait...
07:33Des mécènes.
07:33Oui, pour sauver peut-être cette partie du territoire français,
07:37puisque c'est quand même notre territoire, notre nature.
07:41Et si l'État n'a plus les moyens, peut-être qu'eux ont des moyens.
07:44Il faudrait voir comment est-ce qu'ils pourraient gagner de l'autre côté.
07:47Mais enfin, si l'État n'a pas suffisamment d'argent...
07:51En fait, il y avait juste une chose que je voulais compléter.
07:54Justement, c'était qu'en fait, le Cornu a évoqué la possibilité
07:57qu'il y ait un reste du budget actuel de cette année
08:01qui pourrait être alloué à cela en partie.
08:04Et en plus du budget qui serait négocié pour l'année prochaine.
08:07Mais quand bien même, ça ne suffira pas.
08:10Et surtout si on ne veut pas que les choses se reproduisent l'année prochaine
08:15et l'année suivante, peut-être qu'il faut regarder le privé.
08:18– Antonin André, ce que disait Michel Fayad,
08:20ce que disait Michel Fayad, c'est qu'effectivement,
08:23il y a des mécènes qui ont déjà mis la main au pot
08:27pour reconstruire Notre-Dame, 850 millions d'euros au total.
08:31Pourquoi pour le Sud-Ouest, la Gironde et les Londres ?
08:35Et les Londres, ce ne serait pas possible alors, Antonin André ?
08:37– Peut-être que ce sera possible, il n'est pas impossible que...
08:39– Il y a un caractère patrimonial quand même dans cette histoire.
08:42– Il n'est pas impossible que des grandes fortunes
08:44et que des grands groupes décident de faire un fonds de solidarité
08:48pour aider ces départements à se relever,
08:51notamment les personnes fortunées qui ont l'habitude
08:54de passer leurs vacances au Cap-Ferret,
08:55qui est réputée pour être une sorte de Saint-Tropez
08:57de l'océan Atlantique.
08:58Donc ça n'est pas à exclure.
09:00Après, sur les fonds alloués, il faut distinguer deux choses.
09:04Il y a les dépenses de long terme qui seront,
09:05donc la réaménagement du territoire, ça.
09:07Il y a l'aide immédiate.
09:08Et sur le plan de l'aide immédiate,
09:09il y a quand même une mesure qui a été annoncée outre le fait
09:12que les permis de construire vont être accélérés.
09:15Alors ensuite, il y a la question des assurances,
09:16sur lesquelles le gouvernement n'a pas toujours la main.
09:18Mais ce qui est très important pour les entreprises...
09:20– Il a mis la pression sur les assureurs,
09:21M. Lecornu, là, tout à l'heure.
09:22– Ce qui me semble important aussi,
09:23c'est l'exonération de charges fiscales et sociales
09:26pour les entreprises sur les trois prochains...
09:28– Pensez-vous qu'on en a les moyens ?
09:31– Alors, je ne sais pas si on en a les moyens,
09:34mais je pense que l'idée de sauvegarder l'emploi
09:35et l'activité dans ces régions est quand même très importante,
09:37notamment pour leur avenir, et ça, ça coûte 100 millions d'euros.
09:40En gros, exonérés de charges sociales et fiscales sur trois mois,
09:42toutes les entreprises concernées,
09:43c'est environ 100 millions d'euros,
09:45et c'est renouvelable éventuellement sur les trois mois suivants.
09:47Donc ça, c'est une mesure solante et trébuchante
09:49qui, je crois, a été très attendue par les forces économiques sur place,
09:51qui participe, si vous voulez,
09:53de la reconstruction de ces territoires aussi.
09:54– Mais vous savez que les assureurs n'ont pas commencé,
09:57pour la plupart, j'entends, à rembourser,
09:59mais ont déjà annoncé,
10:01et ça, ils ont été très clairs et très réactifs pour le faire,
10:04une hausse des cotisations.
10:06Michel Fayad, malheureusement, c'est la dure réalité du terrain, ça.
10:09– Oui, en fait, à chaque fois qu'il y a un drame,
10:11les assureurs, malheureusement, en profitent.
10:13– Bon, ce sont des entreprises, les assureurs.
10:15– Bien sûr, c'est leur travail.
10:16– Comme on les blâmait.
