00:00Un an aura suffi pour que change la face du monde et Donald Trump n'y est pas pour rien, loin de là.
00:04Bonjour Romain Tiora, chercheur associé à l'IRIS, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis.
00:10On va essayer de revenir en moins de dix minutes sur un peu tous les grands sujets qui ont jalonné cette année avec Donald Trump.
00:18Avec moi pour vous interroger, Annalisa Capellini, on fait le bilan donc et déjà ce qu'on peut dire c'est qu'on a affaire à un Donald Trump quand même différent de celui qu'on avait vu pendant son premier mandat.
00:28Bien évidemment, Trump de haut n'a rien à voir avec le premier Trump, à l'époque c'était un homme sans colonne politique vertébrale.
00:34Il s'est élu, mal élu d'ailleurs, mais qui jusqu'en 2015 avait même envisagé à se présenter chez les démocrates.
00:40Donc une présidence brouillonne, aucun soutien du parti républicain.
00:43Bref, Trump s'est radicalisé durant son premier mandat, elle est quatre années passées dans l'opposition et il s'est rapproché de l'extrême droite américaine.
00:49Et c'est avec elle qu'il a accédé au pouvoir il y a donc un an aujourd'hui.
00:53Et donc oui, c'est tout un groupe de personnes qui gouvernent les Etats-Unis, d'où une présidence beaucoup plus structurée.
01:01On entend souvent dire que Donald Trump est imprévisible, qu'on ne sait pas quelle va être la suite de son mandat, la suite de ses décisions.
01:08D'autres disent au contraire qu'il est très prévisible, qu'il annonce tout ce qu'il va faire.
01:11Il avait annoncé qu'il allait augmenter la pression sur le Groenland, il avait annoncé ce qu'il allait faire avec Nicolas Maduro.
01:18Vous, qu'est-ce que vous en pensez ? Il est prévisible ?
01:19Ce sont ces annonces qui peuvent parfois paraître abruptes.
01:23Mais non, tout est réfléchi.
01:25Comme je le disais il y a quelques instants, nous sommes en train d'assister à la mise en place par une administration structurée d'une dynamique réfléchie.
01:34Et tout se trouvait dans le fameux projet 2025, cette fameuse feuille de route qui avait été rédigée par le fin de temps conservateur Heritage Foundation.
01:42Que ce soit sur le plan national, où il y a deux objectifs majeurs, mettre en place un régime semi-autoritaire sur le modèle de la Hongrie de Viktor Orban,
01:51on a déjà dépassé la Hongrie de Viktor Orban, mener une contre-révolution culturelle,
01:56ça c'est le grand oeuvre de Suzy Wills, la secrétaire générale à la Maison Blanche,
02:00et cette contre-révolution culturelle est bien en marche.
02:02Regardez les universités, tous les programmes d'inclusivité qui ont été supprimés par le gouvernement fédéral.
02:07Qu'est-ce qui s'est passé avec Harvard au mois d'avril ?
02:09Etc. Etc. Et sur le plan international, l'objectif très clair, mettre à base ce qui demeure de l'ordre multilatéral post-45.
02:17Tout est réfléchi, mais tout est aussi dans l'excès, Romal Sura.
02:21On voit encore, il y a quelques minutes, Donald Trump qui menace d'une taxe de 200% sur les vins et champagnes français,
02:27parce que la France, à ce stade, refuse de rejoindre ce Conseil de la paix qu'il va mettre en place et présider.
02:35C'est quand même une politique de l'excès en permanence.
02:37De l'excès, mais une fois encore, il y a une forme de logique.
02:41Nous avons assisté à l'émergence de la première superpuissance voyou de l'histoire.
02:47Quelques mots, je dirais acte 1, lorsque l'année dernière, pour la première fois, une menace le Groenland.
02:52Pour la première fois de leur histoire, les États-Unis ne parlent pas d'une intervention militaire
02:56sous couvert d'exporter la démocratie, les droits de l'homme.
02:58Non, c'est très, très, très, très simple.
03:00Ce que tu as m'intéresse, tu me le donnes ou je te casse la figure.
03:02Acte 2, on taxe le Brésil à 50% sans, cette fois-ci, se cacher derrière le prétexte.
03:07Les méchants européens, les méchants canadiens.
