- il y a 14 heures
Marschall Truchot, du lundi au jeudi de 17h à 19h avec Olivier Truchot & Alain Marschall. Deux heures pour faire un tour complet de l’actualité en présence d’invités pour expliquer et débattre sur les grands sujets qui ont marqué la journée.
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00:00On va maintenant revenir sur, et ça c'est le fait de l'été quand même,
00:04ce sont les attaques des pirates contre les sites d'administration, d'administration française.
00:10Alors on a la DGFIP, ce sont les finances publiques, c'est le fisc,
00:13on a pris des données individuelles, on a pris aussi les cadastres, on a pris les successions,
00:18il y a l'éducation nationale aussi, on a les attaques aussi qui ont lieu contre l'agence nationale des
00:26titres sécurisés.
00:27Bref, ça fait beaucoup, d'ailleurs on va regarder ça avec vous Valentin Demey,
00:30la France est l'un des pays les plus ciblés par les hackers, comment est-ce qu'on peut l
00:34'expliquer alors ?
00:35Effectivement Alain, la France est même le pays européen qui fait le plus grand nombre d'attaques,
00:39c'est ce qu'affirme l'entreprise de sécurité Surfshack, qui fait le plus grand nombre d'objets bien sûr
00:43d'attaques.
00:43Selon son étude 83, 43,4 millions de comptes ont été compromis au premier semestre 2026,
00:49c'est une hausse de plus de 62% par rapport au deuxième semestre 2025.
00:53Au niveau mondial, vous le voyez, seuls les Etats-Unis font pire.
00:56Alors pourquoi la France est-elle autant visée ?
00:59Les spécialistes du secteur avancent plusieurs hypothèses.
01:01D'abord, les services de l'Etat français sont fortement digitalisés,
01:05il y a donc plus de données à pirater et l'intérêt financier pour les hackers est donc plus important.
01:10Enfin, l'accroissement des nouvelles technologies expose aussi davantage les publics non avertis,
01:14comme par exemple certaines personnes âgées Alain.
01:17Alors le profil des pirates lui est intéressant aussi.
01:19Oui, selon une analyse des services de police consultés par nos confrères de l'AFP,
01:23les hackers sont majoritairement des hommes, souvent mineurs, leur âge moyen est de 17 ans,
01:28qui résident en France et sont motivés soit par l'appât du gain, soit par la notoriété.
01:32Face à ces piratages à répétition, le premier ministre Sébastien Lecornu tape du poing sur la table aujourd'hui.
01:38Dans une lettre envoyée au secrétaire général de la Défense et de la Sécurité Nationale,
01:41il écrit « Il y a urgence à concevoir et conduire sans délai une réponse opérationnelle plus réactive et plus
01:47forte aux cyberattaques ».
01:49Il lui demande de créer une nouvelle unité spécialisée dans la cyberdéfense.
01:52Alors on va voir le volet politique dans un instant,
01:54mais à l'instant Valentin Demé nous disait que le profil de ces pirates informatiques,
01:58ce qu'on appelle les hackers, est un profil plutôt jeune.
02:00Justement, ceux qui font parler d'eux en ce moment, c'est Zero Bytes, Alexandra Gonzales,
02:05et le service police-justice de BFM TV a pu entrer en contact avec eux assez facilement apparemment.
02:10Oui, il y a une messagerie chiffrée et assez facilement parce qu'ils s'expriment sur les réseaux sociaux
02:16et ils donnent donc le compte avec lequel on peut les contacter sur cette messagerie chiffrée.
02:21C'est mon collègue Paul Conge en l'occurrence qui a pu parler avec l'un des deux membres de
02:26ce duo
02:26qui revendique l'attaque depuis le 12 août dernier maintenant,
02:30donc à la fois l'attaque sur le site des impôts mais aussi sur le site du ministère de l
02:35'Éducation Nationale.
02:36Et il ne regrette rien, c'est peu de le dire, il explique que le service était mal sécurisé, voilà
02:45tout.
02:46Il explique que sa motivation c'est de vendre au plus offrant.
02:50Ils n'ont pas de fixé de tarifs à l'avance, je vois avec les clients directement,
02:55voilà ce qu'il explique à mon collègue.
02:57Il clame avoir déjà vendu ses données plusieurs dizaines de milliers d'euros
03:01et ils ne souhaitent pas en dire plus sur qui ils sont, on sait tout juste qu'ils sont de
03:06nationalité française.
