00:01RTL Matin, Thomas Soto
00:05Il est 8h17, l'interview de Céline Landreau, 40 jours dans Téhéran sous les bombardements, c'est le titre du
00:10livre que publie votre invité ce matin Céline.
00:12C'est aussi ce qu'il a vécu là-bas, ce matin il est dans le studio d'RTL Matin,
00:16le journaliste Siavoch Ghazi.
00:18Bonjour Siavoch Ghazi.
00:19Bonjour.
00:20Votre livre sort à l'orgue des négociations de paix qui s'annoncent difficiles sont en cours entre l'Iran
00:25et les Etats-Unis pour mettre fin au conflit.
00:27Mais avant même leur issue, vous dressez, vous un premier bilan de cette guerre dans ce livre.
00:32Et à vous lire, en Iran, le sentiment qui prédomine aujourd'hui, c'est déjà celui d'une victoire totale.
00:38Absolument, c'est une victoire totale parce que l'Iran a affronté pendant 40 jours deux puissances nucléaires, la plus
00:44grande puissance militaire du monde, les Etats-Unis,
00:47la plus grande puissance à la fois nucléaire mais aussi technologique et militaire de la région Israël.
00:53Et donc à résister et au fur et à mesure qu'on a avancé dans cette guerre de 40 jours,
01:00à imposer ces conditions, à réussir à frapper des bases américaines
01:03qui ne sont plus opérationnelles. On parle d'une quinzaine de bases américaines dans la région qui ne sont plus
01:11opérationnelles.
01:12Et donc il y a un sentiment de victoire au sein du pouvoir mais aussi partagé par la population.
01:17Il y a un élément important qu'il ne faut pas oublier, c'est que c'est la première fois
01:22depuis 300 ans que l'Iran affronte une grande puissance
01:26et n'est pas obligé de céder des terres, des territoires.
01:30Et ça c'est quelque chose de très important qui crée une fierté.
01:34Vous parliez de ce pouvoir décapité, on s'en rappelle au début du conflit, 5 février, on pense évidemment à
01:40la mort de l'Ayatollah Ali Khamenei.
01:41Il en est sorti finalement renforcer le pouvoir de cette guerre ?
01:45Oui, même si beaucoup de dirigeants militaires et politiques ont été éliminés lors de la première frappe.
01:54Une cinquantaine de dirigeants militaires en même temps que l'Ayatollah Ali Khamenei ont été tués dans les premières frappes.
02:00Ensuite il y a eu des frappes ciblées contre Ali Khamenei, d'autres responsables plutôt modérés qui ont été visés
02:07par des frappes israéliennes.
02:09Mais finalement quand on regarde la situation au jour d'aujourd'hui, ce pouvoir est sorti renforcé.
02:15Il y avait beaucoup de mécontentements avant la guerre, on l'a vu en janvier dernier avec le mouvement de
02:21contestation.
02:22Beaucoup de gens dans la rue.
02:24Et finalement aujourd'hui ce pouvoir qui a été décapité est renouvelé en même temps.
02:28puisque ce sont des affiches à Téhéran par exemple, il y a une grande affiche qu'on voit partout.
02:36C'est la main de Dieu, c'est la phrase qui est répétée, la main de Dieu est apparue, Khamenei
02:42s'est rajeunie, de 30 ans.
02:44C'est-à-dire que le nouveau guide s'appelle toujours Khamenei, mais il a 30 ans de moins.
02:50Vous parliez d'un pouvoir renforcé et vous racontez ce qui peut surprendre dans ce livre.
02:56C'est une des conséquences assez inattendues de ce conflit, c'est des femmes beaucoup moins voilées dans les rues
03:01iraniennes,
03:01des femmes qui font aussi du scooter, de la moto.
03:04Comment on l'explique alors que vous dites que le pouvoir est plus fort qu'il l'était avant ?
03:07Je pense qu'en fait, on a vécu entre juin 2025, ensuite la fin de la guerre,
03:17entre temps il y a eu le mouvement de contestation, donc beaucoup de pression sur la population.
03:22Et quand on a compris que la guerre allait se terminer, qu'il allait y avoir un cessez-le-feu,
03:27même avant la fin de la guerre, alors qu'il y avait toujours des frappes sur Téhéran,
03:32il y a eu un mouvement, une sorte de révolte de la population, de cette population civile,
03:39de ces jeunes femmes qui sont comme si on avait enlevé le couvercle,
03:45et donc qui sont sorties totalement avec des vêtements totalement à l'occidental,
03:51pas seulement à Téhéran, mais aussi dans des villes de province.