03:09Non, tu veux foutre, pardon, envoyer mon copain Bolsonaro en tôle,
03:14eh bien moi, je te taxe à 50%.
03:16Le Venezuela, juste pour conclure, il n'y a qu'un jour, pas de changement de régime, aucun prétexte.
03:21Non, on enlève le patron qui ne veut pas donner la caisse
03:23et on fait chanter la personne qui prend sa place.
03:27Il n'a pas voulu me donner, moi, tu me le donnes ou je te fais pire.
03:29Donc, bref, ce sont des excès, oui, mais tout cela fait partie d'une stratégie,
03:34je dirais la stratégie de la peur, la stratégie du chef de gang.
03:38Et un homme de business avec Trump, tout s'achète, c'est l'ère de la transaction commerciale.
03:43On voit encore avec ses excès sur les droits de douane,
03:46il y a peut-être seulement avec l'Iran où il y a eu des hésitations,
03:49il y a eu rétro-pédalage récemment parce que, encore une fois, le business passe avant tout,
03:54il y a la question du pétrole, donc ça prévaut.
03:57Exactement. Il voulait intervenir en Iran,
04:01il a poussé de nombreux manifestants à aller se faire massacrer,
04:05il faut quand même dire les choses telles qu'elles sont.
04:07Parce qu'ils y ont cru quand même, les Iraniens, que les États-Unis allaient intervenir.
04:10Tout le monde y a cru, la plupart des observateurs.
04:13Et on revient sur ce que l'on a dit, tout simplement parce que les alliés du Golfe,
04:18ce qui représente donc le business, la chose la plus importante pour lui, s'y oppose.
04:22En tout cas, on a l'impression que dans sa politique internationale,
04:25il y a une ligne directrice claire, c'est que la Russie n'est plus vraiment l'ennemi.
04:28Vladimir Poutine est un homme politique tout à fait respectable,
04:31il l'a invité à son Conseil de la paix.
04:34Le vrai ennemi, ce sont les Chinois et les Européens.
04:36Oui, alors il n'a pas totalement tort, ils n'ont pas,
04:39il ne faut pas trop parler de Trump, il faut vraiment parler de Trump,
04:41il faut vraiment parler de Trump, Vance, Izzy, Wills, etc.
04:42Ils n'ont pas tout à fait tort sur le fait que la Russie,
04:45aussi détestable, soit le régime de Poutine,
04:48n'est pas vraiment une menace pour les États-Unis.
04:50La Russie, l'armée russe est quand même assez faible,
04:53ils n'ont même pas été capables d'aller à Kiev
04:55alors que les Américains ne soutenaient pas l'Ukraine.
04:56Ils existent, la Russie existe par sa puissance de feu nucléaire
04:59sur la scène internationale.
05:00Donc elle est un danger, oui, pour les pays limitrophes,
05:04et peut-être pour certains pays de l'Est de l'Union Européenne,
05:09mais pour les États-Unis, non, elle n'est en rien un rival économique,
05:11ni un danger.
05:12Et donc effectivement, c'est la Chine, l'ennemi, le rival,
05:17l'ennemi numéro un aujourd'hui.
05:19Les Européens.
05:20Et les Européens, oui, aussi.
05:22Parce qu'en fait, on en vient à se demander
05:24qui sont encore les alliés, les Américains.
05:26Est-ce qu'il y a encore un pays qui peut se targuer
05:28d'être l'ami des États-Unis ?
05:30Non, non.
05:32Comme je vous le disais, l'objectif sur le plan international,
05:34mettre à base ce qui demeure de l'ordre international post-45,
05:39c'est-à-dire nous ramener dans une ère similaire
05:42à ce qu'on a connu à la fin du XIXe, au début du XXe siècle,
05:44où règne le bilatéralisme, les relations d'État à État,
05:47et où on fait fi des traités internationaux et des alliances.
05:50Ce ne sont que des alliances de circonstances,
05:52de rapprochement avec la Russie,
05:54l'éloignement avec l'Europe.
05:55Si demain, il est intéressant pour les États-Unis
05:58et pour Trump de se rapprocher à nouveau de l'Europe,
05:59eh bien, on ira vers l'Europe.
06:01Si les Chinois deviennent le meilleur allié sur certains projets,
06:04eh bien, ça sera les Chinois.