03:08Ils n'ont pas voulu répondre par appel, c'était uniquement par écrit,
03:12ils ne veulent pas faire entendre leur voix mais dans la façon dont ils rédigent leurs mots, leurs phrases,
03:18à la fois sur les réseaux sociaux mais aussi sur les messages avec lesquels on a pu échanger,
03:22on sent qu'ils sont assez jeunes.
03:23Je rappelle que le pirate de l'Agence Nationale des Titres Sécurisés, il avait 15 ans quand il a été
03:29interpellé.
03:29C'était un ado.
03:30Il y a un enquêteur qui me disait avant-hier au téléphone, qui travaille sur la cybercriminalité,
03:35qui me disait, vous savez, le cliché du geek isolé dans sa chambre et qui a papa, maman dans la
03:41pièce d'à côté,
03:42qui découvre du jour au lendemain quand les gendarmes viennent sonner à la porte que leur fils est en train
03:46de pirater ça,
03:48et bien il me disait, ce cliché, il existe, il est déjà tombé sur des profils de la sarde,
03:52même si ce n'est pas le sens, il me disait qu'il y a aussi des hackers qui sont
03:55très bien insérés socialement,
03:57qui sont adultes, qui ont des vies tout à fait classiques, des emplois tout à fait classiques
04:00et qui mènent aussi ces actions illégales en parallèle.
04:04Mais une chose à propos de Zero Bytes, c'est-à-dire qu'en fait, ils friment un peu.
04:10Complètement.
04:11Ils sont contents qu'on parle d'eux via leur pseudo et ils sont en train de pousser le curseur
04:16un peu loin.
04:16Ils tomberont, ils se feront arrêter, c'est une certitude.
04:19Mais là, en fait, ils nous ont dit, c'est qu'un début, on continue.
04:22Oui, ils n'ont pas du tout l'intention de s'arrêter.
04:23Quand on regarde d'ailleurs sur X, ce qu'ils répondent aux différents internautes qui les interpellent,
04:30oui, ils font preuve d'une forme d'impunité totale, ils en rigolent, ils se moquent des services de l
04:36'État,
04:36ils se moquent de ceux qui leur reprochent de siphonner les données des Français
04:40plutôt que de s'attaquer vraiment à d'autres personnes que des particuliers
04:45qui vont en réalité se faire escroquer à cause de ce piratage, à cause de ce hacking.
04:50Et ça peut aller très loin, ça peut aller jusqu'à de l'extorsion de fonds, du kidnapping.
04:55Donc, les conséquences réelles sont extrêmement graves derrière ces actes
05:00qu'eux revendiquent avec le sourire, avec des émoticônes sur les réseaux sociaux
05:04et avec une légèreté complètement déplacée par rapport à la gravité des...
05:07Ils peuvent être poursuivis pourquoi et qu'est-ce qu'ils risquent alors ?
05:09Alors, ils risquent jusqu'à 10 ans de prison pour ce qu'ils sont en train de faire.
05:16Les enquêteurs qui travaillent sur ce genre de cybercriminalité ont des moyens
05:22à la fois pour contourner l'anonymat et aussi pour pouvoir interpeller
05:28lorsque les personnes sont à l'étranger.
05:30Il y a des coopérations qui se font avec l'international,
05:33mais évidemment, ce sont des freins.
05:35À la fois l'anonymat, mais aussi la localisation à l'étranger de certains hackers,
05:39ce sont des freins pour qu'il y ait ensuite des poursuites judiciaires,
05:42mais ça ne signifie pas qu'il n'y en a pas du tout.
05:44Il n'y a pas d'impunité totale.
05:47Il y a parfois des condamnations en justice et très lourdes.
05:49Nous sommes avec Sandra Demarque, secrétaire générale du syndicat solidaire finance publique.
05:54Bonsoir Madame Demarque.
05:55Merci d'être là.
05:56Dans les articles qui sont sortis sur le piratage de la DGFIP,
06:00j'ai lu un de vos collègues syndicalistes qui disait
06:02« En fait, notre taux de sécurité informatique,
06:06on doit renouveler le matériel, etc.,
06:09il n'est que de 51 ou 52 %, c'est vrai ? »
06:12C'est exact.
06:12On a, et c'est connu depuis un certain nombre d'années déjà,
06:16parce qu'il y a eu des rapports de la Cour des comptes,
06:18des rapports aussi de l'Inspection générale des finances,
06:22qui a mis en lumière une dette technique de la DGFIP extrêmement importante.
06:27Qu'est-ce que vous appelez de dette technique ?
