- il y a 1 semaine
Une enquête sur la famille Delamain qui a su, de générations en générations, imprimer sa marque au pays du cognac et installer le panthéon de la littérature à Paris. A travers ce documentaire, la réalisatrice Marie-France Brière fait découvrir les «Delamain» à travers les âges, tantôt négociants, tantôt littéraires, mais surtout, les deux à la fois.
Elle les a suivis d'Irlande à la Charente et de Londres à Paris pour raconter l'histoire d'une famille française. Année de Production :
Elle les a suivis d'Irlande à la Charente et de Londres à Paris pour raconter l'histoire d'une famille française. Année de Production :
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00:02La vigne, le vin, l'eau de vie sont les emblèmes d'une région privilégiée portant ses habitants vers le
00:09bonheur de vivre.
00:12Qu'est-ce que le Cognac pour avoir une aussi prestigieuse réputation ?
00:16C'est simplement le produit de la distillation des vins de la région de Cognac par l'antique alambique réglementaire,
00:24puis mûri dans les fûts de chêne du Limousin, et rien d'autre.
00:29Extrait de l'histoire du Cognac de Robert Delamain, 1935
00:33C'est par ce rien d'autre, écrit en lettres rouges sur le papier jauni de ce vieux livre, oui
00:39oui celui-là,
00:40que les deux Delamains ont attiré mon attention, et ma curiosité de les connaître mieux.
00:45Comment une seule et même famille allait de génération en génération, fondait un empire au pays du Cognac,
00:52et le panthéon de la littérature à Paris.
00:56Et pourquoi allais-je les suivre à travers les âges de l'Irlande à la Charente,
01:02et de Londres à Paris ?
01:06Peut-être tout simplement pour vous raconter l'histoire d'une famille française.
01:39Sous-titrage Société Radio-Canada
01:47En 1625, Nicolas Delamain quitte la France.
01:50Il fait partie de la suite royale qui va accompagner Marie d'Angleterre,
01:54partie à Londres épouser le roi Charles Ier.
01:57Mais mon histoire à moi avec les Delamain commence en 1738,
02:01sur les côtes irlandaises, dans cette maison où vivent William Delamain et sa famille.
02:07Plus personne ne parle français, évidemment, lorsque naît James, le héros de cette histoire.
02:15Longtemps après, le propriétaire actuel, un Américain de San Francisco, m'a donné les clés.
02:21Il sait très bien qu'il habite un lieu chargé d'histoire, et m'a laissé, dit-il, quelques indices.
02:32Les parents, peut-être.
02:34Mais l'oiseau et les trois croix sur le blason, ça c'est sûr.
02:39Dans la cuisine, cet extrait de l'histoire du diocèse de Timbara,
02:43qui prétend que la maison du capitaine Williams
02:46aurait été le repère des contrebandiers de tabac et de brandies.
02:52Et comme souvenir, deux vieilles bouteilles et des objets très très kitsch.
03:01Et le nouveau propriétaire prétend que James, l'héritier de notre héros, serait né au sous-sol.
03:09Et je découvre la chambre où Élise, sa mère, serait morte en couche, laissant James orphelin.
03:23Son père, William, va se remarier et créer une nouvelle famille avec plein d'enfants.
03:31Dans sa chambre, le petit James se sent mal aimé, comme un étranger.
03:35Et c'est peut-être la raison pour laquelle, à 13 ans, son père va l'expédier dans une maison
03:41de négoce, à Cognac.
03:43D'après l'actuel propriétaire, n'est-ce pas aussi le moyen de faciliter la contrebande entre la Charente et
03:49l'Irlande ?
03:50Je croise le regard de Henri de la Main.
03:53Peut-être, mais pas sûr.
03:55Le frère de William, celui qui dirigeait une faïencerie.
03:59Il va mourir très jeune et William en héritera.
04:04à Dieu qui me vara.
04:06Bonjour la légende.
04:14Direction Dublin, que je découvre.
04:17Mais que faire ? Où aller ?
04:23Je repense tout d'un coup à cette histoire d'usine de faïence.
04:27Il existerait au musée de Dublin, quelques exemplaires d'assiettes, en faïence, signées de la main.
04:35C'est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.
04:37Mais je suis ce vigile qui semble savoir où il va.
04:41...
04:42Sous-titrage Société Radio-Canada
05:30Et là je reconnais l'oiseau, l'emblème des deux-la-mains, un si grand musée pour quelques assiettes, mais
05:38je suis contente quand même.
05:42Sur la route du port, j'aperçois au loin une goélette. Je ne peux m'empêcher de penser à ce
05:48gamin de 13 ans, James, issu d'une très vieille famille protestante et qui va être expédié par son père
05:55en France, dans un pays qu'il ne connaît pas et dont il ne parle pas la langue.
06:00Ce James, on ne sait pas s'il parle français, il n'y a aucune raison de parler français. Il
06:05vient là pour ses études, il vient là pour apprendre le commerce, pour apprendre le français.
06:10Il va travailler pour une maison jarnacaise, elle-même protestante, Ranson. Jean-Isaac Ranson est un vieux monsieur. Et en
06:18plus, le maître a une fille unique.
06:22On appelle ça se faire gendre dans la région. Donc il se fait gendre en épousant la fille unique d
06:27'un négociant.
06:28Et ce qui est amusant pour nous, c'est que William, pour le mariage de son fils, James Delamain, va
06:35faire tout un service de faïence.
06:39Donc j'ai ici un modèle. Et ces faïences représentent le blason des Delamain. On a mis trois croix, trois
06:48mains à la place des trois croix.
06:50C'est les armes parlantes des Delamain, vraisemblablement.
06:53C'est incroyable. C'est la même assiette que celle que j'ai vue au musée de Dublin. Elle a
06:59traversé la mer et dix générations.
07:03En 1762, James Delamain épouse Marie Ranson. Ils sont protestants tous les deux. Il y a une époque où c
07:14'est très dur de l'être.
07:15Les protestants n'ont aucun métier en France possible, sauf la propriété et sauf le négoce.
