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  • il y a 4 jours
Pour ce nouvel épisode de « Chocs du monde », le magazine des crises et de la prospective internationales de TVL, Édouard Chanot reçoit Emmanuel Gout, diplomate, consultant international et connaisseur de la Russie.

Donald Trump a annoncé une trêve énergétique entre Kiev et Moscou. L'Ukraine a visé la profondeur russe, mais la Russie étouffe les exportations de céréales et d’acier et frappe le réseau ferroviaire ukrainien. Selon la Rada, le conflit coûte 190 millions de dollars par jour à l’Ukraine... une addition qui pèse sur l'Europe. À Bruxelles, on dénonce encore les menaces de « désunion » et la main de Moscou. Des négociations sous pilotage américain sont prévues en octobre. Mais sans victoire décisive, la paix restera un slogan.

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Transcription
00:20Bonjour à tous et bienvenue dans Choc du Monde, le magazine des crises et de la prospective
00:24internationale de TVL. La trêve énergétique de Donald Trump que le président américain a annoncé
00:30hier va-t-elle tenir ? Donald Trump donc a évoqué triomphalement que Kiev et Moscou avaient accepté
00:37de ne pas frapper leurs cibles énergétiques respectives. Avec un peu de mauvaise foi bien sûr
00:43puisqu'il écrit sérieusement que c'est le conflit en Ukraine et non le sien en Iran qui était la
00:49cause de l'explosion des prix du diesel. Alors Donald Trump vient-il en aide de Zelensky, vient-il en
00:54aide de Poutine, vient-il en aide de lui-même ? Eh bien nous allons en parler et pour en
00:58parler je
00:59reçois Emmanuel Gou. Emmanuel Gou, bonjour. Bonjour. Merci d'avoir répondu une nouvelle fois à l'appel
01:04de Choc du Monde. Vous êtes diplomate et ça tombe bien parce que nous avons besoin de diplomatie face
01:09à ce conflit. Alors sur cet accord de Donald Trump, nous allons commencer avec cela et nous allons
01:13évidemment plus profondément sur la question, entrer pardon, plus profondément sur la question sur cet
01:18accord de Donald Trump, surprenant parce qu'on le croyait impuissant face au conflit ukrainien.
01:25Je vous propose de l'écouter, ce qu'il a dit d'ailleurs à propos d'Air Force One hier.
01:30Écoutons-le.
01:33Une grande partie du diesel, du fuel, vient de Russie et c'est là qu'il y a une forte
01:39hausse.
01:40Les raffineries russes sont effrappées par l'Ukraine et j'ai demandé au président Zelensky de ne pas
01:45frapper les centrales diesel, les raffineries.
01:51Alors c'était bref mais entre deux commentaires évidemment sur l'actualité américaine, le président
01:55américain est en difficulté. Évidemment il a les mi-terms dans quelques semaines en novembre et
02:01encore une fois c'est assez cocasse parce qu'il pointe Zelensky du doigt alors que lui a provoqué
02:06bien sûr le blocage d'Hormuz, des menaces sur Bab el-Mandeb que les outils ont pris il y a
02:12quelques jours.
02:13Donc Trump est sous pression, il est sous pression en raison des élections et il risque de perdre la
02:17chambre des représentants. Maîtrise-t-il encore la situation ? Je pense évidemment surtout à l'Ukraine
02:22mais vous pouvez élargir le propos Emmanuel Gou, maîtrise-t-il encore la situation selon vous ?
02:26Écoutez, hier à une conférence tenue par Renaud Girard à l'Interallié, Renaud Girard disait qu'en fait
02:34tout le monde critique Trump mais c'est pas forcément le pire président des Etats-Unis qu'on ait eu.
02:40Quand on regarde ce qui s'est passé depuis la seconde guerre mondiale, il y a eu bien plus grave.
