00:00Et on va bientôt savoir combien gagne notre voisin de bureau.
00:03Bonjour Orberger, vous êtes la ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes
00:07et de la lutte contre les discriminations.
00:09Vous présentez demain en Conseil des ministres la loi sur la transparence salariale.
00:13Je vous interroge dans un instant, mais je voudrais d'abord que vous écoutiez ces mots
00:18qui ont été enregistrés sur la caméra d'un policier municipal.
00:25Écoutez.
00:25J'espère que c'est pas un gamin ou quelqu'un qui a l'apercuté par contre.
00:27Non, c'est peut-être un migrant, un petit chiricou, qui vit le coup dans la savane.
00:32Il est percuté, il est venu en France, il est percuté par un véhicule.
00:36Tout à l'heure, on était sur Carnot, du Bicot, du Nègre, du Nègre, du Bicot.
00:41Ça c'est la France, c'est la France.
00:42De l'Afghan, beaucoup d'Afghans.
00:43Bon, le père c'est le père à la base, c'est l'Utiband et Calimus.
00:47Cro-Magnon, ça marchait comme ça.
00:49Nègre, bougnoule, connasse, voilà certains des propos, outre ce que vous venez d'entendre,
00:54prononcé par un policier municipal de Carcassonne, membre par ailleurs du service d'ordre du Rassemblement National,
01:00enregistré à son insu par sa propre caméra piéton.
01:03C'est une vidéo de 5 minutes qui a été diffusée par nos confrères du journal Midi Libre.
01:07Votre réaction ?
01:08Ce sont des propos qui sont absolument inacceptables, il n'y a aucune liberté d'expression quand on parle de
01:12racisme, c'est un délit.
01:14Une enquête judiciaire va pouvoir être ouverte, j'espère qu'il sera immédiatement suspendu par la mairie de Carcassonne de
01:19ses fonctions,
01:20immédiatement exclu du Rassemblement National s'il a été confirmé qu'il en était membre.
01:24Mais au-delà du cas personnel et insupportable, parce qu'en plus c'est quelqu'un qui a des fonctions
01:29particulières.
01:30Quand on est policier municipal, on est là pour faire aussi respecter l'ordre public et faire respecter la loi.
01:36Alors même qu'il est en fonction.
01:38Mais on voit que dans notre pays, et malheureusement j'ai eu à réagir un certain nombre de fois cet
01:43été,
01:43on a une libération de la parole raciste, on a une explosion des actes antisémites,
01:49et qu'il faut rappeler, puisque vraisemblablement ça n'est pas une évidence pour tout le monde,
01:53que ça ne relève jamais de la liberté d'expression, que ce sont des délits.
01:57Et c'est la raison pour laquelle d'ailleurs j'ai souhaité, et on examinera le projet de loi que
02:00j'ai présenté en juillet dans les prochaines semaines,
02:03aggraver aussi les sanctions, parce qu'on se retrouve dans cette atmosphère aujourd'hui
02:08qui devient irrespirable pour beaucoup de Français,
02:10qui en viennent à penser que finalement, est-ce qu'ils ont encore une place dans leur pays,
02:14dans notre pays en France, si en permanence on les ramène à une part d'eux-mêmes,
02:18à leur origine, à leur couleur de peau, à leur identité, à leur religion.
02:21Et cette atmosphère, elle est engendrée aussi par le climat politique,
02:25on est en pré-campagne ou en campagne présidentielle, je ne sais pas comment il faut le dire,
02:29il ne faudrait pas que cette campagne présidentielle devienne ça.
02:31Est-ce que ça veut dire qu'à vos yeux, les partis différents,
02:35là en l'occurrence c'est quelqu'un qui semble-t-il, d'après nos confrères du Midi Libre,
02:40proche, voire même engagé au sein du Rassemblement National,
02:44est-ce qu'aujourd'hui, vous estimez que la campagne présidentielle crispe sur ces identités,
02:51sur la question de l'origine des uns et des autres ?