07:22Et on va avoir énormément de jeunes protestants. Pendant cette période-là, entre 1690 et 1790, énormément de jeunes protestants
07:33vont partir de France.
07:35D'où la solidarité ensuite, parce que Ranson va profiter des cousins Ranson qui sont partis en Hollande, Amsterdam, Amsterdam.
07:42Tous les pays avec protestants vont jouer le jeu. La religion va servir. La franc-maçonnerie va servir.
07:50James Delamain a été plusieurs fois vénérable de cette loge. Il était aussi membre de la loge de Cognac.
07:57Jarnac est issu de Cognac. Il était aussi franc-maçon de la loge de Bordeaux.
08:04Tout ça, c'est nécessaire. La connaissance d'autrui par des intermédiaires.
08:09Et donc, on assiste là au début des réseaux, sans faille.
08:13Où comment la franc-maçonnerie, mais surtout la religion, dans sa persécution, ont créé une solidarité à toute épreuve.
08:38Il y a dans l'appréciation d'une liqueur royale, dans la hiérarchie de ses crus, dans l'estimation des
08:44produits, des années,
08:45tous les facteurs de la création d'un goût artistique.
08:49D'une eau de vide ici, on dit qu'elle est belle.
08:53Extrait d'une histoire du Cognac de Robert Delamain.
08:57Et là, on s'est mis à cultiver de la vigne, à mettre de la vigne dans des terrablés.
09:03C'est particulier quand même. Et ça donne quoi ?
09:06Un style particulier, d'eau de vie légère, très fruitée, avec un parfum énorme.
09:12Donc, spécialité grande champagne.
09:14Mais c'était un tout petit territoire, là, en rouge.
09:17Et pourquoi fallait-il absolument que cette eau de vie vienne des vignes de la grande champagne ?
09:22Champagne, ça vient du latin, et c'est toute terre plate, fertile, terre à blé en général.
09:36Âme ardente du vin, quinte essence, eau de feu, partie sublime du vin, eau permanente, eau d'or.
09:46Elles relevaient de la sorcellerie et ont un longtemps caché les procédés magiques qui permettaient de la capter.
09:53Extrait de l'histoire du cognac de Robert Delamain.
09:55Nous sommes ici au cœur de la grande champagne, au premier cru du cognac, sur la commune de Mainc-Secondeville,
10:02située à côté de Jarmac.
10:05Nous distillons deux fois en Charente.
10:08Donc, une première fois, le vin, que nous passons dans la chaudière.
10:12La chauffe dure 12 heures.
10:14Ensuite, nous récupérons ce produit qui s'appelle le brouillis, qui titre entre 27 et 32 degrés.
10:19Et ensuite, le lendemain, nous reprenons ce produit, nous le réincorporons dans la cucurbite, dans la chaudière.
10:26Et nous faisons une autre chauffe de 12 heures.
10:29Et c'est à ce moment-là que nous obtenons les très bonnes oeufs de vie de grande champagne,
10:35qui sont récupérées dans la barrique à la fin de la journée.
10:41Chaque véticulteur a fait à sa patte, à son savoir-faire, avec l'expérience.
10:47Et de génération en génération, on se transmet ce savoir-faire,
10:52ce qui permet d'obtenir des très très bonnes oeufs de vie dans le long terme.
10:58Mais le nom de Delamain va s'imposer très progressivement.
11:03L'idée géniale, ce fut de conserver les fûts, afin de les revendre au bon moment.
11:08On se rendit même très vite compte que pendant cette attente, non seulement l'eau de vie ne souffrait pas,
11:13mais qu'au contraire, chaque année, elle s'améliorait davantage.
11:17On commença donc, à la fin du XVIIIe siècle, à garder les eaux de vie pour les laisser vieillir.
11:23L'histoire du cognac, Robert Delamain.
11:29Et là, dans une semi-pénombre, j'allais assister pour la première fois à un vieillissement qui rendait plus beau.
11:44Et là, on va commencer par déguster une eau de vie qui m'a l'air très récente, Dominique. Qu
11:48'est-ce que c'est ?
11:49Alors, c'est une récolte de 2021, logée dans un fût de 40 ans, mais qui a une an historique.
11:57En tout cas, aujourd'hui, à la dégustation, on retrouve des agrumes un an après, et ça, c'est important
12:00pour nous.
12:01Et puis, au fur et à mesure du vieillissement, à chaque dégustation, le nez va apporter une précision sur l
12:08'état d'avancement du vieillissement, en tout cas.
12:12Voilà, donc on est parti dans la bonne direction. Rendez-vous dans 20 ans.
12:19Alors là, on va goûter le 2007, 15 ans d'âge.
12:29On est sur une très belle couleur ambray, mais pas seulement.
12:34Là, on est sur ce qu'on appelle la marche des 15 ans.
12:37Une espèce de marche que l'on franchit dans ces années-là.
12:41Et c'est le retour des fruits.
12:44Le bois s'est arrondi.
12:46C'est digéré.
13:09Alors là, on arrive devant une très, très vieille haute vie de cognac, de grande champagne, 1963.
13:19On arrive vers la fin du vieillissement, donc vers ce qu'on appelle l'apogée, c'est-à-dire là
13:25où le cognac, il arrive à son maximum de potentiel.
13:31On va des vieux fruits confits aux fruits à coque, en passant par les raisins de corinthe, et donc les
13:37raisins séchés.
13:40Quelques notes de café, quelques notes de cuir également.
13:49Donc la quintessence des très, très vieilles hautes vies.
13:54Alors souvent, à la fin, on ne résiste pas au plaisir de le goûter.
13:58Mais c'est à la fin de la dégustation, parce que derrière, il ne faut pas avoir à déguster d
14:01'autres hautes vies.
14:03Donc on prend une petite goutte.
14:11On la mâche bien, on la laisse se mélanger avec la salive, on la laisse passer sous la langue, partout.
14:17Et là, on a des arômes qu'on a sentis, qu'on arrive à goûter, qui reviennent rétro-olfactivement.
