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Réalisateur du film "Adieu monde cruel", en salles le 9 septembre.

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Transcription
00:00Il est 9h50, Daphné Burki, elle est là, la nouvelle tête, elle vient de s'installer au micro, elle réalise
00:05son premier film et il s'appelle Félix de Givry.
00:10Exactement, son premier film, il sort demain mais Félix de Givry, il a déjà eu le temps, Sonia, d'être
00:15comédien, producteur et co-fondateur du studio d'animation Remembers, de remporter un César et d'aller jusqu'aux Oscars.
00:22C'est dingue cette histoire, alors qu'enfant, il voulait devenir architecte de bateau et finalement, il a surtout construit
00:28plusieurs vies en même temps.
00:30C'est lui, Arco, c'est lui, le César du meilleur film d'animation nommé aux Oscars et pendant ce
00:35temps-là, il écrivait son premier long métrage, Adieu monde cruel, c'est un dingue.
00:39Bonjour Félix de Givry, bienvenue sur France Inter.
00:41Bonjour.
00:43Alors demain, c'est le grand jour.
00:45Oui, c'est le grand jour, c'est le moment où tout se libère.
00:48Ça va, vous pensez que vous allez dormir ce soir ?
00:50Non.
00:51C'est sûr que non, mais je n'ai pas déjà dormi hier soir, donc c'est une accumulation.
00:55Et en plus, j'ai un enfant de moins d'un an, donc je ne dors pas de façon générale.
00:59Et c'est parti pour encore deux ans.
01:00Et je suis tellement contente de présenter ce film.
01:03On va raconter directement l'histoire.
01:04Il s'appelle Otto, il a 14 ans, il est harcelé dans son établissement.
01:08Il disparaît après avoir adressé une lettre d'adieu à sa mère et aux élèves de sa classe.
01:12Tout le monde le croit mort jusqu'à ce que Lena, une fille de son lycée, le reconnaisse une nuit
01:16errant dans les rues de sa ville.
01:22Otto Vidal, c'est le nom de cet adolescent de 14 ans, disparu depuis hier matin,
01:27après avoir adressé une lettre d'adieu à tous les élèves de 3e,
01:31dans laquelle il racontait le harcèlement qu'il subissait quotidiennement.
01:52C'est votre premier film en tant qu'auteur et donc réalisateur.
01:56Vous avez vous-même subi plusieurs années de harcèlement au collège.
02:00Quelle part de votre histoire vous avez confié à Otto, cet adolescent ?
02:03Je pense que je voulais lui donner le début du film.
02:09Le point de départ est biographique, mais je n'avais vraiment pas envie de faire un film dossier sur le
02:14harcèlement.
02:15On me demandait souvent de montrer plus de violence, plus de scènes de harcèlement.
02:18Et moi j'avais au contraire envie que le film s'en extirpe et qu'il offre la possibilité du
02:24retour à la vie, de la lumière.
02:25Donc disons que je lui ai offert un hors-champ très mélancolique, mais des scènes d'espoir à jouer.
02:34Tout part d'un suicide, mais d'un suicide raté.
02:37Dans la lettre d'adieu d'Otto, il écrit
02:39« C'est la seule chose à faire, car la mort c'est une seule fois, et la vie c
02:43'est tous les jours ».
02:43Vous déposez très simplement cette idée noire, celle de disparaître, sans jamais la rendre spectaculaire.
02:49Je pense très fort à celles et ceux pour qui cet endroit sombre s'est invité, dans leur cœur, dans
02:53leur corps, celui du suicide.
02:55Est-ce que c'est aussi pour eux que vous avez fait ce film, pour leur dire qu'après le
02:58noir, il peut y avoir un visage, une rencontre, une lumière ?
03:01Ouais, et je crois qu'en fait c'est très perturbant, surtout quand on se met à écrire ça à
03:0530 ans et qu'on repense à soi à 14 ans, d'imaginer qu'on aurait pu louper tout ça.
03:10Moi c'est un peu ça que j'ai ressenti quand j'ai écrit puis fait le film après.
