00:00 dans l'ombre, aller chercher
00:01 quelque chose de lumineux.
00:02 C'est-à-dire qu'on sait que le
00:04 monde contemporain dans lequel
00:05 on vit est traversé d'ombres.
00:07 Il y a toutes les catastrophes
00:08 que l'on sait. Il y a aussi
00:10 beaucoup de difficultés
00:11 individuelles, beaucoup de
00:13 failles. Et je pense qu'on ne
00:14 peut pas nier tout ça. Il faut
00:16 les amener avec soi. En tout
00:18 cas, moi, je les emporte avec
00:19 moi dans l'écriture, mais en
00:21 même temps, je pense qu'il est
00:23 important de chercher à pointer
00:25 vers cette lumière qui existe,
00:26 d'utiliser justement les mots
00:28 pour aller voir ce qui peut nous
00:30 porter plus loin, cet espoir
00:31 dont vous parliez aussi tout à
00:33 l'heure, qu'il faut créer. Je
00:34 pense aussi qu'il ne faut pas
00:36 juste le chercher ou l'attendre.
00:38 Il faut vraiment le créer.
00:39 Donc, faire en sorte que les
00:41 mots puissent, eux, défricher
00:43 un chemin à mesure. Donc, aller
00:45 vers ce qu'on ignore aussi, ce
00:46 qui est très proche de ce que
00:48 vous faites aussi.
00:50 - Les forêts. Alors, ça s'appelle
00:52 les forêts, notamment parce que
00:53 vous écrivez au milieu de la
00:55 forêt, Hélène Dorion. Qu'est-ce
00:57 que vous écrivez dans votre
00:58 bureau, depuis votre atelier?
01:00 - Des arbres, des arbres, des
01:02 arbres! Oui, en fait...
01:03 - Un peu de ciel aussi?
01:05 - Oui, bien, ça dépend des
01:06 saisons. Disons que l'hiver,
01:08 oui, justement, c'est ce qui est
01:10 intéressant. C'est que les
01:11 saisons sont très marquées.
01:13 Quand on habite en forêt et
01:14 j'ai un petit pavillon d'écriture
01:16 qui surplombe la falaise, alors
01:18 je regarde vraiment le travail de
01:19 la lumière dans la forêt. Les
01:21 arbres aussi, le plus petit et
01:23 le plus grand, c'est-à-dire cet
01:24 ensemble d'arbres qui est une
01:26 forme de lumière, mais aussi
01:27 l'écorce, l'humus, la feuille,
01:29 le bourgeon. Donc, je m'y
01:30 promène avec les mots.
01:32 - "En suivant le bruissement de
01:33 mes arbres, je me suis mise à
01:35 l'écoute des pulsations du
01:36 monde."
01:38 - Oui, ça, c'est au moment de
01:39 l'écriture de mes forêts. Je
01:41 l'avais commencé en 2018 et au
01:42 moment où je terminais
01:44 l'écriture d'un roman et j'allais
01:45 le présenter, est arrivé 2020,
01:47 le confinement. Et là, le monde
01:48 s'est mis à raisonner autrement,
01:50 évidemment, de manière
01:51 différente. Et là, je me suis
01:53 mise à écouter des chansons
01:55 différentes, évidemment, de
01:56 manière individuelle, mais de
01:58 manière collective aussi. Donc,
01:59 toutes les questions que le
02:01 monde nous posait se sont
02:02 intégrées à l'écriture, sont
02:04 venues et il s'est mis à
02:05 raisonner très fort, ce monde.
02:07 - "Leçon de beauté, leçon de
02:08 fragilité", voilà ce que vous
02:10 écrivez, Hélène Dorion. Et ce
02:11 qui est très beau, c'est que
02:13 cette fragilité, vous la
02:14 saisissez par les mots. Comment
02:16 on fait, concrètement? Comment
02:17 ça se passe?
02:19 - Pour moi, c'est d'abord une
02:20 démarche intérieure. C'est
02:22 d'abord une manière... En fait,
02:23 j'ai demandé à l'écriture de
02:25 m'apprendre à vivre, de
02:26 m'apprendre à être. Et je pense
02:28 qu'un des chemins, en tout cas,
02:29 c'est celui de la fragilité, de
02:31 la vulnérabilité, de la
02:32 rencontre avec soi à travers nos
02:34 failles, à travers nos
02:35 grandeurs, nos beautés, notre
02:37 petitesse et tout ce qu'il y a
02:38 d'infini à l'intérieur de nous,
02:40 ces ombres qui nous traversent
02:41 et ces lumières.
02:43 - J'ai eu le sentiment
02:44 extrêmement agréable en lisant
02:46 ce que vous racontez,
02:47 Hélène, de ce que vous avez
02:49 dit, de ce que vous avez
02:50 dit, de ce que vous avez
02:52 dit en lisant ce que vous
02:53 racontez des arbres, que vous
02:55 vous fondez à l'intérieur de
02:56 cette nature, que vous
02:58 disparaissez et que ne reste
02:59 qu'une émotion qui va discuter
03:01 elle-même avec les arbres
03:02 eux-mêmes.
03:04 - C'est vrai, c'est très...
03:05 C'est très juste, en fait,
03:07 parce que souvent, on impose une
03:08 parole à la nature. Et pour moi,
03:10 ce dialogue était extrêmement
03:11 important. Et c'est vrai qu'en
03:13 écrivant mes forêts, c'est comme
03:14 si je m'étais sentie moi-même
03:16 être arbre parmi les arbres. Et
03:17 je pense que c'est ça aussi,
03:19 c'est ce que j'ai trouvé
03:20 intéressant dans ce livre. Et je
03:22 pense que c'est ça aussi qui fait
03:23 la poésie. Cette présence, c'est
03:25 comme un précipité de réel au
03:26 fond d'une éprouvette, en fait.
03:28 Et les mots y participent, à ce
03:29 précipité de langage aussi qui
03:31 est là. Et donc, plutôt que de
03:32 raconter, je pense qu'on devient
03:34 à l'intérieur du poème.
03:35 - Super!
03:37 - Merci beaucoup.
03:38 du poème.
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