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  • il y a 4 semaines
Ce mardi 20 janvier, Romuald Sciora, chercheur associé à l'Iris et directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, était l'invité d'Annalisa Cappellini dans Le monde qui bouge - L'Interview, de l'émission Good Morning Business, présentée par Erwan Morice. Ils ont fait le point sur la présidence de Donald Trump depuis son deuxième mandat et sur les grands enjeux qui ont marqué cette année. Retrouvez l'émission du lundi au vendredi et réécoutez la en podcast.

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Transcription
00:00Un an aura suffi pour que change la face du monde et Donald Trump n'y est pas pour rien, loin de là.
00:04Bonjour Romain Tiora, chercheur associé à l'IRIS, directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des Etats-Unis.
00:10On va essayer de revenir en moins de dix minutes sur un peu tous les grands sujets qui ont jalonné cette année avec Donald Trump.
00:18Avec moi pour vous interroger, Annalisa Capellini, on fait le bilan donc et déjà ce qu'on peut dire c'est qu'on a affaire à un Donald Trump quand même différent de celui qu'on avait vu pendant son premier mandat.
00:28Bien évidemment, Trump de haut n'a rien à voir avec le premier Trump, à l'époque c'était un homme sans colonne politique vertébrale.
00:34Il s'est élu, mal élu d'ailleurs, mais qui jusqu'en 2015 avait même envisagé à se présenter chez les démocrates.
00:40Donc une présidence brouillonne, aucun soutien du parti républicain.
00:43Bref, Trump s'est radicalisé durant son premier mandat, elle est quatre années passées dans l'opposition et il s'est rapproché de l'extrême droite américaine.
00:49Et c'est avec elle qu'il a accédé au pouvoir il y a donc un an aujourd'hui.
00:53Et donc oui, c'est tout un groupe de personnes qui gouvernent les Etats-Unis, d'où une présidence beaucoup plus structurée.
01:01On entend souvent dire que Donald Trump est imprévisible, qu'on ne sait pas quelle va être la suite de son mandat, la suite de ses décisions.
01:08D'autres disent au contraire qu'il est très prévisible, qu'il annonce tout ce qu'il va faire.
01:11Il avait annoncé qu'il allait augmenter la pression sur le Groenland, il avait annoncé ce qu'il allait faire avec Nicolas Maduro.
01:18Vous, qu'est-ce que vous en pensez ? Il est prévisible ?
01:19Ce sont ces annonces qui peuvent parfois paraître abruptes.
01:23Mais non, tout est réfléchi.
01:25Comme je le disais il y a quelques instants, nous sommes en train d'assister à la mise en place par une administration structurée d'une dynamique réfléchie.
01:34Et tout se trouvait dans le fameux projet 2025, cette fameuse feuille de route qui avait été rédigée par le fin de temps conservateur Heritage Foundation.
01:42Que ce soit sur le plan national, où il y a deux objectifs majeurs, mettre en place un régime semi-autoritaire sur le modèle de la Hongrie de Viktor Orban,
01:51on a déjà dépassé la Hongrie de Viktor Orban, mener une contre-révolution culturelle,
01:56ça c'est le grand oeuvre de Suzy Wills, la secrétaire générale à la Maison Blanche,
02:00et cette contre-révolution culturelle est bien en marche.
02:02Regardez les universités, tous les programmes d'inclusivité qui ont été supprimés par le gouvernement fédéral.
02:07Qu'est-ce qui s'est passé avec Harvard au mois d'avril ?
02:09Etc. Etc. Et sur le plan international, l'objectif très clair, mettre à base ce qui demeure de l'ordre multilatéral post-45.
02:17Tout est réfléchi, mais tout est aussi dans l'excès, Romal Sura.
02:21On voit encore, il y a quelques minutes, Donald Trump qui menace d'une taxe de 200% sur les vins et champagnes français,
02:27parce que la France, à ce stade, refuse de rejoindre ce Conseil de la paix qu'il va mettre en place et présider.
02:35C'est quand même une politique de l'excès en permanence.
02:37De l'excès, mais une fois encore, il y a une forme de logique.
02:41Nous avons assisté à l'émergence de la première superpuissance voyou de l'histoire.
02:47Quelques mots, je dirais acte 1, lorsque l'année dernière, pour la première fois, une menace le Groenland.
02:52Pour la première fois de leur histoire, les États-Unis ne parlent pas d'une intervention militaire
02:56sous couvert d'exporter la démocratie, les droits de l'homme.