03:14C'est de me dire que c'est quand même fou comme la vie est plus forte que nous, plus
03:18habile, plus intelligente, plus malicieuse aussi parfois dans les chemins qu'elle nous offre.
03:24Et donc j'espère, enfin en effet quand je terminais le film, je pensais beaucoup à des gens qui étaient
03:29à un instant T dans un moment de désespoir.
03:32Votre film s'appelle Adieu Monde Cruel.
03:34J'y suis allée, Félix, mais j'avais très peur d'y aller.
03:37Et puis vous m'avez complètement embarquée dans un film vraiment très très beau.
03:42Déjà il est tourné en Super 16.
03:43Et puis ensuite j'étais curieuse de retrouver Milo Machado-Graner qui est le jeune comédien qui a été révélé
03:49dans Anatomie d'une chute.
03:51Bon bah il est parfaitement parfait ce garçon.
03:53Et puis il y a eu la bande originale composée par Arnaud Toulon qui avait déjà signé celle d'Arco.
03:58Je crois que ce musicien est immense, il faudrait que ce soit une nouvelle tête.
04:01Vous avez commencé en tout cas à faire ce film en 2021.
04:05Hugo, bienvenue, donc votre co-fondateur de votre studio.
04:08Il répétait pendant la fabrication d'Arco apparemment que de choses il faut ignorer pour agir.
04:13Pour faire un premier film, il faut être courageux ou très mal informé ?
04:18Je pense que c'est les deux mots capitaines.
04:22Mais quand même j'irais plutôt sur le courage.
04:24Je trouve que c'est, enfin moi en tout cas c'est ce que j'ai eu le sentiment d
04:27'apprendre en faisant ce film.
04:28C'est que, et d'ailleurs si on parle même du harcèlement c'est un peu une histoire de courage.
04:33Et je pense que la société en général mériterait d'être un peu plus courageuse de dire les choses plus
04:39fortes, plus haut.
04:39Et donc aussi dire sa souffrance.
04:41Et c'est vrai que le film j'ai senti, j'avais très très peur de le faire, très très
04:44peur de parler de ça.
04:45Très très peur, j'ai eu beaucoup de médicaments avant de tourner certaines scènes et tout ça.
04:50Et en fait, tout ce que ça a complètement changé et tout ce que ça amène de lumière et tout
04:55ça, en effet je me dis, il faut être courageux quoi.
04:58Pour raconter cette histoire, celle qui donne du courage, c'est aussi une voix qui est immédiatement reconnaissable.
05:03C'est celle de Françoise Lebrun.
05:04Cette voix mythique du cinéma français des années 70, ce cinéma de l'après-Nouvelle-Garde.
05:09D'ailleurs elle a des points communs avec vous, comme celui de ne pas avoir vraiment prévu cette histoire de
05:13cinéma.
05:13On écoute quelques secondes de Françoise ?
05:15C'est pas sérieux d'être comédienne ou acteur, c'est pas sérieux du tout.
05:19Non, j'avais pas cette envie, je savais.
05:21Par exemple dans les classes, à l'école, etc.
05:25Que quand je disais quelque chose, ça créait de l'émotion.
05:29Je sentais qu'il y avait quelque chose qui se passait.
05:31Mais pas du tout au point d'en faire un métier.
05:35Pourquoi vous aviez besoin que l'histoire d'Auto, elle nous soit racontée par Françoise Lebrun ?
05:40J'avais envie que le film dévie très fort du réel.
05:45Moi j'aime pas tant les films trop trop trop naturalistes et coloriels.
05:48Parce que le cinéma est beaucoup.
05:50Moi j'ai envie que le film ait un aspect un peu de conte.
05:53Et voilà, et Françoise, je trouve qu'elle a quelque chose...
05:56Comme on vient de l'entendre dans sa voix, elle interroge tout le temps le réel.
05:59C'est très étonnant.
06:00Quand elle nous demande un café, on a l'impression, est-ce que ce café existe ou pas ?
