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  • il y a 7 mois
C'est à une très belle rencontre que nous invite aujourd'hui « Au bonheur des livres », entre deux écrivains de génération différente, mais qui se retrouvent dans un même amour de la poésie et de la nature : Cécile Coulon et Pascal Quignard. Claire Chazal, les reçoit ainsi pour parler de leurs nouveaux livres, Le visage de la nuit (Ed. L'iconoclaste) et Il n'y a pas de place pour la mort (Éditions Hardies, tout récemment créées), qui constituent à leur façon deux romans d'initiation. Le premier est une sorte de conte à suspense, fascinant, qui met en scène une figure de monstre adolescent en quête d'identité, le second le récit d'une fuite amoureuse qui fait la part belle aux souvenirs autobiographiques... Dans l'un et l'autre cas, la fièvre des mots fait naître un univers singulier, et c'est ce monde totalement à part de la littérature, à la fois intime et universel, que nous fera partager Claire Chazal avec ses invités. Année de Production :

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00:00Musique
00:00Bienvenue dans l'émission littéraire de Public Sénat.
00:21Je suis ravie de vous retrouver pour un nouveau numéro d'Au bonheur des livres.
00:24Chaque semaine, vous le savez, nous tentons tout simplement de vous donner envie de lire des livres
00:29et puis aussi de connaître ou de mieux connaître leurs auteurs.
00:32Avec nous, deux romanciers qui sont parmi les plus intéressants et les plus touchants
00:36de cette rentrée littéraire du mois de janvier.
00:38Deux poètes de deux générations bien différentes pour qui l'écriture,
00:43la description de la nature et des êtres qui la peuplent sont au cœur de l'œuvre.
00:47D'abord Cécile Coulon qui nous propose le visage de la nuit à l'iconoclaste
00:51et puis Pascal Quignard qui publie Il n'y a pas de place pour la mort.
00:55Alors dans une toute nouvelle maison d'édition dont nous allons parler ensemble,
01:00qui est un peu son bébé ou son projet personnel lancé il y a peu de temps, 2024 je crois,
01:05les éditions Hardy.
01:08Alors Pascal Quignard, vous faites ressurgir les souvenirs.
01:11Dans ce livre, on va en parler ensemble.
01:13Des fantômes, vous nous parlez de la mémoire, de l'amitié, des passions partagées,
01:18notamment pour la musique, c'est votre passion.
01:19Et puis on suit avec vous un homme et une femme qui s'enfuient
01:23et qui peut-être sont vous, en une partie de vous, vous allez nous le dire.
01:27Cécile Coulon, malgré votre jeune âge, très jeune âge,
01:32vous avez déjà écrit bien des romans et de la poésie.
01:35Vous avez d'ailleurs reçu le prix Guillaume Apollinaire
01:37pour un très joli recueil de poésie, Les Ronces, en 2018.
01:42Votre livre, Une bête au paradis, en 2019,
01:44avait été très bien accueilli, prix littéraire du Monde, très remarqué.
01:48Et j'allais dire que votre littérature est ancrée dans votre Auvergne natale,
01:53où vous vivez, et j'avoue que je suis particulièrement touchée
01:55puisque je suis aussi native de l'Auvergne.
01:58Avec le visage de la nuit, vous mettez en scène deux adolescents
02:02bien particuliers que vous allez nous décrire.
02:05Tout ça se passe dans un petit hameau qui s'appelle le fond du puits,
02:08très auvergnat tout ça, tout petit village où règne,
02:13alors vous allez nous le dire, des peurs, des haines ancestrales.
02:16Simplement, à quelle époque se situe-t-on ?
02:18Est-ce qu'on a une espèce de... Il y a un espèce comme un flou.
02:21Peut-être c'est moyenâgeux, peut-être c'est actuel.
02:24Je pense que l'époque est à choisir par le lecteur ou la lectrice.
02:27D'accord.
02:28Et que je n'ai pas mis de date et que je n'ai pas mis de repère
02:30parce que je voulais à la fois qu'on puisse croire
02:32que ça se passe au Moyen-Âge,
02:34que ça se passe il y a dix ans,
02:35ou que ça puisse se passer dans le futur,
02:36parce que c'est un endroit qui est coupé du monde,
02:40qui est entouré par une vaste forêt.
02:42Et j'avais très envie d'emmener le lecteur
02:46dans cette espèce de pénombre,
02:48mais qui est aussi une pénombre temporelle,
02:49où rien n'entre et rien ne sort.
02:51Donc on ne sait pas ce que ça se passe.
02:53Et ce hameau dont vous parlez, ce puits du fond,
02:56vous en avez des exemples autour de vous.
02:58Enfin, je précise, vous passez une partie de votre vie
03:00dans cette auvergne, comme vous dites,
03:01qui est aussi entourée de forêts, parfois sombres.
03:03Mais est-ce que vous l'identifiez dans votre tête ?
03:06Je l'identifie, oui, je l'identifie comme, on va dire,
03:10tous les petits villages, on va dire les villages
03:12de moins de 1000 habitants, que j'ai pu connaître
03:13par mes grands-parents, mes parents, puis par moi-même.
03:17Et je pense que c'est la somme de tous ces endroits.
03:20Et que c'est pour ça, d'ailleurs, que le précédent roman
03:22se passait déjà au fond du puits.
03:23Absolument.
03:24J'ai voulu rester au même endroit, parce que je me suis dit
03:26je ne vais pas inventer un autre village.
03:28Ici, il y a tout pour moi.
03:29On avait découvert dans la langue des choses cachées,
03:31ce petit village, et le revoici.
03:32C'est un drôle de cadre, c'est tout à fait passionnant,
03:35mais parfois inquiétant.