14:24Nous, ce dont on a besoin pour nos très vieilles hautes vies, c'est qu'elles vous racontent encore une
14:29histoire,
14:30mais surtout qu'elles soient encore très vivantes, qu'elles soient pleines de vie.
14:34Et donc là, pour le coup, c'est le cas.
14:36Et donc c'est une très, très belle réussite.
14:39Donc c'est une chance de l'avoir.
14:41C'est une chance qu'il soit merveilleux, parce qu'un cognac de ce niveau-là, c'est quand même
14:44très rare.
14:45Mais ceci, une chance que personne, et notamment pas Dominique, l'ait utilisé quand le cognac avait 40 ans,
14:49ou quand il avait 50 ans, ou quand il avait 30 ans.
14:51Il l'a garné, il l'a épargné, il l'a mis dans un coin.
14:54Et le cognac s'est développé, s'est développé, s'est développé.
14:57C'est une chance. Donc merci.
14:59Merci Dominique, et merci aux générations passées de nous avoir gardé ce trésor.
15:03Et moi, messieurs, je vous remercie, parce que grâce à vous, le temps qui ne passe pas vite me plaît.
15:10Le nom va s'imposer naturellement, mais très progressivement.
15:13Le père, le fils, le petit-fils, etc., ça va suivre de génération en génération.
15:19La bouteille va révolutionner tout ça, naturellement.
15:22Parce que la bouteille, c'est directement votre nom qui intervient.
15:25Il ne fallait pas bâcler le nom, il fallait mettre quelque chose de très bon dans la bouteille, automatiquement.
15:30Et la quantité, ce n'était pas leur truc.
15:32L'aide de la main, c'est une petite quantité, très belle qualité, et puis ça s'arrêtait là.
15:36Et c'est resté très artisanal comme ça.
15:39Et qui eut l'idée de mettre de la main sur la bouteille ?
15:42C'est Henri.
15:43Henri qui s'intéresse au cognac.
15:45Il va mettre son nom sur la bouteille, mais il est passionné d'opnologie.
15:49Et il a une collection de coléoptères, de l'épidoptères, de punaises extraordinaires.
15:56Donc, après Henri, passionné de punaises, je vous présente le fils, Philippe.
16:02Lui a été passionné, passionné d'histoire, passionné d'archéologie.
16:06Il a découvert le cimetière d'Herpes, près de Courbillac.
16:10Ah oui, je le connais.
16:11C'est un vieux cimetière mérovingien.
16:14Mais il n'en reste pas grand-chose.
16:16Chaque fois qu'il ouvre une tombe, la tombe est notée.
16:20On trouve ce qu'il y a dans la tombe, c'est-à-dire des fibules magnifiques.
16:25Tout ça, c'était franc du VIe siècle, début des bagues.
16:32Mais il ouvrait les tombes.
16:33C'est découvert un peu à la hussarde, quand même.
16:36Il a pu faire peut-être un peu à la hussarde à l'époque,
16:39mais à l'époque, on ne disait pas à la hussarde.
16:41C'était très sérieusement fait.
16:43Et c'est devenu quoi, tout ça ?
16:44Tout a été vendu aux enchères.
16:45On les trouve maintenant au British Museum.
16:47Ça, on sait qu'il y en a un, mais...
16:49À Londres ?
16:50Je n'en crois pas mes oreilles, ni mes yeux, d'ailleurs.
16:55Allons-y au British Museum, à la recherche de ce trésor perdu.
17:12C'est quand même une drôle d'histoire.
17:14Toutes ces tombes mérovingiennes, ouvertes et répertoriées très consciencieusement par Philippe Delamin.
17:22Je vous suis, monsieur, confiante et curieuse.
17:26Alors là, je vous avoue, je n'ai rien compris.
17:30On a été mystérieusement, mais carrément, précipités à l'étage.
17:36Et tout d'un coup, nous avons vu apparaître un étrange personnage, suivi d'un chariot d'infirmière qui semblait
17:43contenir les restes d'un trésor disparu.
18:01Tout était très solennel, mystérieux, secret.
18:06Mais non, c'était simplement le peu de choses qui restaient, du trésor du cimetière de Herbe, en Charente.
18:17Oui, absolument.
18:19These objects forment part of the Delamin collection,
18:25which is one of the most important collections of this period in the Richard Museum.
18:30So, these two brooches are both Frankish.
18:34They are Merovingian brooches from the 6th century,
18:39and both of these two come from Herbe.
18:42And these would be worn as a pair, as part of female clothing.
18:47Typically, it appears from Delamin's description that the female graves in the cemetery
18:53had much more in the way of jewellery and fine objects than the male graves.
19:01A comb made of bone.
19:06And this is of a general Merovingian style.
19:12This could be anywhere from the 5th century to the 7th century.
19:18Here we see a small knife, or just the blade of the knife, the handle has gone.
19:25That would have been made, perhaps, of wood or bone, so it hasn't survived in the ground.
19:30Most likely wood, since we know that some bone did survive.
19:35And this piece here, again, it's Frankish.
19:41It's the bottom of the sheath that the knife would be worn in.
19:46Again, that's one that we can't say for certain was from the cemetery, but it could be.
19:52This is part of the museum collection.
19:56It was acquired in 1960, so it wasn't acquired together with the main Delamin collection.
20:02This was made in Dublin in 1753 by Henry Delamin, who was the founder of the dynasty.
20:12And the Delamin produced a new type of glaze, which developed this style of pottery.
20:21So, this is another important development for which the family are responsible, not just the cognac.
20:32And this has that family connection.
20:36And it says on the bottom that it's produced in 1753 in Dublin.
20:42Ça me réconforte cette faïence bleue qui m'est devenue si familière.
20:46Allons-nous pouvoir reconstituer pièce par pièce le service de faïence donné par son père à James pour son mariage
20:53?
20:54Je rêve.
20:56Ce qui n'en est pas un de rêve, c'est cette visite un peu cachée et sans faste dans
21:01les réserves des British Museums.