06:03Enfin, c'est assez émouvant.
06:05Alors, cet amour du cinéma des années 70, il traverse tout le film.
06:10Et parmi vos deux grandes figures de référence que je vous ai demandé dans les coulisses,
06:14il y a justement François Truffaut et dans un autre genre de mise en scène, Zinedine Zidane.
06:19Truffaut Zidane, est-ce que vous avez déjà imaginé ce que François Truffaut aurait fait s'il avait rencontré Zinedine
06:25Zidane ?
06:26Elles sont biopiques, je pense, à mon avis.
06:27Moi, je me suis dit qu'il aurait pu écrire les 400 coups francs.
06:30J'ai fait la bonne.
06:31Oh, waouh !
06:31Oh, la, la !
06:33J'avais envie de la faire.
06:35Elle est très, très bonne.
06:36Je suis absolument désolée.
06:37Je dois avouer qu'elle est...
06:38On m'a dit...
06:39On m'a montré une affiche de mon film à du monde bruel aussi, c'est pas mal.
06:43Voilà.
06:43Je l'ai dit également.
06:45Elle est faite.
06:46Ce matin, on a le droit.
06:47Il nous reste quelques instants ensemble.
06:50Mais j'ai quand même quelques questions à vous poser encore, Félix de Gibry, histoire de vous rencontrer encore un
06:55peu plus.
06:56Quel est le son qui vous aide à vivre ?
07:00Moi, j'avais répondu à ça, David Bowie, mais en live.
07:04Parce qu'en fait, je trouve que quand il est en live, on se dit « Ah, il a existé
07:08».
07:08Je trouve ça hyper émouvant parce que parfois, on se dit « Est-ce qu'il a vraiment existé, David
07:11Bowie ? »
07:11Moi, je suis d'accord.
07:12Du coup, je suis allée voir des lives de David Bowie.
07:14J'ai choisi « Starman », un live de « Top of the Pops », émission culte, évidemment.
07:20Si vous aviez un super pouvoir, vous aimeriez avoir lequel ?
07:25J'avais fait une réponse trop complexe à ça.
07:27Vous m'avez parlé de Zinedine Zidane.
07:29Oui.
07:29En fait, c'est vrai que quand Zidane jouait, quand j'étais petit, il jouait à la télévision, j'étais
07:33persuadé qu'on était connecté un peu.
07:36Et qu'en fait, quand il mettait des buts et tout, c'était grâce à moi.
07:42Et ça, c'était un peu un problème.
07:44Mais après, je lui ai écrit tout un roman de chevalier au moment de France 98 que je lui ai
07:48envoyé.
07:49Et il m'a répondu.
07:50Et j'ai été dégoûté parce qu'il m'a...
07:51Enfin, je n'étais pas dégoûté, mais il a répondu une très belle dédicace, mais pour ma soeur et moi.
07:54Alors que ma soeur n'avait rien à faire vraiment de Zidane.
07:57Donc voilà, mais j'ai encore l'autographe et je suis très heureux.
07:59Les comptes sont réglés.
08:00Le meilleur ou le pire conseil qu'on vous est donné ?
08:03Ah oui, j'ai dit à Paul McCartney.
08:07C'est ça, mais il ne me l'a pas donné personnellement, parce que je ne le connais pas.
08:11Mais j'ai vu dans le documentaire sur les Beatles, il disait qu'il faisait des morceaux mémorables,
08:17mais parce qu'il devait s'en souvenir.
08:19Et ça, je trouvais ça hyper beau, l'idée qu'en fait, il ne cherchait pas à faire des chefs
08:23-d'oeuvre,
08:23il cherchait juste à faire des choses essentielles.
08:26Mémorables.
08:27C'est hyper beau comme mot mémorable.
08:29Comme l'effet que m'a fait ce film, il s'appelle Adieu, monde cruel.
08:33C'est le premier film de Félix de Givry.
08:35Il sort en salle demain.
08:37Et il est plein de lumière.
08:38Merci Félix.

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