03:37C'est l'histoire d'abord d'un jeune garçon
03:39qui contracte une grave maladie, une fièvre un peu étrange,
03:42et qui va en être défiguré.
03:45Et qui va donc s'exclure du monde,
03:47être cueilli par un curé et sa gouvernante, son assistante.
03:52Au fond, ce que vous nous dites d'abord,
03:54c'est que cette monstruosité, elle est incompatible
03:56avec le reste du monde.
03:58Elle est incompatible avec le reste de la communauté,
04:00avec le reste du village.
04:02C'est-à-dire qu'elle a tout à fait sa place
04:04dans le monde de la nuit, dans le monde animal,
04:07dans le monde végétal.
04:09Mais dès qu'il s'agit d'hommes et de femmes
04:11qui ont des yeux et une éducation du regard,
04:14ce n'est plus possible.
04:15Et je crois aussi que la grande question
04:17que je voulais poser à travers ce personnage-là,
04:20qui est considéré comme monstrueux
04:21par tous les adultes qui sont autour,
04:24c'était de dire qu'est-ce que ça signifie
04:27de grandir, de devenir adulte,
04:29quand on n'est pas vu,
04:30quand on n'est pas regardé par les autres,
04:32quand c'est absolument impossible,
04:34qu'est-ce que ça dit ?
04:35Et c'est aussi une question,
04:36pour les gens qui le lisent et qui l'écrivent,
04:38c'est, est-ce que si on n'avait pas été
04:41sous le regard des autres,
04:43est-ce qu'on aurait été des personnes différentes
04:45aujourd'hui ?
04:46Je n'ai pas la réponse.
04:47Oui, est-ce que c'est une peinture,
04:49enfin, Pascal Quignard,
04:50je ne sais pas ce que vous en pensez,
04:51mais ça nous interpelle aussi
04:52sur la société dans laquelle nous vivons,
04:54est-ce que ça veut dire que cette différence
04:55est inacceptable aujourd'hui,
04:56plus aujourd'hui qu'avant,
04:57peut-être moins ?
04:59Les différences sont difficilement intégrables ?
05:03Elle l'est moins de nos jours,
05:04parce qu'on est plus surveillé,
05:05on a plus le regard porté sur nous
05:07par le biais des...
05:08Donc vous diriez que c'est plus accepté ?
05:10Non, ça l'est moins accepté.
05:14Moi, ça me fait penser, comment dire,
05:16aux chouettes effraies qui, comment dire,
05:18semblent avoir un regard...
05:19Ça, ça peut parler à Cécile Coulon
05:21qui ont des chouettes effraies.
05:21Oui, mais oui, semblent avoir un regard avec...
05:22Les yeux, là, les ocelles sont fausses,
05:25elles ne voient pas,
05:26elles ne sont qu'audition,
05:27et lorsque le jour apparaît,
05:29elles se tournent dans l'arbre,
05:30elles se cachent.
05:31C'est un peu ça, le héros.
05:33C'est tout à fait ça, oui, tout à fait, oui.
05:34C'est ça.
05:35Et évidemment, c'est d'autant plus ça
05:36que, comme le disait Cécile,
05:37ce jeune homme, il va vivre surtout la nuit
05:40puisqu'il ne veut pas se montrer.
05:42Et donc, on a une très belle description
05:43de cette nature, de ces forêts la nuit
05:46qui sont à la fois ces bois hostiles et accueillants.
05:51C'est comme ça que vous nous les décrivez.
05:52Oui, je voulais que la forêt,
05:53je voulais que les bois soient
05:54une sorte de tunnel végétal
05:57qui soit à la fois un lieu de danger
05:58mais aussi un lieu de métamorphose,
06:00à la fois un refuge pour le personnage
06:02et pour tous les autres personnages
06:04qui n'ont pas leur place le jour,
06:06à la lumière du jour,
06:07et que ce soit l'endroit de l'apprentissage,
06:10l'endroit de la découverte des animaux
06:11qui n'ont pas ces yeux-là pour voir,
06:14justement, les chouettes ou encore plein d'autres.
06:17Et pour moi, l'espace de la forêt dans ce livre,
06:20c'est vraiment le refuge ultime.
06:22Et c'est la découverte des sens,
06:25du toucher, de la caresse,
06:27du poil des animaux,
06:28de la mousse, des feuilles.
06:30Et c'est vrai que toute cette découverte
06:33de cet endroit par ce garçon,
06:34qui, au départ, a été une découverte très triste,
06:36très chagrinée,
06:37mais qui devient, au fur et à mesure,
06:39une sorte de palais.
06:41Un plaisir qu'il prend chaque nuit.
06:43Ça va durer sur une quinzaine d'années,
06:46cette vie, cette jeunesse,
06:48enfin cette adolescence.
06:49Et puis, au cours de ces courses nocturnes,
06:52justement, il va croiser une autre adolescente,
06:55une jeune fille,
06:56qui, elle aussi, vit recluse,
06:58mais alors là, pour protéger son frère,
06:59qui, lui aussi, est différent.
07:02Au fond, vous nous présentez l'ange et le monstre,
07:05les deux personnes qui ne peuvent pas être acceptées
07:07par le monde extérieur.
07:09Oui, et ces deux enfants sont les deux faces
07:12d'une même pièce.
07:12L'un est d'une trop grande beauté
07:15pour être montré, pour être vu,
07:18quand l'autre est d'une vaste monstruosité.
07:21Et je voulais montrer comment,
07:23dans ce livre-là,
07:24les adultes autour d'eux,
07:25qui sont chargés de leur protection,
07:27qui sont chargés de leur apprentissage
07:29et de leur éducation,
07:31en voulant absolument les protéger,
07:34vont les mener à un endroit
07:36où ils ne sont pas du tout censés aller.
