00:00Bonjour et bienvenue sur ATHEC.
00:01Aujourd'hui, on s'attaque à un morceau de choix, ITER.
00:05C'est sans doute le projet scientifique et industriel le plus ambitieux,
00:10mais aussi le plus complexe jamais entrepris par notre espèce.
00:14L'idée ? Recréer une étoile en bouteille,
00:17pour démontrer que la fusion nucléaire contrôlée
00:19peut devenir notre future source d'énergie bas carbone.
00:23Pourquoi ce chantier titanesque,
00:25posé tranquillement dans le sud de la France,
00:27mobilise-t-il une coalition internationale digne d'un film de science-fiction ?
00:32Comment des aimants refroidis à faire passer l'Arctique pour un spa
00:36parviennent-ils à confiner un plasma porté à plus de 150 millions de degrés Celsius ?
00:42Et surtout, où en est-on vraiment après la découverte de défauts majeurs
00:46et une révision totale du calendrier ?
00:49Attachez vos ceintures, on part pour Kadarache.
00:55Imaginez un terrain de jeu de 180 hectares au cœur du centre nucléaire de Kadarache.
01:00C'est là que prend forme ITER,
01:03un nom qui signifie « le chemin » en latin,
01:06même si pour certains ingénieurs,
01:08le chemin ressemble parfois à un parcours du combattant.
01:11Ce projet, c'est l'ultime travail de groupe à l'échelle planétaire.
01:16L'accord, lancé en 2007, réunit aujourd'hui l'Union européenne,
01:20la Chine, l'Inde, le Japon, la Corée, la Russie et les États-Unis.
01:25Même la Suisse est de la partie,
01:27associée via Fusion for Energy depuis le 1er janvier 2026.
01:31L'Europe paie la plus grosse part, environ 45%,
01:35mais ici, on ne se contente pas d'envoyer un chèque.
01:39La contribution se fait en nature.
01:41En gros, c'est comme si chaque pays devait fabriquer une pièce d'un moteur ultra complexe dans son coin,
01:48puis tout envoyer en France en espérant que le puzzle s'assemble au millimètre près.
01:54C'est un cauchemar logistique,
01:56mais c'est aussi ce qui fait la beauté et la fragilité du projet.
02:00Sur le site, c'est une véritable fourmilière.
02:03Usine de cryogénie, réseau électrique haute tension,
02:07digne d'une petite ville et bâtiment massif.
02:10Mais attention, ITER n'est pas une centrale électrique.
02:14On ne va pas brancher votre grille-pain-dessus tout de suite,
02:16c'est un démonstrateur scientifique.
02:19Son job est de lever les verrous technologiques,
02:22comme la gestion d'un plasma de deutérium-trithium
02:25et le flux de neutrons qui va avec.
02:27Le monument central, c'est le Tokamak complexe.
02:31Un bâtiment ancré sur des fondations antisismiques
02:34pour éviter que la machine ne s'énerve au moindre tremblement de terre.
02:38A l'intérieur, on trouve le Tokamak,
02:41des millions de pièces qui doivent s'emboîter
02:44avec des tolérances si strictes
02:46qu'elles feraient passer à un horloger suisse pour un amateur.
02:50Dans l'assembly hall,
02:51les composants arrivent par module de plusieurs centaines de tonnes.
02:55Enfin, quand tout va bien,
02:57car comme vous allez le voir,
02:58le puzzle a connu quelques ratés mémorables.
03:03Le principe de la fusion,
03:05c'est de faire léviter une soupe de particules
03:07à 150 millions de degrés sans qu'elles touchent les parois.
03:10Sinon, disons que la paroi ne passerait pas un bon quart d'heure.
03:15Pour réussir ce miracle,
03:16on utilise des aimants supraconducteurs.
03:19Le système comprend 18 bobines toroïdales,
03:22un effort industriel colossal,
03:24où l'Europe en a fabriqué 10 et le Japon 9,
03:27en comptant la pièce de rechange.
03:29Ces colosses sont refroidis précisément à 4,5 Kelvin
03:33grâce à de l'hélium liquide.
03:36Pour vous donner une idée,
03:37on est à peine au-dessus du zéro absolu,
03:39la température la plus froide possible dans l'univers.
03:43On a donc, dans la même machine,
03:45le point le plus froid et le point le plus chaud de la galaxie,
03:49séparés de seulement quelques mètres.
03:52C'est le grand écart thermique ultime.
03:55Tout ce beau monde est enfermé dans le cryostat,
03:58une sorte de thermos géante en acier inoxydable
04:01de 30 mètres de haut,
04:03fabriqué en Inde par l'arsen Entubro.
04:06Ce cryostat assure l'isolation thermique
04:09et sert de barrière de confinement.
04:11Autour, un bio-shield en béton armé
04:13protège le personnel des neutrons.
04:15C'est massif, c'est lourd,
04:17et chaque soudure est scrutée
04:19comme si la survie de l'humanité en dépendait.
