00:007h45 sur BFM Business et sur RMC Live. Notre invité ce matin c'est l'amiral Didier Malterre.
00:04Bonjour, vous êtes aussi vice-président conseiller défense d'Excel Technologies.
00:09On va bien sûr parler ensemble du Détroit d'Ormousse qui rouvre avec des bateaux qui passent à nouveau
00:14et cette question évidemment des mines. Vous travaillez vous sur cette question pour Excel Technologies
00:20depuis plusieurs mois. Est-ce qu'on a aujourd'hui une vision assez claire de si oui ou non le
00:25Détroit est miné ?
00:27Alors je vais répondre aussi et aussi clairement qu'on ne le sait pas et pour le savoir il faut
00:33y aller.
00:33Alors vous savez effectivement la bonne nouvelle c'est que le président Trump a décidé en quelque part
00:38de jeter l'éponge, d'arrêter et finalement c'est sans doute une bonne chose pour l'économie mondiale aussi
00:45parce que sinon on partait en récession. Maintenant les Iraniens ont décidé de mettre en place des frais de service
00:52on va appeler ça des droits de péage, un peu d'ailleurs comme les détroits turcs de Dardanelles et Bospors
00:57mais ça ça date quand même de la convention de Montreux.
01:01Et donc est-ce que les Iraniens vont autoriser la coalition européenne à venir pour s'assurer que le Détroit
01:08est libre de toute menace ou ils vont garder cette ambiguïté et faire valoir cette ambiguïté
01:15en mettant en place des frais de service, de sécurité alors qu'au début du conflit le Détroit était pleinement
01:21ouvert.
01:21Si on y va, la France propose de fournir deux drones de surface qui est construit notamment par l'entreprise
01:27française Excel,
01:28un sonar tracté, un robot sous-marin téléopéré.
01:32Avec ça on peut avoir une vision justement du Détroit, être ce qu'il y a sous la mer ou
01:37sur la mer
01:37parce que les mines peuvent être aussi au niveau de l'eau.
01:40Écoutez, effectivement, le président de la République l'a redit, il y a une coalition sous un directoire franco-britannique,
01:47une quarantaine de nations soutiennent cette initiative.
01:52Les moyens sont actuellement prépositionnés, pas dans le Détroit d'Hormuz mais sans doute un peu en camp en retrait,
02:00dans l'attente du feu vert iranien.
02:02Donc on a deux types de technologies.
02:04On a l'ancienne technologie, ce sont des chasseurs de mines, des bateaux avec des coques amagnétiques
02:09qui font 50 mètres de long avec un équipage à bord et qui ont un sonar pour s'assurer que
02:15les passages sont clairs.
02:17Et ils opèrent aussi un robot téléopéré qui est effectivement Excel, qui a été développé dans les années 70.
02:23Ça c'est l'ancienne génération de la lutte contre les mines qui est déjà très opérationnelle
02:28pour la protection des sous-marres nucléaires que j'ai eu la chance de commander à Brest.
02:31C'est cette capacité-là qui s'assure que les routes sont bien dégagées.
02:35Donc on déploie cette capacité outre-mer, outre-mer en l'occurrence en l'océan indien.
02:39Et puis on a l'arrivée effectivement des nouvelles technologies,
02:42pour lesquelles d'ailleurs Excel fait partie du leadership mondial.
02:47Et là, pratiquement tout est dronisé.
02:50C'est-à-dire que vous avez un bateau qui dispose des capacités dronisées,
02:55il reste en dehors de la zone de danger.
02:57Et on va déployer des drones de surface, donc c'est des bateaux de 12 mètres, sans équipage à bord,
03:02parce que l'enjeu c'est d'écarter l'humain de la zone de danger.
03:06Et ce vecteur, sans personne à bord, opère lui-même des drones sous-marins.
03:11Parce qu'on parle de drones aériens, beaucoup évidemment dans la guerre en Ukraine,
03:16mais également en Iran, il y a des drones marins et sous-marins.
