00:00Bonjour François Rollin.
00:01Bonjour mes bons amis, bonjour mon bon Mathieu.
00:05Vous ne serez pas surpris, enfin disons plutôt, vous ne devriez pas être surpris,
00:10mais si vous l'étiez néanmoins, ce serait sans gravité et ça ne changerait rien à l'affaire.
00:16Vous ne serez pas surpris, sachant ce que vous savez et en en déduisant ce qui convient d'en déduire,
00:21qui m'arrive souvent de penser à la ligne d'arrivée.
00:24C'est cette soirée du dimanche 2 mai 2027 où, sauf cataclysme, vers 20h et des poussières,
00:31un journaliste annoncera « Monsieur un tel » ou « Madame une telle ».
00:35En réalité, l'habitude chez nous est de donner le nom et le prénom,
00:39comme dans l'exemple, le double exemple, « Monsieur Emmanuel Macron ».
00:43Mais s'agissant du 2 mai prochain, on ne connaît pas encore le prénom.
00:47C'est logique, puisqu'on ne connaît pas le nom.
00:49Et il n'existe pas en français un mot de substitution pour un prénom qu'on ne connaît pas.
00:53« Un tel et une telle » remplacent un nom inconnu, en tout cas indéterminé,
00:57mais rien ne remplace le prénom qui va avec.
01:01Bon, et bien tant pis, je vais faire sans.
01:02Donc un journaliste dira « Monsieur un tel est élu président de la République »
01:06ou « Madame une telle est élue présidenteux de la République »,
01:10puisque fort heureusement, on a fini par féminiser l'intitulé des fonctions officielles.
01:14On ne dit plus, comme dans l'Antiquité, « Madame le Premier ministre »,
01:19mais « Madame la Première ministre », à une exception près,
01:23quand il s'agit d'un homme, on ne dit pas « Monsieur la Première ministre »,
01:26mais « Monsieur le Premier ministre », comme dans l'Antiquité.
01:30Oui, c'est peut-être un détail pour vous, mais c'est parce que vous jouez du piano assis.
01:34Bref, je pense à la ligne d'arrivée de la course à l'Elysée,
01:38et je ne parviens pas à l'imaginer très festive.
01:42Je la vois plutôt amère, ou tristounette, ou résignée, ou tour à plat plat.
01:49Je peux me tromper, mais la représentation que je m'en fais n'est pas folichonne.
01:55C'est à ce moment-là que je repense à une autre ligne d'arrivée.
01:59C'était samedi dernier, la victoire de Blandine Lirondel à l'Ultra Mail du Mont-Blanc,
02:05TMB pour les intimes.
02:06L'Ultra Mail ou l'Ultra Trail ?
02:08L'Ultra Trail.
02:08Parce que l'Ultra Mail du Mont-Blanc...
02:10Oui, Mathieu, alors là, vraiment...
02:13Écoutez, j'ai 50 ans de métier.
02:15C'est vrai, c'est vrai, vous avez connu l'Algérie.
02:18L'Ultra Trail du Mont-Blanc, UTMB pour les intimes,
02:22174 km de course à pied, non-stop, avec 10 000 mètres de dénivelé positif,
02:28couvert par la gagnante en un peu moins de 22 heures.
02:31Avez-vous vu, Mathieu, avez-vous vu mes bons amis ?
02:33Cette arrivée, c'était tellement beau, c'était tellement pur.
02:37Des dizaines de milliers de gens sur place à Chamonix,
02:41et des centaines de milliers derrière leur écran de télévision,
02:44qui communiaient dans la joie et la fraternité,
02:47une ferveur roborative pour une compétition marquée par le courage,
02:52le respect de l'adversaire, le cosmopolitisme joyeux des concurrents,
02:57et une gagnante, modeste, sincère, sans ambition démesurée,
03:03se drapant respectueusement, mais sans ostentation perverse, du drapeau français.
03:08Et puis par-dessus tout, le visage inondé de joie de Blandine,
03:13découvrant la ligne d'arrivée, et le sourire radieux et communicatif
03:17de toutes celles et ceux qui sont venus l'acclamer
03:19sur la musique irrésistiblement solennelle et romantique du grec Vangelis,
03:24de son vrai nom, Evangelos, Odysseas, Papa Taniassou,
03:29si c'est pas du sur-mesure ça,
03:31pour une course gagnée par une femme, héroïque,
03:34portant le nom d'une sainte martyr et le nom d'un oiseau légendaire,
03:37un oiseau tellement de chez nous, et soit dit en passant menacé d'extinction,
03:41chanté par Hugo Fray en ces termes,
03:44« La terre est si belle, le monde est si grand,
03:46va mon hiraudel sur l'aile du vent ! »
03:51Est-ce que l'ambiance du dimanche de mai au soir va ressembler à ça ?
03:56Est-ce qu'on retrouvera cette ferveur, cette fraternité,
04:00cette joie de vivre ensemble,
04:02ce moment qui ne laisse les yeux secs qu'au cœur de pierre,
04:05les valeurs portées si hauts de droiture, de ténacité, de gratuité,
04:10de liberté ?
04:11Est-ce que je vais, ce soir-là, kiffer ma race comme samedi dernier ?
04:17J'y crois.
04:18Si, si, j'y crois.
04:19Si, si, si, si, j'y crois, j'y crois.
04:23Puisque je vous dis que j'y crois.
04:25J'y crois.
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