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Personnes
Transcription
00:00Letterboxx, la meilleure et la pire chose qui ne soit jamais arrivée à la cinéphilie.
00:03A l'aide de toutes vos réponses à mes questions, on a pu mettre en avant dans la partie 1
00:06le fait que
00:07l'application avait globalement démocratisé notre rapport au cinéma
00:10et par ailleurs donné une forme d'émancipation aux passionnés.
00:12Cependant, Letterboxx n'est pas seulement un journal personnel,
00:15c'est également un réseau social dont la massification a eu des effets néfastes sur la cinéphilie.
00:19C'est précisément ce qu'on va développer aujourd'hui.
00:21Mais avant ça, si tu n'as pas vu la partie 1, je t'invite à aller la voir.
00:24Et si tu aimes le cinéma et ce genre de contenu, n'hésite pas à liker et à t'abonner
00:27pour la force.
00:30On pense à Letterboxx, on pense tout de suite au top 4, aux notes sur 5, aux critiques, etc.
00:34Tout ça, ça forme progressivement une sorte de carte d'identité cinéphile.
00:37On construit de manière plus ou moins directe une image de spectateur partagée aux autres.
00:41Et beaucoup l'ont très bien deviné dans ma dernière vidéo.
00:43Mais effectivement, ça entraîne le fameux effet performatif.
00:46Le sociologue Erwin Goffman expliquait que
00:48« La vie sociale est une forme de scène où, selon le public, nous choisissons nous-mêmes certains éléments que
00:53nous voulons mettre en avant ou non. »
00:54Ici, notre profil Letterboxx fonctionne exactement comme une vitrine.
00:58Choisir son top 4, c'est pas forcément mentir sur ses goûts.
01:00Et c'est surtout choisir 4 œuvres qui vont nous représenter publiquement.
01:04Seulement cette présence des autres transforme autant notre profil qu'elle peut influencer notre jugement.
01:08Pour comprendre ce mécanisme, 3 chercheurs ont mené une expérience auprès de 14 000 personnes.
01:13Ils leur ont proposé des morceaux inconnus.
01:15Une partie des participants faisait son choix sans aucune information.
01:18Tandis que l'autre partie des participants pouvait voir à l'avance quel titre avait été le plus apprécié.
01:22Au final, dès que la popularité était visible, les participants ayant l'info avaient plus souvent tendance à choisir les
01:27titres qui avaient été les plus appréciés.
01:28Si on ramène ça à l'application, avoir la popularité des films peut jouer sur notre jugement.
01:32Et ce, par conformisme comme par distinction d'ailleurs.
01:35Dans les deux cas, notre avis est influencé par les avis des autres.
01:38Et plus Letterboxx prend popularité, plus le phénomène prend de l'importance.
01:41Nos goûts deviennent alors visibles, comparables, et produisent des codes communs qui remplacent peu à peu le simple fait d
01:47'être passionné.
01:48Et c'est d'ailleurs tout le paradoxe de Letterboxx.
01:50L'application a démocratisé le droit de critiquer les films, mais aussi le besoin de paraître légitime en le faisant.
01:55Et cette légitimité peut venir du nombre d'abonnés, de likes, de films vus, ou encore de la rareté des
02:00films référencés.
02:01On est donc clairement passé d'une élite institutionnelle à une élite de visibilité.
02:04Et c'est pour toutes ces raisons qu'à titre personnel, je n'ai toujours pas installé l'application aujourd
02:08'hui.
02:08En fait, plus j'ai réfléchi, plus je me dis que le cas de Letterboxx peut poser une question qui
02:12dépasse même le cadre du cinéma.
02:13Parce qu'à partir de quand le fait de partager une passion transforme-t-il notre manière de la vivre
02:18?
02:18Ça, je n'ai pas tout de suite de réponse absolue.
02:20Mais je pense que déjà connaître les conséquences peut jouer sur nos actions à l'instant T.
02:24Et j'imagine que c'est un bon début.

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