02:47On pense à Kennedy avec le début du Vietnam qui a duré avec beaucoup de morts, on pense à des
02:53erreurs
02:53aussi commises par Obama sur la Libye. Je crois qu'en fait qu'il faut rester un peu prudent parce
03:01qu'on rentre très vite dans la caricature par rapport à Trump. Maintenant, une remarque qui est peut-être
03:06pas très diplomate, c'est en fait c'est l'hôpital aussi qui se moque de la charité parce que
03:11avec tout
03:12ce qu'il a déclenché en Iran et au Moyen-Orient, on ne peut pas ne pas croire que les
03:18augmentations
03:19du diesel, du prix à la pompe viennent d'une autre région que de la région de laquelle il a
03:24créé avec
03:25Netanyahou, un gigantesque... le mot n'est pas prononçable à la télévision, voilà, mais en tout cas
03:35une gigantesque crise. Et donc tenter de déplacer le problème de nouveau sur Zelensky et sur Poutine,
03:43je crois qu'il faut y voir plutôt une nouvelle tentative des Etats-Unis de rentrer dans le jeu,
03:50de trouver une solution, de chercher une solution au conflit autant Russie, russo-ukrainien.
03:58Je crois que c'est par là qu'il faut voir ces déclarations. Les visites récentes des deux envoyés
04:05de Trump plus de l'envoyé du Vatican, qui est passé un petit peu plus discrètement, mais qui avait lieu
04:12au même moment, montrent que quelque chose évolue. Quelque chose évolue, mais le temps
04:20ne nous appartient pas.
04:21Alors nous allons revenir sur les propos de Jared Kushner un peu plus tard, bien sûr, mais bon,
04:25vous évoquez la situation en Ukraine, elle est bien sûr catastrophique, 198 millions de dollars
04:30par jour. C'est ce que coûte à l'Ukraine le conflit, selon la commission budgétaire de
04:35l'ARADA. Donc bien sûr, c'est l'Europe qui finance actuellement à bout de bras Kiev et l'Ukraine,
04:42dont les recettes diminuent en raison des frappes russes et bien sûr du conflit
04:48qui perdure. La Russie bloque aussi les exportations de céréales et d'acier en mer noire, mais
04:53aussi les routes alternatives en frappant le réseau ferroviaire. Hier, une frappe de
04:58drone russe visant une locomotive reliant Kiev à Varsovie est un signe, évidemment, de
05:04l'escalade. Une chose est sûre, donc néanmoins, la guerre aérienne entre l'Ukraine et la Russie
05:09est une escalade lente mais inexorable. Vous avez une connaissance de la Russie, bien sûr,
05:16Emmanuel Gou, comment vit-on cette escalade cet été ? Comment a-t-il été vécu ?
05:22Alors, c'est indéniable que la guerre, durant l'été, j'étais à Moscou au mois de juillet,
05:27tout le mois de juillet, la guerre a frappé à la porte des moscovites. Elle avait déjà frappé par
05:35l'engagement de nombreux soldats venus des provinces russes sur le front, un peu moins
05:40des grandes villes. Mais ça, c'est un système traditionnel dans tous les pays du monde.
05:44Les soldats viennent plus des campagnes que des villes. Mais donc la guerre avait frappé
05:51aux portes de Moscou. C'était l'époque où on voyait, quand je suis arrivé, les files
05:56d'attente aux stations d'essence. Elles ont existé, ces files d'attente. Mais au bout de dix jours,
06:00elles avaient disparu. C'est ça qui est important. Par rapport à la population russe, moi, je
06:06dirais ce qui est intéressant, c'est que les gens sont... Il y a une forme de lassitude
06:10qu'on ne peut pas nier. Ça fait plus de quatre ans. Et plus de dix ans, douze ans, si
06:17on
06:17calcule le vrai début de la guerre en 2014. Mais je crois qu'il y a une forme de lassitude.
06:23Et malheureusement, il faut faire être très prudent par rapport à ça. La lassitude n'est
06:27pas... On va arrêter la guerre. La lassitude, c'est plutôt dire... Mais Poutine, termine-la.
06:33Ça suffit. Frappe un grand coup. Et en fait, on ne se rend pas compte parce que nos médias
06:39sont fixés sur la bombe, les bombes qui tombent, les morts civiles regrettables, bien entendu,
06:46et l'attaque sur le train de ce week-end. Mais c'est encore toujours extrêmement chirurgical.