03:19Oui, alors effectivement on a tendance à croire que les drones, c'est essentiellement dans le domaine aérien.
03:25On le voit, l'importance dans la guerre en Ukraine notamment.
03:30Mais on en trouve partout, on en trouve à terre, on le voit sur les lignes de front en Ukraine,
03:34et également sur les océans, et également sous les océans.
03:39Je prends comme exemple ce qui se passe actuellement dans le Pacifique,
03:42et on peut le documenter, Excel fournit également des centrales inertiales de navigation,
03:47parce que sous l'eau vous n'avez pas de GPS, donc pour vous localiser,
03:50vous avez besoin d'avoir une capacité inertiale de navigation.
03:53On les vend par centaines, donc ça veut dire que l'US Navy, la marine japonaise et d'autres pays
03:59s'équipent,
04:00mais massivement parce qu'en mer de Chine méridionale, l'ambition des Chinois,
04:04ils l'ont clairement décrété, c'est d'essayer de rechercher une sorte de transparence sous l'eau,
04:09pour savoir ce qui s'y passe, notamment pour faire face aux sous-marins nucléaires américains.
04:13Donc il y a ce combat naval, entre quelque sorte, ou cette bataille navale.
04:17– Mais qui n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était auparavant,
04:19je ne sais pas, où il y avait quelques sous-marins,
04:21là on a une bataille de drones sous-marines.
04:23– C'est une bataille du renseignement.
04:25En fait, vous voyez, en termes de transparence tactique,
04:28on dit qu'à Terre, au jour d'aujourd'hui, on arrive à savoir à peu près ce qui se
04:31passe
04:31sur les lignes de front, 20 kilomètres de part et d'autre.
04:35Dans l'espace, c'est pareil, dans les airs,
04:37mais en fait, il reste deux endroits où c'est très difficile de savoir ce qui se passe,
04:39sous l'eau, et on le voit, Ormuz, c'est 60 mètres d'eau, c'est très peu d'eau,
04:44on n'arrive pas à savoir si les lignes sont au fond.
04:46Et également sous terre, vous voyez comment les Iraniens ont développé des souterrains,
04:50donc là, il reste encore ces deux espaces stratégiques
04:53où c'est très difficile de savoir exactement ce qui se passe.
04:56– Avec des enjeux stratégiques autour des câbles, autour d'Internet ?
04:59– Oui, exactement. En fait, on peut presque dire que le XXIe siècle,
05:04c'est vraiment le siècle de la maritimisation des enjeux stratégiques.
05:08On parle même de territorialisation des enjeux stratégiques.
05:11Regardez, en mer de Chine méridionale, les Chinois poldérisent des îles,
05:16c'est-à-dire des îles qui étaient inhabitées,
05:17ils les transforment en pistes pour leurs avions, avec des capteurs.
05:23Et donc ces enjeux-là font qu'il s'agit de protéger les détroits,
05:27il s'agit de protéger le transport maritime,
05:30il s'agit de protéger aussi les câbles sous-marins.
05:34Plus de 95% d'Internet, des échanges financiers,
05:37passent sous l'eau, 1% seulement par l'espace.
05:40Donc tout ça, quand ça a été développé, ce n'était pas protégé.
05:43Donc on a des vulnérabilités.
05:44On l'a vu en Baltique, j'avais la chance de faire partie de l'État-major,
05:47de l'OTAN à Northwood.
05:51Les actions qui ont été opérées, notamment par les Russes,
05:55maintenant on peut le dire, en draguant avec des encres,
05:58les câbles sous-marins, voilà.
05:59Il y a des enjeux maritimes énormes qui impactent le transport maritime,
06:03mais également le transport immatériel de l'Internet.
06:06Mais vous disiez qu'Excel vendait par centaines justement
06:09cette technologie à l'US Navy.
06:11Ils n'ont pas, eux, cette technologie ?
06:13C'est-à-dire que là-dessus, on est meilleur ?