02:58Non, c'est très, très, très, très simple.
03:00Ce que tu as m'intéresse, tu me le donnes ou je te casse la figure.
03:02Acte 2, on taxe le Brésil à 50% sans, cette fois-ci, se cacher derrière le prétexte.
03:07Les méchants européens, les méchants canadiens.
03:09Non, tu veux foutre, pardon, envoyer mon copain Bolsonaro en tôle,
03:14eh bien moi, je te taxe à 50%.
03:16Le Venezuela, juste pour conclure, il n'y a qu'un jour, pas de changement de régime, aucun prétexte.
03:21Non, on enlève le patron qui ne veut pas donner la caisse
03:23et on fait chanter la personne qui prend sa place.
03:27Il n'a pas voulu me donner, moi, tu me le donnes ou je te fais pire.
03:29Donc, bref, ce sont des excès, oui, mais tout cela fait partie d'une stratégie,
03:34je dirais la stratégie de la peur, la stratégie du chef de gang.
03:38Et un homme de business avec Trump, tout s'achète, c'est l'ère de la transaction commerciale.
03:43On voit encore avec ses excès sur les droits de douane,
03:46il y a peut-être seulement avec l'Iran où il y a eu des hésitations,
03:49il y a eu rétro-pédalage récemment parce que, encore une fois, le business passe avant tout,
03:54il y a la question du pétrole, donc ça prévaut.
03:57Exactement. Il voulait intervenir en Iran,
04:01il a poussé de nombreux manifestants à aller se faire massacrer,
04:05il faut quand même dire les choses telles qu'elles sont.
04:07Parce qu'ils y ont cru quand même, les Iraniens, que les États-Unis allaient intervenir.
04:10Tout le monde y a cru, la plupart des observateurs.
04:13Et on revient sur ce que l'on a dit, tout simplement parce que les alliés du Golfe,
04:18ce qui représente donc le business, la chose la plus importante pour lui, s'y oppose.
04:22En tout cas, on a l'impression que dans sa politique internationale,
04:25il y a une ligne directrice claire, c'est que la Russie n'est plus vraiment l'ennemi.
04:28Vladimir Poutine est un homme politique tout à fait respectable,
04:31il l'a invité à son Conseil de la paix.
04:34Le vrai ennemi, ce sont les Chinois et les Européens.
04:36Oui, alors il n'a pas totalement tort, ils n'ont pas,
04:39il ne faut pas trop parler de Trump, il faut vraiment parler de Trump,
04:41il faut vraiment parler de Trump, Vance, Izzy, Wills, etc.
04:42Ils n'ont pas tout à fait tort sur le fait que la Russie,
04:45aussi détestable, soit le régime de Poutine,
04:48n'est pas vraiment une menace pour les États-Unis.
04:50La Russie, l'armée russe est quand même assez faible,
04:53ils n'ont même pas été capables d'aller à Kiev
04:55alors que les Américains ne soutenaient pas l'Ukraine.
04:56Ils existent, la Russie existe par sa puissance de feu nucléaire
04:59sur la scène internationale.
05:00Donc elle est un danger, oui, pour les pays limitrophes,
05:04et peut-être pour certains pays de l'Est de l'Union Européenne,
05:09mais pour les États-Unis, non, elle n'est en rien un rival économique,
05:11ni un danger.
05:12Et donc effectivement, c'est la Chine, l'ennemi, le rival,
05:17l'ennemi numéro un aujourd'hui.
05:19Les Européens.
05:20Et les Européens, oui, aussi.
05:22Parce qu'en fait, on en vient à se demander
05:24qui sont encore les alliés, les Américains.
05:26Est-ce qu'il y a encore un pays qui peut se targuer
05:28d'être l'ami des États-Unis ?
05:30Non, non.
05:32Comme je vous le disais, l'objectif sur le plan international,
05:34mettre à base ce qui demeure de l'ordre international post-45,
05:39c'est-à-dire nous ramener dans une ère similaire
05:42à ce qu'on a connu à la fin du XIXe, au début du XXe siècle,
05:44où règne le bilatéralisme, les relations d'État à État,
05:47et où on fait fi des traités internationaux et des alliances.
05:50Ce ne sont que des alliances de circonstances,
05:52de rapprochement avec la Russie,
05:54l'éloignement avec l'Europe.
05:55Si demain, il est intéressant pour les États-Unis
05:58et pour Trump de se rapprocher à nouveau de l'Europe,
05:59eh bien, on ira vers l'Europe.