04:23Sur le plan physique,
04:25ITER veut faire comme le soleil,
04:26mais en mieux.
04:27On fait fusionner des noyaux de deutérium et de tritium
04:30pour produire de l'hélium et une énergie phénoménale.
04:34Pour allumer le feu,
04:35on utilise le chauffage ohmique,
04:37comme un vieux radiateur,
04:39des micro-ondes géants
04:40et l'injection de neutres.
04:41L'objectif est d'atteindre un plasma brûlant
04:44où la réaction s'auto-entretient.
04:47On parle souvent du facteur de gain énergétique,
04:50le fameux SQS.
04:52Pour ITER, la cible est SQ égale 10S.
04:57Traduction, on injecte 50 MW
04:59pour en récupérer 500
05:01sous forme de puissance de fusion.
05:04C'est un rendement qui ferait rêver
05:06n'importe quel investisseur.
05:08Mais attention,
05:09ce sont des cibles expérimentales.
05:11L'un des grands avantages de la fusion,
05:13c'est qu'il n'y a pas de risque d'emballement
05:15façon Tchernobyl.
05:17Si on coupe l'alimentation,
05:18la réaction s'arrête nette,
05:20comme une flamme de gaz.
05:22Par contre, les neutrons produisent,
05:24finissent par rendre les matériaux de la machine
05:26un peu nerveux.
05:29On génère ainsi des déchets radioactifs
05:31de très faible à moyenne activité,
05:33mais essentiellement à vie courte.
05:35Rien à voir avec les millénaires
05:37de stockage de la fission classique.
05:39Ici, après une centaine d'années,
05:41on peut commencer à recycler.
05:44On ne va pas se mentir.
05:46Construire le projet le plus complexe de l'histoire
05:49n'est pas un long fleuve tranquille.
05:51En 2022, c'est la douche froide.
05:54On découvre des fissures dans les tuyauteries de refroidissement
05:57et des défauts de soudure sur les secteurs de la chambre à vide.
06:01Résultat, on arrête tout.
06:03On sort même le premier module déjà installé pour le réparer.
06:06C'est l'équivalent de devoir démonter le moteur de votre voiture
06:09après avoir enfin réussi à le poser,
06:12parce qu'une petite vis au fond est mal serrée.
06:15En 2023 et 2024,
06:17les meilleurs experts du CEA et du CERN
06:19se sont penchés sur le malade
06:21pour découvrir une stratégie de réparation chirurgicale.
06:25Conséquence inévitable,
06:26le calendrier a pris un sacré coup de vieux.
06:29Oubliez les promesses de 2016.
06:31Le premier plasma initialement prévu pour 2025
06:34est désormais officiellement fixé à 2033
06:38selon la nouvelle baseline de 2024.
06:41On préfère prendre son temps et réparer correctement
06:44plutôt que d'allumer une machine défectueuse
06:46à plusieurs milliards d'euros.
06:49C'est frustrant, certes,
06:50mais c'est le prix de la sécurité.
06:52Aujourd'hui, en ce début d'année 2026,
06:55l'ambiance est à la reconstruction.
06:58L'assemblage du cœur est ralenti par ces réparations,
07:01mais les composants restants continuent d'arriver.
07:03On profite de ce temps pour affiner les procédures
07:06et apprendre des autres,
07:07comme du tokamak japonais JT60SA
07:10qui nous sert de petit frère d'entraînement.
07:13La Suisse, comme on l'a dit,
07:15est de retour dans la boucle,
07:16ce qui redonne un coup de boost à la recherche européenne.
07:19On prépare aussi déjà la pré-ITER
07:21avec les projets de type DEMO,
07:23les futures centrales,
07:24qui, elles, injecteront vraiment de l'électricité sur le réseau.
07:29ITER avance plus lentement que prévu,
07:32c'est un fait.
07:33Mais la campagne de réparation actuelle
07:35et la révision du calendrier
07:36montrent une maturité nécessaire.
07:39On ne joue pas avec une étoile artificielle
07:41pour respecter une date symbolique.
07:43Plus qu'une simple machine,
07:45ITER reste le laboratoire mondial
07:47de notre futur énergétique.
07:49La question reste entière.
07:51La fusion sera-t-elle la solution miracle du 21e siècle ?
07:56On n'a jamais été aussi près de la réponse,
07:58même si le chemin est encore long.
08:04Voilà qui conclut ce décryptage.
08:06Si vous avez tenu jusqu'au bout,
08:08c'est que la physique nucléaire ne vous fait pas peur.
08:10Et ça, c'est beau.
08:12Si la vidéo vous a plu,
08:13laissez un petit like
08:14pour soutenir le travail de l'équipe.
08:16Et dites-nous en commentaire
08:17si vous croyez encore au calendrier de 2033
08:19ou si vous pariez sur de nouveaux retards.
08:22De nouvelles vidéos arrivent bientôt,
08:24alors n'oubliez pas de vous abonner
08:26et d'activer la cloche.
08:27A très vite.
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