06:28Eh bien, c'est l'ancienneté, en fait, de notre matériel informatique
06:32et de notre système informatique, qui date d'un certain nombre d'années.
06:36Et ça met des failles.
06:39Et par ailleurs, les budgets qui ont été donnés pour notre informatique,
06:46en fait, ont été donnés essentiellement pour développer l'intelligence artificielle,
06:51pour développer la numérisation, la dématérialisation,
06:56mais en aucun cas pour prioriser la cybersécurité
07:01et pour prioriser la résorption de la dette technique.
07:05D'accord, mais ça veut dire que c'est lent ?
07:07C'est long, c'est lent, c'est l'administration au mauvais sens du terme ?
07:11Mais ce n'est pas une critique.
07:12Non, non.
07:12C'est simplement de dire, enfin, si, c'est une critique,
07:14mais c'est de dire que ça prend du temps,
07:16tout le moment où on demande le renouvellement du matériel.
07:18C'est l'État, en fait.
07:20C'est l'État.
07:21C'est les politiques et c'est les choix politiques,
07:26les choix budgétaires de l'État depuis un certain nombre d'années.
07:30Et la priorité de l'État, les budgets de l'État,
07:34qui ont eu de cesse d'être amoindris,
07:39les priorités n'ont pas été de sécuriser l'État.
07:42Alors là, on voit les conséquences pour la DGF.
07:44Donc ça ne vous étonne pas, finalement, ce piratage ?
07:46Alors, ça ne nous étonne pas, mais ça nous rend extrêmement furieux.
07:52Ah oui, parce que c'est vous qui êtes pointé du doigt.
07:54Puisque nous sommes montrés du doigt,
07:56nous, les agentes et les agents des finances publiques,
07:58nous, notre administration.
07:59Et là, pour tout vous dire,
08:01on a mal à notre direction générale des finances publiques.
08:04On est aujourd'hui insultés, menacés.
08:07Qui s'occupe de la sécurité ?
08:08Est-ce que vous savez, vous, en tant qu'agent de la finance publique,
08:11où se trouve la sécurité ?
08:13On a une centaine d'agents en interne qui s'occupent de la sécurité.
08:18Sur une administration 2.0 depuis des années dématérialisées,
08:23avec un réseau informatique extrêmement lourd et extrêmement ancien,
08:28par ailleurs, 100 personnes pour sécuriser notre système informatique,
08:34c'est évidemment pas suffisant.
08:37Et ça, c'est aussi le résultat des baisses d'effectifs année après année,
08:41où nos services informatiques aujourd'hui à la DGFIL,
08:44mais partout dans les administrations de l'État,
08:48n'ont pas été à la hauteur.
08:49Et on a aussi supprimé des postes d'informaticiens
08:53à la direction générale des finances publiques.
08:55Mais Marouane Ouara, on vous voit sur les plateaux, vous connaissez,
08:57vous êtes un ancien hacker, vous êtes devenu expert en cybersécurité.
09:01C'est une question d'effectifs ?
09:03C'est une question de matériel ?
09:04C'est une question de logiciel mental de priorisation ?
09:08Moi, je pense plutôt que c'est une question de priorisation.
09:10C'est-à-dire qu'ils ont communiqué d'ailleurs sur ça à la DGFIL,
09:13c'est qu'il n'y a pas eu assez de moyens humains débloqués
09:18sur des problématiques très peu complexes.
09:21Ils ont simplement mobilisé tout leur savoir et leurs compétences
09:24sur des problématiques complexes,
09:25ce qui a eu pour conséquence de délaisser,
09:28et de laisser exposer et vieillissant les failles béantes
09:32et le matériel des finances publiques.
09:35Mais c'est quoi le matériel qui n'est plus adapté ?
09:38Ça veut dire quoi ?
09:39Là, on parle tout simplement de formation en interne, par exemple.
09:42Tout simplement apprendre aux agents des finances publiques
09:44à ne pas ramasser de clés USB dehors
09:45et à ne pas les brancher sur leur ordinateur, par exemple.
09:47– On ne peut pas, excusez-moi, mais ça, on ne peut pas.
09:49– Très bien.
09:50– Le VPN est bloqué, nous n'avons pas la possibilité
09:53de mettre des clés USB dans nos ordinateurs.
09:55– Dans ce cas-là, il faut nous expliquer
09:56pourquoi est-ce que c'est un VPN des finances publiques
09:59qui s'est connecté sur…
10:01– Qui a été compromis.
10:02– Qui a été compromis et qui a fait l'exfiltration de données.
