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Anne Fulda reçoit Karine Dijoud pour son livre «Quatre saisons : une année de langue française» dans #HDLivres

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Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres, Karine Dijoux. On est ravis de vous recevoir une nouvelle fois, parce qu'on est très fan de vous.
00:07Alors, on rappelle ceux qui nous regardent que vous êtes enseignante en lettres classiques, en Collège Rep Plus.
00:14Vous animez un compte Instagram qui s'appelle Les Parenthèses Élémentaires et qui est dédié à la défense de la langue française.
00:22Et depuis quelques mois, vous avez enchaîné, enfin quelques années même, enchaîné les publications de livres autour de la langue française, justement.
00:28Et vous venez de publier quatre saisons, une année de langue française, un livre qui est publié aux éditions Le Robert.
00:35Et un livre dans lequel on peut piocher à son gré en fonction des saisons, des textes, des citations, des expressions, des proverbes latins.
00:45Et puis aussi, revenir, c'est un peu votre péché mignon, sur la signification de certains mots rares ou un peu oubliés.
00:53Oui. Alors, puisque c'est un livre qui est organisé en fonction des saisons et que nous enregistrons cette émission alors que nous sommes en hiver,
01:03on a envie de vous demander quelle serait votre prescription pour ce mois de décembre qui s'ouvre, cette époque où vous évoquez un temps yémal.
01:12Yémal. Alors déjà, dites-nous ce que c'est que ce temps yémal, c'est joli, un temps yémal, ça change d'hivernal.
01:18C'est vrai, c'est un mot rare, un mot à sauver et en effet, c'est un synonyme d'hivernal.
01:22Ça vient du latin yems, yémis, qui signifie l'hiver. Je trouve que c'est très poétique.
01:26Alors d'ailleurs, vous parlez, on parle de plantes yémal, de sommeil yémal de la marmotte.
01:33Alors, dans ce cadre, dans ce mois de décembre, vous revenez sur cette expression aussi qui s'appelle faire long, qui est assez connue, faire long feu, mais qui est souvent mal utilisé en fait.
01:45Oui. Initialement, faire long feu, ça voulait dire durer longtemps. Enfin, ne pas durer longtemps, justement.
01:51Et aujourd'hui, c'est durer longtemps, ce qui fait qu'on est complètement perdu.
01:55Donc, en réalité, aujourd'hui, faire long feu, c'est durer longtemps, mais on l'utilise plutôt avec la négation.
02:03Ça n'a pas fait long feu.
02:04Donc, ça fait partie de ces évolutions de sens, et c'est ça qui est captivant dans la langue française,
02:10c'est s'intéresser à l'origine des expressions et des mots, et de voir à quel point l'usage peut prédominer parfois.
02:17Alors, dans les prescriptions de la saison, vous évoquez une parole de sage très connue, Cogito, un gossum.
02:26Un conseil de lecture, qui est un extrait du très beau livre de Jean-Baptiste Andréa, Veillez sur elle, qui avait eu le concours en 2023.
02:34Vous attardez aussi sur un mot, le mot du jour, qui est « ekphrasis ».
02:38Alors ça, on sait moins ce que c'est, ekphrasis. Qu'est-ce que c'est ?
02:40Ekphrasis, c'est un mot que j'adore, un mot qui vient du grec, d'ailleurs, ça s'entend un petit peu.
02:44Oui, ça s'entend.
02:45Et c'est le fait de décrire si bien une œuvre d'art qu'on a l'impression qu'elle se dévoile sous nos yeux,
02:51on a l'impression de la visualiser grâce aux mots.
02:54Alors, dans les mots que vous êtes allés chercher, il y a ce joli mot aussi qui s'appelle « cocoler ».
03:01C'est quoi, cocoler ?
03:03Alors, cocoler, là, je me suis un petit peu intéressée aux mots de la francophonie.
