- il y a 2 mois
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Cours du vendredi par Dork Zabunyan (professeur en cinéma).
La vérité historique est fragile, et les forces politiques qui tentent de la défaire en la réécrivant sont aujourd’hui nombreuses. Le septième art a souvent exploré les mécanismes par lesquelles du mensonge en histoire a été fabriqué, y compris au niveau des machines propagandistes d’État qui connaissent actuellement un renouveau certain. Il s’agira d’étudier les stratégies visuelles et sonores à travers lesquelles le cinéma préserve la mémoire d’événements récents ou lointains, sans forcément prétendre en révéler une vérité définitive. Face aux tentatives visant à reconfigurer l’histoire en la mettant au service de récits mythiques ou imaginaires, il importe de reconsidérer les puissances filmiques qui les combattent au nom d’une lecture non-autoritaire des événements.
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Le Forum des images est une institution de la Ville de Paris.
Un lieu, toutes vos envies.
http://www.forumdesimages.fr
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La vérité historique est fragile, et les forces politiques qui tentent de la défaire en la réécrivant sont aujourd’hui nombreuses. Le septième art a souvent exploré les mécanismes par lesquelles du mensonge en histoire a été fabriqué, y compris au niveau des machines propagandistes d’État qui connaissent actuellement un renouveau certain. Il s’agira d’étudier les stratégies visuelles et sonores à travers lesquelles le cinéma préserve la mémoire d’événements récents ou lointains, sans forcément prétendre en révéler une vérité définitive. Face aux tentatives visant à reconfigurer l’histoire en la mettant au service de récits mythiques ou imaginaires, il importe de reconsidérer les puissances filmiques qui les combattent au nom d’une lecture non-autoritaire des événements.
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00:00:03Merci beaucoup d'être là, Dorc.
00:00:10Merci, Zeynep, pour ta présentation et de nouveau pour ton invitation.
00:00:15Je suis très heureux, moi aussi, de revenir au forum des images.
00:00:20Bonjour à toutes et à tous.
00:00:22Bravo à vous d'être là, d'avoir traversé cet apocalypse de chaleur depuis plusieurs jours maintenant.
00:00:33Et voilà, ça l'est climatisé, il fait bon, donc tout va bien pour le moment.
00:00:40Alors oui, j'ai intitulé ce cours « Mensonge de l'histoire, cinéma de la mémoire ».
00:00:44C'est un titre un peu ambitieux, mais qui dit quelque chose aussi du mouvement de ce cours,
00:00:49où je vais évoquer, voilà, en mobilisant aussi certains auteurs et autrices,
00:00:56cette question du mensonge, en politique notamment,
00:01:00et ensuite de voir un petit peu comment le cinéma s'empare de cette question-là.
00:01:08Je partirai de notre histoire contemporaine pour croiser un moment, un passé plus récent,
00:01:16jusqu'à remonter vers la Seconde Guerre mondiale et traiter en fin de parcours « Fairy Tale »,
00:01:22qui est le film d'Alexander Sokourov de 2023, qui est programmé à 21 heures dans cette même salle, je
00:01:29crois.
00:01:30Donc mon intervention, enfin mon cours, est aussi une invitation à voir ce film,
00:01:37tout à fait inclassable, singulier, dont je parlerai en toute fin d'intervention.
00:01:45Et c'est vrai que cette œuvre de Sokourov porte à l'écran quatre protagonistes de ce second conflit mondial,
00:01:53trois dictateurs, Hitler, Staline, Mussolini et un premier ministre britannique, Winston Churchill.
00:01:59Et il interroge notre rapport au passé depuis notre propre présent.
00:02:05Donc c'est un exemple d'un cinéma de la mémoire en lutte contre les formes d'organisation de mensonges
00:02:12dans l'histoire,
00:02:13sur le terrain même où ces mensonges, aujourd'hui,
00:02:16et Sokourov insiste beaucoup sur ce film qui croutrasse le passé,
00:02:21mais qui interroge, questionne notre présent,
00:02:25ce moment où les mensonges prolifèrent,
00:02:28suivant toutes sortes de formats plus ou moins dématérialisés.
00:02:33Alors c'est vrai que ce cours se situe aussi,
00:02:35et cette thématique de l'art du mensonge, je pense qu'elle ne sort de nulle part,
00:02:39se situe dans un contexte politique particulier,
00:02:43où le leader de la plus grande puissance mondiale,
00:02:47Donald Trump, réélu en 2024,
00:02:51a menti 30 573 fois
00:02:56durant son premier mandat entre 2016 et 2020,
00:02:59selon des comptes établis par le Washington Post.
00:03:03Alors c'est vrai que le mensonge est peut-être consubstantiel à la politique,
00:03:07on va le voir, mais nous avons affaire là, c'est vrai,
00:03:09de l'aveu même des politistes en général,
00:03:12à un phénomène sans doute unique dans l'histoire.
00:03:14Alors j'ai fait le calcul, juste pour information,
00:03:16mentir 30 573 fois en 4 ans,
00:03:20cela signifie tout de même mentir environ 20 fois par jour en public.
00:03:23Là, c'est les déclarations publiques du président américain.
00:03:27Alors le décompte semble aujourd'hui avoir été arrêté,
00:03:31en tout cas il n'est plus rendu public par le Washington Post,
00:03:34depuis que Jeff Bezos, patron d'Amazon et propriétaire du journal,
00:03:40et nouvel allié de Trump,
00:03:41a demandé aux rédactions du quotidien de ne plus attaquer frontalement l'actuel président.
00:03:49Et depuis ce moment-là, ces nombres insensés de mensonges ne sont plus publicisés.
00:03:54Alors je ne vais pas mettre en lumière les effets délibérés de ces mensonges compulsifs,
00:03:59formulés par Trump,
00:04:01avec notamment ce procédé que vous connaissez tous et toutes,
00:04:05ce procédé de répétition qui finit par faire ressembler le faux à du vrai,
00:04:12ou qui fait que le président et ses partisans finissent par croire à ce qu'il dit,
00:04:20et qui est pourtant éhontément faux.
00:04:24Mais j'essaierai plutôt de voir comment ces mensonges produisent, bien sûr,
00:04:29des fausses informations, mais favorisent surtout une porosité,
00:04:34toujours plus grande, entre le vrai et le faux.
00:04:37Et cette porosité, justement, elle est une des conditions d'entrer dans un régime totalitaire,
00:04:42selon la philosophe Anna Arendt,
00:04:45qui nous accompagnera une partie de ce cours.
00:04:50Et il s'agira surtout de voir comment ces mensonges contemporains dont je parle,
00:04:57et qui entretiennent une désinformation en flux tendu, si l'on peut dire,
00:05:02s'agencent à d'autres procédures de fabrication des images,
00:05:05comme les deepfakes,
00:05:07et comment ces deepfakes, à leur tour,
00:05:10constituent le terrain d'un nouveau genre de propagande à l'ère de l'IA.
00:05:15D'ailleurs, c'est l'une des hypothèses que l'on peut, je pense, avancer.
00:05:20Je l'avais un peu entrevue dans l'ouvrage que Zeynep a évoqué tout à l'heure,
00:05:24c'est « Fiction de Trump », sur la nouveauté du cas de Trump en démocratie,
00:05:28je précise bien en démocratie,
00:05:30à savoir qu'il a transformé sa communication politique
00:05:33en un réel culte de la personnalité,
00:05:36dont la finalité propagandiste est sous les yeux de tout le monde aujourd'hui.
00:05:42Alors on peut toujours dire, en général,
00:05:43que la communication politique fonctionne comme une propagande douce,
00:05:47au sens où elle véhicule un message,
00:05:49sans forcément avoir la volonté de transformer
00:05:51l'ensemble d'une nation au service d'une seule idéologie.
00:05:55Et pourtant, c'est ce qui est en train d'arriver dans l'Amérique de Trump,
00:06:00c'est du moins la pente qu'aimerait prendre clairement le président états-unien.
00:06:06Et par exemple, la tendance à discréditer la presse fait partie de cette stratégie,
00:06:13mais cette tendance-là a elle-même aussi une histoire récente,
00:06:20comme le rappelle justement Anna Arendt,
00:06:23dans un opus sur le mensonge en politique,
00:06:26qui est paru au lendemain de la publication des Pentagon Papers,
00:06:30les documents compromettants pour le secrétariat d'État à la Défense,
00:06:34le secrétariat à la Défense, pardon, américain,
00:06:37publié en 1971, en pleine guerre du Vietnam.
00:06:41Et Anna Arendt dit dans cet essai de circonstances,
00:06:46elle rappelle que l'équipe de Nixon-Agnu,
00:06:48donc président et vice-président du ticket présidentiel,
00:06:52projetait une compagne organisée visant,
00:06:55je cite Anna Arendt,
00:06:57à détruire la crédibilité de la presse
00:07:00avant les élections présidentielles de 1972.
00:07:03Donc cette volonté de destruction
00:07:07est bien sûr à l'œuvre dans la seconde administration Trump,
00:07:10plus intensément encore que dans la première,
00:07:12et sans doute à des degrés encore plus forts
00:07:14que ceux que peut-être Nixon imaginait de son côté.
00:07:20Et tous les mensonges professés par le président américain
00:07:24participent à cette stratégie de destruction de la presse
00:07:27dont la crédibilité baisse au fur et à mesure
00:07:30que la diffusion de ces mensonges et des deepfakes
00:07:33aussi postés et partagés par le président augmente.
00:07:37Et c'est vrai que l'intelligence artificielle générative
00:07:41est une arme aussi redoutable dans cette diffusion
00:07:44à grande échelle, tout à fait redoutable
00:07:49pour la compréhension de notre présent
00:07:51comme pour l'élaboration de notre futur.
00:07:55Et Trump a bien saisi ce trait
00:07:57comme en témoigne, je pense,
00:07:59l'extension du domaine des deepfakes,
00:08:01pardon, des fake news, selon lui.
00:08:03Lui qui ne cesse pas d'en propager massivement
00:08:06de son côté.
00:08:07Et c'est vrai que cette expression fake news
00:08:11utilisée par Trump pour désigner
00:08:14les principaux organes de presse
00:08:15encore indépendants américains
00:08:17est en réalité employée à chaque fois,
00:08:21c'est pas très compliqué de s'en rendre compte,
00:08:23de le constater en tout cas,
00:08:24qu'une contrainte, qu'une contrariété
00:08:26ou qu'un obstacle est posé sur la route
00:08:30d'un contrôle potentiellement illimité
00:08:35du réel par Trump.
00:08:37Et c'est là que les deepfakes générés
00:08:39par les intelligences artificielles
00:08:42prennent le relais des fake news
00:08:44dans ce déni délibéré de la réalité,
00:08:49déni qui masque, d'ailleurs,
00:08:51dans certains cas, moins la vérité des faits,
00:08:53qu'il exprime un mécontentement,
00:08:55un agacement du président
00:08:56face à un réel qui lui résiste.
00:09:00Alors j'aimerais vous montrer une première...
00:09:03Voilà, j'ai quelques, cinq ou six extraits
00:09:06à vous montrer, voilà,
00:09:08d'extraits de différentes factures,
00:09:10de différents formats.
00:09:12Là, il s'agit d'une conférence de presse
00:09:15qui se déroule l'automne dernier
00:09:18à la Maison-Blanche.
00:09:19Et une question est posée à Trump.
00:09:22Peut-être que vous avez vu ces images-là,
00:09:24vous vous en souvenez,
00:09:25sur des jets de sacs poubelle
00:09:29depuis un étage, le premier étage,
00:09:31je crois, de la Maison-Blanche.
00:09:33Donc c'est un événement pour le moins inhabituel.
00:09:36On voit des sacs de 50 litres,
00:09:38comme ça, tomber,
00:09:39être jetés par des individus
00:09:41dont on ne voit pas l'identité,
00:09:43donc à l'extérieur du bâtiment
00:09:46et tomber, donc, sur 10 mètres au sol.
00:09:49Alors, il y a toute une série de questions
00:09:52qui en découlent.
00:09:53Qui a-t-il dans ces sacs ?