21:04Je préfère retourner à Jarnac, où les Delamin vivent et ont toujours vécu.
21:09Le quai est toujours là, maintenant bien maçonné.
21:13Les petits tilleuls rognés ne semblent pas avoir pris un jour.
21:17Les gros platanes ont-ils grandi ?
21:19Il semble que 50 ans ne soit rien pour un arbre.
21:23Il fallait être à Jarnac.
21:25Il y a des fils, des gens, donc ils ont tous des maisons, ils sont tous installés à Jarnac, restent
21:30à Jarnac.
21:30Donc ils s'installent un peu partout dans Jarnac, mais surtout sur les quais.
21:36Pour que je sente Jarnac me remonter au cerveau, certaines heures, certaines conditions sont privilégiées.
21:43Ce sera par exemple le pavé de la Grand-Rue, près de l'église, quand le jour baisse et que
21:48les premières lueurs jaunes apparaissent aux fenêtres.
21:52Jarnac, 1895, par Maurice Delamin.
21:56En flânant, je passe devant la maison du président Mitterrand, célèbre Jarnacais.
22:01Avant d'arriver à la mairie, où les Delamin ont souvent siégé.
22:05Et d'ailleurs, nous avons une pierre dans le hall d'entrée de la mairie qui retrace toutes ces mères
22:12qui se sont succédées depuis la Révolution.
22:15Et on retrouve deux mères en tout début du XIXe siècle et un maire en 1880.
22:25Et avant de devenir maire, vous aviez entendu parler de la famille Delamin ?
22:29Oui, alors je vais vous citer une anecdote.
22:33Lorsque je suis arrivé ici à Jarnac, pour travailler donc, j'ai demandé le nom d'un bon cognac à
22:39acheter.
22:40Alors il m'a dit, c'est pas très compliqué, vous allez vous acheter du Delamin.
22:45Bon ?
22:46Il m'a dit, oui mais ça ne me suffit pas, il faudrait savoir où je vais le trouver.
22:49Ah ben il m'a dit, c'est rue Delamin, vous trouverez, c'est à côté de l'église.
22:52Bon, alors effectivement, je me suis dit, bon, un cognac qui porte le nom d'une rue, c'est pas
22:58si courant que ça.
23:00Et donc j'y suis allé.
23:02J'ai trouvé effectivement cet établissement qui se rapprochait de la discrétion légendaire de cette marque.
23:09Puisqu'il y avait juste une petite plaque en cuivre qui mentionnait Delamin, le nom.
23:17Registre de délibération du conseil municipal de Jarnac.
23:22Voilà, il est signé par le maire, on lit très bien sa signature.
23:27De la main et rajoute maire.
23:46Je pense qu'à l'époque, on pouvait avoir deux travaux.
23:50L'un était la marche de la maison de Négos et le soir, on écrivait son livre à la lumière
23:56de la chandelle, ou presque.
23:58Oui, tout est possible chez les deux la main.
24:02Après Philippe, négociant et collectionneur, voici les trois fils, négociant et écrivain.
24:10Désormais, cognac et littérature s'unissent définitivement.
24:15Jacques, l'aîné.
24:17Il a été le premier de la famille à créer en Angleterre un réseau de distribution exclusif,
24:23tout en dirigeant bien sûr la maison de Négos de Jarnac.
24:26Et en plus, il est passionné par les oiseaux.
24:30Allez, je vous emmène à la Brandray, la maison qu'il habite tout près de Jarnac.
24:38Nichée au milieu des arbres, elle est le repère idéal pour découvrir et observer des centaines d'oiseaux.
24:45L'oiseau n'est jamais tout à fait silencieux.
24:48Créature sociable, nerveuse, perpétuellement en alerte, qu'un coup d'aile emporte dans l'espace.
24:56Le chant n'est pas seulement l'hymne à la bien-aimée.
24:59Il traduit les émotions complexes et multiples que le mal,
25:03sous l'influence impérieuse ou latente de la passion qui le soulève au-dessus de lui-même,
25:07ne peut plus enfermer dans un simple cri.
25:18Il doit communiquer constamment avec ses semblables à travers l'étendue.
25:22Il faut que le signal porte loin, pénètre le bois touffu, perce le vent.
25:30Un matin de novembre, les cœurs d'oiseaux ont commencé par un chuchotement doux en lisière du bois,
25:36dans la tourbière où des traînées de brouillard s'attardent encore au-dessus des fossés gorgés d'eau.
25:42Extrait de « Pourquoi les oiseaux chantent » de Jacques Delamont.
25:58C'est un des premiers livres en français où on voit les oiseaux vraiment dans la nature.
26:03La première édition serait celle-ci, avec une préface de tarot et dans les livres de la collection de nature.
26:12C'est une collection que Jacques Delamont a dirigée pour les éditions Stock,
26:18avec une centaine de livres qui ont été publiés sur la nature,
26:23ce qui était tout à fait nouveau en France à l'époque.
26:25C'est la traduction anglaise.
26:35« Pourquoi les oiseaux chantent » qui était un livre couronné par l'Académie française en 1928 ou 1929.
26:43Jacques Delamont va partager sa passion pour les oiseaux avec beaucoup de ses amis célèbres.
26:50Mais si on viendra, pour lui, ce sera les plus beaux choses de sa vie.
26:54On a des détails de ses visites en bordure de Charente avec Jacques Delamont,
26:58qui l'appelle le maître.
26:59Et lui étant le petit élève, il dit qu'il ne connaissait pas grand-chose, peut-être un oiseau.
27:03Mais à un moment, il marche le long de la Charente et le chant d'un oiseau leur éclate dans
27:11les jambes.
27:13« Qu'est-ce que c'est que cet oiseau ? »
27:14Pour Jacques Delamont, il dit que c'est la bouscarne de Sétis, c'est une petite fauvette.
27:17Et elle prévient les gens qu'on pénètre dans son territoire.
27:23Donc elle chante là, et puis quand vous allez sortir, elle va rechanter.