07:37J'essaie de ne pas trop en dire.
07:39Voilà, parce qu'on ne dévoile pas la fin de l'histoire,
07:41parce que c'est un vrai roman de fiction magnifique.
07:45D'une certaine façon,
07:46ces deux enfants débordent du cadre
07:48qui est établi,
07:49quand bien même on est dans un hameau,
07:51et quand bien même on pourrait penser
07:52qu'il n'y a pas de cadre.
07:53Mais même en cet endroit-là,
07:55le cadre est extrêmement solide et délimité.
07:58Oui.
07:58Alors, les familles qui les accueillent
08:01sont très bienveillantes,
08:02mais à l'extérieur,
08:02ils vont se heurter à cette hostilité,
08:05parce qu'au fond,
08:05ce que vous nous décrivez,
08:07c'est un monde qui nous paraît méchant,
08:10quand même,
08:10qui nous paraît...
08:12Peut-être c'est aussi les adolescents
08:13un peu immatures,
08:16qui réagissent comme ça
08:17avec cette violence de la jeunesse,
08:20mais ce n'est pas du tout rassurant,
08:22c'est un monde très inquiétant, je trouve.
08:24Je ne sais pas si c'est notre monde aujourd'hui,
08:26Pascal Quignard nous disait
08:27que c'était peut-être le monde d'aujourd'hui
08:28qui refuse la différence,
08:29mais c'est une peinture sombre,
08:31quand même, de ce monde.
08:32C'est une peinture sombre,
08:33et avant la violence,
08:35je crois qu'il y a le sentiment de peur
08:37face à ce qui ne ressemble pas
08:40à ce qui est attendu.
08:41C'est-à-dire que,
08:42moi, j'ai beaucoup entendu cette phrase
08:43qui dit qu'il faut tout un village
08:45pour élever un enfant.
08:47Mais si l'enfant ne correspond pas
08:48aux attentes du village,
08:50s'il déborde,
08:51s'il est un peu différent,
08:53est-ce qu'il faut aussi tout un village
08:55pour tuer un monstre ?
08:56C'est la deuxième question
08:57qui vient en miroir
09:00de cette idée
09:01qu'il faut tant de gens
09:03pour éduquer,
09:04pour faire un adulte,
09:05mais qu'est-ce qui se passe
09:06quand ça ne correspond pas ?
09:08Et, encore une fois,
09:09je n'ai pas une réponse
09:11qui irait de manière mondiale
09:14et définitive,
09:15mais, en tout cas,
09:16je crois que,
09:17pourquoi il y a tant de violences,
09:18c'est aussi parce qu'avant
09:19cette violence,
09:20il y a la peur,
09:20il y a l'incompréhension,
09:22et il y a l'incapacité absolue
09:24d'être bienveillant
09:27face à une image
09:28ou à quelqu'un
09:29qu'on ne comprend pas
09:30et qu'on ne reconnaît pas.
09:31Qu'on ne reconnaît pas,
09:32qui est différent,
09:33qu'on ne reconnaît pas.
09:33Mais est-ce que vous ne pensez pas
09:35que ce sentiment,
09:35et quand vous dites
09:36qu'il faut que tout le village,
09:37au fond,
09:37soit d'accord ou l'accueille,
09:39c'est quoi ?
09:40C'est rural,
09:40ça, c'est pas citadin ?
09:42C'est...
09:43Si.
09:44Non, parce que dans la ville,
09:45on a l'impression
09:45d'être plus perdu,
09:46il y a comme une solitude.
09:48Peut-être qu'il y a
09:48cette collectivité
09:49dans un petit village
09:50de campagne.
09:51Je pense qu'il y a
09:51une forme d'anonymat
09:53bienvenu dans la ville.
09:55Parfois bienvenue
09:56et parfois bien triste.
09:57Et parfois très difficile
09:58à vivre, tout à fait.
09:59Et peut-être que,
10:00quand il y a 400 ou 500 habitants,
10:02c'est plus difficile
10:03d'être anonyme.
10:04Et j'ai bien connu ça,
10:05donc je connais bien le sujet.
10:08Et dans un même mouvement,
10:11ce personnage,
10:12il va trouver une place,
10:13une fonction,
10:14un métier,
10:15et il va intégrer
10:17d'une autre manière
10:18cette communauté.
10:19Donc, ce que je pense,
10:20c'est qu'en face
10:21de cette violence
10:22et de cette peur,
10:23il y a l'idée de départ
10:25que pour qu'un village
10:26survive,
10:27il faut y travailler.
10:28Il faut montrer
10:29qu'on a une fonction
10:30à l'intérieur du groupe,
10:34des gens qu'on a connus
10:34et qui nous ont connus
10:35enfants.
10:36Bien sûr.
10:36Et puis aussi,
10:37il y a l'histoire
10:37qui se noue entre les deux,
10:39la jeune fille et lui,
10:40qui est quelque chose
10:41qui nous éclaire quand même
10:42et qui éclaire l'histoire
10:43parce qu'au milieu
10:44de cette noirceur,
10:45on ne va pas tout révéler
10:46et de ces peurs aussi
10:48qui surgissent ici et là,
10:49eux, ils se sont trouvés.
10:51Ils sont dans une forme
10:53de tendresse
10:54et d'amitié.
10:55Ils sont dans une forme
10:56d'un lien incroyable
10:57qui se tisse entre eux
10:58mais c'est un lien
10:59qui est tissé
11:00parce qu'ils ne peuvent
11:01pas se voir littéralement.
11:03Ils évoluent toujours
11:04dans le noir
11:05et c'est comme ça
11:06qu'ils apprennent à s'aimer
11:07parce qu'ils n'ont pas accès
11:09à leurs visages respectifs.