00:09:55Pourquoi les jettent-on par la fenêtre ?
00:09:57Qui a demandé à ce qu'on les jette ainsi ?
00:10:00Et on va voir, donc, cette...
00:10:02Voilà, je vais vous montrer
00:10:03une minute trente environ
00:10:04de cette conférence de presse.
00:10:06Alors, c'est en anglais,
00:10:08non sous-titré,
00:10:11mais, voilà, en fait,
00:10:12un journaliste demande ce qu'il en pense
00:10:14au président.
00:10:16Et voilà, je traduirai peut-être juste après
00:10:18pour ne pas spoiler complètement la séquence.
00:10:21Donc voilà, première séquence.
00:10:23...
00:10:26...
00:10:30Voilà, vous soyez bien attentifs aussi
00:10:32aux dispositifs médiatiques,
00:10:34avec un journaliste qui va apporter
00:10:36une image-preuve
00:10:38de ce jet de poubelle
00:10:39que Trump nie.
00:10:43...
00:10:46...
00:10:46...
00:10:46...
00:10:46...
00:10:46...
00:10:46...
00:10:46...
00:10:46Il y a une vidéo qui est circulée en ligne de la White House
00:10:50où il y a une window est open pour les résidents d'un upstairs
00:10:54et quelqu'un a throwé un grand bagel out de la window.
00:10:57Vous avez vu ça?
00:10:58Non, c'est probablement AI.
00:11:02Donc, vous ne pouvez pas ouvrir les windows.
00:11:04Vous savez pourquoi?
00:11:05Ils sont tous armés et bulletproof.
00:11:08Donc, c'est un fake vidéo?
00:11:09Il y a de ça, parce que je sais que chaque window up là.
00:11:12Le dernier lieu que je vais faire c'est parce qu'il y a des caméras
00:11:15all over the place, right, including yours.
00:11:17No, but every window, I've never seen a window that's...
00:11:21In fact, my wife was complaining about it the other day.
00:11:24She said, love to have a little fresh air come in,
00:11:26but you can't.
00:11:27They're bulletproof.
00:11:30And number one, they're sealed.
00:11:31And number two, each window weighs about 600 pounds.
00:11:34You have to be pretty strong to open them up.
00:11:36No, that has to be...
00:11:37Where was the window?
00:11:38Let me see.
00:11:44Maybe for the renovations?
00:11:49Which is the window?
00:11:50It looks like this is on the 15th Street side, I think.
00:11:53So right here.
00:11:56Yeah, those windows are sealed.
00:11:57Those windows are all sealed.
00:11:59You can't open them.
00:12:03It's the kind of thing they do.
00:12:05And one of the problems we have with AI, it's both good and bad.
00:12:08If something happens really bad, just blame AI.
00:12:11But also they create things, you know?
00:12:13It works both ways.
00:12:15If something happens that's really bad,
00:12:17maybe I'll have to just blame AI.
00:12:18But there's truth to it because I see so many phony things.
00:12:21I saw something as I was growing up from the time I was a baby till now.
00:12:26I said, who did that?
00:12:29It was AI generated.
00:12:31So it's a little bit scary, to be honest with you.
00:12:34But those windows are all very heavily sealed.
00:12:37Voilà.
00:12:38Donc, négation par le président.
00:12:42Donc, un fait qui est en plus documenté.
00:12:45Le journaliste apporte la vidéo que je ne vais pas vous montrer.
00:12:48Donc, de ces jets de sac poubelle.
00:12:50avec ce dispositif de la conférence de presse en direct,
00:12:54qui permet de révéler cette stratégie en acte dont je parlais tout à l'heure.
00:12:58Toute réalité qui pousse le président dans ses retranchements
00:13:03bascule du côté d'une production générée par intelligence artificielle.
00:13:08Alors, Trump apporte des éléments de preuve.
00:13:10Il dit, voilà, qu'on ne peut pas ouvrir ses fenêtres,
00:13:14protéger contre des vitres pare-balles.
00:13:16Elles sont extrêmement lourdes.
00:13:18Et même Mélania qui veut de l'air frais dans la Maison-Blanche,
00:13:20on ne peut pas les ouvrir pour sa femme, etc.
00:13:24Et donc, ce qui est intéressant, c'est ce qu'il dit aussi,
00:13:26voilà, ça peut être l'IA, ça fait peur.
00:13:30C'est à la fois un outil formidable,
00:13:34mais aussi, possiblement, une arme aux mains des mêmes personnes
00:13:38qui véhiculent des fake news contre Trump.
00:13:42Même si ce que ce dernier appelle fake news correspond le plus souvent à la vérité.
00:13:50Donc voilà, c'est vraiment une séquence, pour moi, symptomatique de ce relais
00:13:57où les images générées par intelligence artificielle
00:14:01prennent le relais de ce que Trump appelle fake news.
00:14:04Alors, si le mensonge est un art, c'est aussi parce qu'il existe depuis longtemps en politique,
00:14:09sans même être indissociable, d'une action politique soucieuse d'arriver à ses fins,
00:14:15si l'on entend par cette action un désir de conserver le pouvoir,
00:14:19au profit, bien sûr, de celui qu'il exerce,
00:14:21davantage qu'à des fins émancipatrices,
00:14:24qui concerneraient une population dans son entièreté.
00:14:28Et voilà, c'est Anna Arendt, sur ce point, dans ce même texte de 1971,
00:14:33sur mensonge et politique.
00:14:35Elle dit que le secret, la tromperie, la falsification délibérée
00:14:38et le mensonge, pur et simple, employé comme moyen légitime
00:14:42de parvenir à la réalisation d'objectifs politiques,
00:14:45font partie de l'histoire aussi loin qu'on remonte dans le passé.
00:14:50Donc, l'art du mensonge, pour reprendre le titre du cycle du Forum des images,
00:14:56est un art de la déformation du réel.
00:14:59C'est une évidence, mais ce qui est peut-être nouveau,
00:15:03dans ce qu'on vit actuellement, c'est l'agressivité aussi permettant cette déformation
00:15:08qui atteint des nouveaux seuils avec Trump.
00:15:12Et Anna Arendt, qui est très utile de relire aujourd'hui,
00:15:15en appelle justement à une attention conjointe portée à l'une comme à l'autre.
00:15:22Et c'est étonne qu'on n'ait pas davantage étudié justement cette...
00:15:27Quelques citations aussi.
00:15:31Cette aptitude à déformer par la pensée et par la parole
00:15:34tout ce qui se présente clairement comme un fait réel.
00:15:41J'aime assez cette idée d'une capacité active or agressive
00:15:44dans cette déformation de la réalité.
00:15:49Et Arendt met en avant une faculté qui autorise cette déformation
00:15:53dans ce même texte, aussi bien du côté de celui ou de celle
00:15:57qui la produit que du côté de ceux ou de celles qui la subissent.
00:16:02Et ces facultés, c'est celle de l'imagination.
00:16:05C'est l'imagination comme faculté suscitante
00:16:10qui permet d'envisager telle ou telle transformation des faits,
00:16:14c'est-à-dire autrement qu'ils sont.
00:16:18Et ces transformations ne sont possibles, nous dit Anna Arendt,
00:16:21que du fait que nous possédons la faculté de nous écarter
00:16:24par la pensée de notre environnement
00:16:26et d'imaginer que les choses pourraient être différentes
00:16:30de ce qu'elles sont en réalité.
00:16:32C'est-à-dire que la négation délibérée de la réalité,
00:16:35la capacité de mentir, selon elle,
00:16:37et la possibilité de modifier les faits liés à la faculté d'agir
00:16:41sont intimement liées.
00:16:43Elles procèdent, je cite Anna Arendt,
00:16:46l'une et l'autre de la même source, l'imagination.
00:16:49Donc, en un sens, on peut dire que Trump a une imagination
00:16:52tout à fait débordante en matière de négation de la réalité
00:16:54et sa capacité de nuisance, par exemple,
00:16:58de refaçonner l'histoire états-unienne,
00:17:00ne serait rien sans cette faculté d'imaginer les faits
00:17:05autrement qu'ils sont.
00:17:06Et c'est aussi la preuve.
00:17:08Et Trump, d'une certaine façon, nous le rappelle sans cesse
00:17:11d'une extrême fragilité des faits,
00:17:14de leur contingence, de leur malléabilité.
00:17:17Et Anna Arendt, dans cet essai visionnaire
00:17:20que je vous invite vraiment à lire,
00:17:23y insiste, elle aussi,
00:17:25en se mettant à la place des historiens et des historiennes
00:17:28qui savent avec quelle facilité,
00:17:31surtout dans les périodes tourmentées de l'histoire,
00:17:34la réalité effective des faits peut être déchirée.
00:17:38C'est le terme qu'elle utilise
00:17:40par une succession consciente de mensonges.
00:17:43C'est ce qu'elle dit ici.
00:17:44J'ai quelques citations, pas beaucoup à vous proposer.
00:17:51Voilà, l'historien sait à quel point est vulnérable
00:17:54la trame des réalités.
00:17:58Elle peut être sans cesse déchirée
00:18:00par les faits des mensonges isolés,
00:18:01mises en pièce par les propagandes organisées
00:18:04et mensongères de groupes, de nations, de classes, etc.
00:18:08Et là, on retrouve justement cette idée de propagande
00:18:13sur laquelle, effectivement, il faut s'entendre
00:18:16dans l'optique, justement, d'étudier cet agencement
00:18:20entre mensonges, images en mouvement et propagande
00:18:23et de questionner corrélativement,
00:18:26c'est l'objet de ce cours,
00:18:28les potentiels de contre-offensive du cinéma
00:18:32face à des stratégies de propagande
00:18:35de plus en plus agressives
00:18:38et où le « bullshit »,
00:18:39pour reprendre l'expression anglaise,
00:18:43abonde.
00:18:44C'est-à-dire, non pas simplement
00:18:46le « n'importe quoi »,
00:18:49mais tout simplement,
00:18:51je vais être très grossier,
00:18:52je vous demande de m'excuser,
00:18:54tout simplement,
00:18:56la merde, mais la merde,
00:18:57je reprends ce terme,
00:18:58au stratège en chef
00:18:59de la première campagne de Trump en 2016,
00:19:03Steve Bannon,
00:19:04qui déclarait alors que,
00:19:06pour battre les démocrates,
00:19:08il fallait « to flood the zone with shit »,
00:19:10d'inonder la zone avec de la merde.
00:19:13Voilà, on était l'été 2016,
00:19:16la stratégie sera payante.
00:19:18Encore, faut-il voir ce « bullshit » de près
00:19:21et considérer en quel sens aussi
00:19:24se distingue du mensonge.
00:19:26Il y a un philosophe américain
00:19:28très intéressant,
00:19:29Harry Frankfurt,
00:19:30qui a distingué les deux, justement.
00:19:32Il a écrit un ouvrage en 2005,
00:19:34qui s'appelle « On Bullshit »,
00:19:37et selon lui,
00:19:39le menteur connaît parfaitement la vérité
00:19:43et s'efforce de la cacher.
00:19:46Tandis que le bullshitter,
00:19:48lui, se moque de savoir
00:19:50si ce qu'il dit est vrai ou faux.
00:19:53Je trouve que c'est une distinction assez fine,
00:19:56justement, surtout lorsqu'il s'agit
00:19:57de considérer un peu la place de la vérité
00:19:59dans la propagande par l'image
00:20:01et des ripostes que le cinéma
00:20:03est susceptible de lui adresser
00:20:06et qui constitue, on verra,
00:20:08la seconde partie de ce cours.
00:20:11Donc, les deepfakes, justement,
00:20:13n'est-ce pas là un régime d'image
00:20:15où, justement, la séparation
00:20:19du vrai et du faux
00:20:22devient accessoire.
00:20:23On peut faire quelques constats
00:20:26assez élémentaires
00:20:27dans un deepfake.
00:20:31La question du référent réel
00:20:33ne se pose plus.
00:20:35Les détails dans l'image
00:20:37n'ont plus de force probatoire.
00:20:39La source des images
00:20:40renvoie à des calculs statistiques
00:20:41d'où le binôme de l'intentionnel
00:20:43et du non-intentionnel a disparu.
