00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:03Place à votre signature, Europe 1 du mercredi. Bonjour Charlotte Ornelas.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour Olivier, bonjour à tous.
00:09Vous revenez ce matin sur l'affaire de la fusillade d'Aubagne.
00:12Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'affaire,
00:15craignant une appartenance du jeune tireur à la mouvance dite de la True Crime Community.
00:20Qu'est-ce que cela révèle encore cette affaire ?
00:22Je vais être honnête et pardon pour l'heure matinale,
00:24mais cette information conjuguée à un procès qui s'est récemment tenu à Paris
00:28contre un jeune homme de 29 ans, condamné pour torture ou acte de barbarie sur un mineur de 15 ans,
00:33détention d'images pédopornographiques ou corruption de mineurs,
00:36est l'occasion d'une véritable plongée en enfer.
00:39Il n'y a pas d'autre mot pour décrire l'horreur dans laquelle une frange de notre jeunesse,
00:43encore très minoritaire mais inquiétante, est plongée.
00:46Celle d'une attirance pour l'ultra-violence nihiliste, telle que la décrivent les Américains,
00:51déjà habituée au phénomène répertorié comme une menace terroriste intérieure
00:55et qui a généré des centaines d'enquêtes outre-Atlantique.
00:59Beaucoup de Français découvrent sans doute l'existence de ces communautés numériques,
01:02de gamins rancuniers de leur propre malheur, réels ou fantasmés,
01:06malades d'un manque inhumain de relations saines, vides et seuls au point de trouver
01:09dans ce qu'Internet leur offre de pire, des acolytes de circonstances
01:13qui partagent leur mal-être ou l'exploitent abominablement.
01:16C'est la violence, avant toute chose, qui les réunit, les attire, les fascine et les dévore.
01:22La sidération qu'elle provoque mène à l'addiction qui en demande toujours plus.
01:26Sa consommation détruit peu à peu le ressenti, l'empathie,
01:29les émotions qui font parfois si mal à l'adolescence et qu'on peine à gérer.
01:33Ces gamins décrivent tous la même chose, ces horreurs leur font apparemment du bien,
01:37comblent un vide, pensent une blessure.
01:39Ils s'échangent des vidéos de décapitation, d'accident de la route,
01:42de tueries de masse ou de viols d'enfants, et peu à peu, la fascination se transforme en désir.
01:47Ils sont référencés par le renseignement dans des cas idéologiques
01:50qui disent mal leur vraie adhésion, qui s'offre entièrement à la violence pure, nihiliste, démoniaque.
01:56C'est-à-dire, Charlotte, certains ont bien de véritables revendications,
01:59mais ce jeune d'Aubagne, lui, ne semblait pas vraiment en avoir.
02:03La mouvance à laquelle le PNAT rattache ce jeune homme est clairement nihiliste.
02:06Elle réunit des gamins fascinés par les tueries de masse jusqu'à vouloir les reproduire.
02:10Mais d'autres, dans différents dossiers, ont cumulé la fascination pour le nazisme,
02:14l'état islamique, le masculinisme ou la pédocriminalité.
02:18Rien de très cohérent, si ce n'est l'attachement au mal.
02:21A son récent procès, le jeune bourreau dont je vous parlais précédemment,
02:24qui a forcé des gamines à se mutiler ou à se scarifier,
02:27a expliqué avoir approché ses idéologies par attirance pour le gore et l'ultra-violence.
02:31Ce sont ses mots.
02:33Tout ce dont l'humanité est capable de pire devient désirable.
02:36Il y a quelques années, trois jeunes se sont retrouvés devant le tribunal, en France,
02:40camarades virtuels de leur enfer numérique.
02:42L'un préparait HEC mais rêvait de partir faire le djihad en Syrie.
02:46L'autre glorifiait le nazisme.
02:47Et la troisième envisagait de faire sauter une église,
02:50depuis le taudis dans laquelle survivait sa famille.
02:53Rien de très idéologiquement construit,
02:55juste un maquillage de leur attirance pour le pire.
02:57La toute jeune fille avait, elle aussi,
03:00confesser, s'être intéressée à ses idéologies,
03:02je la cite, uniquement pour justifier
03:04ma fascination pour la mort violente.
03:06La mort, le sang, la souffrance,
03:08l'horreur pour se déconnecter de la réalité,
03:10la leur, quitte à passer à l'acte.
03:12Mais qui sont ces jeunes, Charlotte ?
03:13Est-ce qu'il est seulement possible de déceler un profil
03:17permettant de cerner un éventuel passage à l'acte ?
03:20Tout a commencé dans leur récit,
03:21par du harcèlement scolaire, une agression sexuelle
03:24ou même un délire de persécution construit de toute pièce.
03:27Ils s'isolent, se réfugient dans leur chambre
03:29où les adultes les imaginent sans doute en sécurité.
03:31Mais dans les chambres, il y a des écrans
03:33transformés en atroces prédateurs.
03:35On connaît déjà ce triste phénomène,
03:37mais dans cette frange-là,
03:39la colère sans contour devient une immense paranoïa
03:41transformée en haine de la Terre entière.
03:43Si leur vie n'a pas de sens, aucune n'en a.
03:45Et si j'ai mal, tout le monde peut souffrir ou mourir.
03:48Dans les affronumériques,
03:49ils trouvent des groupes, une appartenance, un chef,
03:51un chemin, même s'il est celui du pire.
03:54Ce sont les produits d'un nihilisme plus large,
03:56apparemment moins morbide.
03:57Mais le vide est tel qu'il se remplit de ce qu'il peut
04:00dans un enfer numérique qui fait semblant
04:01d'offrir des relations partout ailleurs affaiblies
04:05ou carrément manquantes.
04:06Ils ne savent pas surmonter une souffrance,
04:09gérer leurs émotions,
04:10accepter une frustration,
04:12intégrer une limite même morale.
04:13Et même marginale, cette frange-là,
04:15qui se développe par contagion,
04:17nous presse à son tour de trouver une réponse
04:19au-delà de l'attention portée à leur consommation numérique en amont
04:22et de la sanction en aval.
04:24Quelle alternative proposons-nous collectivement au vide ?
04:27La vie a-t-elle seulement un sens
04:28que nous soyons capables de transmettre ?
04:30A quoi tenons-nous vraiment ?
04:32Et quels moyens prenons-nous pour les défendre ?
04:34De semaine en semaine, toujours la même question.
04:36Il y a tant de questions.
04:37Les réponses ne sont pas évidentes à formuler.
04:39Merci Charlotte Dornela, signature Europe 1.
04:41Dans un instant,
04:42la revue de presse d'Olivier Delagarde
04:43et Pascal Praud, à tout de suite.