06:54Quand on fait un bilan, et je l'ai peut-être déjà dit à cette antenne, du nombre de morts
06:58civiles en Ukraine par rapport à la durée du conflit, c'est relativement bas. Et la triste
07:04et sinistre comparaison avec Gaza montre malheureusement qu'il y a eu beaucoup plus de morts civiles
07:10à Gaza en deux ans qu'en Ukraine en cinq ans. Donc il y a une prudence. Mais du côté
07:15de la population russe et du pouvoir russe, la pression est faite pour être plus dure,
07:21pas pour être plus mou. Et donc aujourd'hui, paradoxalement, on a un Poutine qui a les
07:26nerfs solides et qui ne parie pas sur l'escalade à laquelle tentent véritablement de pousser
07:33les Occidentaux.
07:36Alors cette tentative occidentale, évidemment, de l'escalade est peut-être d'une certaine
07:40manière assez difficilement compréhensible, mais nous allons l'évoquer petit à petit.
07:44Parce que, par exemple, David Petrieuse prenait le général américain, ancien directeur
07:48de la CIA en 2011-2012. Il a échappé d'ailleurs, pour l'anecdote, lui aussi à une attaque
07:53de drone sur un train. Parce que, selon le New York Times, il était de retour à Kiev.
07:58Il était à la conférence Yalta sur la stratégie européenne il y a quelques jours. Il a d'ailleurs
08:04déclaré, Petrieuse, au New York Times que l'attaque était, je cite, « terrifiante ».
08:08Et alors, il a des propos intéressants sur la suite du conflit. Et là aussi, je vous propose
08:13de les écouter.
08:14Rappelez-vous, quand on a demandé à Poutine quelle avait été la plus grande catastrophe
08:18du XXe siècle, il n'a cité ni la Première ni la Deuxième Guerre mondiale. Il a dit
08:23que la plus grande catastrophe, c'était la chute et la dislocation de l'Union soviétique,
08:27et il essaie de la restaurer en permanence. Je pense que ce ne sera pas la Lituanie la
08:32prochaine, mais plutôt, et beaucoup plus probablement, la Moldavie, car elle est bien plus faible
08:37sur ce plan. Je voudrais aussi insister sur ce qui a été dit, les pays européens
08:42ne sont pas prêts. Aucun d'entre eux n'a opéré de changements aussi radicaux dans
08:46sa conception de la guerre, de la défense et de la sécurité.
08:57Beaucoup de choses, beaucoup de choses en une minute, mais je voudrais vous entendre
09:00là-dessus, justement, Emmanuel Gou, parce qu'il n'a pas été visé sans doute par
09:04un drone russe pour avoir dit ça, mais il dit quand même des choses relativement
09:08provocantes à l'endroit de la Russie. D'abord, évidemment, que Poutine, selon lui,
09:13veut corriger, ou plutôt veut faire perdurer son impérialisme et reconquérir les territoires
09:22de l'URSS. Que dites-vous là-dessus ? Et puis ensuite, que les Européens ne sont pas prêts.
09:27Écoutez, une deuxième fois, j'utiliserai un langage assez peu diplomatique pour dire
09:32que ce monsieur est plus un has-been que du vintage. Le vintage, ça se récupère,
09:37le has-been, c'est du has-been. Et quand on entend son discours, quand il dit
09:41Poutine, a dit « la plus grande catastrophe du XXe siècle est la fin de l'Union soviétique »,
09:45il a raison, il oublie la phrase suivante. La phrase suivante de Poutine et la plus grande
09:51idiotie serait de vouloir la reconstruire. On oublie toujours la deuxième phrase.
09:57Donc après, ce qu'il peut nous raconter sur la Moldavie, honnêtement,
10:02il n'y a pas d'importance.
10:02Il n'y a plus à sourire. Voilà. Ça suffit.
10:06Les Européens ne sont pas prêts, selon lui.
10:09Que les Européens ne soient pas prêts, à mon avis, c'est juste. Et là, il y a dans
10:15l'analyse du conflit russo-ukrainien, russo-OTAN, russo-Europe, etc., existant la nécessité
10:25de rediscuter le concept de dissuasion nucléaire. Car on se rend bien compte que la dissuasion
10:31nucléaire n'a pas fonctionné. Les Ukrainiens bombardent des raffineries russes, des entrepôts
10:37russes, etc. Et personne n'a peur d'aller bombarder la Russie alors qu'elle est une
10:42puissance nucléaire. Donc je crois qu'il faut reconsidérer la force stratégique de
10:49la dissuasion nucléaire et, par conséquent, repenser la dissuasion plus traditionnelle.