00:20:47Et, voilà, par conséquent,
00:20:49il n'existe plus aucun caractère
00:20:51équivoque de l'image.
00:20:52Alors, il y a ce qu'on appelle
00:20:53des hallucinations, des erreurs,
00:20:54des glitchs, mais je mets ça de côté.
00:20:57Il n'y a plus quelque chose
00:20:58qui forcément résiste en elle
00:21:01et qui nous résiste aussi
00:21:02par la même occasion.
00:21:03Nous avons affaire à un pur message
00:21:06plutôt qu'à une image impure
00:21:08et un message fatalement agressif
00:21:10pour reprendre, donc,
00:21:11dans un autre contexte,
00:21:13cet adjectif utilisé,
00:21:15comme on l'a vu il y a peu,
00:21:16par Anna Arendt.
00:21:19Et, justement,
00:21:21je voulais vous montrer
00:21:22un deuxième extrait.
00:21:25La projection,
00:21:27une vidéo
00:21:31générée par IA
00:21:32est postée, partagée
00:21:36par le président américain
00:21:38à l'automne 2005.
00:21:39C'était au moment
00:21:39des grandes manifestations
00:21:41« no king »,
00:21:43c'est-à-dire
00:21:44dans tous les États-Unis,
00:21:46dans tous les États,
00:21:48des manifestants et des manifestantes
00:21:49se sont mobilisés
00:21:50pour dire qu'un président
00:21:52aux États-Unis
00:21:53n'est pas un roi
00:21:54et que la République
00:21:54n'est pas une monarchie.
00:21:57Et c'est énormément de gens
00:21:58qui ont des millions
00:21:59et des millions de gens
00:22:00qui sont descendus
00:22:02dans la rue.
00:22:04Et Donald Trump
00:22:06poste un extrait,
00:22:08enfin, une vidéo
00:22:08dont je vais vous montrer
00:22:09un extrait,
00:22:11où l'on voit
00:22:12le roi Trump
00:22:13en posture militaire
00:22:16puisqu'il pilote lui-même
00:22:18un avion de chasse.
00:22:20Et vous allez voir
00:22:21que le mot de « shit »
00:22:23en anglais
00:22:24que j'évoquais tout à l'heure,
00:22:25que je ne confonds pas
00:22:25avec le « bullshit »,
00:22:26mais enfin,
00:22:27je le prends aussi
00:22:28au sens de Steve Bannon
00:22:31et là, littéralement,
00:22:32dans cette vidéo.
00:22:34Donc, voilà ce que ça donne.
00:22:43Voilà, c'est très court,
00:22:45c'est 25 secondes,
00:22:4622 secondes,
00:22:47heureusement d'ailleurs.
00:22:52Voilà, donc,
00:22:53« ripost » de Trump
00:22:57par une vidéo générée
00:22:58par IA,
00:23:01contre les manifestants
00:23:02qui descendent
00:23:03dans la rue contre lui.
00:23:25Voilà, donc là,
00:23:27on voit...
00:23:31Voilà, donc,
00:23:33la posture,
00:23:34donc,
00:23:35le pilote d'avion de chasse
00:23:37de Trump,
00:23:39voilà,
00:23:39compétence qu'il n'a pas,
00:23:40même si c'est le commandant
00:23:41en chef
00:23:42des armées états-uniennes.
00:23:44Bon, on a cette posture
00:23:45qui est clairement,
00:23:46évidemment,
00:23:46hiérarchique,
00:23:47avec ce regard vertical
00:23:48sur lequel insiste
00:23:49au début de la vidéo
00:23:50et qui témoigne
00:23:51de cette position
00:23:52de hauteur.
00:23:53Bon, ça, c'est une évidence
00:23:54et une verticalité
00:23:55qui est aussi accentuée
00:23:56par le mouvement descendant
00:23:58de ces matières fécales
00:24:00à envoyer indifféremment
00:24:01sur les manifestants
00:24:03qui se trouvent
00:24:04à New York,
00:24:04à Times Square,
00:24:05en l'occurrence.
00:24:07Alors, c'est un récit
00:24:08qui est bref,
00:24:11qui est informable,
00:24:11bien sûr,
00:24:12qui facilite aussi
00:24:13le partage
00:24:14sur les médias sociaux
00:24:17et il est surtout
00:24:18purement fictionnel,
00:24:20c'est une pure invention,
00:24:21évidemment,
00:24:22mais malgré cela,
00:24:24il exprime une forme
00:24:25de littéralité troublante.
00:24:27Je pense que Trump
00:24:29considère vraiment
00:24:30les personnes
00:24:31qui manifestent
00:24:32contre lui
00:24:32comme cette matière fécale
00:24:34qu'il envoie
00:24:35depuis son avion de chasse
00:24:37et nombreux
00:24:38sont ses partisans
00:24:40qui pensent
00:24:40comme lui.
00:24:42Donc là,
00:24:42ce qui me semble
00:24:43vraiment très intéressant
00:24:44et nouveau,
00:24:45c'est comment
00:24:46la plus grande
00:24:48artificialité,
00:24:48cette image,
00:24:49message,
00:24:50produit par une IA,
00:24:53rejoint, en fait,
00:24:53une authentique
00:24:55intériorité d'un homme,
00:24:56sa vérité profonde.
00:24:58Et donc,
00:24:59je trouve que,
00:25:00voilà,
00:25:01très parlante
00:25:03dans ce sens-là.
00:25:04Et je pense,
00:25:06évidemment,
00:25:06que ces deepfakes
00:25:07favorisent aussi
00:25:09une forme
00:25:09de propagande
00:25:10qui réécrit
00:25:12l'histoire passée
00:25:13ou l'actualité présente,
00:25:14la transforme,
00:25:15la délaisse aussi
00:25:16de pas entier,
00:25:17de coordonnées
00:25:18qui permettent
00:25:19d'en saisir
00:25:19la part d'événements,
00:25:21de ruptures.
00:25:21Rien n'est dit,
00:25:22évidemment,
00:25:22sur les raisons
00:25:23de ces manifestations
00:25:25knocking.
00:25:27Alors,
00:25:27quelle est,
00:25:27toutefois,
00:25:28la fonction
00:25:29d'un deepfake
00:25:30comme celui-ci
00:25:31que nous venons
00:25:32de voir,
00:25:33indépendamment
00:25:34de l'expression
00:25:35d'une pensée
00:25:35extrêmement clivante ?
00:25:37On peut se demander,
00:25:38d'ailleurs,
00:25:38si les IA génératives
00:25:41ne sont pas
00:25:43principalement utilisées
00:25:44pour signaler,
00:25:44voire surligner,
00:25:45des clivages
00:25:47irréconciliables
00:25:47entre différents pans
00:25:48d'une société.
00:25:49Ça,
00:25:49c'est une autre question
00:25:51que j'ouvre aussi.
00:25:54Mais,
00:25:55voilà,
00:25:55pour répondre
00:25:56à la question précédente,
00:25:58j'aimerais revenir
00:25:59justement à ce que
00:25:59j'avais évoqué tout à l'heure,
00:26:00cette articulation
00:26:01entre histoire,
00:26:02cinéma
00:26:03et propagande.
00:26:06Et il y a
00:26:07un ouvrage
00:26:08très intéressant,
00:26:09un collectif
00:26:10dirigé par
00:26:11un historien du cinéma
00:26:12de la Seconde Guerre mondiale,
00:26:13Jean-Pierre Bertin Maguitte,
00:26:15qui a co-dirigé,
00:26:19diriger, pardon,
00:26:20un livre collectif
00:26:20qui s'intitule
00:26:21l'histoire mondiale
00:26:22du cinéma
00:26:22de propagande
00:26:25et distingue
00:26:26trois manières
00:26:27en fait
00:26:27de rapporter
00:26:29le cinéma
00:26:30et l'image en mouvement
00:26:32à l'histoire,
00:26:32mais principalement
00:26:33le cinéma.
00:26:34Il dit,
00:26:35voilà,
00:26:36le cinéma
00:26:37représente l'histoire,
00:26:38le cinéma
00:26:40reconstruit l'histoire
00:26:41ou le cinéma
00:26:42influence l'histoire.
00:26:43Alors, il précise
00:26:45que ces trois manières
00:26:45ne sont pas exclusives
00:26:47l'une de l'autre,
00:26:49tout en précisant
00:26:50que c'est la troisième,
00:26:51c'est-à-dire
00:26:52le cinéma
00:26:53influence l'histoire
00:26:54qui relève
00:26:54principalement
00:26:55d'une démarche
00:26:57de propagande
00:26:58et on pourrait d'ailleurs
00:26:59se demander
00:26:59si la reconstruction
00:27:00de l'histoire
00:27:01par le cinéma
00:27:02ne se divise pas
00:27:03elle-même
00:27:03en deux types.
00:27:04D'une part,
00:27:06je vais avoir
00:27:07quelques exemples
00:27:08tout à l'heure,
00:27:08une reconstruction
00:27:09visant à révéler
00:27:10la puissance
00:27:10de rupture
00:27:11des événements
00:27:12historiques
00:27:13en préservant
00:27:14une exigence
00:27:14historienne
00:27:15qui consiste
00:27:16à respecter
00:27:17les faits
00:27:17avec lesquels
00:27:18cette rupture
00:27:18se confond,
00:27:19de l'autre,
00:27:20une reconstruction
00:27:21visant au contraire
00:27:22à tromper,
00:27:23à déformer l'histoire
00:27:24et nous retombons
00:27:25alors sur
00:27:26une façon
00:27:27d'influencer
00:27:28notre lecture
00:27:29de l'histoire.
00:27:30Alors, Trump,
00:27:31on n'est pas cinéaste
00:27:32mais je pense
00:27:33que c'est un inventeur
00:27:35créateur
00:27:36de formes audiovisuelles
00:27:38et c'est en ce sens
00:27:39qu'il faut l'apprécier
00:27:40dans sa démarche
00:27:42propagandiste
00:27:43qui vise à distiller
00:27:44le poison
00:27:44de l'idéologie
00:27:45maga
00:27:45pour que
00:27:46le plus grand nombre
00:27:47y adhère.
00:27:49Et justement,
00:27:49cette vocation
00:27:50à l'adhésion
00:28:00constitue
00:28:00l'une des définitions
00:28:01de la propagande,
00:28:02celle que donne
00:28:03en tout cas,
00:28:05un auteur
00:28:05qui mériterait
00:28:06aussi d'être relu
00:28:07ou redécouvert.
00:28:08Il y a un colloque
00:28:09notamment prévu
00:28:10sur Jacques Ellul
00:28:12bientôt
00:28:13dans son livre
00:28:14Propagande
00:28:15qui est un classique
00:28:16un peu sur la propagande
00:28:17de 1962
00:28:17et il dit bien
00:28:20que la propagande
00:28:21ça vise avant tout
00:28:23à obtenir l'adhésion
00:28:25à un système
00:28:26idéologique
00:28:27adhésion
00:28:27qui devra ensuite
00:28:28entraîner
00:28:29un certain nombre
00:28:29de gestes corrélatifs.
00:28:31Alors,
00:28:33je trouve que
00:28:33la notion d'adhésion
00:28:34est importante
00:28:35parce qu'elle nous déplace
00:28:36aussi du côté
00:28:38du désir.
00:28:40Je pense que ce point
00:28:40est très important
00:28:42car il permet
00:28:43de lever aussi
00:28:44un cliché
00:28:45tenace
00:28:46qui affecte
00:28:47notre conception
00:28:48de la propagande
00:28:49celle qui consiste
00:28:50à dire que
00:28:51la propagande
00:28:52comme manière
00:28:53d'influencer
00:28:54notre appréhension
00:28:55d'un temps présent
00:28:55récent
00:28:56ou même lointain
00:28:58ça bat en fait
00:28:59sur une population
00:29:00supposée passive
00:29:01et surtout
00:29:02abrutie.