06:14Et nous, l'Excel est vraiment, et je le dis en toute humilité,
06:17je viens juste de rejoindre l'entreprise, j'en suis partiellement fier,
06:19l'Excel fait partie des leaders mondiaux,
06:23et en Europe, sans doute le leader mondial pour les centrales inertielles,
06:27en particulier pour les systèmes dronisés sous-marins.
06:31C'est toute une expérience qui commence dès les années 70,
06:34donc on a quand même 50 ans d'autorité opérationnelle,
06:36j'aurais tendance à dire, et toute cette connaissance,
06:39les ingénieurs qui développent des centrales à fibre optique,
06:43la fibre optique elle-même développée à l'Agnon,
06:46donc tout ça, ça appartient à Excel,
06:47donc on dit que c'est Itar Free,
06:50c'est-à-dire qu'on n'a pas de dépendance aux Américains,
06:51et c'est de la R&D autofinancée,
06:54donc voilà, ce qui donne une certaine force,
06:55avec une qualité de précision plus ou moins importante,
06:58par exemple, on équipe intégralement la Royal Navy britannique,
07:02avec des centrales inertielles de navigation d'Excel,
07:06qui montrent vraiment tout le savoir-faire de l'entreprise.
07:08On voit évidemment le succès d'Excel,
07:09les contrats qui pleuvent,
07:11parce que le carrément de commande est particulièrement rempli,
07:13mais il y a tout un tissu de PME, de TI en France qui parfois galère,
07:18notamment parce que la commande publique ne suit pas toujours,
07:20on a besoin de financement,
07:22c'est quoi votre regard sur l'ensemble de la filière ?
07:25C'est effectivement un environnement qui n'est pas simple,
07:30à tel point que l'entreprise Excel a fait quand même son chiffre d'affaires
07:33essentiellement à l'export, plus de 80% c'est de l'export.
07:37Dans le domaine de la défense, que je m'occupe tout particulièrement,
07:39les choses évoluent, notamment en matière de dronisation navale,
07:44on s'aperçoit que la France a la chance d'avoir 11 millions de kilomètres carrés
07:49en zone économique exclusive.
07:51Cette zone maritime est immense, 11 millions de kilomètres carrés,
07:54il faut des moyens, la marine française que je connais bien,
07:58elle a actuellement une quinzaine de frégates,
08:00c'est totalement insuffisant.
08:01Donc pour combler, il faut un mix capacitaire entre les legacy plateformes,
08:06les anciennes plateformes et des drones
08:08qui vont vous permettre de faire des veilles permanentes.
08:11On a une coopération actuellement avec la marine
08:15qui couvre l'ensemble de la Méditerranée, donc à Toulon,
08:18avec des drones qui vont surveiller des opérations illicites,
08:22de la pêche illégale, des opérations contre le narcops.
08:27Vous voyez, donc tout ça va permettre de muscler un petit peu la marine.
08:30On peut combler, ce que vous me dites, ce n'est pas assez 15 frégates,
08:32on peut combler avec les drones où il faudra de toute manière de nouvelles...
08:36Le budget, il est ce qu'il est, quand bien même, il a été augmenté de l'ordre du double.
08:41Quand on regarde un peu l'ambition qui a été fixée,
08:44notamment par le président Trump au travers de l'OTAN, c'est 100 milliards.
08:46On n'y est pas encore, on est à 60 milliards.
08:48Donc pour combler cette capacité-là, une frégate, vous savez, ça coûte 900 millions d'euros.
08:53Une frégate française, type Frem, 900 millions, avec un coût de 300 000 euros par jour.
08:58Donc ça coûte cher.
08:59Donc si on veut une capacité de veille permanente, on appelle ça Payment ISA,
09:05Intelligence Surveillance Reconnaissance.
09:07Le drone apporte cette plus-value avec des prix nettement plus faibles.
09:11Merci beaucoup Amérald d'être venu ce matin sur le plateau de BFM Business.
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