10:55Maintenant, est-ce que la dissuasion plus traditionnelle passe par plus d'avions, plus
11:00de chars d'assaut, plus de canons ? Cette guerre, là aussi, met en lumière que les
11:05tanks, que les avions, que certains équipements militaires, je ne dirais pas, sont devenus
11:10obsolètes, mais non plus l'importance qu'ils avaient dans des guerres traditionnelles.
11:15Donc aujourd'hui, bon, tout le monde en parle. Les drones, les drones existent, ont été
11:23renforcés pendant cette guerre. Il y avait déjà des explorations de bombes volantes pendant
11:28la Première Guerre mondiale, pendant la Seconde Guerre mondiale. Le drone, là, est l'arme
11:32stratégique. Toutes les industries militaires regardent ce qui s'y passe. Et forcément,
11:37les Ukrainiens et les Russes auront une expérience colossale par rapport aux pays occidentaux
11:43ou aux autres pays du monde.
11:45Alors, bon, les Européens sont-ils prêts ? Figurez-vous que le ministre polonais de la
11:50Défense, Radoslav Sirkowski, lors du même colloque, a déclaré pouvoir réduire à néant
11:56les capacités énergétiques russes en six mois. Donc pour lui, l'Europe n'est peut-être
12:00pas prête, mais en tout cas, la Pologne est prête. Ce sont des propos pour le moins
12:03choquants. Écoutons-le.
12:09Si nous, si la Russie nous attaque et que nous enlevons les gants, je pense que nous
12:14vaincrions la Russie assez rapidement. Nous avons une supériorité écrasante sur la Russie
12:19en puissance aérienne. Général, corrigez-moi si je me trompe, mais c'est quelque chose comme
12:252500 avions. Sans les États-Unis, c'est encore écrasant. Et je n'ai pas vérifié récemment
12:33combien de JDAM et de JASM et tout le matériel de frappe en profondeur que nous avons. Mais
12:39si les Ukrainiens ont mis hors service la moitié de la capacité de raffinage de la
12:43Russie en six mois, nous pourrions le faire en six semaines et éliminer l'autre moitié.
12:51Alors, la partie avions de chasse est mathématiquement juste, j'ai envie de dire. Les Européens ont
12:56en effet deux fois plus d'avions de chasse que la Russie. Jusqu'à preuve du contraire,
13:00bien sûr. Ils n'ont toutefois jamais travaillé ensemble, en tout cas sur un front. Par contre,
13:06sur le volet des frappes, Sierkorski, j'ai envie de dire, s'illusionne un peu puisque les
13:10Ukrainiens n'ont pas éliminé la moitié des capacités russes de raffinage. Mais cela dit,
13:14ce scénario d'une telle escalade, vous commencez à y croire. On évoque en Occident,
13:19la Russie va attaquer en 2028, il y aura un conflit en 2030, etc. Peut-on y croire ?
13:25Alors, autorisez-moi une troisième boutade peu diplomatique. J'ai envie de dire que les
13:30Polonais ont leur Bruno Le Maire. Bruno Le Maire se promettait d'abattre l'économie
13:35russe en six mois. Aujourd'hui, l'économie russe est plus saine que l'économie française.
13:39Donc, je peux m'interroger sur les propos de ce ministre polonais, même s'il est vrai
13:44que, je connais bien la Pologne, c'est un pays qui a fait des miracles en 30 ans. Donc,
13:49on peut comprendre qu'il y a une dynamique nationale qui soit extrêmement forte.
13:54Maintenant, plus sérieusement, est-ce que les Russes ont envie d'attaquer l'Europe ?
14:01Est-ce que... J'ai envie de dire qu'il faut s'en tenir aux propos de Poutine.