00:29:04Alors,
00:29:04non,
00:29:05la propagande
00:29:06ne s'adresse pas
00:29:06à des sous-développés
00:29:08intellectuels
00:29:08c'est aussi
00:29:09ce que dit
00:29:10Bertin Maguide
00:29:10dans la préface
00:29:11à son ouvrage
00:29:13sur cette histoire mondiale
00:29:15du cinéma
00:29:16de propagande.
00:29:16Et plus récemment
00:29:19le philosophe Jacques Rancière
00:29:23formule aussi
00:29:24autrement
00:29:24une idée similaire.
00:29:26En 2022
00:29:27il fait paraître
00:29:27les 30 inglorieuses
00:29:29et il déclare
00:29:32que voilà
00:29:32certains
00:29:33je le cite
00:29:34c'est un texte
00:29:35sur Trump
00:29:36la fin de la présidence
00:29:37de Trump
00:29:37en 2021
00:29:38donc avant sa réélection
00:29:40juste quand il a quitté
00:29:42le pouvoir
00:29:43en janvier 2021
00:29:44il déclare
00:29:45que certains
00:29:46voudraient encore
00:29:46s'accrocher
00:29:47à la vieille planche
00:29:48de salut.
00:29:49Ceux qui ne veulent pas
00:29:49reconnaître les faits
00:29:50seraient des ignorants
00:29:51mal informés
00:29:53ou des esprits
00:29:53crédules
00:29:54trompés par des fake news.
00:29:56Et pour Rancière
00:29:57les électrices
00:29:58et électeurs
00:29:59savent pertinemment
00:30:02que leur idole
00:30:03car il s'agit bien
00:30:03parfois d'idolâtrie
00:30:05avec Trump
00:30:05ment sans arrêt
00:30:06constamment même.
00:30:08Et ce savoir
00:30:08ne les empêche toutefois pas
00:30:10de voter
00:30:10ou de re-voter
00:30:11pour Trump
00:30:13est quelque chose
00:30:14en fait
00:30:15de plus essentiel
00:30:16ce jour
00:30:16il s'agit
00:30:18sinon
00:30:19d'une forme
00:30:20de désir
00:30:21un peu grégaire
00:30:21en tout cas
00:30:22d'une passion
00:30:22commune
00:30:24qui reconduit
00:30:25un sentiment
00:30:25de supériorité
00:30:27des uns
00:30:28sur les autres
00:30:29et je vous donne
00:30:30cette citation
00:30:34de Jacques Rancière
00:30:36extraite
00:30:36de ce texte
00:30:38que vous trouvez
00:30:39dans les 30
00:30:39inglorieuses
00:30:42où il déconstruit
00:30:44en fait
00:30:46cette idée
00:30:47que les électeurs
00:30:48électriques de Trump
00:30:49ce sont tous
00:30:49des abrutis
00:30:51et au profit
00:30:53de quoi
00:30:53son explication
00:30:54se décale
00:30:55du côté
00:30:56justement
00:30:56d'un système
00:30:57ce qu'il appelle
00:30:58un système
00:30:58d'affect
00:31:01qui ne relève
00:31:02pas du ressentiment
00:31:03ou de la frustration
00:31:04comme on l'entend
00:31:05d'ailleurs
00:31:05un petit peu
00:31:05dans des pays
00:31:07où tendances
00:31:09similaires
00:31:10se dessinent
00:31:10mais au contraire
00:31:12ça c'est typiquement
00:31:13un renversement
00:31:15de lecture
00:31:16que propose
00:31:17Rancière
00:31:17sur la satisfaction
00:31:18de sa condition
00:31:21et ça repose
00:31:22finalement
00:31:24sur
00:31:25justement
00:31:25cette passion
00:31:27de l'inégalité
00:31:28celle qui permet
00:31:30également
00:31:30aux riches
00:31:31et aux pauvres
00:31:31de se trouver
00:31:32une multitude
00:31:33d'inférieurs
00:31:34sur lesquelles
00:31:34ils doivent à tout prix
00:31:35conserver
00:31:36leur supériorité
00:31:39et Rancière
00:31:39justement
00:31:40de renverser
00:31:40à partir
00:31:41de cette passion
00:31:41de l'égalité
00:31:42qui offre
00:31:42une lumière neuve
00:31:43je pense
00:31:44sur les raisons
00:31:44du vote Trump
00:31:45même si ces raisons
00:31:47charrient
00:31:48si son lot
00:31:48d'irrationnel
00:31:51Rancière
00:31:51très mystérieusement
00:31:52parle d'irrationnel
00:31:53dans ce texte
00:31:53qui est une catégorie
00:31:54qu'il utilise très rarement
00:31:56j'ai pas le temps
00:31:56de développer ce point
00:31:58mais en tout cas
00:31:59ce que veut dire Rancière
00:31:59c'est qu'il existe
00:32:01derrière ce système
00:32:02d'affect
00:32:02derrière cette passion
00:32:04de l'inégalité
00:32:04c'est une logique
00:32:07assez limpide
00:32:08une logique d'affect
00:32:09qui a le mérite
00:32:10justement de court-circuiter
00:32:11l'idée reçue
00:32:12selon laquelle
00:32:12les électeurs
00:32:13et électrices de Trump
00:32:14boivent tous ces mensonges
00:32:16parce qu'ils seraient stupides
00:32:17ou incapables
00:32:20de discerner
00:32:22le vrai du faux
00:32:23deuxième et autre citation
00:32:26dernière citation
00:32:27de Rancière
00:32:31qui me paraît assez limpide
00:32:33dans son renversement
00:32:34des idées reçues
00:32:35sur ces électrices
00:32:36et électreurs
00:32:37il ne s'agit pas
00:32:38de les considérer
00:32:40comme des cerveaux faibles
00:32:43convaincus
00:32:44par ces discours
00:32:45et par les fausses informations
00:32:46qu'ils véhiculent
00:32:47ils ne croient pas
00:32:48au sens où ils tiendraient
00:32:49pour vrai ce qu'ils disent
00:32:51ils croient au sens
00:32:52où ils sont heureux
00:32:52d'entendre ce qu'ils entendent
00:32:54un plaisir qui peut
00:32:55tous les 4 ou 5 ans
00:32:56s'exprimer par un bulletin de vote
00:32:58ou plus simplement
00:32:59par un like
00:33:01donc le mensonge
00:33:02qu'il soit discursif
00:33:05ou visuel
00:33:05est toujours condamnable
00:33:08bien sûr
00:33:08mais sa dénonciation
00:33:09est toujours seconde
00:33:10par rapport
00:33:11au monde commun
00:33:12qu'il ouvre
00:33:12et qu'il permet
00:33:13de consolider
00:33:14c'est un peu la leçon
00:33:16de Rancière
00:33:17de prendre en compte
00:33:18avant de dénoncer
00:33:19les 30 000 mensonges
00:33:23de Trump
00:33:24ou les 60 000 aujourd'hui
00:33:26de voir un petit peu
00:33:27quel monde commun
00:33:28se cristallise là
00:33:31et surtout
00:33:32un chef d'état
00:33:33n'est jamais seul
00:33:34dans sa manière
00:33:35d'influencer l'histoire
00:33:37passée ou contemporaine
00:33:38il est entouré
00:33:39de toute une équipe
00:33:40de colporteurs
00:33:41qui participent
00:33:42à l'élaboration
00:33:43d'un récit
00:33:43d'un narratif
00:33:44comme disent les américains
00:33:46dont l'agressivité
00:33:47je l'ai indiqué
00:33:49nous éclaire
00:33:50sur son devenir
00:33:52autoritaire
00:33:53et Rancière
00:33:53d'ailleurs
00:33:54est très clair
00:33:54aussi
00:33:54sur ses colporteurs
00:33:58c'est un substantif
00:33:59que je reprends
00:33:59au verbe qu'il utilise
00:34:00puisqu'il dit
00:34:01ce qui colporte
00:34:02les fausses informations
00:34:03ne sont ni des naïfs
00:34:05qui les imaginent vrais
00:34:07ni des cyniques
00:34:07qui les savent fausses
00:34:08ce sont simplement
00:34:09des gens
00:34:10qui ont envie
00:34:10que ce soit comme ça
00:34:12envie de voir
00:34:13de penser
00:34:14de sentir
00:34:14de vivre
00:34:15dans la communauté sensible
00:34:16qui tisse ces paroles
00:34:18alors ceci dit
00:34:19cette communauté sensible
00:34:20dont part Rancière
00:34:21est l'effet aussi
00:34:21d'une construction
00:34:23par le discours
00:34:24et par les images
00:34:24qui les accompagnent
00:34:25ou inversement
00:34:26par les images
00:34:27et par le langage
00:34:28écrit ou oral
00:34:29qu'il est légende
00:34:31c'est l'une des tâches
00:34:32critiques du cinéma
00:34:33quand il s'engage
00:34:34dans le démontage
00:34:35de ces stratégies
00:34:37d'orientation
00:34:37de la pensée
00:34:38qui relèvent
00:34:38on l'a vu
00:34:39d'une forme
00:34:39de propagande
00:34:41dès lors qu'elle tend
00:34:42vers une adhésion
00:34:43sans reste
00:34:44à une idéologie
00:34:47alors
00:34:48et je pense
00:34:49qu'il est important
00:34:49aussi de noter
00:34:50que cette démarche
00:34:51critique du cinéma
00:34:53ne doit pas se situer
00:34:55justement
00:34:55du côté
00:34:56d'une
00:34:57peut-être que les autres
00:34:58intervenants
00:34:59et intervenantes
00:34:59dans ces cours
00:35:00l'ont indiqué
00:35:00mais du côté
00:35:01d'une défense
00:35:02trop affirmée
00:35:03ou trop explicite
00:35:04de la raison
00:35:06dans un rapport
00:35:06d'opposition
00:35:07entre mensonge
00:35:08et raison
00:35:08précisément
00:35:09parce que
00:35:11le mensonge
00:35:12on vient le voir
00:35:12se situe aussi
00:35:13sur le terrain
00:35:14de l'effectuation
00:35:15d'un désir
00:35:16d'une passion
00:35:18d'un monde commun
00:35:20aussi hiérarchique
00:35:21et inégalitaire
00:35:23soit-il
00:35:24il s'agit plutôt
00:35:25de se situer
00:35:26au niveau
00:35:26de la charge affective
00:35:27que l'art politique
00:35:29du mensonge
00:35:30véhicule
00:35:30c'est ce que
00:35:31la lecture du texte
00:35:32d'Anna Arendt
00:35:34suggère à sa façon
00:35:35et on retrouve
00:35:36d'ailleurs
00:35:36une convergence
00:35:38de pensées
00:35:39assez singulières
00:35:39entre Arendt
00:35:40et Rancière
00:35:42et comme l'écrit
00:35:43l'autrice
00:35:44du texte
00:35:45du mensonge
00:35:46en politique
00:35:47dit que
00:35:48la tromperie
00:35:49n'entre jamais
00:35:50en conflit
00:35:51avec
00:35:54la raison
00:35:57le mensonge
00:35:58est souvent
00:35:58plus plausible
00:35:59plus tentant
00:36:00pour la raison
00:36:01que la réalité
00:36:02car le menteur
00:36:02possède le grand avantage
00:36:04de savoir d'avance
00:36:05ce que le public
00:36:06souhaite entendre
00:36:07et s'attend
00:36:09à entendre
00:36:09donc là aussi
00:36:11c'est très très proche
00:36:12de ce que dit
00:36:13Rancière
00:36:14près de
00:36:1650 ans plus tard
00:36:19et c'est dans
00:36:20cette optique
00:36:22que Anna Arendt
00:36:23appelle
00:36:24parle des tenants
00:36:26des relations publiques
00:36:27les colporteurs
00:36:29dont parle Rancière
00:36:30ce sont un peu
00:36:30les protagonistes
00:36:32de ce que
00:36:32Anna Arendt appelle
00:36:33les relations publiques
00:36:35c'est à dire
00:36:35tout un appareil
00:36:36d'état
00:36:36public
00:36:38ou à partir
00:36:39de sous-traitants
00:36:40privés
00:36:40comme aujourd'hui
00:36:41qui façonnent
00:36:42le réel
00:36:43en influençant
00:36:44l'actualité
00:36:44ou en réécrivant
00:36:45l'histoire
00:36:47et cette manière
00:36:48d'influencer
00:36:48relève le plus souvent
00:36:50de méthodes
00:36:51commerciales
00:36:51où l'on étudie
00:36:53comme dans la publicité
00:36:54l'impact
00:36:55des mots
00:36:56sur les gens
00:36:56en examinant
00:36:57ce qu'ils souhaitent
