00:00BFM Bourse, l'écho du monde.
00:04Oui, parce que là, encore une fois, les biais, l'IA, la destruction,
00:09il y a aussi des fondamentaux économiques,
00:11et les fondamentaux économiques qui nous amènent immanquablement du côté des Etats-Unis.
00:14Bien sûr, Gilles Mouèque du groupe AXA, bonjour.
00:17On avait des chiffres importants, des chiffres qu'il ne fallait pas perdre de vue cet après-midi,
00:23notamment du côté de l'immobilier et de la confiance des consommateurs américains.
00:28On a un discours sur l'état de l'Union ce soir, de la part de Donald Trump.
00:32On a des midterms qui commencent à se rapprocher.
00:35Donc, on a vraiment l'œil sur ces deux indicateurs.
00:37Qu'est-ce qu'il nous disait ?
00:39Alors, ce qu'il nous dit sur l'immobilier, c'est qu'on a une croissance des prix de l
00:44'immobilier aux Etats-Unis
00:45qui reste quand même très limitée.
00:47Si on prend un indicateur S&P, on est à peine au-dessus de 1% sur un an.
00:52Alors, c'est mieux qu'une contraction, bien évidemment.
00:55Mais ça veut dire qu'on a des prix de l'immobilier dont la valeur réelle,
00:59c'est-à-dire déflatée par l'inflation courante, est toujours en baisse.
01:04Et ça, on peut le relier à une espèce de situation de paralysie du marché immobilier américain
01:10lié au fait que même si depuis quelques mois, le taux des emprunts à 30 ans,
01:18qui sont liés à des emprunts de base aux Etats-Unis, ont eu une tendance à se réduire.
01:21On est toujours au-dessus de 6%.
01:23Donc, on a toujours beaucoup de gens qui hésitent à déménager,
01:27qui hésitent à changer de logement simplement parce qu'ils perdraient le bénéfice
01:30de leurs anciens emprunts immobiliers à très bas taux.
01:37Donc, il ne se passe pas grand-chose sur cette fraction quand même importante
01:42de l'économie américaine depuis longtemps.
01:44Et sur la confiance des ménages, et là, c'est l'indice Conference Board,
01:48il y en a plusieurs, on a un petit redémarrage au mois de février,
01:52alors qu'on avait eu un très mauvais chiffre pour le mois de janvier,
01:54donc ça, c'est plutôt rassurant.
01:56Mais on est toujours, là aussi, dans des basaux, puisqu'on est toujours en deçà
02:00du niveau qui avait été atteint au mois de décembre,
02:03et on est à peu près à 10 points en deçà du niveau que l'on avait
02:07à la même période de l'année dernière.
02:09Et vous parliez du discours sur l'état de l'Union,
02:11eh bien, c'est un discours qui va intervenir à un moment où les ménages américains
02:16sont assez grincheux, si je peux utiliser cette expression.
02:21Ils sont grincheux alors même que les chiffres de PIB,
02:24même si le T4 est un peu déçu, sont relativement bons,
02:28mais grincheux parce qu'on a un marché du travail qui est, en fait,
02:31là aussi, assez paralysé, assez éteint,
02:34pas beaucoup d'essentiements, mais pas beaucoup d'embauches non plus,
02:37un marché de l'immobilier assez encalminé,
02:40et toujours une inflation qui reste supérieure à l'objectif de la Fed,
02:46qui interdit donc, en tout cas, à court terme, des baisses de taux.
02:49Donc, voilà, le président aura du père sur la planche
02:52dans son discours de l'Union.
02:54Alors, on a vu ces dernières heures aussi, du côté des taux,
02:58là, je parle des taux 10 ans, toujours question de taux, de toute manière,
03:02les taux 10 ans, avec une vraie correction,
03:06ces dernières heures, notamment, c'était en fin de séance hier,
03:09et puis ça continue, on a la pression à la baisse.
03:11Est-ce qu'on peut y voir une forme de « flight to quality »
03:15ou peut-être une sorte de réaction un peu épidermique
03:18à tous les problèmes qu'on commence à anticiper du côté du crédit privé
03:22aux États-Unis, particulièrement celui qui est exposé à l'IA ?
03:26Alors, peut-être une explication, au-delà du crédit privé,
03:30je pense que si on a un marché equity qui est plus évitant,
03:34depuis maintenant que temps, avec cette notion de disruption
03:39liée à la témoins officielle, c'est intéressant de voir
03:42comment la thématique a bougé, c'est-à-dire qu'on est parti
03:44d'une thématique presque exclusivement positive,
03:48se consacrant, se focalisant sur les effets bénéfiques,
03:52sur la profitabilité de l'IA.
03:54Et là, depuis quelques semaines, on se focalise sur l'aspect disruption.
03:58Et l'Inde ne va pas s'enlouer.
04:00Je ne vais pas faire, mais il y a aussi mon grain chaud.
04:03Mais relisons tous Schumpeter, il y a un concept intéressant
04:06qui est celui de la destruction créatrice.
04:09Il ne peut pas y avoir de gain de productivité,
04:12il ne peut pas y avoir d'innovation technologique,
04:14il ne peut pas y avoir de poche de profitabilité forte
04:17si, en même temps, on n'a pas des secteurs, des industries,
04:20des entreprises qui souffrent et qui en payent le prix.
04:23J'ai l'impression que le marché est un pan en train de découvrir
04:27ce deuxième pan de l'impact de l'innovation technologique.
04:33Et donc, comme on ne sait pas très bien ce qui se passe,
04:36effectivement, on se réfugie dans des valeurs plus sécures,
04:40dont les obligations d'État à long terme.
04:43Mais je ferais remarquer que, même si ça a rebaissé,
04:48on reste au-dessus de 4% sur un taux à 10 ans américains,
04:52on a toujours une courbe des taux, en fait, assez pentue.
04:56Alors qu'on a un marché qui continue à attendre
04:59environ deux baisses de taux de la part de la Fed,
05:01alors que la Fed l'année dernière a baissé ses taux
05:02de manière quand même assez forte,
05:04on a une résistance de la partie longue de la courbe.
05:06Et ça, on peut le relier au fait que,
05:09même sur cet actif sans risque,
05:11on a des inquiétudes, on a des hésitations
05:14qui sont liées au fait qu'on a une politique budgétaire américaine
05:17extrêmement expansive et également assez incertaine
05:21parce qu'on va aller cette année vers les élections mid-term.
05:25Il est possible que la Maison-Blanche cherche, en fait,
05:28à aller encore un peu plus loin dans cette politique budgétaire
05:30expansive dans les mois qui viennent,
05:32même si le Parti républicain renâcle de plus en plus.
05:35Donc, même sur ces actifs sans risque,
05:38on a quand même un bruit, une musique de fond
05:40qui est quand même assez tendue.
05:43Merci beaucoup Gilles Mouèque,
05:45chef économiste du groupe AXA.
05:46Merci d'avoir été avec nous pour commenter
05:48la macroéconomie américaine
05:49qui reste quand même au cœur des attentions sur les marchés.
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