06:01Si les Chinois deviennent le meilleur allié sur certains projets,
06:04eh bien, ça sera les Chinois.
06:05La difficulté, peut-être, Maltzura,
06:07c'est que malheureusement pour Donald Trump,
06:09il n'a pas le soutien qu'il espérait avoir en interne,
06:12y compris dans son camp.
06:14Et puis, on voit que les chiffres...
06:15Alors, on parlait des marchés tout à l'heure,
06:17effectivement, Wall Street, Caracol,
06:19c'est une année assez spectaculaire quand même
06:21pour la place de New York.
06:25Mais il y a quand même une inflation qui est toujours haute,
06:27un chômage aussi qui est toujours haut.
06:28Et on voit que les mid-termes,
06:30ils arrivent à la fin de l'année
06:32avec quand même beaucoup d'inquiétude
06:33pour Donald Trump et le camp républicain.
06:37Est-ce que tout ça ne va pas aussi tempérer
06:38les ardeurs du président ?
06:40Écoutez, où le bas peut blesser pour Trump,
06:43c'est évidemment le portefeuille.
06:45Si on touche à celui de la base MAGA,
06:49cela peut faire du mal dans les urnes.
06:52Mais vous savez, il faut quand même faire attention à une chose.
06:53Trump a plus de 40% de la population qu'il soutient.
06:57C'est quand même un taux qui ferait rêver de nombreux présidents,
07:00je crois même ici en France.
07:02Et surtout, il est le seul président de l'histoire des États-Unis
07:06à bénéficier d'une base si solide.
07:08Et ça, on l'oublie trop souvent.
07:10Une base, voire fanatisée, même fanatisée parfois.
07:12Donc, il a quand même un soutien très très fort
07:15d'une partie de la population dont n'a pas bénéficié,
07:18dont n'ont pas bénéficié ses prédécesseurs.
07:20Donc, il n'est pas si fragile sur la scène intérieure.
07:23Le problème pour Donald Trump,
07:24c'est qu'il y a un peu une injonction contradictoire
07:25de la part de son électorat et en général des Américains.
07:28C'est qu'on lui demande de retrouver l'éclat
07:30d'une Amérique un peu toute puissante sur la scène internationale
07:32et en même temps de s'occuper d'abord des États-Unis.
07:35Cet America first, comment s'en sortir ?
07:37Écoutez, c'est un petit peu difficile.
07:39Alors, lui croit bien faire.
07:40Dans la logique de cette administration,
07:42donc de nous ramener dans un ordre international
07:44où règne le bilatéralisme, etc.,
07:46on va uniquement vers ce qui conduit aux intérêts des Américains,
07:51enfin des États-Unis,
07:52et donc on espère que cela pourra créer une dynamique interne.
07:55Évidemment, ce n'est pas à vous que je vais l'expliquer.
07:59Toute cette politique de taxation azimut
08:01ne peut que faire monter l'inflation.
08:03Ces ruptures commerciales, ici ou là,
08:06ne peuvent également que créer quelques crises.
08:09Donc, en fait, toute cette politique internationale
08:12se retourne contre les États-Unis,
08:14sans parler que les États-Unis sont de plus en plus isolés
08:16sur la scène mondiale.
08:18En 30 secondes, l'année 2 du second mandat de Donald Trump,
08:21elle commence aujourd'hui.
08:23On sort la boule de cristal.
08:24Qu'est-ce que vous, qui êtes un observateur des États-Unis
08:27et qui regardez depuis quand même un moment maintenant Donald Trump,
08:31qu'est-ce qu'il va faire dans l'année qui vient ?
08:33Cet homme d'excès, à quoi est-ce qu'il faut s'attendre ?
08:35Est-ce qu'on le sait ?
08:36Écoutez, aux États-Unis,
08:38où je vis, comme vous le savez, depuis 25 ans,
08:40je suis américain, je vote,
08:41on est très inquiet concernant les prochaines élections de mi-mandat.
08:46Auront-elles un...
08:47Se redérouleront-elles démocratiquement
08:49ou auront-elles un parfum poutinien ?
08:51Je pense que c'est la grande question
08:52pour cette deuxième année de Trump 0...
08:55Enfin, ou de...
08:56Vous m'avez compris.
08:57Merci à vous.
08:58Merci beaucoup, Romain Al-Sura,
08:59pour cette analyse avec nous ce matin,
09:01chercheur associé à l'IRIS,
09:02directeur de l'Observatoire politique et géostratégique des États-Unis.
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