10:04– Donc ça veut dire que c'est une erreur
10:06qui a été commise par un agent ?
10:07– Ça veut dire qu'il y a un agent
10:08ou du moins les informations d'identification d'un agent
10:12ont été usurpées par les cyberattaquants.
10:13– Oui.
10:14– Et ce qui permet en général ce type d'usurpation d'identifiant,
10:18c'est les erreurs humaines, tout simplement.
10:20Que ce soit de ramasser une clé USB ou une autre,
10:22cliquer sur un lien, télécharger une pièce jointe, etc.
10:25– Il y a un mail compromis, quoi, c'est ça ?
10:26– Totalement.
10:27– Vous avez un bon filtre sur les mails qui arrivent chez vous ?
10:30Parce que ça peut être aussi, on ouvre peut-être une boîte mail personnelle
10:33à côté de la boîte mail professionnelle, on l'utilise ?
10:35– Ça peut être tout à fait ça, ça peut être le fait de se connecter à la maison
10:38sur le VPN du travail pour travailler de la maison, par exemple, aussi.
10:41Il peut y avoir énormément de failles
10:43et ces failles sont principales.
10:44– Sans que la personne le sache forcément, d'ailleurs.
10:46– Ce n'est pas volontaire.
10:47C'est la compromission des identifiants et des mots de passe,
10:52parce que c'est comme ça qu'il est rentré dans notre système,
10:54en compromettant un identifiant et un mot de passe d'un agent
10:59ou de même plusieurs d'agents ou d'agentes des finances publiques.
11:02ça, ce n'est pas de la faute de l'agente et de l'agent.
11:09C'est que là, on a eu une attaque précise, d'un acte malveillant
11:13pour justement s'introduire dans notre système.
11:16Et là, la question aussi, elle est aussi cruciale aujourd'hui,
11:19c'est, nous, qu'on pose, c'est comment la direction générale
11:24n'a pas pu détecter cette intrusion au mois de juin.
11:28Quand il y a eu l'intrusion qui a été faite au mois de juin,
11:30ils ont coupé l'accès du cybercriminel,
11:33mais ils n'ont pas détecté l'extraction de données.
11:37– Il a pu continuer de faire ses extractions.
11:40– Comment ça se fait ?
11:40– En fait, ZeroBytes revendiquait justement sur son compte Twitter
11:43qu'ils avaient été détectés par les finances publiques
11:46et que malheureusement, rien n'avait été fait.
11:48– Ça n'a pas été coupé.
11:49– Il n'y a rien qui n'avait été coupé,
11:50l'exfiltration a quand même pu avoir lieu,
11:52alors que pourtant, ils avaient été détectés pendant le processus.
11:55Donc là, finalement, on se demande réellement
11:56pourquoi est-ce que les choses ont été laissées jusqu'à vous ?
12:00– Ça veut dire quoi ?
12:01– On peut se demander où est la malveillance.
12:03On a un État qui nous demande d'être des champions,
12:06et je sais que Marouane t'est d'accord avec moi,
12:08on nous demande d'être des champions de l'hygiène numérique.
12:11Donc on nous met nos affichettes, on en a déjà parlé.
12:14Et en fait, aujourd'hui, l'État n'est lui-même pas un champion de l'hygiène numérique.
12:19Donc rien n'est fait, on n'a pas de double authentification nulle part,
12:22dans aucune institution.
12:23On se demande, nous, en cybersécurité,
12:26et toute la communauté m'a envoyé en plateau,
12:28m'a envoyé cette question en disant,
12:31mais demande pourquoi on n'a pas la double authentification ?
12:33C'est déjà un premier point.
12:35Ensuite, pourquoi on ne forme pas ?
12:36Ensuite, pourquoi on ne corrige pas ?
12:38Ensuite, pourquoi on ne teste pas ?
12:40Donc déjà, on a, je pense, quatre verbes extrêmement importants.
12:44– C'est vrai ça ?
12:44– Donc pourquoi on laisse faire à qui profite le crime ?
12:47Moi, je ne sais pas, je ne suis pas là pour désigner.
12:50Mais pourquoi ? On a une fuite de données, on n'isole pas et on ne stoppe pas.
12:54Donc aujourd'hui, on a un premier ministre qui tape du poing sur la table.
12:57– Ah ben, je vais vous montrer.
12:59– Il avait à choisir entre les incendies et la cybersécurité.
13:01– Regardez la manière dont, justement, Sébastien Lecornu tape du poing sur la table.