06:05La difficulté, peut-être, Maltzura,
06:07c'est que malheureusement pour Donald Trump,
06:09il n'a pas le soutien qu'il espérait avoir en interne,
06:12y compris dans son camp.
06:14Et puis, on voit que les chiffres...
06:15Alors, on parlait des marchés tout à l'heure,
06:17effectivement, Wall Street, Caracol,
06:19c'est une année assez spectaculaire quand même
06:21pour la place de New York.
06:25Mais il y a quand même une inflation qui est toujours haute,
06:27un chômage aussi qui est toujours haut.
06:28Et on voit que les mid-termes,
06:30ils arrivent à la fin de l'année
06:32avec quand même beaucoup d'inquiétude
06:33pour Donald Trump et le camp républicain.
06:37Est-ce que tout ça ne va pas aussi tempérer
06:38les ardeurs du président ?
06:40Écoutez, où le bas peut blesser pour Trump,
06:43c'est évidemment le portefeuille.
06:45Si on touche à celui de la base MAGA,
06:49cela peut faire du mal dans les urnes.
06:52Mais vous savez, il faut quand même faire attention à une chose.
06:53Trump a plus de 40% de la population qu'il soutient.
06:57C'est quand même un taux qui ferait rêver de nombreux présidents,
07:00je crois même ici en France.
07:02Et surtout, il est le seul président de l'histoire des États-Unis
07:06à bénéficier d'une base si solide.
07:08Et ça, on l'oublie trop souvent.
07:10Une base, voire fanatisée, même fanatisée parfois.
07:12Donc, il a quand même un soutien très très fort
07:15d'une partie de la population dont n'a pas bénéficié,
07:18dont n'ont pas bénéficié ses prédécesseurs.
07:20Donc, il n'est pas si fragile sur la scène intérieure.
07:23Le problème pour Donald Trump,
07:24c'est qu'il y a un peu une injonction contradictoire
07:25de la part de son électorat et en général des Américains.
07:28C'est qu'on lui demande de retrouver l'éclat
07:30d'une Amérique un peu toute puissante sur la scène internationale
07:32et en même temps de s'occuper d'abord des États-Unis.
07:35Cet America first, comment s'en sortir ?
07:37Écoutez, c'est un petit peu difficile.
07:39Alors, lui croit bien faire.
07:40Dans la logique de cette administration,
07:42donc de nous ramener dans un ordre international
07:44où règne le bilatéralisme, etc.,
07:46on va uniquement vers ce qui conduit aux intérêts des Américains,
07:51enfin des États-Unis,
07:52et donc on espère que cela pourra créer une dynamique interne.
07:55Évidemment, ce n'est pas à vous que je vais l'expliquer.
07:59Toute cette politique de taxation azimut
08:01ne peut que faire monter l'inflation.
08:03Ces ruptures commerciales, ici ou là,
08:06ne peuvent également que créer quelques crises.
08:09Donc, en fait, toute cette politique internationale
08:12se retourne contre les États-Unis,
08:14sans parler que les États-Unis sont de plus en plus isolés
08:16sur la scène mondiale.
08:18En 30 secondes, l'année 2 du second mandat de Donald Trump,
08:21elle commence aujourd'hui.
08:23On sort la boule de cristal.
08:24Qu'est-ce que vous, qui êtes un observateur des États-Unis
08:27et qui regardez depuis quand même un moment maintenant Donald Trump,
08:31qu'est-ce qu'il va faire dans l'année qui vient ?
08:33Cet homme d'excès, à quoi est-ce qu'il faut s'attendre ?
08:35Est-ce qu'on le sait ?
08:36Écoutez, aux États-Unis,
08:38où je vis, comme vous le savez, depuis 25 ans,
08:40je suis américain, je vote,
08:41on est très inquiet concernant les prochaines élections de mi-mandat.
08:46Auront-elles un...
08:47Se redérouleront-elles démocratiquement
08:49ou auront-elles un parfum poutinien ?
08:51Je pense que c'est la grande question
08:52pour cette deuxième année de Trump 0...
08:55Enfin, ou de...
08:56Vous m'avez compris.
08:57Merci à vous.
08:58Merci beaucoup, Romain Al-Sura,
08:59pour cette analyse avec nous ce matin,
09:01chercheur associé à l'IRIS,
09:02directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis.
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