27:27Et puis c'est vautin de dire que vous êtes sortis de son territoire.
27:30Et Messiaen est aux onges, il va écrire toute une musique sur la bouscarne, etc.
27:36« Non, non, pas etc. etc. Mais bien une symphonie.
27:41La symphonie des oiseaux, qu'il a composée après son séjour à la Brandraie.
27:46Messiaen a écrit à Jacques Delamont une lettre d'Ithérambie.
27:50« Je tiens à vous remercier pour le charmant accueil dont j'ai été l'objet dans votre féerique Brandraie.
27:57Vous m'avez procuré deux jours de paradis sur terre. »
28:02Olivier Messiaen.
28:04Le frère de Jacques est comme lui, négociant-écrivain.
28:08Il s'appelle Robert Delamain.
28:13Mais la grande maison où je suis né, qui commande un profond et beau jardin,
28:17au 22 de la rue de Condé, était l'assise de ma vie.
28:21Robert Delamain, j'arnaque à travers les âges.
28:26Le deuxième frère, le second frère, Robert, écrit « Jarnac à travers les âges » en 1924.
28:34Et ensuite, il publie les notes sur le passé du protestantisme
28:37dans la région de Jarnac, Cognac et Second Sac.
28:42En fait, on savait très peu de choses sur le protestantisme.
28:45C'est un des premiers livres sur le protestantisme charentais qui est publié là.
28:51Ensuite, il publie l'histoire du Cognac.
28:55Le livre a été traduit en anglais, mais c'est surtout le livre sur le Cognac.
29:02C'est encore la Bible du Cognac, 80 ans plus tard.
29:07Et là, ça raconte l'histoire du Cognac, c'est-à-dire du début jusqu'au verre.
29:13Les rituels décrits dans cette histoire du Cognac sont absolument immeubles.
29:17J'ai pu assister à la cérémonie d'assemblage et je vous assure que le spectacle valait vraiment le déplacement.
29:45Qu'est-ce que vous faites là ?
29:47Mais là, je prépare une dégustation commune avec mon directeur général, Charles.
29:53Et donc, on va commencer à se préparer, à être bien concentré.
30:00Qu'est-ce que vous êtes en anglais que vous avez gagné ?
30:03À force de sentir, et puis peut-être en repensant aux années d'enfance où les odeurs de la nature
30:13m'interpellaient.
30:13Mais je n'avais pas conscience que cette interpellation pouvait me mener vers un métier comme celui-ci.
30:22L'importance du verre dans l'élaboration du Cognac est primordiale.
30:26Non pas pour goûter, mais pour sentir.
30:30Mais qui décide de ce qu'on goûte ? C'est vous ?
30:33C'est moi.
30:35Selon les moments, selon mes humeurs, et puis selon les demandes.
30:42Quand vous dites selon les demandes, c'est quoi, par exemple ?
30:45Aujourd'hui, j'ai un micro-assemblage pour un client anglais qui est venu nous rencontrer ce matin.
30:54Et je veux qu'on reparle de ce micro-assemblage.
30:58Savoir si on va dans la bonne direction par rapport à ses demandes, pas ses demandes, mais ses envies.
31:05C'est du sur-mesure.
31:07Mais quand c'est du sur-mesure, c'est une bouteille spéciale ?
31:10C'est une bouteille spéciale, en fait.
31:13C'est une quantité de Cognac qui veut vraiment avoir son Cognac sur mesure,
31:19avec son assemblage sur mesure, son étiquette.
31:21Donc on lui fait goûter plusieurs échantillons.
31:24Et Dominique interprète ce que le client désire.
31:29Petite précision, c'est que tout ce travail peut être fait en collaboration avec les clients,
31:34mais il faut que ces Cognacs, le résultat, reste dans l'esprit de la main,
31:39cet esprit qu'ont si bien imaginé Robert et Jacques.
31:42Robert et Jacques avaient un troisième frère, Maurice de la main.
31:46Et c'était le seul à avoir fait ses études à Angoulême.
31:53J'ai passé au lycée d'Angoulême, qui fut autrefois lycée impérial,
31:57et qui est aujourd'hui, grâce à vos efforts, lycée Guest de Balzac,
32:00les années 1895-1901.
32:07J'étais interne, étant de Jarnac, et ne pouvant regagner chaque jour ma ville.
32:12Il y avait à cette époque environ 100 internes, ou un peu plus.
32:16Mais ces grands bâtiments montraient qu'ils en avaient abrité plus du double dans les temps antérieurs.
32:23Nous occupions six dortoirs, et il y en avait autant de vides
32:26dans lesquels nous allions à la découverte, et fumions en cachette.
32:32J'ai connu, vers 1896-1997, l'installation des lavabos à eau courante.
32:38À la même époque de modernisation remarquable,
32:41j'ai usé des derniers bains de pied bimensuels tous les quinze jours,
32:45que remplacèrent les douches hebdomadaires.
32:48Il était bon élève, Maurice de la main ?
32:50Alors, c'est un élève qui est très neutre quand il rentre au lycée,
32:55quand on regarde les palmarèses.
32:57En sixième, il n'a rien.
32:59Cinquième, quatrième, troisième, il a un accès site, par-ci, par-là,
33:02sauf le premier prix, tous les ans.
33:05Le premier prix catéchisme protestant.
33:08Et puis c'est l'explosion en première.
33:10Première rhétorique, il ramasse tout.
33:13De la main, de la main, prévu, prix d'excellence de philosophie.
33:18Premier accès site des tableaux d'honneur, de la main.
33:21Premier prix de dissertation française, prix d'honneur, de la main.
33:26Physique et chimie, premier prix de la main, Maurice.
33:32Il paraît qu'à l'époque, c'était le tambour qui réveillait les internes.
33:36Elle jouait avec un type qui jouait du tambour, qui était un garçon d'entretien,
33:41mais qui avait un rôle particulier, qui s'appelait le tapin.
33:45Il faisait ça très naturellement à toi.
33:48Alors il sortait de ça, de sa petite pièce.
