00:00L'édito politique avec Jacques Serret. Jacques Serret, journée décisive aujourd'hui autour de la nomination d'Emmanuel Moulin à
00:05la Banque de France.
00:06Il est le candidat d'Emmanuel Macron et selon vous, ce vote dépasse largement le simple cas d'un haut
00:11fonctionnaire.
00:12Oui, parce qu'au fond, aujourd'hui, Emmanuel Moulin passe une audition, mais c'est surtout les Républicains qui jouent
00:19une partie de leur crédibilité.
00:21Le candidat proposé par Emmanuel Macron pour diriger la Banque de France est auditionné ce matin au Sénat, puis à
00:26l'Assemblée par les commissions des finances.
00:28Sa nomination peut être bloquée si trois cinquièmes des suffrages exprimés votent contre.
00:34Et la gauche votera contre les insoumis, les communistes, les écologistes, les socialistes.
00:38Donc tout repose désormais sur les Républicains et c'est ce qui rend ce vote explosif politiquement.
00:44Car Emmanuel Moulin n'est pas un haut fonctionnaire neutre sorti de nulle part.
00:49C'est l'ancien directeur du Trésor, l'ancien directeur de cabinet de Bruno Le Maire à Bercy,
00:53l'ancien directeur de cabinet de Gabriel Attal à Matignon.
00:57Et surtout, l'ancien secrétaire général de l'Elysée.
01:00Autrement dit, le plus proche collaborateur d'Emmanuel Macron jusqu'à il y a quelques jours encore.
01:06Personne ne conteste ses compétences.
01:08Le sujet est ailleurs, le sujet c'est la symbolique politique.
01:11C'est là qu'apparaît aussi le soupçon de deal avec les Républicains, c'est ça ?
01:15Oui, un soupçon qui est politiquement très toxique, Romain.
01:18Ces derniers jours, plusieurs élus de gauche ont évoqué un possible accord officieux entre l'Elysée et le Sénat.
01:25L'idée serait la suivante, les sénateurs LR laisseraient passer Emmanuel Moulin
01:30et Emmanuel Macron nommerait ensuite le sénateur LR François-Noël Buffet au poste de défenseur des droits.
01:37Officiellement, tout le monde dément, l'Elysée dément, Gérard Larcher dément.
01:41Mais le simple fait que cette hypothèse circule dit quelque chose du climat politique actuel.
01:46Et pour Bruno Retailleau, le piège est évident.
01:49Comment dénoncer le macronisme à longueur de discours,
01:52tout en permettant à Emmanuel Macron de placer son plus proche collaborateur à la tête de la Banque de France
01:57?
01:57Depuis des mois, une partie des électeurs de droite reproche déjà au LR d'être une opposition de discours,
02:03mais une majorité d'appoint dans les faits.
02:06Bref, le risque pour Bruno Retailleau est donc très clair.
02:08« Apparaître comme l'homme qui critique Emmanuel Macron le matin,
02:11mais dont le parti sauve encore le système l'après-midi. »
02:14Et au fond, Jacques, ce vote dit aussi quelque chose de la fin du quinquennat d'Emmanuel Macron ?
02:17Oui, parce qu'Emmanuel Macron n'a peut-être plus de majorité stable,
02:21mais il lui reste toujours un pouvoir immense, celui du pouvoir de nomination.
02:26Et c'est ce pouvoir qu'il utilise jusqu'au bout.
02:28La Banque de France aujourd'hui, le Conseil d'État il y a 15 jours,
02:32le Cour des comptes en février, le Conseil constitutionnel l'an dernier.
02:36Et à chaque fois, l'Élysée répond compétence, expérience, continuité de l'État.
02:41Aujourd'hui, pour la première fois peut-être,
02:43les Républicains ont le pouvoir d'interrompre cette mécanique.
02:47S'ils votent contre Emmanuel Moulin,
02:49ce sera un désaveu politique majeur contre Emmanuel Macron.
02:53S'ils le sauvent, alors une autre question se posera immédiatement.
02:57LR est-il une opposition ou déjà une composante du bloc macroniste de l'après-2027 ?
03:06Sous-titrage Société Radio-Canada
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