03:07Et là, c'est en Suisse, cocoler, ça veut dire « chérir », « joyer ».
03:11Mais ce qui est intéressant, c'est que dans le patois savoyard, ça signifie « bégayer ».
03:16D'accord. Alors, il y a aussi, vous revenez sur un terme qui a été un peu utilisé, c'est une chatemite.
03:24Qu'est-ce qu'une chatemite, en fait ?
03:25Alors, une chatemite, comme d'ailleurs, ça signifie « sournois » et comme « chafouin ».
03:32« Chafouin », initialement, ça voulait dire ça.
03:35C'est un peu comme une fouine, quelqu'un de rusé, sournois qui va nous faire des mauvais coups.
03:40Et chatemite, c'est ça.
03:40Et chatemite, c'est ça, d'accord.
03:42Alors, il y a le verbe « ratiociner » et puis la légion des ratiocineurs.
03:46Alors, qu'est-ce que c'est que ratiociner ?
03:48« Ratiociner », ça vient du latin « ratio » qui veut dire « la raison » et ça veut dire réfléchir un petit peu trop, se perdre en raisonnement.
03:57Une expression qui sera de mise le 31 décembre, c'est « se mettre sur son 31 ».
04:04Alors, d'où vient cette expression ?
04:06Alors là, c'est très compliqué.
04:07L'origine de cette expression, on croit que c'est lié au 31 décembre.
04:10Et en fait, non.
04:11Ce sont des calculs mathématiques très pointus que je vous invite à lire dans mon livre
04:16parce que tout ce qui est mathématiques, ce n'est pas mon domaine.
04:19Mais en réalité, c'est une expression qui était liée à neuf, les habits neufs qu'on mettait.
04:23Et à partir de là, on a fait des multiplications et un peu des calculs étrangers.
04:27On arrive à 31.
04:28On arrive à 31.
04:29Alors bon, je ne vais pas vous faire une interrogation pendant toute l'interview de tous les mots et citations que vous faites.
04:37Il faut que tout le monde le découvre.
04:39Mais la question que je me posais, c'est que puisque ce nouveau livre, qui est un peu différent des autres,
04:44est publié aux éditions Le Robert, je voulais savoir si des figures comme Alain Rey,
04:47qui a été le grand pape du dictionnaire de Robert notamment,
04:53est-ce que ça a été une figure pour vous, si ce n'est lui ?
04:56Quelles ont été les figures qui vous ont comme ça instillé ce goût du français ?
05:01Pour moi, ça a été Bernard Pivot.
05:03Je regardais, j'étais toute petite, mais je regardais ses dictées et ses émissions,
05:07Apostrophe et Bouillon de Culture.
05:09Mais Alain Rey, c'est aussi une figure tutélaire.
05:11Et à chaque fois que je vais dans les locaux du Robert, il y a son image en carton,
05:15avec une écharpe qui est par-dessus, et on sent sa présence, et sa présence rassurante.
05:21Alors vous êtes passionnée par l'étymologie, la racine des mots.
05:26Vous êtes professeure en lettres anciennes, donc vous enseignez, vous avez appris le grec et le latin.
05:32Comment aujourd'hui pouvoir faire comprendre à des jeunes qui sont complètement dans une ère numérique,
05:40que ces langues anciennes peuvent être utiles ?
05:44C'est un défi quotidien, réussir à faire en sorte d'avoir des latinistes encore plus dans un collège REP+,
05:49donc réseau d'éducation prioritaire renforcé.
05:51Mais on y arrive, parce que dans chacun de mes cours, je déploie l'étymologie des mots,
05:55je suis complètement animée par cette étymologie, et j'arrive à leur transmettre ça.
06:00Et je vois à chaque fois, j'ai un tableau sur lequel je leur demande d'adopter des mots,
06:04on les écrit ensemble.
06:05Par exemple, il y avait le mot aposiopèse qui est dans ce livre,
06:08et je sais qu'ils vont l'employer.