33:51Il faisait ça depuis la course, ça retentissait bien.
33:55Il jouait du tambour comme ça,
33:56et ça suffisait à réveiller tout le monde dans le silence de la ville.
34:01Et le dimanche, qu'est-ce qu'ils faisaient, les élèves ?
34:04Les internes vont en rang à la chapelle du lycée,
34:08à la messe le dimanche matin,
34:10et les internes protestants vont en rang au temple qui se trouve rue de Béla.
34:18Vous voyez, ils descendent le rempart.
34:20C'était devenu une balade, donc...
34:22Mais pour les élèves de la baisse, c'était vraiment...
34:24Quand on voit leur parcours, c'était pas simplement une promenade.
34:34Le service religieux sous l'autorité de l'aumônier Augereau
34:37était scrupuleusement assuré.
34:39Nous étions 8 ou 10,
34:41et le dimanche, on nous menait au temple.
34:55La culture artistique était totalement négligée,
34:58mais j'ai l'admirable souvenir d'une randonnée,
35:00à travers les églises romanes ou autres,
35:03des environs d'Angoulême,
35:05Saint-Michel, la Couronne, etc.
35:08Visite organisée à titre personnel et facultatif
35:11par notre professeur de rhétorique.
35:19Je me suis laissé aller aux confidences, pardonnez-moi.
35:22Une fois n'est pas coutume.
35:23J'ai passé 40 ans, 1921-1961 exactement,
35:28à diriger une maison d'édition.
35:31Je dirige actuellement une librairie parisienne.
35:36« De la main, bout de l'eau.
35:41Mais vous allez trop vite, monsieur Maurice de la main.
35:44Moi, j'ai besoin de revenir en arrière,
35:46du temps de votre jeunesse à Barbesieux.
35:49Là, vous avez rencontré Jacques Boutelot,
35:52qui deviendra Jacques Chardonne en littérature. »
35:57Ils ont eu l'occasion, effectivement, de se rencontrer,
36:00puisqu'ils faisaient partie de cette jeunesse,
36:04on va dire, dorée au niveau local.
36:06Mais là, c'est pareil,
36:08c'est-à-dire que c'est encore dû à la proximité
36:11de ces familles qui étaient autour du cognac
36:14et qui étaient d'origine protestante.
36:17Les liens ont été tout de suite assez profonds,
36:24à tel point qu'ils ont voulu monter ensemble
36:27lorsqu'ils ont eu l'occasion,
36:29donc la fameuse maison d'édition Stock,
36:32qu'ils ont reprise,
36:34et qui est devenue Boutelot de la main.
36:39Donc assez intime pour se lancer
36:41dans ce qui était comme une aventure,
36:43parce que Stock, lorsqu'il l'avait récupérée,
36:46était complètement dans le rouge.
36:48« On est en 1920,
36:50et la famille va s'unir pour réussir. »
36:53Jacques Delamain va épouser la sœur de Chardonne.
36:55Germaine va traduire des œuvres anglo-saxonnes,
36:58elle des préférences.
36:58Beaucoup d'Anglais, beaucoup d'Irlandais,
37:01beaucoup d'Américains.
37:02Jeanne Delamain, qui est la sœur
37:04de Jacques, Robert et Maurice,
37:06qui sera infirmière à Rochefort pendant la guerre de 1914,
37:09va être elle-même secrétaire chez Stock
37:12et va diriger toute la collection française, elle.
37:17Tout ça se tient, tout ça forme un bloc.
37:20Toute la famille Delamain a contribué
37:22à l'essor de Stock
37:23et de sa magnifique librairie à Paris,
37:27classe Colette,
37:28en face de la comédie française.
37:33« J'y entre aujourd'hui,
37:34comme on entre dans le panthéon de la littérature,
37:39à la recherche de l'âme,
37:40de la famille Delamain. »
37:43Oui, il y a une âme Delamain qui reste.
37:46Déjà, il y a le nom,
37:47qu'on a fait le choix de garder.
37:51On aurait pu changer de nom,
37:53mais on ne l'a jamais fait.
37:55Je pense qu'on ne le fera jamais.
37:56Nous avons choisi de montrer des images
37:59qui sont en rapport avec l'histoire de la librairie.
38:02Par exemple, vous allez trouver la couverture
38:04de Jules et Jim, d'Henri-Pierre Rocher.
38:07Et c'est tout simplement parce que Truffaut
38:10a acheté le livre dans cette librairie
38:13avant d'en faire un film.
38:14C'est une des dernières librairies parisiennes
38:16qui fait du livre ancien et du neuf.
38:18Ça, pour le coup, c'est vraiment une tradition
38:19qu'on a gardée depuis Maurice Delamain,
38:22puisque c'est lui qui s'était inscrit
38:24au registre des brocanteurs pour vendre des livres anciens.
38:26Alors, j'ai trouvé au fond d'un tiroir
38:28ce petit document
38:32dont j'ignorais l'existence,
38:33mais qui est à ce jour
38:34le seul document signé de la main
38:37de Maurice Delamain
38:38dont je dispose à la librairie.
38:40Et c'est la demande qu'il avait faite
38:43auprès de la préfecture
38:44pour être brocanteur,
38:46donc pour vendre des livres anciens,
38:47activités qui perdurent toujours aujourd'hui
38:49à la librairie.
38:50Ça date de 1949.
38:53Il nous reste une édition ancienne
38:55qui n'est pas l'édition originale,
38:57mais c'est une édition ancienne
38:58d'un des ouvrages d'ornithologie
39:00de Jacques Delamain.
39:01Et on peut voir quand même
39:03que c'est un livre qui est très moderne
39:06pour son époque,
39:07puisqu'il y a des magnifiques illustrations
39:11d'oiseaux dont les couleurs
39:12sont restées éclatantes.