00:36:58entendre
00:36:58précisément
00:36:59en fonction aussi
00:37:01de leur peur
00:37:02ou de leur crainte
00:37:03du moment
00:37:05et
00:37:05c'est ce que dit
00:37:06Anna Arendt
00:37:07très clairement
00:37:07elle écrit
00:37:08que
00:37:08les relations publiques
00:37:09ne sont qu'une variété
00:37:10de la publicité
00:37:11elles proviennent
00:37:12donc de la société
00:37:13de consommation
00:37:14avec son appétit
00:37:15immodéré
00:37:15des produits divers
00:37:16à distribuer
00:37:17par l'intermédiaire
00:37:19d'une économie
00:37:19de marché
00:37:21autrement dit
00:37:21il s'agit de vendre
00:37:22des opinions
00:37:23en vue de tester
00:37:24l'adhésion du public
00:37:25voire de provoquer
00:37:26cette adhésion
00:37:28pour appliquer
00:37:29ensuite une politique
00:37:30et mettre en place
00:37:31son idéologie
00:37:32alors un cinéaste
00:37:33a très bien mis en scène
00:37:35ces méthodes
00:37:36où économie de marché
00:37:37et jeux propagandistes
00:37:39sur les mots
00:37:40se rencontrent
00:37:42il s'agit
00:37:43d'Adam McKay
00:37:44dans son film
00:37:46Vice
00:37:47qui est un biopic
00:37:48sorti en 2018
00:37:49et qui est consacré
00:37:50à Dick Cheney
00:37:52l'ancien vice-président
00:37:53de George W. Bush
00:37:55pour ses deux mandats
00:37:562000 et 2008
00:37:57alors il va sans dire
00:37:59que cette administration
00:38:00Bush
00:38:01s'est caractérisée
00:38:02comme vous le savez
00:38:03par un usage notoire
00:38:05du mensonge
00:38:06notamment dans les arguments
00:38:07avancés
00:38:08pour ensuite
00:38:09envahir l'Irak
00:38:11au printemps 2003
00:38:12on connaît
00:38:13le discours
00:38:14de la honte
00:38:15de Colin Powell
00:38:16à l'ONU
00:38:17selon ses propres
00:38:20dires
00:38:22informant
00:38:23l'opinion mondiale
00:38:24de l'existence
00:38:25d'armes
00:38:25de destruction massive
00:38:27en Irak
00:38:29affirmation
00:38:30qui se révélera
00:38:31en réalité
00:38:33inexistante
00:38:34et une séquence
00:38:36de Vice
00:38:36d'ailleurs
00:38:36est consacrée
00:38:37à ce moment
00:38:37crucial
00:38:38de l'histoire
00:38:38du monde
00:38:40et Adam McKay
00:38:42joue bien
00:38:43avec son titre
00:38:44sur les deux sens
00:38:45du mot
00:38:45Vice
00:38:46il y a le vice
00:38:47le vice
00:38:48du vice-président
00:38:49mais il y a aussi
00:38:50le vice du mensonge
00:38:51bien sûr
00:38:53et une autre séquence
00:38:55du film
00:38:55que je vais vous montrer
00:38:56maintenant
00:38:57nous présente
00:38:59précisément
00:38:59l'action
00:39:00comme ça
00:39:00la croisée
00:39:01de cette
00:39:03communication propagandiste
00:39:04et de ces manières
00:39:05de faire publicitaires
00:39:06pour influencer
00:39:08justement
00:39:08les opinions publiques
00:39:09nous montre
00:39:10précisément
00:39:10l'action
00:39:11de lobbyistes
00:39:12à Washington
00:39:13ces hommes
00:39:14ces colporteurs
00:39:15ou ces hommes
00:39:16essentiellement des hommes
00:39:17d'ailleurs
00:39:18de relations publiques
00:39:19qui explorent
00:39:20l'impact des mots
00:39:21sur un panel
00:39:21de gens
00:39:22avec qui on discute
00:39:24ici
00:39:24de la taxe
00:39:25de succession
00:39:26et surtout
00:39:27de réchauffement
00:39:29climatique
00:39:31donc on va
00:39:32je propose
00:39:32qu'on voit
00:39:33cet extrait
00:39:34c'est l'extrait
00:39:35numéro 1
00:40:04le plus
00:40:06Avec l'estate taxe.
00:40:08Ça a été difficile d'éliminer car la taxe seulement affecte les états de plus de 2 millions.
00:40:15Mais nous avons fait des strides.
00:40:18Et le marketing guru, Frank Luntz, est là pour aider.
00:40:27Bonjour à tous.
00:40:30les gens de soutenir les taxes de la très riche a toujours été très difficile.
00:40:36Nous avons eu des succès dans le passé,
00:40:39mais l'estate taxe a toujours été très difficile.
00:40:42Par contre,
00:40:45je pense qu'on peut avoir eu un problème.
00:40:47Maintenant, l'estate taxe
00:40:49se déroule sur les gens qui ont des plus de 2 millions.
00:40:55Qu'est-ce que vous avez un problème avec ça ?
00:40:59Ok.
00:41:00Qu'est-ce que vous avez un problème avec quelque chose qui s'appelle
00:41:02un « death taxe » ?
00:41:09Ensemble de l'épreuve global,
00:41:11de l'épreuve global,
00:41:12ce qui, nous sommes tous d'accord,
00:41:14c'est très drôle.
00:41:17Nous appelons ça
00:41:18« climat changement.
00:41:20»
00:41:20« Le gouvernement est en train de prendre votre argent
00:41:23après,
00:41:23il y a un des gènes.
00:41:25Les démocrates ne reprennent pas les taxes,
00:41:26surtout les taxes.
00:41:28Les taxes qui ont besoin de l'épreuve de l'épreuve
00:41:29de l'épreuve de l'épreuve.
00:41:29C'est ce que je veux.
00:41:30Je veux juste que je ne veux pas d'épreuve de l'épreuve de l'épreuve de l'épreuve.
00:41:33Si je ne veux pas d'épreuve de l'épreuve de l'épreuve de l'épreuve de l'épreuve.
00:42:06C'est très remarquable.
00:42:10C'est très remarquable qui illustre parfaitement, selon moi,
00:42:13cette fragilité des faits que j'évoquais plus haut.
00:42:17Fragilité dont s'emparent ces lobbyistes
00:42:20pour transformer la perfection qu'on a de la fiscalité des droits de succession
00:42:23ou de la réalité du réchauffement climatique.
00:42:28Dans cette assemblée, vous avez pu voir arriver le vice-président Dick Cheney
00:42:32accompagné de sa femme.
00:42:34Dick Cheney, interprété par Christian Bale, méconnaissable.
00:42:40L'art du mensonge s'appuie précisément sur ce sentiment de contingence des faits,
00:42:47même si ces faits, comme le réchauffement climatique,
00:42:49sont prouvés scientifiquement et sans aucune équivoque.
00:42:53J'espère que vous ne regardez pas la télévision en ce moment.
00:42:56C'est totalement déprimant.
00:43:00Et Weiss montre tout le processus de fabrication de ces effets de suggestions
00:43:04à partir des mots, en vue d'influencer justement le public
00:43:09sur la réalité de leur perception fatalement déformée.
00:43:14Et il est terrible que ce verbe « influencer » qu'utilise Jean-Pierre Bertamaguit
00:43:19pour définir le cinéma de propagande, le cinéma qui influence l'histoire,
00:43:25qui définit la démarche propagandiste, se retrouve aujourd'hui dans le langage commun
00:43:29avec tous ces influenceurs des réseaux sociaux.
00:43:33Je ferme la parenthèse sur ce point.
00:43:35En tout cas, ce processus de fabrication montre une réunion entre gouvernants et lobbyistes,
00:43:43plus ou moins ouverts, plus ou moins fermés, plus fermés qu'ouverts d'ailleurs.
00:43:48Et le test, à proprement parler, porte sur des mots auprès d'un panel d'anonymes,
00:43:56comme vous l'avez vu, et l'interaction aussi entre les protagonistes de ces relations publiques
00:44:02au service des multinationales de l'énergie principalement,
00:44:06et les personnes derrière le miroir.
00:44:09Et on a aussi ensuite les relais médiatiques de ces mêmes mots
00:44:13qui sont donc façonnés à travers ces tests et ces panels
00:44:18dans les médias de masse, comme une traînée de poudre comme ça,
00:44:22qui circulent en temps réel dans les chaînes d'information en continu.
00:44:28Ce qui est intéressant aussi par rapport aux personnes qui sont l'objet de ces tests,
00:44:35ils sont surveillés aussi derrière un vitrage sans teint,
00:44:38réduits à des figures pixelisées sur des écrans de contrôle.
00:44:42Et ces cobayes de l'industrie fossile indiquent à une écrasante majorité
00:44:47que l'expression, vous l'avez vu, changement climatique,
00:44:49est bien moins clétante que celle de réchauffement climatique.
00:44:52Et l'administration de Bush, évidemment, adoptera cette terminologie
00:44:58éloignant encore davantage la population étatsunienne des défis environnementaux.
00:45:03Alors, le cinéma de Dan McKay est très documenté,
00:45:07comme l'indique le cinéaste dès son générique.
00:45:11Il y a un cartel assez ironique qui dit « Punaise, on a bossé ! »
00:45:15pour reconstituer justement un peu la vie de Dick Cheney,
00:45:19et s'inscrit dans une stratégie critique qui, en fait, vise à montrer l'envers de cet art du mensonge
00:45:25si prégnant à Washington et dont nous connaissons, avec l'actuelle administration,
00:45:30un niveau d'intensité inégalé.
00:45:32On pourrait en même temps soulever légitimement la question de l'adresse de ce type de film.
00:45:37À quel public Adam McKay destine son film ?
00:45:41À des convaincus de la dimension absolument immorale de l'administration Bush,
00:45:47à des personnes aveuglées qui auraient voté pour les Républicains,
00:45:51le film ayant alors vocation à leur ouvrir les yeux.
00:45:55Ce sont de vraies questions, je pense, qui ne doivent pas faire l'économie
00:45:58du fait que le mensonge en politique, on l'a vu avec Anna Arendt et Jacques Rancière,
00:46:04ne s'oppose pas à la raison mais trouve dans les affects et ce qui sent une communauté,
00:46:08un monde commun, les conditions de son apparition et de son partage.
00:46:13Alors il y a un autre cinéaste italien, Nani Moretti,
00:46:18qui s'est confronté à un autre menteur légendaire en politique,
00:46:22c'est Silvio Berlusconi, ce menteur légendaire, qui, voilà,
00:46:30on a souvent parlé de l'Italie, comme vous le savez aussi,
00:46:32d'un laboratoire de ce qui arrivait ensuite ailleurs dans d'autres pays,
00:46:36voire dans d'autres continents, et il est évident qu'il existe des ressemblances
00:46:39entre les parcours politiques de Berlusconi et de Trump,
00:46:43et deux moments ont caractérisé la confrontation entre Nani Moretti et Silvio Berlusconi.
00:46:53Confrontation, d'ailleurs, c'est le mot que l'on peut utiliser pour désigner le premier film
00:46:58où Nani Moretti aborde le phénomène Berlusconi,
00:47:01cette anomalie italienne selon ses propres mots.
00:47:06Le résultat sera appris, il est, que Moretti définit comme la mise en scène d'un documentaire Solitali,
00:47:15où Moretti, sur un mode très drôlatique, cherche les prises qu'il peut avoir
00:47:20sur une situation politique qui a provoqué la sidération en 1994,
00:47:26lors de la première élection de Berlusconi comme président du Conseil en Italie.