13:04Parce qu'il en a un peu assez, si vous voulez, que son administration,
13:07ce qui est normal, soit critiquée, vilipendée,
13:10et soit un peu la risée, puisqu'on entend l'administration française humiliée.
13:14Voilà ce qu'il dit, le niveau de cybermenaces ciblant la France est particulièrement élevé.
13:19On l'a vu, on est la quatrième nation la plus ciblée.
13:21Peu de ministères sont au niveau, dit-il.
13:23La récurrence des intrusions et des vols de données fragilise aujourd'hui la crédibilité de l'État.
13:28Ensuite, il continue, il y a urgence à concevoir et conduire sans délai
13:31une réponse opérationnelle plus réactive et plus forte aux cyberattaques
13:34que l'État rencontre actuellement.
13:36Et il conclut dans cette lettre, je vous demande de constituer une équipe de contacts
13:40pour intervenir en cas de suspicion d'atteinte grave à l'intégrité du système d'information de l'État.
13:44Peu de ministères sont au niveau, dit-il.
13:47Donc ça veut dire que le constat, ils le connaissent.
13:49Enfin, ils ne datent pas, à mon avis, d'hier ou d'avant-hier.
13:52Il y a des attaques, Maurice Zafran.
13:53Je veux dire, mais ils ont fait le choix, c'est ce que vous disiez, d'autres priorités.
13:57Donc effectivement, on est en train de se rendre compte, la sécurité a été abandonnée totalement.
14:02Ils sont crus les champions de l'IA.
14:03Mais depuis 72 heures, le gouvernement nous fait absolument tout.
14:09Alors, dans l'ordre, cellule interministérielle de crise, commission d'enquête, excuses,
14:15l'aide du Premier ministre, c'est-à-dire toute la machine,
14:17toute la machine politico-administrative s'est mise en route pour essayer de rassurer les Français
14:22qui ne peuvent pas être rassurés par ça.
14:25On est en train de se rendre compte qu'on est encore dans une situation bien pire que tout ce
14:29qu'on imaginait.
14:30Mais ça rappelle le Louvre.
14:31Ça rappelle, exactement.
14:32Ça rappelle le Louvre.
14:33Parce que là, souvenez-vous que le Louvre, c'est doudou crossbitume avec la nacelle.
14:37Pardon, c'est ça.
14:38C'est doudou crossbitume avec la nacelle et on n'a pas retrouvé les bijoux.
14:41Mais là, on va avoir affaire, peut-être à des jeunos de 15 ans, 18 ans, 20 ans,
14:45chez eux, qui habitent à Tourcoing, qui habitent à Lille, qui habitent à Strasbourg,
14:48je ne sais pas, ou peut-être même qui sont à la campagne
14:50et qui vont avoir siphonné des millions de données.
14:55Zero Bytes, il s'appelle, on verra ensuite leur pseudo.
14:58Enfin, c'est ridicule, c'est pathétique et ridicule.
15:01Oui, mais les Français ont le sentiment qu'effectivement, deux gamins,
15:05puisqu'on explique que c'est plutôt des gamins, deux gamins...
15:07Le mot de passe du Louvre, il faut le rappeler, de la sécurité au Louvre, c'était ?
15:10Louvre.
15:10Louvre, merci.
15:11On continue, Maurice.
15:12Voilà, mais ce qui me semble bizarre, c'est qu'ils ne prennent pas en compte la situation,
15:21qui est encore beaucoup plus grave et beaucoup plus inquiétante que les propos du Premier ministre.
15:27Et je le répète, l'administration fiscale, qui est toujours...
15:33Prompte à être sur le dos des Français.
15:35Donc là, c'est encore bien pire.
15:38Et notre ami nous racontait, hors du studio, qu'il y a des Français qui soupçonnent des gens de l
15:45'administration fiscale
15:46d'avoir fait sauter tout ça pour des raisons obscures, ce qui est évidemment totalement faux.
15:50On tombe dans le complot.
15:51Et puis, il y a les profs, il y a les profs qui sont dans des situations terribles depuis quelques
15:55années,
15:56avec les vrais drames qui se sont produits, on les connaît tous,
15:59et dont on donne les adresses, les contacts, etc., les adresses perso.
16:04C'est une situation qui...
16:05Et de famille et d'élèves aussi, puisqu'il y a les élèves, effectivement.
16:07C'est une situation qui est très, très, très, très grave.
16:09Et on a l'impression, grosso modo, on traite ça d'une manière classique,
16:14alors qu'il n'y a rien de classique dans cette affaire.
16:16Ça feuilletonne et ça marche, mais on est récit contre récit.
