00:00Et l'éclaireur du jour est Stéphane Koliak, économiste chez BNP Paribas, qui est avec nous à distance.
00:08Bonjour Stéphane Koliak.
00:10Bonjour.
00:10Merci d'être avec nous.
00:11On va revenir un petit peu sur les différentes statistiques économiques qui ont été publiées cette semaine,
00:15que ce soit aux Etats-Unis ou en Europe.
00:18La question est simple, que ce soit sur les prix à la consommation en ligne avec les attentes,
00:23les prix à la production qui surprennent à la hausse aux Etats-Unis,
00:26les ventes au détail qui surprennent à la hausse aux Etats-Unis dans un premier temps si on reste sur le continent américain.
00:31Y a-t-il un scénario où l'économie américaine marche mieux que ce qu'attendent les analystes en ce début d'année, Stéphane Koliak ?
00:40Oui, c'est le nôtre.
00:42Ce scénario, on l'a modifié récemment à la hausse, la prévision de croissance aux Etats-Unis,
00:49parce qu'on observe déjà sur les données du troisième trimestre qu'on a eu mieux que prévu.
00:54Et il y a des éléments qui nous laissent penser que ça pourrait se perpétuer,
01:00notamment au premier semestre de 2026, avec la mise en application de l'OBBA,
01:07la pérennisation des baisses de taxes, notamment pour les plus fortunés,
01:12qui aurait un impact notamment lors de ce premier semestre de 2026,
01:16plus le maintien des dynamiques sur la consommation.
01:20Les données de novembre sont plutôt bonnes, les retail sales américaines sont plutôt bonnes.
01:23Le cycle d'investissement dans l'intelligence artificielle continue d'être assez spectaculaire
01:28et de soutenir assez largement la croissance américaine.
01:31Donc il y a pas mal d'éléments positifs.
01:34Et effectivement, sur l'inflation, on n'attend bien sûr pas qu'elle diminue,
01:39mais on n'attend pas non plus qu'elle accélère significativement.
01:41Donc c'est un scénario de croissance plus importante,
01:46d'inflation qui se maintient un peu en deçà des 3%, mais pas très très loin.
01:50Parce qu'il y a quand même un peu de transmission des paris douaniers
01:53qui doit encore se faire au prix.
01:56Ça ne se fait pas tout en instantané.
01:58Bien sûr.
01:58Ça s'étale.
02:00Donc il y en a encore un peu à faire.
02:02Et donc une inflation qui devrait être relativement stable.
02:06Est-ce que ces chiffres d'une économie qui résiste bien au global,
02:12en tout cas aux États-Unis,
02:14est de nature à venir remettre en cause les scénarios monétaires des marchés,
02:19notamment vis-à-vis de la réserve fédérale américaine,
02:22si ces chiffres venaient à être validés pour le mois de janvier ou le mois de février également ?
02:27Enfin, si la tendance venait à être validée ?
02:29Oui, ça pourrait.
02:31Nous, ce qu'on anticipe toujours pour l'instant, c'est une baisse au mois de mars.
02:35D'accord.
02:35Qui serait la dernière.
02:38Mais objectivement, oui, il peut ne pas y en avoir.
02:42Une baisse au mois de mars, vous êtes un peu contrariant par rapport au scénario de marché actuel,
02:46Stéphane Koliak qui anticipe plutôt que ce ne sera pas avant avril, voire juin.
02:50Oui, exactement.
02:53Mais on ne pourrait pas avoir cette baisse, effectivement,
02:56si on observe les probabilités de marché, elles sont assez basses.
03:00Donc oui, c'est un close call.
03:04On observe aussi le marché du travail.
03:06Donc sur le marché du travail, les dernières indications pour ce qui est du taux de chômage
03:10sont plutôt favorables puisqu'il a un peu régressé.
03:14Mais si on devait avoir une détérioration de ce côté-là,
03:17ce qui a été le cas au deuxième semestre 2025,
03:20et qui a surpris, donc on n'anticipait pas.
03:22Ça veut dire qu'on pourrait aussi avoir une baisse plus prononcée des taux de la Fed
03:26qu'on n'anticipe pas pour l'instant puisqu'on n'a pas encore ces données-là.
03:29Donc on est vraiment dans un certain brouillard.
03:32Mais je pense que l'élément important, c'est que la Fed restera data-dependence,
03:37nonobstant ce qui a été dit en début de semaine par son gouverneur sur la procédure judiciaire à son encontre.
03:46Elle restera guidée par les données.
03:50Et si les données sont rassurantes, il n'y a pas de raison que les baisses de taux surviennent.
03:54Et ça se fera de comité à comité.
03:56Il n'y a pas de forward guidance particulier.
03:58– Si je comprends bien, si on reste sur les États-Unis,
04:00Stéphane Colliak, vous êtes plutôt positif sur la performance de l'économie américaine à venir en 2026.
04:06Vous anticipez une première baisse de taux de la Fed en mars.
04:09Mais des chiffres qui continueraient à montrer une bonne santé de l'économie américaine au global
04:14pourraient venir remettre en cause votre scénario effectivement monétaire.
