00:008h44 sur BFM Business AMC Live, canal 25, c'est d'heure donc du débat, Emmanuel Lechypre, Edwige Chevrillon.
00:06La REF s'ouvre ce matin à Roland-Garros, placée cette année sous le signe du courage.
00:10À quelques mois de la présidentielle, tous les politiques vont défiler, débattre ensemble demain.
00:15Opération séduction donc, et les sujets sont nombreux.
00:17Après cette étude du MEDEF montrant la crise de confiance, le sentiment de ne pas être entendu, les problèmes de
00:22fiscalité.
00:23Alors Edwige Chevrillon, les politiques sont-ils écoutés et surtout entendus ?
00:28Oui, enfin, la question qu'on peut se poser c'est, est-ce que les politiques font toujours rêver les
00:33patrons ?
00:34A priori on dirait non quand on les écoute sur tous les plateaux, quand on regarde les sondages.
00:38Mais en fait j'ai envie de dire oui.
00:40Regardez, on prend l'exemple de la REF qui s'ouvre.
00:42Elle va se clôturer demain par ce fameux débat avec tous les candidats, enfin une grande partie des candidats à
00:48l'élection présidentielle.
00:50C'est la seule chose dont on parle.
00:51On aurait pu imaginer pour que ce rendez-vous des entrepreneurs de France,
00:55on aurait pu parler, je ne sais pas, d'avoir des grands patrons, avoir des débats, des propositions très fortes.
01:01Voilà ce qu'on veut, voilà comment on va réindustrialiser la France.
01:04Non, on ne parle que de quoi ? De ce débat des politiques.
01:07Parce qu'en fait il y a une sorte de relation incesteuse entre les patrons et les politiques.
01:13Alors il faut dire qu'il y a le fameux dossier des aides aux entreprises.
01:17Que ce soit 200 milliards selon le rapport du Sénat, 187 milliards selon le Haut-Commissariat Clément Beaune,
01:25ou 100 milliards pour d'autres.
01:27Bref, un montant très considérable qui montre qu'en fait elles sont sous perfusion.
01:32Alors après elles vous disent mais on ne peut pas s'en passer.
01:35Oui, ok, mais il faudrait quand même à un moment qu'on essaye de couper ce lien,
01:41ce cordon ombilical qui existe entre l'État français et les entreprises.
01:46À un moment, au moment où il y avait justement ce débat autour des aides aux entreprises,
01:51le MEDEF a dit, écoutez, ok, on est d'accord au grand renoncement.
01:55En échange de quoi ? Vous baissez les impôts, les cotisations sociales, etc.
01:59qui sont énormes, on est bien d'accord.
02:01Et puis depuis, rien n'a été fait.
02:03On aurait pu imaginer que ce soit un thème demain à l'occasion de cette rêve.
02:07Mais pas du tout.
02:08Alors, bon, la décharge des entreprises, c'est que dans un pays totalement suradministré,
02:12que vous allez dépendre de tout, que ce soit pour la recherche, les crédits de recherche,
02:17pour l'apprentissage, pour tout, elles dépendent de l'État.
02:20Donc en fait, oui, ça fait toujours rêver les politiques,
02:24même s'ils sont 82% à estimer que le président de la République,
02:28le futur président de la République ne fera rien.
02:30Ils sont très pessimistes effectivement, ça c'est la dernière étude.
02:32Donc Emmanuel, il faut rêver les politiques ?
02:33Il faut que les patrons arrêtent de jouer les midinettes en espérant se faire séduire par un homme politique.
02:38Ce n'est pas du tout le but.
02:39Le but, c'est qu'ils doivent, au contraire, imposer au patron un rapport de force
02:45qui va permettre finalement de mener des politiques qui vont dans leur sens.
02:49Moi, je trouve que le MEDEF, il n'est pas assez incisif.
02:51Il n'est pas assez...
02:52Quand on dit c'est le courage qui est le maître mot de cette rêve,
02:56il faut que le MEDEF...
02:57Ça pourrait être courage fuyant les politiques.
02:59Bah oui, et puis le MEDEF, il doit se l'appliquer d'abord à lui-même, ce courage.
03:03Sur ce ou le chaos, c'est ce qu'il dit ce matin Patrick Martin à la Une du Parisien.
03:06Oui, mais ce qui est quand même frappant, c'est que quand vous regardez finalement cette enquête
03:10qu'on nous présente comme étant une enquête d'une ampleur sans précédent,
03:13les réponses des dirigeants, vous auriez pu les faire sans faire cette enquête massive
03:17puisqu'on vous dit qu'ils veulent moins de fiscalité et moins de charges,
03:20qu'ils veulent réindustrialiser la France, qu'ils veulent des normes et des procédures administratives plus simples,
03:24qu'ils veulent stabiliser les règles sociales, etc.
03:27Quand vous reprenez le carte sur table, qui est le fameux rapport que sort le MEDEF de 2017,
03:32il y a 10 ans, c'était exactement les mêmes revendications.
03:35Et pourtant, on ne peut pas dire que depuis, même depuis la deuxième moitié du mandat de François Hollande
03:40et sous Emmanuel Macron, il n'y a pas des choses qui ont été faites en faveur des entreprises.