14:07Tout le monde sourit avec le nom d'opération militaire spéciale. Dans la tête de Poutine,
14:14l'opération militaire spéciale s'arrête le jour où les territoires qu'il a définis et qu'il considère
14:21les siens seront reconquis. Et je crois qu'aujourd'hui, en fait, sa difficulté est de ne pas terminer le
14:29travail. Ça veut dire de ne pas être en mesure, peut-être tous les jours. Moi, je ne suis pas
14:34les
14:34cartes. Il y a plein d'experts pour ça. En tout cas, il n'a pas encore à ce jour
14:39reconquis
14:40les territoires qu'il s'était promis de conquérir. Et par conséquent, il n'a pas l'occasion de dire
14:47la partie est terminée. Et je crois que les Américains lui disent termine qu'on puisse faire
14:53pression sur tout le monde pour dire il a ses territoires, l'Ukraine ne fait pas partie de l'OTAN,
15:00mais l'Ukraine peut intégrer l'Europe. Jeu extraordinaire pour Poutine, parce que l'intégration
15:05de l'Ukraine à l'Europe, c'est la fin de l'Europe, puisque ça coûtera tellement cher
15:09qu'on ne s'en sortira jamais. Donc, en fait, l'intérêt de Poutine, c'est que la partie restante
15:15de l'Ukraine intègre l'Union européenne, n'intègre pas l'OTAN. Ça, c'est une ligne rouge.
15:20– C'est sûr que les exigences européennes de voir la Russie payer, entre guillemets,
15:24les pots cassés, en tout cas réparer les dommages de guerre, c'est une illusion.
15:28– Je crois qu'on rêve, oui, encore une fois. On imagine plein de choses, mais la tristesse
15:34de ce conflit, le tragique de ce conflit, c'est que c'est basé sur des suppositions,
15:38des imaginations, des préjugés, et qu'on ne va pas écouter l'autre. Aujourd'hui,
15:44en France, on n'a pas la capacité d'écouter l'autre. Dès que quelqu'un a une autre voix,
15:49on l'a fait taire. Donc, on ressemble parfois à la Russie.
15:53– Alors, je rebondis sur vos propos, parce qu'hier, à la suite de la frappe sur le train,
15:59on a entendu de nombreux dirigeants européens appeler à l'Union indirectement.
16:03Selon Jean-Noël Barraud, grand stratège bien sûr, Poutine veut, je cite, désunir l'Europe.
16:08L'allemand Frédéric Schmerz a évoqué aussi cet impératif de l'Union,
16:11cette menace de la désunion de la part de Vladimir Poutine.
16:14Marc Rutte, le secrétaire général de l'OTAN aussi, il a parlé de désunion.
16:17Donc, en fait, l'Union sacrée, c'est le mot du début de la semaine.
16:20Si on écoute, bien sûr, les dirigeants européens, selon Noël Barraud,
16:24c'est une conviction que Poutine en veut absolument à l'Union européenne.
16:28Poutine misse-t-il ? Y a-t-il un fond de vérité ?
16:30Poutine, en effet, misse-t-il sur une lassitude européenne ?
16:35– Alors, décidément, vous me provoquez aujourd'hui. Je me suis très provoqué.
16:38Et j'ai retrouvé, parce qu'on parle beaucoup de russophobie,
16:42parce que quand on pense à toutes les déclarations de Jean-Noël Barraud,
16:45on peut penser à russophobie. Moi, j'appelle ça la russopathie.
16:48C'est devenu une maladie. Et j'ai trouvé cette définition.
16:52La russopathie est une maladie récente qui semble toucher
16:56de nombreux responsables institutionnels occidentaux
16:59sans que l'on sache encore comprendre si elle est apparentée à la paranoïa,
17:03à une quête maladive de visibilité, à une nécessité palliative,
17:07à l'absence de résultats, voire d'échecs accumulés.
17:11Elle est cependant souvent associée à une perte de mémoire
17:14ou accompagnée du développement d'une mémoire sélective.
17:17Je crois qu'en ces mots, on résume tout ce que peut nous dire M. Barraud.
17:22Donc, Barraud frappé de mémoire sélective.
17:23Ah ben, totalement.
17:24Très sélective.
17:25Alors, vous avez évoqué, pour en évoquer une question en réalité beaucoup plus profonde,
17:32les négociations, ou en tout cas la position américaine,
17:35ce que Kushner et Witkoff auraient pu penser ou dire à Vladimir Poutine
17:38lors de leur séjour à Moscou la semaine passée.
