00:04Bonjour Maya, bonjour.
00:06L'AFMD est un poste d'observation et de conseil pour de nombreuses directions
00:10diversité, équité et inclusion en France. Qu'est-ce que vous observez concrètement
00:14depuis le retour de Donald Trump au pouvoir ?
00:16Alors, l'AFMD a mené une première enquête en 2015 sur les fonctions diversité et en 2025 on a voulu
00:22renouveler l'expérience.
00:23L'objectif c'était de voir la place, le rôle, les budgets, les profils des personnes dont le métier était
00:31la diversité
00:31et surtout voir si ça avait évolué après dix ans suite à la première étude.
00:37Le déploiement de l'enquête s'est déroulé juste au moment, juste après en réalité, l'arrivée de Trump au
00:44pouvoir
00:44et les décrets, je cite, mettant fin à la discrimination illégale et rétablissant les opportunités fondées sur le mérite.
00:51Et ces attaques, elles ont nourri un climat d'hostilité et d'inquiétude qu'on a essayé de capter dans
00:57l'étude.
00:58En fait, on a essayé de voir si les professionnels ou leurs services avaient été victimes d'attaques,
01:05quelles qu'elles soient, des emails, des dégradations matérielles ou encore des affiches arrachées ou des perturbations d'événements.
01:12Et de façon générale, l'enquête, ce qu'elle montre, c'est que les fonctions EDI, égalité, équité, diversité et
01:19inclusion,
01:20se sont installées mais restent fragiles.
01:22Ok, et donc ça c'est pour le contexte, le grand cadre.
01:26Quels sont les principaux enseignements à tirer de cette enquête ?
01:29Cette enquête fait 146 pages.
01:31Et donc je vous laisserai prendre le temps de lire l'ensemble des enseignements sur le site de la FMD.
01:37Mais moi je voudrais mettre en avant trois points.
01:40Premier point, c'est le contraste entre les discours de backlash et le vécu des responsables de diversité.
01:47On nous dit, enfin on trouve dans l'étude, que 89% des répondants déclarent ne pas subir d'effet
01:53de backlash.
01:54Ce que ça veut dire, c'est que 11% déclarent avoir été victimes d'attaques et sous la forme
01:59majoritairement de commentaires sur les réseaux sociaux.
02:02Pour autant, on comprend qu'il y a une inquiétude grandissante sur le futur des fonctions et des sujets.
02:08Et ça, c'est vraiment ressorti des entretiens mais aussi dans les activités de la FMD depuis deux ans à
02:14peu près.
02:16Cette situation, c'est ce que Laure Béréni, sociologue au CNRS, appelle le refroidissement silencieux.
02:21Les organisations, elles vont communiquer moins, elles vont reléguer le sujet au second plan,
02:26elles vont se concentrer sur le business du fait du contexte.
02:29Et pour autant, les actions continuent.
02:32Les budgets ne baissent pas, en tout cas pour 60% des organisations interrogées.
02:38Ça, c'est le premier enseignement.
02:39Le second enseignement, c'est le soupçon de partialité.
02:41En fait, dans les entretiens, on voit très bien que les responsables diversités ne sont pas là par hasard.
02:49En fait, les responsables diversités nous parlent de leur fibre sociale,
02:53ils nous parlent de leur sensibilité personnelle.
02:57Et on comprend finalement qu'il y a une forte importance des trajectoires
03:02qui ont été marquées par certaines expériences.
03:04Et malgré cette fibre, ou bien cette sensibilité,
03:09les professionnels de la diversité refusent d'être perçus comme militants.
03:13Et au contraire, montrent une forte distance entre l'engagement personnel et le rôle professionnel.
03:19Et c'est ça qu'on comprend comme stratégie pour éviter d'être taxés de partialité.
03:25Le dernier enseignement, c'est le recul du mot diversité dans l'intitulé des fonctions.
03:32Ce qu'on voit, c'est que d'abord, en 2016, l'enquête, elle révélait que 74% des enquêtés
03:39avaient un intitulé de poste qui contenait le terme diversité.
03:42En 2025, ce chiffre est de 44%, donc 30 points de moins.
03:48De son côté, le terme inclusion, qui n'avait pas été testé,
03:52semble s'installer et est à présent, présent, à présent, présent,
03:56dans 38% des intitulés de poste.
03:59Ok, donc si seuls 44% à ce stade des répondants et répondantes
04:04ont le terme diversité dans leur intitulé de poste et que 38% n'ont que l'inclusion,
04:09qu'en est-il des autres ? Et comment est-ce que surtout on peut interpréter cet effacement ?
04:13En fait, il y a plusieurs choses.
04:15La pluralité des intitulés témoigne à la fois de l'absence de standardisation des fonctions EDI,
04:20mais aussi de l'adaptation des fonctions à des contextes.
04:24Notre échantillon, par exemple, a 30% d'établissements publics.
04:30Et donc ça, ça impacte le nom des postes.
04:34Chez les employeurs privés, on parlera parfois de respect, de vivre ensemble,
04:38de bien-être, d'appartenance également.
04:41Et ce qui est intéressant, c'est qu'on a récemment interrogé un groupe de membres
04:46sur le renommage, le sujet du renommage.
04:48Et les résultats obtenus confirment les tendances de l'enquête,
04:51mais surtout, en fait, la majorité, 80% d'entre eux, nous indiquent que leur organisation
04:57n'a engagé aucune réflexion sur un éventuel changement de nom.
05:00Et pour les 20% restants, donc 1 sur 5, qui ont vécu un changement d'intitulé,
05:0780% nous ont dit qu'on n'utilise plus le mot diversité.
05:11Et enfin, dernière chose, et après je m'arrête là,
05:13la totalité des répondants, donc dans les 20%,
05:16la totalité nous dit que le changement de nom n'est pas accompagné d'une baisse de l'engagement.
05:22Donc, en résumé, nos travaux, ce qu'ils montrent, c'est qu'il y a une évolution des intitulés,
05:28mais cette évolution, elle ne permet pas à elle seule de conclure à une baisse de l'engagement,
05:33ni à une volonté d'éviter la polémique.
05:35Néanmoins, le rôle de la FMD, me semble-t-il, c'est d'alerter sur le risque de changer,
05:44de ne plus nommer ces fonctions, et donc ne plus nommer, ça veut dire rendre invisible.
05:49Merci beaucoup Maya pour cet état des lieux très complet.
05:53Nous poursuivons avec nos deux invités sur le plateau tout de suite.
05:56Merci beaucoup.
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