11:11Ils ont accès
11:11à des contours,
11:12à des ombres,
11:13parfois à des expressions.
11:15Ils ont évidemment accès
11:16à leur langage,
11:17à leur voix
11:17mais jamais
11:19à ce à quoi
11:20ils ressemblent vraiment.
11:21Et ça,
11:22dans l'écriture,
11:24de raconter
11:24ce qui n'est pas visible,
11:26c'est très exaltant.
11:28– Mais c'est comme un conte.
11:29– Et de le vivre.
11:30– Et de le vivre.
11:31– Il faut savoir
11:33se déduiter un peu.
11:34– Oui, j'ai l'impression
11:37de lire un conte
11:38quand je vous lis,
11:38une légende même
11:40ou quelque chose.
11:40– C'est un conte.
11:41– C'est un conte, voilà.
11:42– Alors, ce n'est pas très loin
11:43de l'écriture de Pascal Quignard
11:45parce qu'il y a des points
11:46communs entre vous
11:47mais on va y revenir.
11:48Cher Pascal,
11:49je précise que vous avez publié
11:51de très nombreux romans.
11:53C'est vrai que vous êtes
11:54d'une autre génération
11:55mais ça nous fait très plaisir
11:56de vous réunir.
11:58Ces romans ont été adaptés
11:59au cinéma,
12:00notamment, bien sûr,
12:01tous les matins du monde.
12:02Ce magnifique livre
12:03puis film,
12:04Terrasse à Rome également.
12:07Vous avez eu le grand prix
12:08de l'Académie française pour ça.
12:10Je précise que la musique
12:11est très présente
12:12dans votre œuvre
12:12et que vous êtes musicien
12:13vous-même,
12:14notamment violoncéliste.
12:15Vous avez reçu
12:15le prix Goncourt en 2002
12:16pour un des volets
12:18du dernier royaume
12:19qui s'appelait
12:20Les Ombres Errantes.
12:24Voici donc ce nouveau livre
12:25qui s'appelle
12:25Il n'y a pas de place
12:26pour la mort
12:27aux éditions Hardy,
12:29je le disais.
12:30Alors juste,
12:30dites-nous
12:31un tout petit mot
12:31de cette maison d'édition
12:32que d'une certaine façon
12:34vous avez lancée
12:35en 2024 ?
12:37Ah non,
12:37c'est André Welter
12:38et Sophie Nelot
12:39qui l'ont inventée.
12:40C'est une chose merveilleuse
12:42que la création
12:43d'une maison d'édition.
12:44Vous dites ça,
12:45Cécile qui est
12:46chez Aliconoclac.
12:47Oui, bien sûr.
12:48Et qui est aussi
12:48une maison courageuse.
12:49Voilà, courageuse,
12:50mais surtout dans un moment
12:51où franchement
12:52les maisons deviennent
12:52de plus en plus grandes
12:53et perdent dans l'anonymat
12:55et dans la politique aussi,
12:57etc.
12:58Leur nature
12:58et leurs fonctions
12:59purement littéraires.
13:00Là, c'est une maison
13:01d'édition complètement littéraire
13:02dans le Lubéron,
13:04dans la sauvagerie,
13:06entourée de sangliers,
13:07entourée de petites chevrettes
13:09et de petits chevretins.
13:10C'est une aventure
13:13à laquelle je ne pensais pas,
13:15comment dire,
13:16contribuer
13:16et j'en suis ravi.
13:17Et vous avez volontiers,
13:18vous m'avez dit
13:19je vais donner un texte
13:20parce que j'aime
13:20cette volonté-là.
13:22qui va vers la poésie,
13:23disons-le,
13:24ce sont des textes qui...
13:25Tout à fait.
13:26Mais il y a dans le roman,
13:28dans toutes les choses
13:29dont nous parlons,
13:30quelque chose d'archaïque
13:32et de sensoriel
13:33qui va vers la poésie.
13:34Bien sûr.
13:35Évidemment.
13:35Et c'est pour ça,
13:37je crois qu'on a aimé
13:38vos deux livres.
13:38Vous écrivez,
13:40d'une certaine façon,
13:41un exergue,
13:42cher Pascal Quignat,
13:43écrit ce livre
13:44en sorte que ta vie
13:45pénètre en lui
13:47sans qu'elle mente,
13:48que quelque chose touche
13:50celle qui n'en a pas été touchée.
13:53Qu'est-ce que ça veut dire ?
13:54C'est comme s'il y avait
13:55une urgence à écrire ?
13:56Oui, ça veut dire
13:57que je ne voulais pas
13:58raconter ma vie du tout
13:59et que n'ayant pas été aimé enfant,
14:03je ne pourrais pas toucher
14:04ceux qui étaient morts
14:05et qui ne sont plus là,
14:07mais que je m'adressais
14:08quand même vers eux
14:08pour évoquer comme des fantasmes,
14:11comme des départs de bonheur
14:13tous les moments.
14:14Si vous voulez,
14:15c'est comme le capitaine fracasse,
14:17il s'en va,
14:18il part en tournée,
14:19il fiche le camp,
14:19on part, on part, on part.
14:21Et c'est un peu,
14:22depuis une dizaine d'années,
14:23c'est un peu ma vie,
14:24je fais des spectacles,
14:25de la danse avec Bruno,
14:27des concerts,
14:28et partir, partir, partir.
14:31Et de même,
14:32c'est pour ça que dans ce mouvement
14:33le départ de,
14:35comment dire,
14:37de tourner, si on peut dire,
14:39de tourner dans une sorte de,
14:40chaque soir,
14:42je rentre dans le noir,
14:43le régisseur me pousse
14:44et je suis dans le noir.