03:46Donc on a l'impression que finalement, ils réclament toujours les mêmes choses, les patrons,
03:50alors qu'en fait, ils ont quand même obtenu beaucoup et que beaucoup a été fait.
03:54Alors oui, il y a encore des gros boulets qui pèsent autour de leurs pieds,
03:59et je pense notamment aux impôts de production, donc ça c'est un thème dont il va falloir qu'ils
04:02ne s'en parlent.
04:02Il y a la suradministration.
04:03Et puis je pense surtout qu'il va falloir, oui mais ça ce n'est pas leur boulot,
04:06ce n'est pas leur boulot, il ne faut pas qu'ils se mêlent des affaires de l'État.
04:08Moi je pense qu'il faut qu'ils défendent leurs intérêts, qu'il faut qu'ils fassent comprendre,
04:11ils ont une chance incroyable, c'est que les Français considèrent que les plus crédibles
04:15pour redresser la situation économique du pays, c'est les entreprises.
04:18Eh bien qu'ils s'en servent, qu'ils fassent de la pédagogie.
04:21C'est vrai qu'on s'est arrêté un peu à la moitié du chemin sur la baisse des impôts,
04:23la CVS, la C3S.
04:25Alors là-dessus, effectivement, donc ça pour moi c'est le sujet principal.
04:28Honnêtement sur le coût du travail, oui il y a encore des écarts.
04:31Oui mais on voit bien qu'ils ne peuvent pas, ils s'adressent toujours au gouvernement,
04:35ils s'adressent toujours aux ministres, ils s'adressent toujours aux politiciens.
04:39Oui mais Edwige, peser dans la campagne,
04:40ce n'est pas juste auditionner les candidats à la présidentielle
04:44pour leur exprimer les désirs d'État.
04:46Moi je pense qu'il faut qu'il y ait des gros efforts, il faut qu'il y ait un
04:48rapport de force.
04:49Si vous ne faites pas ça, on n'investit plus.
04:51Moi ce que j'attends du Medef, c'est qu'ils nous disent,
04:54cette année par exemple, on n'a pas créé, on n'a pas investi tant de milliards,
04:58on n'a pas créé tant de dizaines de milliers d'emplois,
05:00qu'ils aient un impact sur la vie économique.
05:03Il n'y va pas assez fort Patrick Martin, Edwige Chevriand ?
05:05Non, moi je pense qu'il faut qu'effectivement il a un rapport de force,
05:08là-dessus je suis d'accord avec Emma Deluchy.
05:09Ce qu'il y a c'est que, en fait, les entreprises,
05:12même au moment du Covid, c'était frappant,
05:14on voyait les entreprises, elles dépendaient complètement de l'État.
05:17Il y a un moment, à la sortie du Covid,
05:19j'ai posé la question à un chef d'entreprise,
05:22je lui disais mais profitez-en,
05:23et le gouvernement on ne sait plus où il est, tout le monde est perdu,
05:25allez-y, négociez directement avec les syndicats,
05:29essayez de faire avancer.
05:31Ah mais non, on attend le ministre.
05:32J'avais envie de dire, pourquoi vous attendez le ministre ?
05:34Donc il y a toujours cette logique-là,
05:37et ils ont du mal quand même à en sortir.
05:39Il faut dire quand même que le poids de l'État en France est tel,
05:43vous prenez la commande publique.
05:44La commande publique, c'est à peu près 20%.
05:46C'est très important pour les petites entreprises.
05:50C'est là la différence entre les grandes entreprises,
05:52qui elles peuvent dire, faire un petit bras d'honneur.
05:55Et certains ne manquent pas de le faire,
05:56quand on voit les grands patrons,
05:57que ce soit Bernard Arnault ou Patrick Pouillanet.
05:59Mais vous croyez que les entreprises,
06:00elles attendent beaucoup de l'État aujourd'hui ?
06:02Elles attendent presque tout de l'État.
06:05Mais c'est ça qu'il faudrait essayer d'avoir,
06:08de faire une force d'opposition.
06:10Ils n'arrivent pas à faire cette force d'opposition.
06:12– Écoutez, merci à tous les deux.
06:15Emmanuel Lechypre et Edwige Chevrillon pour ce débat
06:19consacré à l'AREF et aux politiques et aux patrons
06:21qui vont se retrouver dès demain.
06:24Pour ce grand débat, il y aura au moins sept candidats
06:26à l'élection présidentielle déclarés
06:28qui seront sur le…
06:30– Et puis il faudra leur donner les volets
06:32tout au long de l'année.
06:33– Voilà, exactement.
06:34– Faire des propositions,
06:35suivre l'évolution des propositions des candidats,
06:39montrer leurs effets, les faces et tout.
06:41– Et ne pas oublier que la production de richesses,
06:42c'est que les patrons qui le font.
06:43Enfin, c'est que, pas les patrons, c'est les salariés aussi.
06:45Mais c'est les entreprises.
06:47Donc tout dépend des entreprises.
06:48– Voilà, merci à tous les deux en tout cas.
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