17:42Kushner a répondu lui aussi à cette Yalta européenne stratégie conférence de Kiev le 12 septembre.
17:48Il s'adressait donc à un public ukrainien,
17:50mais il a essayé d'interpréter, en tout cas leur faire comprendre potentiellement la position de Poutine.
17:55C'était assez intéressant.
17:57Écoutons-le.
18:01En ce moment, du point de vue de l'Ukraine, je veux dire,
18:04le président Poutine a exposé sa ligne de ce qu'il veut obtenir si l'Ukraine acceptait de se retirer
18:09jusqu'à cette ligne,
18:10alors évidemment, nous avons le reste de l'accord déjà mis en place et assemblé.
18:14L'Ukraine actuellement ne veut pas le faire,
18:16et évidemment notre rôle en tant que médiateur est de trouver comment élaborer une solution créative
18:21qui ne viole pas leur désir et qui les aide à atteindre leur objectif,
18:24d'une manière qui permette à la Russie de mettre fin au conflit,
18:26d'une façon qui, espérons-le,
18:28permette aux deux parties d'avancer dans un cadre où cela ne se reproduise plus.
18:36Alors, Jared Kachner cherche un peu ses mots, on le sent, il a l'air un peu perdu,
18:42mais en tout cas il a compris une chose.
18:43Il a compris que l'exigence, c'est que la guerre ne se reproduise pas,
18:47parce qu'évidemment, une paix mal ficelée, c'est une guerre dans 10, 15, 20 ans, voire même plus rapidement.
18:54Il pourrait y avoir de nouvelles négociations début octobre,
18:56vous disiez d'ailleurs plus tôt à Emmanuel Gouk que les choses pourraient évoluer dans les prochaines semaines.
19:02C'est cela, c'est les Américains qui peuvent avoir cette initiative,
19:06être en mesure d'imposer un l'un à l'autre,
19:08et peut-être aussi à eux-mêmes, une nouvelle ligne de partage ?
19:12En fait, ce que dit M. Kouchner ressemble à ce que je vous disais
19:17sur la position russe et sur la possible solution au conflit,
19:20qui est la même depuis le début.
19:23En fait, la position russe, c'est la constance.
19:27Ça veut dire que là où les Russes ont évolué,
19:30c'est sur l'appartenance de l'Ukraine à l'Union européenne.
19:34Mais on sait très bien qu'un cessez-le-feu,
19:36parce que c'est un peu ce qu'il nous dit,
19:38il nous dit non seulement une paix mal ficelée,
19:40mais il nous dit un cessez-le-feu ne fonctionnerait pas.
19:42Parce que les Russes n'ont aucun intérêt au cessez-le-feu,
19:47les Ukrainiens, on peut en discuter,
19:49mais en tout cas, de toute façon, c'est une situation instable.
19:52On l'a vu dans le conflit entre l'Iran, les Américains et les Israéliens.
19:57Donc en fait, aujourd'hui, ce qu'il nous dit,
19:59c'est qu'il dit aux Russes finissez le boulot,
20:03à aller jusqu'au bout, prenez ces territoires,
20:05et vous nous donnerez les moyens de dire,
20:08d'un côté vous direz, j'ai terminé mon opération spéciale,
20:11car ça sera la formule de Poutine.
20:14Poutine passera à la télévision et dira, je pense,
20:17l'opération spéciale est terminée.
20:20Face à ça.
20:21Encore une fois, là, vous pensez qu'il interviendra pour dire cela ?
20:25Quand il aura les territoires.
20:26Pour vous, c'est le Donbass.
20:27C'est le Donbass, bien sûr.
20:28L'exigence numéro une, c'est la victoire décisive dont il a besoin.
20:33Quand vous allez en Russie, dans des marchands de cartes géographiques,
20:36vous avez déjà la carte.
20:37Elle est en vente.
20:38Vous pouvez acheter une carte du monde où ces parties sont parties intégrées à la Russie.
20:44Et il n'y a pas Odessa, il n'y a pas Kiev, il n'y a pas cette partie
20:47ukrainienne.
20:48Donc il lui manque quelques centaines de kilomètres carrés, etc.
20:52Et je crois que tant qu'il ne finit pas ça, et c'est ça que les Européens ont compris,
20:57c'est qu'en fait, ils font tout pour l'empêcher de terminer cela.