16:19On est manipulation contre manipulation.
16:22On a une forme de sidération institutionnelle, moi, je trouve, dans cette affaire.
16:27C'est-à-dire ?
16:28Donc, comme on connaît bien les phénomènes de sidération,
16:32là, on a un gouvernement qui est sidéré et qui essaye de rattraper, en fait, le tempo.
16:37Mais en fait, aujourd'hui, c'est les hackers qui ont le tempo, ils ont le temps, eux.
16:41C'est eux qui vont décider de quand ils vont appuyer sur le bouton de la prochaine cyberattaque.
16:45La grande différence, c'est qu'eux savent et nous pas...
16:48Elle est peut-être même, d'ailleurs, en cours.
16:50Ils l'ont certainement décidé, mais par contre, ils ont gagné une première bataille.
16:53Donc, c'est pour ça qu'il ne faut pas juste dire ces deux gamins qui font des choses.
16:57Ils ont gagné la bataille du récit.
17:00Et qui va profiter de cette bataille du récit ?
17:03Certainement eux, mais qui vont être les grands perdants ?
17:05Tous les RSI et tous les DSI et tous ces gens formidables que nous, on côtoie dans notre communauté cyber,
17:12qu'on voit.
17:13Et je peux vous dire qu'aujourd'hui, moi, je parle pour eux parce que je pense qu'ils me
17:16regardent.
17:17Leur charge mentale, elle est énorme.
17:19J'ai travaillé avec des DSI de grands CHU qui ont été cyberattaqués.
17:23Directeur de la Sécurité et de l'Informatique.
17:25Voilà, directeur de la Sécurité et de l'Informatique.
17:27Et je peux vous dire que quand un accident arrive comme celui-ci, ils sont complètement ravagés.
17:33C'est terrible.
17:34Donc, il y a des gens au ministère des Finances qui font leur job et il faut leur rendre...
17:40La grande majorité, l'ensemble des agents.
17:42L'ensemble des agents, c'est des agents, là, pour le moment.
17:44On est sous le choc, évidemment, de ce qui vient de se passer.
17:47Mais moi, en tant que solidaire Finances Publiques, on voudrait quand même rappeler quelque chose.
17:52Tout ça, ce n'est pas une fatalité, en fait.
17:55C'est une conséquence de choix politiques et de non-priorités.
17:59C'est ça qu'il faut aussi avoir en tête.
18:01C'est que l'État et les gouvernements successifs, aujourd'hui, n'ont jamais mis comme priorité,
18:09et donc, c'est-à-dire les moyens techniques, humains et financiers pour protéger les données
18:15à la fois de l'ensemble des citoyens et des citoyennes, mais aussi de l'ensemble des agentes et des
18:20agents publics.
18:20Parce qu'on ne parle pas, mais la fuite de données du ministère de l'Éducation nationale,
18:27moi, je serai agente et agent de l'Éducation nationale,
18:31je m'inquiéterai de savoir aujourd'hui où se trouvent mes données personnelles
18:36et à la fois aussi des familles, des élèves, etc.
18:40C'est extrêmement dangereux.
18:41Il y a usurpation d'identité, arnaques, chantage.
18:45On est aussi dans un contexte, une période où, vous le savez bien,
18:48qu'il y a quand même du fonctionnaire bashing.
18:50On nous déteste pour un certain nombre de raisons qui sont toutes fausses, par ailleurs.
18:54Ça peut rentrer, être mis dans les mains de fous furieux, voilà.
18:59Et on peut avoir des incidents très graves par rapport à ça.
19:02Et ça, il faut que l'État ait les réponses du Premier ministre
19:06à la sortie de la cellule interministérielle de crise.
19:09C'est une moquerie, c'est de la moquerie nationale, c'est de la communication.
19:14C'est les mêmes.
19:14En fait, il a pris les mêmes fiches qu'au mois d'avril dernier
19:17quand il y a eu la fameuse fuite de données de la NTS.
19:20L'Agence nationale des titres sécurisés, c'est-à-dire les passeports et les cartes d'identité.
19:24Il a pris les mêmes.
19:25Avec un gamin de 15 ans.
19:26Une enveloppe de 200 millions au mois d'avril.
19:28On nous promet pour la sécurisation.
19:30On n'a rien vu, on est mis, on est fin août, on n'a rien vu de cette première
19:34enveloppe.
19:35On nous refait la même com, en fait.
19:37Justement, deux choses.