14:45Vous avez connu ça aussi.
14:46– Oui, de temps en temps, rarement.
14:48– Oui, mais c'est très émouvant,
14:49c'est très émouvant
14:50de rentrer dans le noir,
14:51comme ça,
14:51une espèce de solennité,
14:53de naissance,
14:54et on part.
14:56Et je me disais
14:57que peut-être
14:58la mort existait moins qu'on croyait,
15:00que c'était aussi
15:01une façon de partir.
15:02– Ah oui, alors pourtant,
15:03voilà, c'est le titre
15:05de votre livre,
15:06on va y revenir,
15:07parce que, à mon sens,
15:09cette mort est quand même
15:10présente dans l'ouvrage.
15:12Alors, vous parlez,
15:13vous dites que c'est
15:14une suite de départ,
15:14c'est vrai,
15:15une suite de commencement aussi,
15:17ce livre.
15:18On suit un homme
15:19et une femme
15:20qui s'enfuient.
15:22Alors, qu'est-ce qui…
15:22Il fuit une enfance,
15:24il fuit la mort,
15:25qu'est-ce qu'il fuit ?
15:26– Il fuit une famille,
15:27il fuit un amour,
15:28il fuit…
15:29Oui, il y a une façon,
15:31comment dire,
15:32mais même naître,
15:33finalement,
15:33c'est fuir,
15:34on est expulsé
15:35par la mer dans le monde,
15:37mais il y a un mouvement
15:38là d'élan,
15:39si vous voulez,
15:39comme dans la végétation,
15:41que je trouve, moi,
15:42finalement,
15:42très suffisant
15:43pour définir la vie.
15:45Plus ça s'élève,
15:47plus ça s'accroît,
15:48plus c'est neuf,
15:50mieux c'est.
15:50– Ah oui.
15:51– Mais il y a quelque chose
15:52aussi dans le geste
15:53de l'écriture,
15:53parce que commencer un roman
15:55ou un poème
15:56ou toute autre forme artistique,
15:58c'est un départ,
15:59c'est toujours aller
16:00vers quelque chose,
16:00c'est toujours une manière
16:01aussi de s'éloigner
16:02dans le texte,
16:05mais par le geste,
16:07il y a toujours du départ
16:08et du mouvement,
16:09par le geste d'écriture,
16:10de reconstruction
16:12et de réparation,
16:13sans doute,
16:13mais je trouve
16:14qu'il y a,
16:15dans le commencement de la nuit,
16:17dans cette pénombre
16:17dont vous parlez,
16:18et dans le fait
16:19de commencer une histoire
16:20et de mettre un premier mot
16:21ou une première lettre,
16:22tout ça va dans le même sens.
16:24– Il y a une sorte
16:24de courage d'ailleurs,
16:25parce que parfois
16:26on commence une écriture,
16:27on est un peu dans le vide,
16:29enfin on se lance,
16:30c'est comme une prise de risque aussi.
16:33– Si on arrive
16:34à se lever assez tôt,
16:35l'aube c'est ça,
16:36l'aube c'est ça.
16:36– Ah oui,
16:38chacun des,
16:39vous avez une habitude
16:40d'écriture à l'aube ?
16:41– Oui,
16:41tout à fait,
16:42moi à la fin de l'année,
16:43je suis déjà prêt,
16:44je me couche tôt,
16:45et à la fin de l'année,
16:46je suis déjà prêt.
16:46– Et vous aussi Cécile ?
16:48– Pas du tout.
16:48– Pas du tout.
16:49– Le matin, oui,
16:50le matin c'est,
16:50je crois que le matin
16:51est l'endroit rêvé de l'écriture,
16:53– D'accord,
16:53– Mais pas l'aube quand même.
16:54– Je dors trop.
16:56– Ah ben c'est bien aussi.
16:57– Oui, ça permet de rêver.
16:58– Ça permet de rêver,
16:59ce qui est toujours bien pour écrire.
17:00– Ça reconstruit aussi quand même,
17:02ça c'est merveilleux.
17:03Alors Pascal Quignard dans ce livre,
17:05il y a donc ces deux personnages
17:06et pour les deux,
17:06cette femme et cet homme,
17:08vous dites je.
17:09Donc ça veut dire que,
17:11d'une certaine façon,
17:11il y a une part de vous dans les deux ?
17:13– Oui,
17:14et ça veut dire que,
17:16comment dire,
17:18ça veut dire que lorsqu'on s'aime,
17:20on ne sait plus très bien
17:20qui on est non plus.
17:22Et bien sûr qu'il y a l'usurpation
17:24à parler de l'autre,
17:24un homme pour une femme,
17:25une femme pour un homme.
17:27– Oh mais…
17:27– Mais d'une certaine manière,
17:28quand on s'aime vraiment,
17:29on sent quelque chose de l'autre.
17:31Et il faut à tout prix,
17:32moi je trouve,
17:33la bénédiction du fait d'écrire,
17:35c'est de pouvoir,
17:36jamais dans un essai,
17:37je ne dirais,
17:37je me reprendrai pour une femme.
17:40Mais dans les romans,
17:41on a le droit de changer de personnage.
17:42– Comme au théâtre,
17:44on peut faire interpréter
17:44pour une femme un personnage masculin
17:46et vice-versa.
17:47– Ah oui, oui, ça.
17:49Comme on dit au Japon,
17:50pour jouer une jeune fille,
17:51il faut un homme très âgé.
17:53– Exactement.
17:54Alors, votre titre, Pascal,
17:58indique qu'il n'y a pas de place
17:59pour la mort.
18:00Et pourtant,
18:01et c'est ce que je disais,
18:01on la croise quand même souvent
18:02dans ce livre.