06:10Et pourtant, initialement, ils étaient un peu réfractaires au fait de s'approprier des mots aussi complexes.
06:15C'est-à-dire qu'en fait, vous arrivez à transmettre à vos enfants un peu une idée de jeu,
06:20c'est-à-dire que lorsqu'ils se retrouvent peut-être devant un mot dont ils ignorent la signification,
06:24essayez de comprendre par la racine d'eux-mêmes.
06:27Et ça fonctionne ?
06:29Oui, c'est le jeu, le défi, et ça fonctionne très bien.
06:32Alors, l'autre chose qui est intéressante lorsqu'on vous reçoit,
06:34c'est que vous êtes devenue comme ça la nouvelle Madame Français,
06:41maîtresse capélo aujourd'hui, en plus jolie.
06:43Grâce à Instagram, donc grâce aux réseaux sociaux,
06:48et à votre compte, les parenthèses élémentaires.
06:52Donc finalement, alors que c'est vrai qu'on remet beaucoup en cause les réseaux sociaux
06:55qui ont aussi des effets néfastes sur les enfants,
07:00en fait, lorsqu'on observe votre exemple,
07:04on se dit qu'il y a aussi des vertus finalement à certains comptes.
07:09J'ai eu cette ouverture grâce aux réseaux sociaux.
07:11À un moment, j'ai même voulu arrêter, parce que je me faisais attaquer par les attrabilaires,
07:15les fameux haters.
07:17Et c'est là que j'ai eu...
07:18Oui, j'adore le mot attrabilaires.
07:21Et là, j'ai eu beaucoup de soutien de la part des personnes
07:23qui étaient plutôt dans l'ombre et qui m'ont dit
07:25« Mais votre compte est nécessaire ».
07:27Et c'est cette ouverture et cette accessibilité aussi
07:30qui sont inhérentes aux réseaux sociaux que j'apprécie.
07:33Donc, en effet, ça a des vertus aussi.
07:35Et est-ce que vous savez qui sont vos abonnés ?
07:38Est-ce que parmi ces abonnés, il y a aussi des jeunes ?
07:42C'est ça qui...
07:43Et des jeunes qui ne sont pas seulement des étudiants en lettres ou anormales.
07:47Est-ce que vous le savez ?
07:48Il y a beaucoup d'étudiants.
07:49Puisque j'ai des professeurs qui me disent
07:51« Je demande à mes étudiants de s'abonner ».
07:53Il y a beaucoup de parents d'élèves.
07:55Et mes élèves aussi, mais je ne sais pas s'ils suivent vraiment les leçons
07:57ou en tout cas les élèves de mon établissement,
08:00je reconnais qu'ils sont plutôt sur TikTok et je n'y suis pas.
08:02Oui, vous n'y êtes pas et vous n'y serez pas.
08:05Non.
08:05D'accord.
08:06Alors, puisque vous êtes une grande spécialiste des mots, des lettres,
08:12des citations, de l'étymologie,
08:14est-ce que vous envisagez un jour d'écrire,
08:17mais d'écrire un roman par exemple ?
08:19J'en ai écrit un.
08:20Oui.
08:21Et j'ai envie de me lancer à nouveau dans cette écriture de fiction
08:24parce que je me sens portée par les mots et par la structure narrative.
08:28Donc, je pense que si j'ai la chance d'être édité, il y en aura un.
08:32Bon, la prochaine fois, on recevra peut-être Karine Dijoux, romancière.
08:37En attendant, je vous conseille de lire ce livre,
08:39Quatre saisons, une année de langue française.
08:41C'est donc paru aux éditions Le Robert
08:43et c'est un livre plein de ressources linguistiques, on va dire.
08:48Merci beaucoup.
08:49Merci.
08:49Sous-titrage Société Radio-Canada
08:54Sous-titrage Société Radio-Canada
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