10:16– C'est comme aussi le commerce à travers le détroit d'Hormuz,
10:19les assureurs…
10:20– Mais à la limite que les cotisations augmentent,
10:22que les cotisations augmentent l'année prochaine,
10:24de quelques euros,
10:25parce que les risques climatiques sont de plus en plus importants
10:26et plus lourds à prendre en charge.
10:27À la limite, mais en retour,
10:30on attend des assureurs que dans des moments comme cela,
10:33les experts sur les pêchés rapidement sur place,
10:35que les indemnités soient rapidement débloquées.
10:37C'est souvent la croix et la bannière pour faire valoir ces droits,
10:39alors qu'on a signé un contrat d'assurance qu'on paye.
10:41C'est une assurance, c'est un droit qu'on achète.
10:45Et bien souvent, les assureurs ne sont pas toujours très diligents
10:50lorsqu'il s'agit d'aider les gens dans l'urgence.
10:52Or, c'est là qu'on a besoin de l'efficacité des assureurs.
10:54– Rapidement, parce que nous évoquions cette séquence incendie,
10:59Emmanuel Macron a rencontré aujourd'hui
11:01les meilleurs des communes sinistrées dans le Var.
11:04Il les a rencontrés à Brégançon, son lieu de villégiature.
11:09Alors, on peut saluer effectivement cette rencontre
11:12et le fait que ces élus aient été conviés à Brégançon.
11:16Que pensez-vous, Antonin André et même Michel Fayad,
11:18du fait de recevoir ces maires de communes sinistrées
11:21dans le faste de Brégançon ?
11:25N'y a-t-il pas ?
11:26Je suis peut-être mauvaise langue et vous allez me le dire.
11:28– Brégançon n'est pas un endroit très facileux.
11:30C'est même un endroit assez austère
11:32qui fait que certains présidents n'aimaient pas y passer leurs étés
11:34parce qu'ils considéraient que c'était un endroit trop austère.
11:35– On a vu la couverture de Paris Match,
11:39c'était pas non plus germinal.
11:40D'accord ?
11:41Alors du coup, on peut aussi se demander
11:44pourquoi Emmanuel Macron n'est pas allé directement
11:47à la rencontre des maires dans leurs communes respectives.
11:50– Oui, il aurait pu aller sur les communes respectives
11:52pour aller voir ses maires.
11:53En même temps, ça résonne avec ce que vous vous interrogez
11:55sur les délais de déplacement de Sébastien Lecornu.
11:58Je pense qu'il y a eu aussi la volonté de la part des politiques
12:00de ne pas visiter trop tôt des endroits
12:03où des reprises de feu étaient possibles
12:05et où en fait, quand vous déplacez une personnalité sur place,
12:07ça mobilise de la sécurité et de la protection
12:10au détriment de la sécurité des habitants et des reprises de feu.
12:13Mais effectivement, il aurait été de bon ton
12:15qu'Emmanuel Macron puisse aller visiter quelques communes aussi sur le terrain
12:18pour pas seulement recevoir les élus,
12:20mais aller auprès des populations
12:21parce qu'on voit bien que c'est un traumatisme très lourd pour elle
12:23et que c'est aussi la vertu d'un homme politique,
12:25d'un Premier ministre ou d'un Président
12:26d'aller à la rencontre des gens
12:28pour excemer sa compassion et son empathie.
12:30– Et puis faire un…
12:31– Il aurait pu faire un saut de puce du Var,
12:33j'allais dire, au Var.
12:34– En jet-ski aussi, ça marche, effectivement.
12:37Ou bien en foil,
12:38parce qu'on l'a vu effectivement dans Paris Match.
12:41Voilà, alors heureusement, je ne lis pas que Paris Match.
12:44Je m'informe autrement,
12:45rassurez-vous, Antonin André et Michel Fayad,
12:48vous restez avec moi, messieurs,
12:49parce que nous évoquerons et nous allons évoquer
12:52Gérald Darmanin qui d'abord,
12:54eh bien, annonce renoncer à la présidentielle,
12:57mais surtout, annonce soutenir Édouard Philippe.
13:01Alors que reste-t-il pour Gabriel Attal ?
13:04Que lui reste-t-il ?
13:05Parce que lui, il n'a pas beaucoup de cadors qu'il soutienne.
13:07De cela, nous parlerons avec vous,
13:09Antonin André et Michel Fayad.
13:11À tout de suite.
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