19:38Parce que je voudrais qu'on revoie ce qui est au cœur de la lettre
19:40que le chef du gouvernement a envoyée.
19:43Je vous demande de continuer une équipe de contacts,
19:45vous savez ce qu'on appelle la task force,
19:46pour intervenir en cas de suspicion d'atteinte grave
19:48à l'intégrité du système d'information de l'État.
19:50Ça veut dire quoi ?
19:53Non mais, Franck, je vous le demande franchement.
19:56Qu'est-ce que ça veut dire ?
19:57Je ne sais pas ce que ça veut dire,
19:58mais ce que j'ai envie de demander en retour justement à Sébastien Lecornu,
20:01c'est simplement de chiffrer aussi bien que les banques chiffrent leurs données,
20:04les données des citoyens français au niveau de l'État.
20:07Parce qu'à partir du moment où c'est une institution qui se fait cyberattaquer,
20:10ce n'est pas comme quand c'est un groupe privé.
20:12Lorsque c'est un groupe privé qui se fait attaquer,
20:14comme une banque, un opérateur, etc.,
20:16comme ça existe depuis des mois et des années en France,
20:19c'est une problématique qui est…
20:20C'est quotidien les attaques informatiques, il faut le dire.
20:21C'est de plus en plus récurrent et c'est récent.
20:23On va dire que c'est quand même très récent.
20:24Ça fait 3-4 ans qu'on est submergé en France de fuite de données.
20:28Donc si vous voulez, le citoyen français, il a l'habitude de ce discours-là.
20:31C'est pour ça que la nuance entre la fuite de données des impôts
20:34et celle du petit magasin d'à côté qui s'est fait cyberattaquer,
20:38ils ne vont pas forcément faire la différence.
20:39Mais il faut bien expliquer que là, c'est complètement l'État qui est compromis
20:42et que simplement en chiffrant des données,
20:45Sébastien Lecornu peut resécuriser la France.
20:48Ça prend combien de temps ?
20:50Pour être honnête avec vous, ça dépend du volume de données.
20:52Ça peut prendre un temps fou parce qu'il y a énormément d'entités
20:56qui ne communiquent pas entre elles en France,
20:58qui doivent être individuellement auditées et sécurisées.
21:01Mais ça pourrait prendre un an comme deux.
21:04Mais c'est une problématique qui va être réglable plutôt rapidement.
21:08Ce que je voudrais comprendre, Maurice,
21:10il y a des pays européens qui, au moment où les ingérences russes ont commencé,
21:14je pense à l'Estonie par exemple,
21:17ont réagi tout de suite en disant la prochaine guerre,
21:19il y a des années déjà, la prochaine guerre sera numérique.
21:23Et donc ils ont mis le paquet en plusieurs milliards pour dire
21:26nous devons sécuriser tous nos services, nous devons aider aussi le citoyen.
21:30Et on a une vraie culture, que ce soit en Estonie, dans les pays baltes
21:33ou dans d'autres pays, des pays scandinaves ou nordiques,
21:36de dire, alors peut-être parce qu'ils sont plus au fait de la menace,
21:40ils ont eu les Russes pendant longtemps,
21:42il faut réagir, on investit et on est en mise à jour régulière.
21:47Pourquoi est-ce que nous on ne l'a pas fait ? Parce qu'on est toujours trop sûrs de
21:50nous ?
21:50Parce que ça n'a pas été un débat central dans les discussions françaises.
21:54On a préféré s'intéresser aux retraites,
21:56on a préféré s'intéresser à la lutte contre le cas de l'année.
21:57Ni dans les journaux, ni au gouvernement, ni au Parlement, ni nulle part.
22:00Et les chiffres qu'on a diffusés tout à l'heure sur le BFM sont effrayants.
22:05Les nombres de centaines de milliers d'attaques en France
22:08et beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup moins en Espagne, en Italie, en Allemagne.
22:13C'est ça, il faut savoir que...
22:14C'est spectaculaire même, cet écart montre, en réalité, qu'est-ce qu'il montre, cet écart ?
22:19Qu'on n'a rien fait. C'est ça la vérité.
22:20Il faut savoir que la France...
22:21C'est aussi simple que ça.
22:23Quand même, à décharge de la France,
22:25il faut savoir que la France fait partie du tiers-un
22:28des pays les plus sécurisés au niveau cyber, sur le niveau mondial,
22:32et c'est un classement qui a été fait par l'ONU.
22:34Donc c'est réellement la preuve pour moi que...
22:38On ne peut pas dire que c'est une France passoire, alors ?