04:18Est-ce que ça peut venir remettre en cause le scénario de consensus de marché
04:23qui attend entre deux et trois baisses de taux cette année ?
04:27– Ça peut, ça peut, ça peut toujours, puisque comme c'est lié aux données, ça peut par définition.
04:34Il y a aussi la question de la succession de Jérôme Poel à la Fed, le nouveau gouverneur.
04:40Nous, ce que nous pensons, même si ça sera un gouverneur évidemment nommé par Donald Trump,
04:45c'est que le gouverneur n'est pas seul au FOMC
04:49et que la Fed restera data dependent de toute façon.
04:53Donc si les données, alors pour concrétiser, notre prévision de croissance est 2,9%,
04:58donc c'est une croissance assez élevée.
04:59Donc si on obtient ça, que l'inflation reste relativement sage telle qu'elle est aujourd'hui
05:06et que sur le marché du travail, le verre à moitié plein continue d'être le jugement qu'on peut avoir
05:14sur le marché du travail, il n'y a pas de raison que la Fed baisse ses taux.
05:18Donc il y a toujours ce petit biais qu'on a conservé pour l'instant,
05:22mais il se pourrait très bien effectivement que la Fed ne baisse pas ses taux cette année.
05:25En Europe, pour le coup, on voit donc une inflation qui se rapproche des 2%,
05:32on voit une contraction du secteur manufacturier sur les derniers PMI,
05:36mais une progression dans les services.
05:39Est-ce que là aussi, il y a un scénario où l'économie européenne surprend par sa vigueur
05:45et dans un contexte où l'inflation se rapproche du seuil cible de la BCE ?
05:51– Oui, ce qu'on pouvait dire il y a quelques mois, qu'on peut toujours dire,
05:55c'est qu'il n'y avait pas d'urgence à continuer les baisses de taux
05:58puisque au niveau de la cible d'inflation, la BCE était dans une situation confortable,
06:03elle avait terminé son travail et l'inflation était proche de la cible,
06:08donc il n'y avait pas de raison d'un nouveau mouvement.
06:11Ce qu'on observe depuis lors, c'est que la croissance a plutôt tendance
06:13à montrer des signes d'accélération.
06:15En France, c'était le cas dès le deuxième trimestre, encore plus au troisième.
06:18En Allemagne, ça a tendu un peu plus, mais les données de production industrielle
06:21d'octobre et novembre sont franchement très rassurantes.
06:25En octobre dans les travaux publics, en novembre dans l'industrie sur les biens d'équipement.
06:29On observe aussi que les new factory orders, donc les nouvelles commandes dans l'industrie,
06:33ont nettement rebondi et expliqué là encore par les biens d'équipement.
06:37Donc on peut expliquer ça par les programmes d'investissement dans les infrastructures et la défense,
06:42avec d'ailleurs une mise en œuvre qui semble plus prononcée, plus rapide
06:46dans les équipements de transport que dans la défense, mais dans la défense aussi.
06:52Et ça, ça commence à se voir.
06:54Donc au quatrième trimestre, l'Allemagne est probablement revenue à une croissance positive.
07:00On n'a pas encore le chiffre parce qu'on a juste eu la croissance annuelle en moyenne.
07:03Mais si on interpole un peu et qu'on essaie de voir au quatrième trimestre
07:06qu'il n'y a plus à voir comme croissance, elle a été probablement positive.
07:09Et ça préfigure pour nous une année de 2026 où la croissance s'accélérerait encore.
07:15Stéphane Koliak, on a des experts dans Good Morning Market cette semaine
07:19qui avaient pour scénario un recul de l'inflation en zone euro
07:23qui allait en dessous des 2% et qui pouvaient venir alimenter le scénario d'une BCE
07:29obligée de remonter ses taux cette année.
07:34Est-ce que c'est un scénario que vous analysez et que vous regardez également ?
07:38Alors nous on a un scénario de hausse de taux parce qu'on pense qu'en 2027
07:45l'inflation va se réaccélérer après une baisse temporaire au-dessous des 2% cette année.
07:52Et on pense qu'elle va se réaccélérer notamment parce qu'en Allemagne
07:57on anticipe une nette accélération et que les contraintes d'offres peuvent ressurgir assez rapidement.
08:04Et donc ce que nous pensons c'est qu'au deuxième semestre de 2027
08:07il pourrait y avoir deux hausses de taux de la BCE.
08:11Alors évidemment il faudra vérifier si les données confirment ce scénario-là.
08:15Mais en amont il ne va pas être urgent pour la BCE de prendre des décisions dans un sens ou dans l'autre
08:20notamment des baisses de taux cette année qui pourraient être autorisées par une inflation en deçà de 2%.
08:24Ce n'est pas une urgence particulière surtout si on craint que le prochain mouvement en 2027
08:29soit une accélération de l'inflation et donc à une hausse de taux.
08:34Merci Stéphane Koliak de nous avoir accompagné dans cette première partie d'émission.
08:38Je rappelle que vous êtes économiste chez BNP Paribas.
Commentaires