39:14J'ai également trouvé,
39:16un jour, en achetant des livres anciens
39:18aussi dans une bibliothèque particulière,
39:21alors le livre est tombé en lambeau,
39:22mais c'est donc l'ancienne jaquette
39:25de l'époque où la librairie
39:26qui s'appelait encore
39:27Stock de la main et Boutello,
39:29donc on est plutôt au milieu des années 20,
39:32éditaient des catalogues,
39:34puisqu'ils n'avaient pas de site internet
39:35à l'époque pour vendre leurs livres,
39:36donc voilà à quoi ressemblait
39:39la couverture du petit bulletin
39:41de la librairie de l'époque.
39:44Et quand on achète des bibliothèques,
39:46des livres anciens,
39:48on récupère régulièrement
39:50quelques exemplaires des livres
39:53qu'ils ont édités
39:54de la main à Echardon ensemble.
39:56Alors c'était des traductions,
39:57puisque c'est des éditeurs
39:58qui ont été connus
39:59pour traduire beaucoup d'auteurs
40:00comme Pau, comme Haussorne,
40:02ils ont découvert beaucoup d'auteurs,
40:04notamment étrangers.
40:06Alors il y a eu forcément
40:08beaucoup de célébrités
40:09qui ont fréquenté la librairie
40:10et qui la fréquentent encore.
40:12Du reste, c'est dû à son emplacement,
40:13qui est quand même
40:13un des meilleurs emplacements
40:14de la capitale.
40:16Il y a quelques noms
40:16qui se transmettent
40:19de génération en génération
40:20dans la librairie.
40:21Donc on a parlé de Truffaut,
40:22par exemple.
40:24De toute évidence,
40:24Colette venait régulièrement
40:26puisqu'elle habitait juste
40:27de l'autre côté du Pélair Royal,
40:28au même titre que Jean Cocteau,
40:30bien sûr,
40:31mais c'est aussi une librairie
40:32qui a vu passer
40:32beaucoup de ministres,
40:35de présidents,
40:37évidemment de conseillers d'État
40:38puisqu'on est juste en face.
40:39Alors, j'ai trouvé
40:40quelques invitations
40:41et donc, pour vous donner
40:43quelques exemples,
40:44cette librairie,
40:45elle a accueilli
40:47Michel Morgan, par exemple,
40:49Barbara en 1991
40:50et ça, c'est resté
40:51une soirée mémorable
40:52dont beaucoup de nos clients
40:53se souviennent.
40:55Lorraine Bacal
40:56qui est aussi restée
40:57dans les mémoires
40:57de beaucoup de monde.
40:59D'ailleurs, un client
41:01m'a donné une photographie
41:02de Lorraine Bacal
41:03en train de dédicacer
41:04dans la librairie.
41:05Un jour, en fouillant
41:06au fond d'un placard,
41:07j'ai trouvé ceci
41:09roulé en boule.
41:10C'est encore un peu jauni
41:11mais je le garde
41:12parce que c'est un des rares
41:12documents qu'on a
41:16avec, en fait,
41:17ce logo
41:17qui est donc,
41:18je suppose,
41:19une gravure.
41:20Je sais qu'elle date
41:21de l'époque
41:22où la place Colette
41:22ne s'appelait pas encore
41:23la place Colette
41:24et en fait,
41:25ce logo,
41:26nous l'avons maintenant
41:28réutilisé,
41:31renumérisé,
41:32réhabilité.
41:33On l'utilise aujourd'hui
41:34sur nos marques pages,
41:35nos sacs, etc.
41:36Alors, très belle collaboration
41:38pendant presque
41:39une trentaine d'années
41:40entre Maurice Delama
41:42et puis Jacques Chardonne
41:45qui était complémentaire.
41:47Est-ce que les liens,
41:48finalement,
41:49ont perduré
41:50pendant ces 30 ans
41:51ou est-ce qu'ils ne se sont pas
41:54un petit peu détériorés
41:55au fil du temps ?
41:56Que Chardonne, lui,
41:58c'était essentiellement
41:59l'écrivain,
42:01le principal écrivain
42:03de la société.
42:05Donc, ça pouvait créer,
42:07à mon avis,
42:08sans faire de la psychologie
42:11de bas étage,
42:13mais une espèce de frustration
42:14chez Maurice Delama
42:16qui se disait
42:17que lui aussi
42:18avait quelque chose à dire
42:19à travers la littérature
42:20et pas seulement
42:21en publiant les autres,
42:23voyant son partenaire
42:25briller,
42:26s'exprimer
42:28comme il le voulait
42:29et lui ne pouvant pas le faire.