22:40On ne peut pas dire que c'est une France passoire non plus,
22:42parce que si la France est une passoire, l'Espagne est une passoire également,
22:47l'Estonie est une passoire également,
22:49tous les pays voisins le sont également.
22:50C'est juste que la France est très attractive pour les cybercriminels.
22:53Mais pourquoi elle est attractive ?
22:55La France est très attractive pour les cybercriminels.
22:59Mais parce qu'ils savent que c'est plus facile d'y rentrer.
23:00Il y a énormément d'administrations qui ont digitalisé leurs données,
23:03ils savent tout simplement qu'il y a énormément d'enjeux,
23:06c'est-à-dire qu'il y a énormément d'argent en jeu ou derrière ces données-là,
23:09et des possibilités de déstabilisation qui sont énormes
23:11via le volume de données qui est présent sur les citoyens français sur Internet.
23:16Dans une municipalité comme la vôtre,
23:18c'est une prise de conscience que vous avez eue sur les attaques informatiques.
23:21Donc vous avez, même si, je suppose que vous devez en déjouer régulièrement.
23:24Oui, on en déjoue, mais on en déjoue de moins en moins.
23:28Les services sont formés au sein de la commune de Torény-sur-Marne.
23:31En tout cas, les services sont formés,
23:33et c'est ce que j'ai dit, double authentification,
23:37correction, formation, accompagnement,
23:39et le travail est réalisé conjointement avec la région, le département,
23:43et ça fonctionne comme ça.
23:45Mais ça prend du temps, de toute manière,
23:48de faire une montée en compétence aussi sur les agents administratifs.
23:51C'est-à-dire que, comme le disait Marwan, on est sur une nouvelle matière.
23:54Et là, on va entrer en campagne présidentielle.
23:56Est-ce qu'on va faire la mise à jour des services ?
23:59Est-ce qu'on va faire le nécessaire pour se dire ?
24:02Vous imaginez qu'une super-attaque se passe,
24:05les ingérences se passent aussi pendant la campagne électorale.
24:08Il peut y avoir des millions de données qui fuitent,
24:10ça peut être utilisé pour un camp, contre un camp.
24:12Mais il y en aura.
24:12Donc, il y a un enjeu important aussi.
24:15Qu'est-ce qu'on va faire pendant les 8-9 mois qui restent
24:18pour qu'effectivement, la campagne ne soit pas totalement polluée
24:22par des attaques de ce type-là ?
24:24C'est une question fondamentale.
24:25Et si vous dites qu'il faut un an ou deux
24:27pour remettre le système en place avec plus de sécurité,
24:32ça laisse du temps aux pirates.
24:34des jours assez compliqués en avril et en mai prochain.
24:38Un dernier mot ?
24:39Oui, un dernier mot.
24:40Je voudrais simplement, pour rassurer quand même,
24:43rappeler qu'il n'y a pas de zéro danger possible.
24:47Ça n'existe pas.
24:48Ça n'existe pas.
24:49Il y a de la sécurité.
24:51Moi, je ne suis pas spécialiste,
24:53mais on met des portes blindées de plus en plus pour sécuriser.
24:57Mais je voulais quand même aussi rappeler
24:59que la Direction générale des finances publiques,
25:02mine de rien, est une administration qui est quand même très sécurisée.
25:07Là, il y a eu une faille,
25:08qu'il faut savoir d'où elle vient, comment, etc.,
25:13pour évidemment la réparer, pour améliorer, pour sécuriser,
25:17pour former les agentes et les agents de plus en plus, etc.
25:22Mais former aussi l'ensemble de la population,
25:24parce que la question numérique,
25:25elle concerne tout le monde, en fait, aujourd'hui.
25:28et rappeler que notre administration, aujourd'hui,
25:31et que ce qui se passe, c'est de la responsabilité de l'État
25:35et qu'aujourd'hui, la crise de confiance,
25:37parce qu'il y a une crise de confiance,
25:39et c'est une crise étatique.
25:40Ce n'est pas simplement une crise de notre administration.
25:44Ça concerne l'ensemble de l'État.
25:46Et on espère très rapidement que les annonces,
25:49ce sera vraiment des actes concrets,
25:53sans attendre la présidentielle,
25:55parce qu'il y a un autre débat qui est important avant la présidentielle,
25:58c'est évidemment les questions budgétaires.
26:00Et à travers la loi de finances,
26:01on verra si ce qui est en train de se passer,
26:04aujourd'hui, dans les administrations, en particulier,
26:07le gouvernement en tire des leçons.
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