00:47:30Et, on le sait, Moretti se situe clairement à gauche et crée une tension avec un gouvernement
00:47:37qui, à l'époque, avait accueilli un parti s'inscrivant directement dans le sillage du fascisme historique,
00:47:46avec le risque de réécrire, justement, l'histoire du pays.
00:47:49Il faut savoir qu'en Italie, l'antifascisme figure dans la Constitution.
00:47:53Elle est écrite dans la Constitution de 1948.
00:47:57Ça, c'est le premier film, cette confrontation entre Nani Moretti et Berlusconi.
00:48:05Il y a un second film, tout autre, et on va retrouver justement cette question de l'adresse
00:48:14que j'évoquais avec Adam McKay, comment affronter la question du mensonge en politique,
00:48:19une vraie question pour les cinéastes.
00:48:21Et Moretti a tout fait, justement, dans ce film, le caillement, pour éviter l'équation
00:48:28Moretti versus Berlusconi.
00:48:31Précisément, pour éviter d'aborder la figure du Cavaliere en position de surplomb,
00:48:37position dont le risque évident est de considérer, justement, ces électrices et ces électeurs
00:48:42comme des abrutis, pour reprendre l'expression de Bertha Maguitte,
00:48:47ou des cerveaux faibles, pour reprendre l'expression de Rancière.
00:48:51D'où la nécessité pour Moretti de faire un film qui tente de s'adresser à tout le monde,
00:48:55aux gens de droite comme aux gens de gauche,
00:48:59sans posture partisane dans l'optique de se situer dans la tête de Berlusconi,
00:49:03autant qu'au niveau de Berlusconi dans la nôtre.
00:49:06Berlusconi en nous, d'une certaine manière.
00:49:08C'est l'une des orientations du caillement.
00:49:12Et ce film sur Berlusconi, comme le décrit Anony Moretti, sort au printemps 2006,
00:49:18juste avant une élection générale dont il serait présomptueux de dire
00:49:22que l'issue a été influencée par l'œuvre de Moretti,
00:49:26puisque Berlusconi perdra de quelques voix les élections au profit de Romano Prodi.
00:49:34Le caillement, contrairement à Adam McKay dans un tout autre contexte,
00:49:38ne montre pas l'envers de l'action politique de Berlusconi
00:49:42et de ses stratégies de fabrication du mensonge,
00:49:45notamment pour tout ce qui concerne les accusations de corruption de ses entreprises
00:49:49ou de ses relations extra-conjugales extrêmement nombreuses.
00:49:53Moretti se situe plutôt sur le terrain même
00:49:55où l'individu et le responsable politique apparaissent médiatiquement,
00:50:01puisque, comme le dit Moretti, il dit « je ne connais pas Berlusconi personnellement,
00:50:05je ne le connais qu'à travers les images que je perçois de lui à la télévision ».
00:50:11Et si le caillement fait œuvre de mémoire, il le fait en examinant au préalable
00:50:19ces scènes médiatiques où Berlusconi a excellé,
00:50:22adoptant différents visages qui le rendent si insaisissable.
00:50:27Berlusconi, dès lors qu'on souhaite le porter à l'écran,
00:50:30à diversité des visages.
00:50:32Il a été dirigeant d'entreprise, président d'un club de football, le Milan AC,
00:50:36chanteur de variété, président du conseil, évidemment.
00:50:39Et voilà, il est difficile de représenter un artisan aussi aguerri du mensonge que Berlusconi.
00:50:48Et l'un des effets de la répétition du mensonge, je l'ai dit,
00:50:52c'est au mieux l'indifférence qu'elle provoque et au pire l'adhésion qu'il énonce.
00:51:02Et donc, voilà, toute la difficulté de porter à l'écran un personnage comme celui-ci.
00:51:08Et la solution géniale, selon moi, de Moretti.
00:51:10Qu'est-ce qu'il fait, Moretti ?
00:51:12Il multiplie, en fait, dans le film, les acteurs qui interprètent le rôle de Berlusconi.
00:51:18Ou plutôt, dans le film qui s'appelle « Le caillement »
00:51:21et dont le scénario a été écrit par Teresa, qui est une jeune femme
00:51:24qui souhaite faire du cinéma et qui a été interprétée par Jasmine Trinka.
00:51:30Ainsi, le casting du film, là, vous avez d'une certaine manière le premier Berlusconi du film,
00:51:37qui est le plus ressemblant d'ailleurs, qui est le plus fidèle en termes de ressemblance physique à l'original.
00:51:45Et le casting du film reflète justement la diversité des visages du vrai Berlusconi dans la vie réelle.
00:51:53Alors, on va voir justement un extrait du caillement qui se situe au moment où Nani Moretti reconstitue les passages,
00:52:04enfin l'arrivée de Berlusconi au tribunal, à un moment où, corrélatif parallèlement dans le film,
00:52:10le tournage du film de Teresa débute.
00:52:13Donc, c'est un film assez fascinant qui aussi interroge les outils du cinéma
00:52:19pour affronter un phénomène comme celui de politique insaisissable, glissant,
00:52:27qui est le personnage de Berlusconi.
00:52:30Donc voilà, c'est l'extrait numéro 3.
00:52:36C'est le camion de la sartorerie, dans ce sont tous les vestits.
00:52:44Ici, la sarte, la costumiste, là, c'est le cinemobile,
00:52:49avec tout le matériel des électricistes.
00:52:52Et toutes ces personnes tu les payes ?
00:52:54Eh, si.
00:52:55Et comment fais-tu ?
00:52:56Eh, papa, tu as des dollars pour raconter un jour,
00:52:59un seul jour de la vie du Caimano.
00:53:02Quel jour ?
00:53:03Il jour de la fin du processus.
00:53:04Oh, qui est duré beaucoup.
00:53:06Mais à la fin du jour, il sera déclaré culpable ou innocente.
00:53:10Bruno, nous sommes presque prêts ?
00:53:11Allez, allez, allez, allez.
00:53:13Et si, après, il film coûte trop et non t'as pas les soldes ?
00:53:15Et non t'as pas les soldes ?
00:53:16Ah, vedi ce ? Non t'as pas peur.
00:53:18Et si, après, va mal ?
00:53:19Eh, va mal, va bien, va bien.
00:53:21Et si, après ?
00:53:22Si, après, ne ferai plus un film.
00:53:25Eh, Giacombe ?
00:53:27Paolo, pour toutes siano, on est en position de partenariat.
00:53:29Giovanna, on est en position de partenariat.
00:53:32Merci.
00:53:33Allez.
00:53:34Alors, Paolo, pour toutes siano, on est en position.
00:53:36Giovanna, on est en position.
00:53:37Le quartier du corps, on est en position de partenariat.
00:53:41Vélocement.
00:53:42On est prêts ?
00:53:43Oui, on est prêts ?
00:53:43Ok.
00:53:44On est ici, Maurizio.
00:53:47Alors, on est prêts ?
00:53:49On est prêts ?
00:53:49On est prêts ?
00:53:53Oui, oui, oui.
00:53:55Oui, oui.
00:53:56Oui, oui.
00:53:59On est prêts ?
00:54:00Oui, oui.
00:54:02Oui, oui.
00:54:02Allora.
00:54:03Motore ?
00:54:03Parti.
00:54:05Ciac ?
00:54:068-1 avant.
00:54:08Bon.
00:54:09Bien.
00:54:11Bien.
00:54:12Bien.
00:54:13Bien.
00:54:15Bien.
00:54:17Bien.
00:54:30Bien.
00:54:31Bien.
00:54:31Bien.
00:54:32Bien.
00:54:33Bien.
00:54:33Bien.
00:54:33Bien.
00:54:35Bien.
00:54:35Bien.
00:54:37Bien.
00:54:38Bien.
00:54:38Bien.
00:54:39Bien.
00:54:40Bien.
00:54:42Bien.
00:54:43a conferir l'honneur et la responsabilité de conduire le pays.
00:54:47C'est parce qu'elle a la guida de ce pays,
00:54:49je crois que les italiennes ont le droit de savoir si...
00:54:52Dottoressa, elle est attacquée moi comme président du conseil
00:54:57et ce à un magistrat non peut être concessant.
00:55:00Si elle veut faire politique, elle s'y mette et s'y mette en parlant.
00:55:04Quand j'avais un tumore,
00:55:06ceux de la gauche me donnavano 6 mois de vie, un an au maximum,
00:55:10parce qu'ils n'étaient pas à imaginer de me confondre dans les élections,
00:55:15mais seulement avec l'aide du cancro ou de la magistratura.
00:55:18Non suis-je l'anomalie.
00:55:21L'anomalie en Italie sont les communistes et leur odie vers moi,
00:55:26leur usage politique de la justice.
00:55:29C'est l'anomalie italienne.
00:55:31Non se peut continuer à sfracrer les soldats des citoyens
00:55:35pour un processus basé sur des erreurs.
00:55:38La justice.
00:55:39Je ne suis-je l'anomalie.
00:55:40Je n'ai pas gouverné une whole legislature.
00:55:42J'ai fait plus riforme je n'ai 5 ans que 50 ans la gauche.
00:55:48Je n'ai pas l'anomalie, mais l'est-à-dire.
00:55:51L'est-à-dire, c'est-à-dire.
00:55:53L'est-à-dire, c'est-à-dire dans les scuoles, dans les universités,
00:55:55les procures, les journalistes, la magistratura,
00:56:00la Corte Costituzionale.
00:56:02Il suo amministratore, in una deposizione,
00:56:04a mis l'esistenza de fondi neri
00:56:07sur les comptes de son groupe all'estero.
00:56:09Elle intende difendersi
00:56:11di fronte à une chose así grave?
00:56:17Je me démarre la faculté de ne pas répondre.
00:56:20Quanto est triste la sinistra.
00:56:22Elle est triste et rende la gente triste.
00:56:25Je, invece,
00:56:26j'ai voulu redire une sperance
00:56:28à ce pays.
00:56:29Sinon, la mitad de l'Italian
00:56:31n'arrive même à espérer
00:56:34parce qu'elle a seulement odiado.
00:56:37La sinistra, seulement ce qu'il s'est fait.
00:56:39Odiare-moi.
00:56:42Voilà, ce qui est frappant,
00:56:44comme vous l'avez vu,
00:56:45c'est que le dernier Berlusconi
00:56:46du film est interprété
00:56:48par Nani Moretti lui-même,
00:56:51soit la personne la moins réaliste
00:56:53pour qu'une ressemblance
00:56:55avec le Berlusconi original soit envisageable.
00:56:59ressemblance physique, bien sûr,
00:57:00mais aussi ressemblance
00:57:01à un niveau politique,
00:57:02car le citoyen Moretti
00:57:04se situe à l'autre extrémité
00:57:05de l'échiquier politique italien.
00:57:10Donc, le Caïman échappe
00:57:12tout à fait à l'écueil
00:57:14d'une fidélité entre l'original
00:57:16en personne et sa copie à l'écran.
00:57:19Il est, d'une certaine manière,
00:57:20dans le faux, en ce sens,
00:57:22mais c'est un faux dont la vocation
00:57:24n'est pas de tromper
00:57:26ou de transformer le réel,
00:57:28mais il est, au contraire,
00:57:28de le retrouver,
00:57:30de retrouver sans surplomb
00:57:31ni condescendance
00:57:33en vue de sortir de l'indifférence,
00:57:35justement, que j'évoquais tout à l'heure,
00:57:36et de cet effet d'emprise
00:57:38que les rafales de mensonges
00:57:40de Berlusconi,
00:57:41comme ceux de Trump aujourd'hui,
00:57:42engendrent presque immanquablement.
00:57:45Et il est évident que le film
00:57:47se termine sur cette scène
00:57:49dans le tribunal,
00:57:50qui est un lieu où on est supposé
00:57:52dire la vérité
00:57:53rien que la vérité.
00:57:56Et, d'une certaine façon,
00:57:58on retrouve ici,
00:58:00à travers cette incarnation
00:58:02par Moretti
00:58:04de Berlusconi,
00:58:05le corps et l'esprit.