42:31Et on a toujours
42:33en rayon
42:33la correspondance
42:34de Jacques Chardonne
42:36avec Paul Morand
42:36dans laquelle il évoque
42:37à plusieurs reprises
42:39bien évidemment
42:40son associé
42:41Maurice Delama
42:41pas toujours
42:42dans des termes
42:43très élogieux
42:44puisqu'il dit
42:45« Je veux établir stock
42:47sur d'autres bases
42:48plus larges,
42:49plus solides
42:49usant des prétendants
42:51comme il convient
42:51mais Delama me gêne
42:53il se croit
42:53Adenauer
42:54ne fait rien
42:55et il est à demi sénile
42:57très apprécié
42:58dans les comités d'éditeurs
42:59il vient d'avoir la rosette
43:01ce qui est rare
43:01dans la corporation
43:02il est plein de lui-même
43:04et tout vide
43:05Oh là là
43:07retour à Barbesieux
43:08pour comprendre
43:10calmer le jeu
43:12passer devant
43:13la maison de Jacques Chardonne
43:14et rejoindre le libraire
43:16qui connaît si bien
43:18les raisons de la rupture
43:19entre les deux amis
43:20qu'ils ne le sont plus
43:24La véritable rupture
43:28entre Jacques et Maurice
43:30elle intervient
43:31vers la fin de la guerre
43:34au moment où
43:36Jacques Chardonne
43:38peut véritablement
43:40être accusé
43:41par la résistance
43:44notamment
43:44de collaborationniste
43:47et à ce moment-là
43:48être frappé
43:50d'une interdiction
43:51d'exercer
43:52en tant qu'éditeur
43:55voire de publier
43:56en tant qu'auteur
43:57ce qui aurait mis
43:59en péril
44:00leur société d'édition
44:02donc le bouquin de trop
44:04sans aucun doute
44:05c'est le ciel
44:05de Niflheim
44:06et les quelques amis
44:07auxquels il l'a envoyé
44:09notamment d'ailleurs
44:11à Henri Fauconnier
44:12avec qui il était
44:12toujours resté en relation
44:14et qui lui était
44:14un homme parfaitement clair
44:15dans sa façon
44:16de voir les choses
44:17lui a dit
44:18mais Jacques
44:19tu es en train
44:20de déconner
44:20mais totalement
44:21je ne sais pas
44:22si tu te rends compte
44:23de ce que tu écris
44:24Chardonne
44:25contrairement
44:26aux craintes
44:28de Delamain
44:28ne va pas être
44:31il va avoir
44:31quelques inquiétudes
44:33mais il a des relations
44:34Chardonne
44:35ce qui fait
44:35qu'il va s'en tirer
44:37très très bien
44:38oui
44:38mais c'est quand même
44:39la fin d'une collaboration
44:40En 1961
44:42de mémoire
44:44donc ils sont obligés
44:45de liquider
44:46la société
44:49donc qui portait
44:51le nom
44:52Boutello
44:53de Delamain
44:54donc elle est
44:55effectivement
44:55rachetée
44:57et aujourd'hui
45:00il n'en reste
45:01je dirais
45:02plus que l'esprit
45:03Moi j'ai pris contact
45:05avec la maison de Cognac
45:07quand je suis arrivée
45:08à la librairie
45:08même si on n'est plus
45:10du tout liée
45:11de fait
45:12à part par
45:12nos noms
45:13mais je trouvais ça
45:16je trouvais ça joli
45:17de garder quand même
45:18le contact avec eux
45:19de loin en loin
45:21Et du plus loin
45:22que l'on se souvienne
45:23les origines
45:24des Delamain
45:25sont anglo-saxonnes
45:26et Robert et Jacques
45:28que vous connaissez maintenant
45:29ont contribué
45:31à rapprocher
45:31Jarnac et Londres
45:34et Charles
45:35l'héritier actuel
45:37perpétue la tradition
45:38Tous mes ancêtres
45:39qui finalement
45:39venaient à Londres
45:40parce que c'était
45:41un gros marché
45:41pour notre maison
45:42pour nos cognacs
45:43et les grands connaisseurs
45:45de nos cognacs
45:45étaient anglais
45:46au début du 20ème siècle
45:47c'était vraiment
45:48là que tout se passait
46:01j'ai toujours entendu parler anglais
46:03je ne comprenais pas toujours
46:05j'ai toujours eu cette admiration
46:08pour les anglais
46:09pour cet accent anglais
46:10et puis cet attrait pour l'onde
46:24c'est très émouvant
46:26c'est très émouvant de voir 1865
46:27sur une bouteille
46:29j'aurais bien voulu voir la bouteille
46:29malheureusement
46:30on n'envoie que l'étiquette
46:36nous chez Delamain
46:37on travaille avec
46:38Berry Brother
46:39depuis plus de 100 ans
46:41par exemple
46:41on a fait cette qualité
46:43qui est un millésime 1995
46:46on a sélectionné
46:47avec l'équipe de Berry Brother
46:49un fût de 1995
46:50et on l'a mis en bouteille
46:52donc vous avez
46:52le nom de Berry Brother
46:53qui est sur l'étiquette
46:54le nom de Delamain
46:55on explique que c'est
46:56un cognac de 1995
46:5826 ans d'âge
46:59de grande champagne
47:00et c'est une bouteille
47:01assez exceptionnelle
47:02qui se vend très bien
47:03dans ce magasin
47:04mon arrière-grand-père
47:06et son frère
47:07venaient souvent à Londres
47:09ils allaient acheter
47:10leur chapeau chez Locke
47:11ils avaient leur chapeau melon
47:12quand ils venaient à Londres
47:13c'était l'uniforme
47:15c'était la façon
47:16de s'habiller à l'époque
47:18décidément
47:19le temps qui ne passe pas vite
47:20me plaît beaucoup
47:21j'ai l'impression
47:23d'être dans un musée
47:24et pourtant non
47:27007
47:29James
47:29Bond
47:30pas de la main
47:32mais ici tout est possible
47:34même d'imaginer Charles
47:35au 19ème siècle
47:37à la recherche du chapeau
47:38de son arrière-grand-père
47:45ok ça
47:46c'est impressionnant
47:47il se voit bien et bien
47:57c'est ça
47:59c'est vrai
48:45C'est ma tête.
48:59Chapeau Texan, fin du rêve.
49:04Et pour finir, Charles nous emmène à Londres, dans un endroit très très privé,
49:10où le cognac est fait sur mesure pour ce club hyper sélect.
49:17On est très loin du cadre de notre bureau, dans un endroit très sélect, très privé.
49:23C'est un cognac qu'on a fait pour ce club, pour le 67 Palmal.
49:28C'est un cognac qu'on a fabriqué pour eux, avec eux. Ils sont venus à Jarnac, dans Nochet.
49:33La bouteille a été personnalisée au logo du club.
49:37Et c'est une bouteille qui est assez unique, avec un cognac à l'intérieur qui date de 1967.
49:43Un vieux cognac, c'est très très beau.
49:49Il est étrange que ce produit le plus français peut être de tous nos produits nationaux,
49:54le plus international aussi de nos produits nationaux,
49:57qui pénètrent partout dans le monde,
49:59soit celui qui emporte avec lui tous les parfums les plus ensorcelants
50:03et les choses effluves de cette douce terre de Charente.
50:07Extrait de l'histoire du cognac de Robert Delamin, 1935.
50:12Et moi, je voudrais remercier la dynastie des Delamin,
50:17irlandaise et puis française, négociante et littéraire.
50:25Une famille si mystérieuse dans sa passion pour le cognac et la littérature.
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