21:00Parce qu'ils savent très bien, parce que les services ont compris que Poutine,
21:04le jour où il aurait atteint ses limites, ferait cette déclaration.
21:08Et dans ce cas-là, les Américains le soutiendront pleinement.
21:11Ils diront, OK, on peut arrêter le conflit.
21:13Donc on fait des normes de sécurité pour défendre, protéger le futur du reste de l'Ukraine.
21:19La Russie obtient des garanties sécuritaires de sa part.
21:22Les territoires sont ceux-là.
21:24Et il y a intégration progressive de l'Ukraine dans l'Europe,
21:27avec les conséquences qu'on peut supposer.
21:31OK.
21:32Et c'est ça la vraie partie.
21:33Et donc Kouchner, c'est ça qu'il nous dit.
21:35Enfin, c'est ce que je pense, en tout cas.
21:37C'est ce qu'il nous dit dans sa déclaration.
21:39– Et cela peut quand même durer longtemps, potentiellement.
21:42Ça peut durer un an, deux ans.
21:45– Je ne suis pas du tout un expert militaire.
21:48Il y a toujours des gens qui ont dit, le front ukrainien va s'écrouler.
21:51Au début, le front russe va s'écrouler.
21:53Tant qu'une guerre n'est pas gagnée, elle n'est pas gagnée.
21:55Donc je ne fais aucune prévision militaire.
21:59– Alors le front peut s'écrouler, mais peut-être aussi du côté de Kiev.
22:04Les choses vont de mal en pis, bien sûr.
22:06– D'ailleurs, Ruslan Kravchenko, c'était le procureur général jusqu'à ce week-end de l'Ukraine.
22:12Il a fui le pays dans la nuit du 13 au 14 septembre.
22:15Les organes anti-propagande, le NABU et le SAPO ont démantelé un réseau
22:18au sein du parquet général accusé de protéger des centres d'appels frauduleux
22:23contre des pots de vin.
22:24L'ironie de l'histoire, c'est que vraisemblablement, Kravchenko a fui en Europe,
22:28donc dans les pays qui étaient escroqués par les appels qui étaient couverts par son service.
22:33Bref, ensuite, enfin, même avant cela, dans la nuit du 1er au 2 septembre 2026,
22:38une fusillade a éclaté à Kiev entre les agents du SBU, la Sécurité Intérieure,
22:42et ceux du GOUR, le renseignement militaire, blessant trois membres de ce dernier service.
22:47Alors, bon, l'affrontement a eu lieu lors d'une opération du SBU visant Stéphane Klapunov,
22:52commandant de cette unité, enfin, l'un des commandants de cette unité,
22:56qui était accusé par le SBU de travailler pour le FSB, le FSB russe, selon le New York Times.
23:00Mais, bien sûr, on se demande si cela ne serait pas plus crapuleux.
23:04Alors, je vous propose une autre alternative à celle que vous évoquez à l'instant, Emmanuel Gou.
23:09Le front cèdera-t-il avant Kiev ou l'inversement ?
23:14C'est une bonne question et la réponse nous vient peut-être de l'Italie.
23:20Fiedorov, l'ex-ministre de la Défense de Kiev, a été démis de ses fonctions, considéré comme un vrai rival
23:29de Zelensky.
23:31Et étrangement, il a intégré comme conseiller le gouvernement italien, qui est extrêmement zélenskiste.
23:39Donc, on peut commencer à s'interroger si la dernière accolade de Mme Meloni à Zelensky n'était pas ce
23:47qu'on appelle assez souvent une accolade sicilienne.
23:50Dans la mesure où, quand l'accolade est trop chaleureuse, venant de certaines catégories de la population sicilienne,
23:58on a intérêt à s'interroger pour son propre futur.
24:00Donc, moi, je serai Zelensky, je verrai dans la nomination de Fiedorov auprès du ministre de la Défense italien du
24:09mission de conseil,
24:11une véritable inquiétude, car l'Italie veut être présente en Ukraine pour la reconstruction.
24:19Et vous vous souvenez, à la première invitation que vous m'aviez formulée, j'avais attiré votre attention sur l
24:25'industrie de défense.