18:03Il y a un musicien
18:04qui meurt brutalement dans un taxi,
18:05il y a le père qui supplie son fils
18:08de l'aider à mourir.
18:09Elle est là quand même, cette mort.
18:10– La mort est là,
18:11mais elle n'est pas,
18:12comment dire,
18:13quelque chose,
18:14un lieu,
18:14un séjour,
18:15un paradis,
18:16un enfer,
18:16une notion,
18:17même un néant.
18:18Elle n'est même pas un néant.
18:20C'est un vers
18:20qu'a écrit,
18:22comment dire,
18:22Émilie Bronté
18:23à la fin de sa vie,
18:24c'est le dernier vers
18:24qu'elle a été écrit.
18:25– Oui, vous la citez,
18:26vous citez Dickinson,
18:27vous citez…
18:28– Et elle vous dit par là,
18:30arrêtez de raconter
18:31les histoires sur la mort,
18:32il n'y a pas de place
18:34pour la mort.
18:36Et c'est quelque chose
18:37que j'ai ressenti énormément,
18:38surtout avec la mort des chats.
18:40– Ah.
18:41– On les voit,
18:41comment dire,
18:42extrêmement coriaces dans la vie,
18:43très très coriaces,
18:44ils disent jusqu'au bout,
18:45et puis ça lâche.
18:47– C'est vrai.
18:47– Il n'y a pas de place
18:48pour la mort,
18:49ils sont vivants jusqu'au bout.
18:50– Oui,
18:51on les imagine vivants
18:52jusqu'au bout,
18:52peut-être.
18:53– Ah, ils veulent vivre.
18:54– Non, il y a quelque chose.
18:55– Il y a aussi ce geste
18:57chez ces animaux
18:58d'aller se cacher,
18:59de choisir le moment
19:01et l'endroit.
19:02C'est assez incroyable
19:03pour nous,
19:04qui avons besoin aussi
19:07des autres.
19:07– Besoin des autres
19:08et la mort est une forme
19:09d'administration aussi.
19:11– De cérémonie,
19:12de lieu,
19:12c'est ça que je n'aime pas.
19:14Les animaux,
19:15ils n'ont pas besoin.
19:15– Ils n'ont pas besoin de ça.
19:16– Même, ils se cachent,
19:18même, ils s'en vont.
19:18C'est vrai.
19:20Je crois qu'on est tous
19:20à avoir observé tout ça
19:22de très près.
19:23– Mais sont des grands maîtres,
19:24les animaux sont des grands maîtres.
19:25– Évidemment.
19:27Alors, il y a beaucoup,
19:29Pascal,
19:29de souvenirs
19:30et de notations
19:31qui ont lié
19:32au trait à la musique
19:33dans ce livre.
19:34Enfin, j'allais dire,
19:34comme d'habitude,
19:36il y a des récits
19:36de tournées de solistes.
19:39Vous faites appel
19:40à des expériences personnelles
19:41quand vous parlez,
19:42enfin, quand vous écrivez.
19:44– Oui.
19:45Et je vous avouerai
19:46un peu comme le disait Ceci,
19:48je vous avouerai,
19:48je ne sais pas très, très bien
19:49pour quelle raison
19:50il y a une dizaine d'années,
19:52à force d'écrire des livres,
19:53j'ai eu besoin, en effet,
19:54de rentrer dans le noir
19:55et d'aller comme ça
19:56sur scène.
19:58Je manquais peut-être
19:59d'angoisse dans le fait.
20:00Le fait d'écrire
20:01n'est pas angoissant,
20:02réellement.
20:03– Non.
20:03C'est quand même intéressant
20:04ce que vous nous dites,
20:05pour certains auteurs,
20:06ça l'est.
20:06– Oui, je ne sais pas.
20:08– Ça ne l'est pas
20:09pour vous non plus.
20:10– Au contraire,
20:11je trouve que si la réalité
20:13est parfois très souvent
20:15angoissante pour moi,
20:16l'espace de l'écriture,
20:18c'est d'un,
20:19je ne vais pas dire confortable,
20:21mais c'est apaisant,
20:23c'est un grand, grand espace
20:24de respiration et de calme.
20:27– Ça l'a été très tôt pour vous,
20:28très jeune, il faut le dire.
20:29– Absolument.
20:30– Et pour vous aussi,
20:30parce que vous avez vraiment
20:32un secours intérié,
20:33quelque chose
20:35où on peut se nicher,
20:37étanche par rapport au reste.
20:40– Ah oui,
20:40mais pas quelque chose
20:41où on cherche,
20:42où on se dit
20:42on ne va pas y arriver,
20:44où je me décourage.
20:47– Non.
20:47– Non, ça n'a jamais été,
20:48je n'ai jamais eu peur de ça.
20:50– C'est merveilleux,
20:51parce que tous les auteurs
20:52ne peuvent pas dire ça.
20:53– Oui, mais c'est comme ça,
20:54mais ce n'est pas du tout
20:54par ventardise qu'on le dit.
20:56– Ah non, bien sûr que non.
20:58– On est comme ça.
20:59– Et comme par hasard,
20:59vos deux écritures
21:01sont essentiellement poétiques,
21:02enfin en tout cas à mes yeux,
21:04tout ce que j'ai lu de vous,
21:05je trouve que chaque fois
21:05ça a trait à la poésie.
21:06Vous citiez Émilie Dickinson,
21:08il y a aussi Catherine Mansfield
21:09que vous citez dans votre livre.
21:11Est-ce que vous avez, vous,
21:12oui, c'est merveilleux,
21:14vous avez des rêves,
21:15je disais que vous aviez eu
21:16un prix de poésie
21:17et pour un très joli recueil
21:19des ronces,
21:19quels sont vous,
21:20j'allais dire vos poètes…
21:22– Poètes et poétesses.