00:58:06C'est un paradoxe
00:58:07de Berlusconi
00:58:08qui s'obtient paradoxalement
00:58:10grâce à cette disjonction
00:58:12subtilement mise en scène
00:58:13par Moretti
00:58:14entre ce que l'on voit,
00:58:15c'est-à-dire Moretti
00:58:16interprétant Berlusconi,
00:58:18et ce que l'on entend,
00:58:19c'est-à-dire Moretti
00:58:20énonçant des discours
00:58:21qui ont réellement été
00:58:24formulés par Berlusconi.
00:58:26Donc là, il y a une dimension
00:58:27documentaire aussi très forte,
00:58:28y compris toutes les déclarations
00:58:30de Berlusconi
00:58:31dans l'enceinte judiciaire
00:58:32ont été effectivement
00:58:34dites par Berlusconi,
00:58:36c'est documenté.
00:58:40Donc, ici,
00:58:42l'art du mensonge
00:58:43dans le caïman
00:58:44se heurte à,
00:58:45on pourrait dire,
00:58:46une puissance du faux
00:58:47proprement cinématographique,
00:58:49si je reprends
00:58:50une terminologie
00:58:52propre à Gilles Deleuze,
00:58:54c'est-à-dire un faux
00:58:55qui ne triche pas
00:58:56avec le réel,
00:58:58mais qui vise,
00:58:59au contraire,
00:59:00à révéler
00:59:01des stratégies idéologiques
00:59:02passées ou présentes,
00:59:04soucieux de s'emparer
00:59:05de ce réel
00:59:06en vue de le modifier,
00:59:07de le transformer,
00:59:07en vue de restreindre
00:59:09les possibles
00:59:09en matière d'action
00:59:10et de pensée.
00:59:13Donc, un faux
00:59:14qui convient
00:59:14de distinguer
00:59:15d'une fausseté,
00:59:17par ailleurs,
00:59:17qui est inhérente
00:59:18à tout film
00:59:20de reconstitution
00:59:21qui prétend saisir
00:59:22le passé
00:59:23dans sa transparence
00:59:24et son objectivité,
00:59:27sans voir
00:59:28que cette prétention
00:59:29fait de l'histoire
00:59:30le plus souvent
00:59:32un pur décorum.
00:59:33Je vais un peu
00:59:34développer ce point-là.
00:59:35et je pense
00:59:36que c'est là
00:59:37d'ailleurs
00:59:37une pierre de touche
00:59:39du film historique.
00:59:40C'est le critique
00:59:41Serge Danais
00:59:43qui affirmait
00:59:43que le risque
00:59:45de tout film
00:59:46historique,
00:59:48c'est de devenir
00:59:48purement décoratif.
00:59:51Précisément,
00:59:51je cite Serge Danais,
00:59:54quand l'histoire passée
00:59:55a cessé
00:59:56de travailler
00:59:57notre présent,
00:59:58quels que soient
00:59:59les moyens
00:59:59mis en œuvre
01:00:00pour y parvenir,
01:00:02en ce sens,
01:00:03le faux tel que
01:00:05nous l'avons
01:00:05entrevu
01:00:05chez Moretti
01:00:06dans cette reconstitution
01:00:08de Berlusconi
01:00:10et du berlusconisme
01:00:11qui traite
01:00:12de Berlusconi.
01:00:13Ce faux-là
01:00:14épouse davantage
01:00:15l'épaisseur historique
01:00:17de notre présent
01:00:18que tous les films
01:00:19rétros
01:00:20qui se contentent,
01:00:21je cite,
01:00:22Danais,
01:00:23de passer du vrai vieux
01:00:24au faux neuf.
01:00:27C'est ce que dit Danais
01:00:28dans sa recension
01:00:29d'Uranus,
01:00:30le film de Claude Berry
01:00:32sur la France
01:00:32de Vichy
01:00:33sorti en 1990
01:00:38et un passage
01:00:39de l'histoire de France
01:00:42qui est devenu fréquent
01:00:43dans les films
01:00:44historiques aujourd'hui.
01:00:45Les sorties récentes
01:00:47sont éloquentes
01:00:48en ce sens-là,
01:00:50y compris dans cette
01:00:52tendance un peu rétro,
01:00:54cette mode rétro
01:00:55qui fossilise un peu
01:00:57le passé
01:00:57et on peut se demander
01:00:58précisément
01:00:59s'ils travaillent
01:01:00notre présent,
01:01:01ces films-là.
01:01:01je pense à,
01:01:03je donne la liste
01:01:04de films très récents,
01:01:05Les Rayons et les Ombres,
01:01:07Les Enfants de la Résistance,
01:01:09Moulins de l'Astonemes,
01:01:11autant de films
01:01:12qui embaument le passé
01:01:14en en faisant aussi
01:01:15un pur décor
01:01:16et qui réduit
01:01:16les potentialités
01:01:18aussi expressives
01:01:19de ce que peut
01:01:19le cinéma,
01:01:21par exemple,
01:01:21celui de Moretti,
01:01:22soucieux justement
01:01:23de revisiter le passé
01:01:24au présent,
01:01:25quitte à montrer
01:01:26précisément
01:01:27que ce passé
01:01:28ne passe pas.
01:01:31Cette puissance
01:01:32de révisitation
01:01:33du passé
01:01:34sur la base
01:01:35d'un certain
01:01:36faux à l'écran,
01:01:38mais qui assure
01:01:39un passage
01:01:40de l'histoire,
01:01:42une manière
01:01:42de sentir,
01:01:43d'éprouver
01:01:43le passé,
01:01:44on la retrouve
01:01:45positivement,
01:01:46diversement
01:01:47chez plusieurs cinéastes.
01:01:48Par exemple,
01:01:50dans M. Klein
01:01:52de Joseph
01:01:54Lauset
01:01:56qui se déroule
01:01:57l'année
01:01:58de la rafle
01:01:59du Veldiv
01:01:5916 juillet
01:02:011942
01:02:01et dans M. Klein
01:02:03en fait,
01:02:03il y a une aberration
01:02:04météorologique.
01:02:05C'est que le film
01:02:06de Lauset
01:02:07se déroule
01:02:08en effet
01:02:08en plein hiver
01:02:10alors que
01:02:11l'exactitude historique
01:02:12aurait dû
01:02:13le placer
01:02:14dans un Paris
01:02:15estival
01:02:17et cette aberration
01:02:18a pourtant sa raison
01:02:20et elle participe
01:02:21à ce court-circuit
01:02:22que j'essaye
01:02:23de mettre
01:02:25en mot
01:02:26entre passé
01:02:27et présent
01:02:27que les puissances
01:02:29du faux
01:02:29du cinéma
01:02:30au cinéma
01:02:30favorisent
01:02:31rendant justement
01:02:32dynamiques
01:02:33les mémoires
01:02:34élaborées
01:02:34par le
01:02:35septième art
01:02:36et c'est
01:02:37l'historienne
01:02:38de la seconde guerre mondiale
01:02:40Sylvie Lindeper
01:02:41qui a très bien
01:02:42perçu ce point-là
01:02:43et dans la postface
01:02:45à son ouvrage
01:02:45Les écrans
01:02:46de l'ombre
01:02:49qui est sous-titré
01:02:50La seconde guerre mondiale
01:02:51dans le cinéma français
01:02:53qui est paru
01:02:54une première fois
01:02:54en 1997
01:02:55et avec la postface
01:02:56inédite en 2014
01:02:57elle écrit
01:02:58en effet
01:02:59que M. Klein
01:03:00fait partie
01:03:00de ses anticorps
01:03:03à ses films
01:03:03d'éco-rétro
01:03:04dont j'ai parlé
01:03:06plus haut
01:03:06voilà ce qu'elle dit
01:03:08elle dit
01:03:09voilà
01:03:12que M. Klein
01:03:14déjoue les pièges
01:03:15de la reconstitution
01:03:16dédaignant
01:03:17les magasins
01:03:18d'accessoires
01:03:18comme garant
01:03:19illusoire
01:03:20de la vérité
01:03:22historique
01:03:23son film
01:03:25restitue
01:03:25l'esprit
01:03:26et les mentalités
01:03:27d'une époque
01:03:27plutôt que ses détails
01:03:29ornementaux
01:03:30et en plaçant
01:03:31précisément
01:03:31le film
01:03:33en hiver
01:03:34et non pas
01:03:35en été
01:03:35et ça
01:03:37Sylvie Lindeper
01:03:37ça remarque
01:03:39extrêmement judicieuse
01:03:40c'est une manière
01:03:41aussi
01:03:41de créer
01:03:42ce court-circuit
01:03:43sans tomber
01:03:44dans l'alachronisme
01:03:45justement
01:03:45avec le présent
01:03:47de quoi
01:03:49des arrestations
01:03:50et des assassinats
01:03:52dans les stades
01:03:52à Santiago du Chili
01:03:53dans le prolongement
01:03:55du coup d'état
01:03:56du 11 septembre
01:03:581973
01:03:59et donc
01:03:59la mort de Salvador
01:04:02Allende
01:04:04et donc
01:04:04voilà
01:04:05là aussi
01:04:06on a
01:04:06une puissance
01:04:07du faux
01:04:09cinématographique
01:04:09qui est aussi
01:04:10une arme
01:04:11un outil
01:04:11pour justement
01:04:13lutter
01:04:14contre ces mensonges
01:04:15que j'évoquais
01:04:16mais c'est très différent
01:04:17encore une fois
01:04:19il faut conquérir
01:04:20aussi ces puissances
01:04:20du faux
01:04:21positivement
01:04:22et
01:04:23la dénonciation
01:04:24justement
01:04:25du décoratif
01:04:26ou de l'ornemental
01:04:27dans la reconstitution
01:04:28historique au cinéma
01:04:31on peut la retrouver
01:04:32aussi autrement
01:04:33l'année d'après
01:04:33là je vais passer vite
01:04:34parce que
01:04:35le temps file
01:04:36et j'arrive bientôt
01:04:37à la fin de mon cours
01:04:39avec un autre film
01:04:40c'est moi
01:04:40un autre exemple
01:04:41que je voulais vous donner
01:04:41sur la seconde guerre mondiale
01:04:43qui est une période
01:04:45caractérisée
01:04:45par ces propagandes
01:04:47d'état
01:04:47qui ont changé
01:04:48le cours du cinéma
01:04:49on ne peut plus croire
01:04:50à l'idée
01:04:51qui était très prégnante
01:04:52chez les pionniers
01:04:54du cinéma
01:04:54des années 1910
01:04:551920
01:04:56que le cinéma
01:04:56était un nouvel art
01:04:58pour une nouvelle humanité
01:05:00enfin libérée
01:05:01de ses contraintes
01:05:01et de ses jours
01:05:02cette idée sonne
01:05:03comme une utopie
01:05:04aujourd'hui
01:05:05elle fait même sourire
01:05:06comme l'écrit
01:05:06Gilles Deleuze
01:05:08dans l'image temps
01:05:09en tout cas
01:05:09c'est que cette utopie
01:05:11émancipatrice
01:05:12d'une certaine manière
01:05:14a été réalisée
01:05:16par les propagandes
01:05:17d'état
01:05:18sous le nazisme
01:05:19et le fascisme
01:05:20et que le 7ème art
01:05:21a dû abandonner
01:05:22finalement après-guerre
01:05:23l'idée
01:05:24d'une subjectivation
01:05:25libératrice
01:05:26des masses
01:05:26par le cinéma
01:05:28les propagandes
01:05:29avaient trahi
01:05:30cet idéal
01:05:30pour le pire
01:05:32en aliénant
01:05:33les masses
01:05:33et il fallait repartir
01:05:34sur de nouvelles bases
01:05:35comme le soutien
01:05:36Deleuze
01:05:37qui a lu
01:05:37Serge Danais
01:05:39sur ce point
01:05:39et le cite
01:05:40justement
01:05:41dans l'image temps
01:05:43et ces nouvelles bases
01:05:44c'est par exemple
01:05:47pour un cinéaste
01:05:49allemand
01:05:50qui est toujours vivant
01:05:51d'ailleurs
01:05:51qui a plus de 90 ans
01:05:52maintenant
01:05:53Hans-Jürgen Sieberberg
01:05:55qui refusait
01:05:57sur son refus
01:06:00de toute reconstitution
01:06:02historique
01:06:02qui ferait appel
01:06:03à des interprètes
01:06:04professionnels
01:06:04pour jouer
01:06:05par exemple
01:06:05le rôle de Hitler
01:06:07il s'agit à tout prix
01:06:08selon lui
01:06:09de contrarier
01:06:09l'expérience
01:06:10d'une forme d'empathie
01:06:11avec ces figures
01:06:13tyranniques
01:06:14que la fiction
01:06:15dominante
01:06:15favorise
01:06:17malgré elle
01:06:18et Sieberberg
01:06:19fera une critique
01:06:20féroce
01:06:20de la chute