02:52En tout cas, on l'a déjà vu à l'œuvre en 2024, c'est-à-dire post-dissolution, élection
02:56législative,
02:57et on a vu le niveau d'angoisse que ça faisait naître chez beaucoup de Français,
03:01et on a vu un certain nombre de candidats du Rassemblement National
03:04qui ont dû être au dernier moment désinvestis,
03:08parce que des propos antisémites ici, des propos homophobes là, des propos racistes,
03:13ça n'est jamais anodin, donc soit c'est de l'incompétence parce qu'on ne sait pas
03:16qui ont investi et qui ont choisi, soit c'est un choix délibéré
03:19parce qu'il y a une histoire avec laquelle ce parti a grandi
03:23et vraisemblablement avec laquelle il n'a toujours pas rompu.
03:25Aurore Berger, vous êtes prête à baisser votre salaire ?
03:29Alors, c'est la question, c'est la transparence salariale.
03:32C'est à la fois la transparence salariale, mais c'est aussi parce que le Premier ministre
03:37réfléchit, semble-t-il, à une baisse des indemnités des membres du gouvernement
03:41et de leurs collaborateurs dans le cadre de la recherche de sous pour le budget ?
03:45Écoutez, s'il y a un arbitrage qui est pris, on s'y conformera évidemment toutes et tous.
03:50Ce qui compte en effet, c'est qu'on puisse présenter un budget
03:52et qu'on ait surtout un budget pour le pays évidemment.
03:55Et je crois qu'il y a des efforts qui seront à être partagés.
03:58Et le premier des efforts, il sera fait par l'État de toute façon
04:01sur la question des économies budgétaires.
04:02La transparence salariale, c'est une directive européenne que vous allez transposer en France
04:07et transposer même sur-transposée, comme on dit, c'est-à-dire avec davantage de zèle.
04:12Il faudra connaître désormais le salaire moyen de tous les collègues.
04:15Une entreprise devra les donner.
04:18Pourquoi aller si loin et en même temps avoir quand même attendu jusqu'à présent ?
04:23Alors, il n'y a pas un excès de zèle.
04:25Encore une fois, je pense qu'on ne doit pas avoir peur de la transparence.
04:27Ce dont on devrait avoir peur, c'est l'arbitraire.
04:29C'est l'arbitraire qui crée à un moment le doute, les suspicions.
04:32Et aujourd'hui, il se passe quoi ?
04:33Il se passe qu'on a 14% d'écart entre les revenus des hommes et les revenus des femmes
04:37quand on est sur la même durée du temps de travail.
04:39Mais on n'est pas sur du poste égal, mais ça c'est une moyenne.
04:43Et on est sur 3,6% d'écart.
04:45Là, quand on compare vraiment à poste égal, travail égal.
04:50Et donc on a ces 3,6% d'écart inexpliqués.
04:53Et ça veut dire quoi ?
04:54Ça veut dire moins de pouvoir d'achat immédiatement.
04:56Ça veut dire moins de constitution de patrimoine tout au long de la vie.
04:58Ça veut dire moins de droits à la retraite aussi en fin de carrière.
05:01Donc l'objectif de cette directive, c'est de garantir encore une fois
05:05qu'il y ait plus de transparence, qu'il y ait plus d'équité, qu'il y ait plus d
05:08'égalité.
05:09On n'est pas là pour fliquer, on n'est pas là pour le soupçon.
05:11Vous ne saurez pas combien votre voisin de bureau est rémunéré.
05:15Il y aura une moyenne sur des postes équivalents.
05:18Il y a deux points sur l'efficacité de ces points.
05:22Un, alors le paradoxe c'est qu'on surtranspose, mais que de l'autre côté,
05:24il n'y a pas de sanctions finalement pour les entreprises qui respectent.
05:27Alors si, il y a des sanctions qui seront mises en place.
05:30Alors ça, c'est si vous ne communiquez pas du tout les chiffres.
05:33Mais globalement, il n'y aura pas beaucoup de sanctions.
05:35Et puis deux, est-ce que le problème, ce n'est pas celui des trajectoires de carrière
05:38pour les femmes qui sont handicapantes, plutôt que celui vraiment du salaire ?
05:42Il y a plusieurs sujets, le temps partiel.
05:44Aujourd'hui, le travail à temps partiel, c'est majoritairement des femmes.
05:48C'est plus de 75% de femmes qui sont concernées.