21:22– Poètes et poétesses.
21:23– Poètes et poétesses.
21:24– Qui m'ont beaucoup aidée,
21:26emportée.
21:27Il y a des poétesses,
21:29par exemple je pense
21:30à Marguerite Sursonard
21:31qui est beaucoup plus connue
21:31pour ses romans
21:32et qui a fait un très très beau
21:33recueil de poèmes
21:34qui s'appelle Feu
21:35qui a été un des textes
21:36les plus importants pour moi
21:37pour l'écriture.
21:38Mais je peux,
21:40Émilie Dickinson,
21:41on ne peut pas ne pas
21:42parler d'Émilie Dickinson.
21:44Il y a eu Jacques Prévert
21:45dans mon enfance,
21:47il y a eu René Guy Cadoux
21:49qui est sans doute le poète
21:50encore aujourd'hui
21:52le plus important pour moi
21:53parce que ça a été
21:56la découverte de René Guy Cadoux.
21:58J'ai compris qu'on pouvait
21:59tout dire
22:01en une seule phrase
22:02avec des mots très simples
22:04s'ils sont très bien choisis.
22:07Et ça paraît bête
22:07dit comme ça
22:08mais je l'ai compris
22:09avec ce poète-là.
22:10– Bien sûr.
22:11Et après vous l'avez expérimenté,
22:12vous Pascal ?
22:12Alors là vous en citez
22:13quelques-uns
22:14mais quelques auteurs
22:15d'ailleurs des femmes principalement.
22:17– Vous savez je suis un lecteur
22:19passionné
22:20et je n'ai jamais eu
22:22beaucoup le besoin
22:23de hiérarchiser
22:24dans mes lecteurs.
22:26J'aime vraiment la poésie.
22:27J'aime vraiment
22:28cette idée
22:30que le langage
22:31ne sert plus au reste.
22:34Alors tous les poètes
22:34me sont bien sûrs.
22:35C'est vrai le langage
22:36sert plus au reste.
22:37– Oui, oui.
22:38Il faudra donc rappeler
22:39que cette nouvelle maison d'édition
22:40Hardy
22:40est un peu dévolue
22:42à ce texte-là.
22:43– Exactement.
22:43– Et évidemment
22:44on en est très heureux.
22:46On a bien compris
22:47que dans ces deux livres
22:48la nature était très importante
22:49que nos deux auteurs
22:50y vivent un peu à la...
22:50Vous aussi Pascal Kiner
22:52vous vivez en partie
22:53à la campagne.
22:54– À l'été certainement.
22:55L'hiver moins.
22:56– Oui, c'est ça.
22:57Peut-être aussi Cécile
22:58passe l'hiver moins en Auvergne
23:00et plus en Auvergne.
23:01– D'une certaine façon
23:02un peu plus l'hiver en Auvergne.
23:04– Ah oui, pourtant c'est
23:05qu'il y a du feu.
23:06Il y a de la neige,
23:07il y a du feu,
23:07il y a des sommets
23:08et c'est quand même
23:09très agréable.
23:10Mais je crois qu'il y a aussi
23:12dans l'espace dit naturel
23:14ou campagnard,
23:16« rural » c'est un autre mot encore
23:17mais le bruit n'est pas le même,
23:21le son n'est pas le même,
23:22le rapport aux animaux,
23:24le rapport à l'espace
23:25n'est pas du tout le même
23:26et ce rapport à l'espace-là,
23:29il est incroyable
23:30pour l'écriture.
23:31Il est bienvenu,
23:32il est formidable
23:33mais il est surtout
23:34très essentiel.
23:36Moi qui habite maintenant
23:37un peu plus souvent
23:38qu'avant à Paris,
23:39je me rends compte
23:40que le rapport à l'espace
23:41n'est pas du tout le même.
23:42– Alors quand on a été habitué
23:44très tôt, ça va,
23:45mais quand on n'a pas été habitué,
23:47il faut apprendre
23:49cet espace-là.
23:51– Bien sûr.
23:52Et d'ailleurs, Pascal,
23:52vous allez chercher aussi
23:53des grands espaces,
23:55chaque fois les livres
23:56sont ancrés dans une région.
23:57Là, cette fois,
23:58on a le harbre
23:59et puis on a un peu
23:59la montagne, etc.
24:00Enfin, vous décrivez
24:01toute cette géographie-là,
24:02mais il y a toujours
24:03cette espèce de respiration.
24:04c'est…
24:06– Mais moi, la différence,
24:07j'ai vécu toute l'enfance
24:09dans une ville en ruine
24:10par la guerre.
24:12Donc, en fait,
24:12et la nature,
24:14et la ville,
24:15et le hameau,
24:16c'est des merveilles pour moi.
24:19Tandis que la ruine,
24:20c'est le…
24:21Quand j'ai vu
24:22Mario Paul en ruine,
24:23j'ai été bouleversé.
24:24C'est comme si je me retrouvais
24:25chez moi,
24:26mais c'est un chez-moi affreux.
24:27– Oui, oui.
24:29Donc là, aujourd'hui,
24:29vous avez opté vraiment
24:30pour la campagne,
24:31pour la nature.
24:33Est-ce que vous avez conscience,
24:34l'un et l'autre,
24:35des lecteurs qui vous suivent ?
24:36Enfin, de qui ils sont ?
24:38Alors, vous, Pascal,
24:39depuis très longtemps,
24:41puis il y a eu la découverte…
24:42On vous a découvert au cinéma aussi,
24:44en tout cas,
24:44cette œuvre-là,
24:45on l'a vue sur grand écran.
24:47Mais est-ce qu'on sait
24:47qui vous lit ?