24:26Et à quel point l'industrie de défense européenne devrait s'interroger sur son futur, le jour où il y
24:31aura la paix,
24:32puisque les armes européennes ou américaines données à l'Ukraine auront été utilisées sur le front, améliorées,
24:39et seront en capacité de production supérieure à moindre prix, et certainement améliorées au profit du conflit.
24:48Et donc, nos industries, les Thalès, les Leonardo, les Rennes Métal, etc., devraient s'interroger.
24:53– Et Leonardo… – Sur l'émergence d'un concurrent…
24:56– Sur l'émergence d'un concurrent ukrainien, qui était déjà devenu au salon de l'armement en juin dernier
25:02à Paris,
25:03qui était omniprésente, l'industrie ukrainienne.
25:05Et donc, je crois que Leonardo, qui a changé de leadership au cours des derniers mois,
25:11et sa leadership est absolument remarquable, a pris la mesure du problème,
25:14et donc est déjà en position d'investissement d'équipements militaro-industriels,
25:21et la présence de Fiederov pour ça est essentielle.
25:24Donc, je crois que je serai Zelensky, je verrai dans cette volonté du gouvernement italien
25:33d'associer Fiederov à ses travaux, une véritable source d'inquiétude.
25:37– De lobbying, donc. – Oui.
25:39– Et donc, comme l'Italie, comme je le disais la dernière fois, n'est jamais très très loin de
25:42ce que sont les intérêts américains,
25:44on pourrait se poser la question, mais là, je n'ai aucun élément fondamental d'information,
25:50si Mélanie, avec son choix pour Fiederov, n'est pas en complicité avec les États-Unis pour préparer l'après
25:57Zelensky.
25:58– Dernière question, à propos de Zelensky, justement, lui, ce qu'il propose principalement,
26:02c'est de rencontrer Poutine le 14 décembre prochain au G20 à Miami.
26:05Le Kremlin a toujours trouvé cela totalement inutile, et vous ?
26:09– Totalement inutile, pas parce que je suis un porte-parole du Kremlin, je crois qu'il faut...
26:15M. Zelensky aime rencontrer plein de gens, Poutine, ce n'est pas son genre, Poutine est allé aux BRICS,
26:21il a fait des déclarations assez intéressantes qui n'ont pas été relevées,
26:24parce qu'on a relevé le fait que Poutine ait dit, si des militaires européens viennent sur le territoire ukrainien,
26:30nous considérerons que nous sommes en guerre avec l'Europe, mais après, il avance là.
26:35– Ce week-end à New Delhi ?
26:36– Ce week-end à New Delhi, pardon, excusez-moi de ne pas avoir fait la référence,
26:39mais il avait dit, nous n'avons jamais fait la guerre à l'Europe, nous ne voulons pas faire la
26:44guerre,
26:44nous avons toujours fourni en énergie l'Europe, etc.
26:46Il y avait toute une série de déclarations qui montraient la relation amicale, réelle et potentielle entre la Russie et
26:53l'Europe.
26:53Donc Poutine voyage moins, mais voyage mieux.
26:58Zelensky voyage très bien pour ses intérêts, sûrement, pour aussi une partie du peuple ukrainien,
27:04mais il n'y a aucune raison que Poutine se prête à aller au G20 voir M. Zelensky,
27:09que M. Zelensky aille à Moscou, c'est assez peu probable, et je comprends qu'il refuse.
27:17– Vous savez, Zelensky est très dans la com, Poutine n'a jamais été dans la com, jamais.
27:23Parfois, d'ailleurs, ça dépend, bien entendu.
27:25– Poutine n'est pas dans la com, quelquefois assez dépend, M. Delgou, ce sera le mot de la fin,
27:29je retiens, que vous estimez, que vous pensez, que vous espérez peut-être.
27:32La situation dans l'Ukraine évoluée dans les prochaines semaines, dans les prochains mois.
27:36Merci beaucoup, en tout cas, d'avoir répondu présent à l'appel de Choc du Monde.
27:40Merci à tous d'avoir suivi cette émission, surtout, bien sûr, n'oubliez pas de la commenter,
27:45de la partager et de vous abonner à TVL.
27:47Merci à tous et bonne soirée.
27:49– Merci.
27:50– Sous-titrage ST' 501
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