05:52Ça, c'est le premier point.
05:53Deuxième point, c'est les filières.
05:54C'est-à-dire, elles vont dans des filières qui aujourd'hui sont moins rémunératrices
05:57et qui pourtant sont absolument essentielles et vitales pour l'avenir du pays.
06:01Les filières du soin et du lien notamment.
06:03Donc c'est un enjeu aussi de mixité.
06:04C'est la question de la parentalité.
06:06Pourquoi je me suis beaucoup battue sur les congés parentaux,
06:09sur la création d'un congé de naissance ?
06:10Parce qu'aujourd'hui, en fait, quand on devient maire,
06:13on est pénalisé dans sa carrière.
06:14Quand on devient père, on est valorisé dans sa carrière.
06:16Et ça, ce n'est pas une vue de l'esprit.
06:18Ça, c'est ce que nous disent les chiffres de manière très concrète
06:20avec une baisse de rémunération, des coupures aussi dans la carrière.
06:24Et encore une fois, on a beaucoup parlé de la question des retraites.
06:27Mais les retraites, ce n'est jamais que le reflet de la carrière que vous avez eue ou non.
06:31Donc il n'y a pas de surtransposition.
06:32On ne fait pas plus.
06:34Par contre, ce qu'on a dit, c'est qu'on ne ferait pas moins
06:36que ce qui existait déjà dans le droit français.
06:38On avait un d'index égalité professionnelle.
06:40Année après année, ça a permis d'augmenter justement
06:43les rémunérations des femmes et de réduire l'écart
06:46entre les rémunérations des femmes et les rémunérations des hommes.
06:49Et donc, évidemment, on veut continuer sur cette trajectoire.
06:51Or, Berger, une dernière question.
06:53La tour Eiffel, des femmes mises à l'écart,
06:55cachées derrière des piliers ou dans des salles à l'écart
06:58lors d'une visite de religieux hindous.
07:01Est-ce qu'il faudra des sanctions ?
07:02Est-ce que l'enquête suffit ?
07:04Alors, je pense qu'il faut évidemment des sanctions.
07:05Et je pense surtout que l'argent n'achète pas tout.
07:07et que vouloir privatiser la tour Eiffel
07:10est peut-être possible parce que c'est très lucratif.
07:12Mais ça ne devrait pas, en effet,
07:14acheter la possibilité de choisir
07:16celles et ceux qui vous accueillent.
07:16Alors, je vous demande pardon, mais semble-t-il
07:18que la tour Eiffel n'avait même pas été privatisée.
07:21C'est-à-dire que c'est une visite privée au sens
07:22où ça a été juste avant l'horaire d'ouverture.
07:25Mais d'après les informations qu'on a hier,
07:27ils ont eu l'accès à conditionner le fait
07:31qu'ils ne souhaitaient pas être inconnus par défaut.
07:33Si on parle d'argent, en l'occurrence,
07:34ils ont investi par ailleurs une vingtaine de millions d'euros
07:37pour monter un temple hindou en région parisienne.
07:41Dans ce cadre-là, ils ont été accompagnés par une délégation
07:43avec y compris la présidente de la région Île-de-France.
07:45Mais ils n'avaient pas privatisé,
07:47ils n'avaient pas payé pour la tour Eiffel.
07:49Quand bien même.
07:49C'est-à-dire que de toute façon, l'argent n'achète pas tout
07:51et certainement pas le droit d'effacer les femmes.
07:53Et dans notre pays,
07:54personne n'a le droit d'effacer les femmes de l'espace public.
07:56Et c'est une vraie préoccupation qui existe d'ailleurs en France,
07:59dans beaucoup trop d'endroits,
08:00de se dire que les femmes pourraient être soustraites de l'espace public.
08:04Et en l'occurrence, c'est vraisemblablement ce qui s'est passé.
08:06C'est ce que des salariés de la tour Eiffel ont eu à vivre.
08:08Il y a des enquêtes qui vont être mises en place,
08:12à la fois des enquêtes internes.
08:13Et j'espère qu'il y aura des sanctions exemplaires qui en seront tirées.
08:16Merci Aurore Berger, ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes
08:20et de la lutte contre les discriminations.
08:22Merci à vous.