24:49– C'est une excellente question.
24:52Pour ma part, en tout cas,
24:53il y a des moments
24:54où je peux savoir
24:55qui est là,
24:56simplement dans des rencontres
24:57en librairie
24:58ou lors de festivals
24:59ou de lectures.
25:01aussi sur les réseaux sociaux,
25:03puisque ma poésie
25:04est née notamment
25:05sur les réseaux sociaux.
25:06– Oui, c'est vrai.
25:07– Mais ça reste
25:08un très grand mystère
25:09de savoir
25:10qui nous lie,
25:11dans quelles conditions,
25:13pourquoi,
25:14qu'est-ce que ça fait.
25:16Et d'une certaine manière,
25:17je me demande
25:17si ce n'est pas mieux
25:18que ce soit un très grand mystère.
25:19– Peut-être.
25:20De toute façon,
25:20on en gagne d'autres
25:21si on va changer le lectorat
25:23pour vous, Pascal Kiner.
25:24Vous avez compris ?
25:24– Un total mystère aussi,
25:26mais il y a une chose
25:26que j'ajoute quand même,
25:28à cause,
25:28dans les concerts,
25:29dans les concerts.
25:29– Oui, il y a quand même
25:30la musique.
25:30– C'est une incroyable
25:31bienveillance.
25:32– Ah oui.
25:33– C'est un mystère,
25:34mais il y a une incroyable
25:34bienveillance.
25:35Je crois que c'est faux
25:36parce que la vie n'est pas
25:37si bien,
25:37la vie politique,
25:39historique n'est pas
25:39si bienveillante.
25:40– Mais vous avez la chance
25:41d'appartenir à…
25:41– Mais quand on les rencontre…
25:42– Les gens sont adorables.
25:43– Oui.
25:43– Ah oui,
25:44mais parce que vous appartenez
25:45à des cercles merveilleux…
25:46– Oui, mais ça s'agit pas à ça.
25:49Je ne pense pas
25:49qu'il y a une malveillance
25:50dans la lecture.
25:52– C'est vrai.
25:52– Je ne crois pas
25:53qu'on lit méchamment.
25:54– Ah, c'est sûr aussi,
25:55c'est sûr.
25:56– Il y a quelque chose
25:57d'assez incroyable
25:58de nos jours
25:58de se dire que le temps
26:00d'une heure ou de deux,
26:01les gens vont venir
26:02dans un endroit
26:02qui est un théâtre,
26:04qui est une salle,
26:04qui est une librairie
26:05et décident,
26:06ils travaillent,
26:08ils ont des enfants,
26:09beaucoup de choses à gérer
26:09et tout d'un coup,
26:10il y a une espèce
26:11de suspension
26:12de la réalité quotidienne
26:14pour venir discuter avec nous,
26:16nous écouter
26:17et lire
26:18et ça,
26:20c'est quand même
26:20quelque chose
26:21qu'il ne faut pas oublier,
26:23il faut garder en mémoire
26:24à quel point
26:24ce moment-là
26:25pourrait être remplacé
26:27par mille autres.
26:28– Mais non.
26:29– Mais non.
26:29– C'est ça,
26:30comme le spectacle vivant.
26:31– Tout à fait.
26:31– Une chose unique et rare
26:32et c'est pour ça d'ailleurs
26:33que ça sera toujours protégé,
26:35en tout cas,
26:35on l'espère.
26:37Merci infiniment
26:37vous deux
26:38d'être venus
26:40dans cette émission.
26:41Cécile Coulon,
26:42ça s'appelle
26:42Le visage de la nuit
26:43à l'iconoclaste.
26:44Pascal Quignard,
26:45il n'y a pas de place
26:45pour la mort
26:46aux éditions Hardy
26:47que nous découvrons
26:49grâce à vous
26:49et qu'il faut maintenant soutenir.
26:51Alors juste,
26:52avant de se quitter
26:53quelques coups de cœur
26:54aussi littéraires,
26:55La mort clandestine
26:55d'Adrien Laroche
26:56au Seuil,
26:58un très beau livre
26:58sur une liaison amoureuse
27:00dans un pays d'interdits
27:02et Dieu sait si
27:03on en parle aujourd'hui,
27:04hélas.
27:05Et puis quand même
27:05nous signalons des poches
27:06le François Bégodeau
27:07qui est un de ses bons livres
27:09qui s'appelle L'amour
27:10qui est donc
27:11François Bégodeau
27:13qui d'ailleurs
27:13viendra sûrement
27:15dans notre émission
27:15pour son nouveau roman.
27:17Et puis alors,
27:18pour ma part,
27:19Jean-Philippe Daguerre,
27:19c'est un drôle de livre,
27:20La femme qui n'aimait pas
27:21Rabi Jacob,
27:21c'est un peu étrange.
27:23Oui,
27:24parce que c'était quelque chose
27:26que moi j'ignorais
27:26mais au moment de la sortie
27:28de ce film,
27:29alors là,
27:29on a tous les protagonistes
27:30de ce film,
27:32de Gérard Roury
27:33à évidemment Louis de Funès,
27:35etc.
27:35il y a une femme,
27:37la femme de Georges Craven
27:39qui s'oppose absolument
27:40parce qu'elle pense
27:40que le film est antisémite
27:41et elle va faire une chose folle.
27:43Enfin,
27:43on le découvre dans ce film.
27:44C'est chez Alba Michel.
27:45Voilà.
27:46Merci beaucoup à tous les deux
27:47d'être venus.
27:48Bonne lecture à vous tous
27:49et on se retrouve très vite
27:50pour un nouveau numéro
27:51de Bonheur des livres.
27:52À vite.
28:01Sous-titrage Société Radio-Canada
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