01:06:21d'Oliver
01:06:22Hirsch Bigel
01:06:23en 2004
01:06:24interprété
01:06:25qui porte
01:06:26sur les derniers jours
01:06:27d'Hitler
01:06:27dans son bunker
01:06:29interprété
01:06:29par Bruno Gantz
01:06:33Sieberberg
01:06:34disant
01:06:34que c'est la meilleure
01:06:35moinière
01:06:36justement
01:06:36de créer
01:06:36une forme
01:06:36d'indifférence
01:06:37à la tragédie
01:06:38de la seconde
01:06:38guerre mondiale
01:06:39en demandant
01:06:40à une star
01:06:41d'interpréter
01:06:43le personnage
01:06:44d'Hitler
01:06:45alors qu'est-ce que
01:06:46fait Sieberberg
01:06:46c'est bien beau
01:06:47de critiquer
01:06:47comme ça
01:06:48mais lui
01:06:48il opte
01:06:49pour un jeu
01:06:49de marionnettes
01:06:50avec des pantomimes
01:06:52des bourreaux
01:06:52nazis
01:06:53dont l'animation
01:06:54est perceptible
01:06:54à l'écran
01:06:55et qui est la meilleure
01:06:56manière selon lui
01:06:57de déplacer
01:06:58notre perception
01:06:58justement du pouvoir
01:06:59nazi
01:07:00et de ses figures
01:07:00pour qu'on ne s'y habitue
01:07:02jamais
01:07:02précisément
01:07:03pour qu'on se souvienne
01:07:04toujours de leurs exactions
01:07:05et voilà
01:07:07on résulte
01:07:07un cinéma de la mémoire
01:07:08qui ne ressemble
01:07:09à aucun autre
01:07:09et qui vante
01:07:11sa propre artificialité
01:07:13en ramenant le cinéma
01:07:14à ses conditions
01:07:15matérielles
01:07:15de production
01:07:17quitte à donner
01:07:18l'impression
01:07:18de revenir
01:07:19au premier temps
01:07:19du cinéma
01:07:20on a souvent rapproché
01:07:21d'ailleurs
01:07:21Sieberberg
01:07:22et Méliès
01:07:23dans certains commentaires
01:07:24de son oeuvre
01:07:26alors qu'aurait pensé
01:07:27Sieberberg
01:07:28et Deepfake
01:07:28on ne le sait pas
01:07:30à ma connaissance
01:07:32je ne sais pas
01:07:32s'il a l'impression
01:07:33qu'il soit intervenu
01:07:34là dessus
01:07:34mais un autre cinéaste
01:07:36qui a récemment
01:07:37lui aussi revisité
01:07:38la seconde guerre mondiale
01:07:39affronte la question
01:07:40directement
01:07:41même s'il n'en fait pas
01:07:42usage
01:07:43c'est précisément
01:07:44le cas
01:07:45d'Alexander Sokourov
01:07:46dans le film
01:07:47Ferritel
01:07:48programmé
01:07:49après ce cours
01:07:52qui est
01:07:53une incroyable
01:07:55aventure
01:07:57au cinéma
01:07:58véritable
01:07:59anticorps
01:08:00contre toutes
01:08:00les tentatives
01:08:01visant à délester
01:08:02l'histoire
01:08:02de ces événements
01:08:04de capacité
01:08:05de rupture
01:08:06des événements
01:08:08Ferritel
01:08:08qu'est-ce que c'est
01:08:09comme son nom l'indique
01:08:10c'est un conte
01:08:12comme le soutient
01:08:14Sokourov
01:08:15un conte
01:08:16orienté
01:08:16vers notre présent
01:08:17on y voit
01:08:20quatre protagonistes
01:08:21majeurs
01:08:21de la seconde guerre mondiale
01:08:22trois dictateurs
01:08:24Mussolini
01:08:24Hitler
01:08:25Staline
01:08:25je l'ai dit tout à l'heure
01:08:26et le premier ministre britannique
01:08:27Winston Churchill
01:08:29tous les quatre
01:08:30errent dans le purgatoire
01:08:32et souhaitent traverser
01:08:33la porte du paradis
01:08:36je ne vais pas spoiler le film
01:08:37ce qui se passe à la fin
01:08:38parce qu'il y a une fin
01:08:41mais une question
01:08:42a hanté
01:08:44et hante
01:08:44toujours
01:08:45Sokourov
01:08:46celle qui consiste
01:08:47à savoir
01:08:48comment
01:08:48vivaient
01:08:49justement
01:08:49ces quelques personnes
01:08:51ces trois dictateurs
01:08:52qui n'ont pas cessé
01:08:53de mentir
01:08:54à leur peuple
01:08:54à travers leur propagande
01:08:56massive
01:08:58et dont les actions
01:09:00ont eu des conséquences
01:09:00je cite
01:09:01Sokourov
01:09:02des conséquences
01:09:03tragiques
01:09:03sur l'existence
01:09:04de tant d'autres
01:09:06je souhaitais établir
01:09:07la manière
01:09:08dont au XXe siècle
01:09:09avaient vécu
01:09:10les personnes
01:09:11dont dépendait
01:09:11la vie
01:09:12de millions
01:09:13d'autres
01:09:14et là il dit
01:09:15comme si Berberg
01:09:16je suis sûr
01:09:17qu'aucun acteur
01:09:18n'aurait jamais pu
01:09:18incarner à ce point
01:09:19la spécificité
01:09:20de leur vie intérieure
01:09:21leur véritable trait
01:09:22de caractère
01:09:23le mystère
01:09:23des regards
01:09:25jetés
01:09:26à la caméra
01:09:28et voilà
01:09:29il faut lutter
01:09:30contre cet état
01:09:31dit encore Sokourov
01:09:34où on est contraint
01:09:35aussi d'oublier
01:09:36nous sommes amenés
01:09:37à oublier
01:09:39le présent criminel
01:09:40qui est le nôtre
01:09:41notre propre
01:09:41irresponsabilité
01:09:42notre propre
01:09:43impuissance
01:09:44à empêcher
01:09:45le mal
01:09:46et pourrait-on dire
01:09:47toutes les entreprises
01:09:49de transformation
01:09:49forcée du réel
01:09:50qui s'imposent
01:09:51par le mensonge
01:09:53souvenons-nous
01:09:55les fantômes politiques
01:09:56en peste toujours
01:09:57et partout
01:09:57mais héros
01:09:58ont l'air
01:09:59si humains
01:10:00alors
01:10:01on va voir
01:10:03une séquence
01:10:04du film
01:10:05qui est plus
01:10:06une invitation
01:10:07à ce que vous restiez
01:10:08pour la séquence
01:10:09pour la séance
01:10:10de 21h
01:10:13et je précise
01:10:14que voilà
01:10:15Sokourov
01:10:16insiste sur le fait
01:10:17que son film
01:10:18a été créé
01:10:18sans IA
01:10:19et sans deepfake
01:10:23on va voir
01:10:24donc c'est l'extrait
01:10:25numéro 4
01:10:273-4 minutes environ
01:10:29c'est l'extrait
01:11:00Il y a un barbara, il Führer.
01:11:19Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:11:50Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:11:55Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:12:15Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:12:23Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:12:29Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:12:33Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:12:55Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:13:06Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:13:23Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:13:38Il y a un barbara.
01:13:45Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:14:17Il y a un barbara, il y a un barbara.
01:14:21il y a un barbara, il y a un barbara, il y a un barbara.
01:14:48J'ai dit tout à l'heure qu'un carton indique au début du film que Sokourov n'a utilisé
01:14:54ni IA ni Deepfake, mais il est clair que ce film est une réponse précisément aux potentialités que possède pour
01:15:03le meilleur comme pour le pire.
01:15:04C'est Trump qui l'a dit aussi de son côté. C'est une oeuvre à la fois véridique et
01:15:12provocatrice de Sokourov qui laisse le public dans une posture instable au sens où le doute s'installe et ne
01:15:21vous quittera pas tout au long du film d'un usage d'une IA générative ou pas.
01:15:29En fait, Sokourov s'est entouré d'une équipe de jeunes gens qui sont partis à la recherche d'archives,
01:15:38toutes les archives qui peuvent exister, y compris très rares, de ces figures historiques.
01:15:46Ils ont détouré, isolé et détouré les figures dans ces archives. Ils les ont numérisés et ils les ont ensuite
01:15:54incrustés dans ces décors, inspirés d'Hubert Robert et de Piranes.
01:16:01Et on les voit déambuler et parler à la fois de leur idéologie, mais à la fois du plus quotidien,
01:16:08de l'ordinaire, de leur mode vestimentaire, de leurs odeurs corporelles, du côté ridicule aussi, de leur posture, etc.
01:16:18Donc c'est un mélange entre la grande histoire et l'histoire minuscule que filme ici Sokourov.
01:16:31Il y a une dimension vraiment de documentaire d'archives qui est d'autant plus intéressante et hypnotique, je trouve,
01:16:38qu'il mime les effets que l'on pourrait obtenir aujourd'hui à travers ces nouvelles technologies,
01:16:43sans que celles-ci soient pour autant utilisées.
01:16:47C'est un point où la question du dispositif du cinéma entre en jeu et qui nous permet de comprendre
01:16:53la dimension hypnotique de ce film,
01:16:56au sens où le film questionne aussi les conditions de fabrication du cinéma à l'heure des IA génératives,
01:17:04comme il permet de s'interroger par contraste sur ce qu'est l'écriture de l'histoire avec ses moyens
01:17:09artificiels,
01:17:10que sont les intelligences artificielles génératives.
01:17:14Donc il s'agit de se situer là où l'indécision existe, insiste, persiste, est-ce que c'est de
01:17:19l'IA, du deepfake,
01:17:21donner l'impression qu'on est sur le terrain de l'ennemi, alors qu'on se situe ailleurs, dans une
01:17:25espèce de démarche artisanale,
01:17:28sur le terrain même du numérique.
01:17:32Ce sont mes jeunes collaborateurs, écrit Sokourov, qui ont élaboré le système unique de tri d'une énorme quantité d
01:17:41'images,
01:17:42qui ont créé la technologie progressive du nettoyage d'images d'archives,
01:17:46et la création du décor, du milieu d'existence, des personnages, de l'atmosphère a été unique en son genre,
01:17:53elle aussi.
01:17:55Et pour Sokourov, la méthode du deepfake n'aurait jamais donné une telle précision dans la représentation des caractères,
01:18:04de la physiologie et des attitudes des personnages.
01:18:07Et voilà ce qu'écrit Sokourov.
01:18:11Notre refus de recourir au deepfake a créé une base de confiance envers le film chez les spectateurs.
01:18:18Pour conclure, j'aimerais juste dire que peut-être qu'une prévention contre les usages malveillants, propagandistes, des deepfakes,
01:18:29trouve-t-elle justement l'une de ces conditions dans cette indécision qu'entretient Sokourov dans ce film inclassable qu
01:18:35'est Fairy Tail,
01:18:36qui est une indécision positive, qui nous conduit, sans forcer le regard, à nous questionner, sans relâche,
01:18:45sur ce que l'on voit, à instaurer de la confiance précisément envers la puissance des images.
01:18:52Là, autant de pouvoirs les utilisent pour nous mentir et par ce mensonge nous porter vers une communauté sensible
01:19:00où règne plutôt l'insensibilité.
01:19:03Voilà, merci beaucoup pour votre écoute.
01:19:06Applaudissements
01:19:08Applaudissements
01:19:10Merci.
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