03:54La police des meurtres n'intervient plus ?
03:55Non, aucun, moi je n'ai constaté aucun avertissement, aucune intervention de la police,
04:03on voit même dans les processions qui ont...
04:05On rappelle quand même que des femmes mouraient pour ça il y a encore quelques temps.
04:07Oui, exactement, il y a eu l'affaire Marsa Amini, qui a beaucoup choqué les Iraniens en général,
04:16et il y a une sorte de cohabitation entre cette société religieuse,
04:21cette partie de la société religieuse et le pouvoir, et cette partie laïque de la société qui s'installe.
04:28On le voit par exemple dans les processions pour Ashura, par exemple, des moments religieux,
04:33où on voit beaucoup de femmes, nos voilées, qui participent à ces processions.
04:37Et pour autant, on ne va pas occulter la répression qui continue dans le pays,
04:40les pendaisons par dizaines.
04:42Selon Amnistie Internationale, quelques 6 000 personnes arrêtées depuis le début du conflit,
04:47des opposants notamment ?
04:49Absolument.
04:49Il faut faire la part des choses.
04:51Entre ce qui s'est passé en janvier et pendant la guerre,
04:56il y a eu des dizaines de milliers d'arrestations.
04:59On ne connaît pas leur sort.
05:01Depuis, selon mon comptage approximatif, en regardant tous les jours les médias,
05:08à partir du 10 mars jusqu'à aujourd'hui, il y a entre 150 et 200 personnes qui ont été
05:14pendues.
05:15Le pouvoir accuse ces personnes d'être des espions, d'avoir travaillé pour le service de renseignement israélien,
05:21ou d'avoir mené des actions armées contre, par exemple, des commissariats ou des centres militaires.
05:29Mais aussi, il y a tous ceux qui ont été arrêtés, par exemple, pour avoir envoyé des vidéos,
05:34ce qui est interdit en Iran, mais aussi dans d'autres pays, aux Émirats, en Israël,
05:37des vidéos de cibles frappées à l'étranger, et donc qui ont été arrêtées.
05:42Et on ne connaît pas leur sort.
05:43On ne sait pas ce qu'ils sont devenus, s'ils sont toujours en prison, s'ils ont été libérés.
05:47Donc, il y a cette question, cette incertitude sur leur sort.
05:51Dans ce contexte, certains s'interrogent sur votre liberté de parole,
05:55à vous qui avez couvert ce conflit sur les antennes occidentales.
05:59Vous en parlez dans votre livre, on vous accuse régulièrement d'être à la solde du régime.
06:03Comment vous avez pu exercer votre métier pendant ce conflit ?
06:07Vous étiez sur surveillance, vous avez été contrôlé, vous le dites, à cette reprise, arrêté, par moment ?
06:12En fait, je me suis fixé une règle, c'est de rapporter les faits.
06:17Et c'est ça qui me protège.
06:19C'est-à-dire, à la fois, respecter la déontologie journalistique, rapporter les faits.
06:23Et le fait de rapporter les faits, de dire, de raconter ce qui se passe,
06:30ça permet d'être protégé, à la fois, des pressions que peut exercer le gouvernement ou les autorités.
06:38Mais vous ressentez cette pression chaque jour ?
06:40Non, non, non.
06:41En fait, de la part des autorités, non.
06:43Mais il y a des contrôles de police, des services de renseignement dans la rue.
06:46Parce qu'ils sont à la recherche de gens qui envoient, par exemple, des vidéos aux chaînes de télévision en
06:54persan,
06:55qui sont d'opposition à l'étranger.
06:56Donc, dès qu'on sort une caméra, un téléphone qu'on filme, ou un trépied,
07:02des gens viennent demander qui on est, les papiers.
07:06Et donc, ça peut durer, des fois, ça a duré une demi-heure.
07:08D'autres fois, la plus importante, ça a duré quatre heures et demie.
07:13Mais c'était un peu de ma faute, parce que j'ai été obligé de me mettre devant une centrale
07:17électrique
07:18pour faire un direct sur une chaîne française.
07:23Et là, j'ai été repéré.
07:25C'était au moment où le président Trump disait, on va frapper, détruire toutes les centrales électriques.
07:29Donc, c'était un peu de ma faute.
07:32Mais on a été gardé avec ma femme pendant quatre heures et demie.
07:35Et finalement, comme il voulait saisir mon matériel de travail,
07:39c'était deux jours après l'entrée en vigueur du Caissez-le-Feu.
07:42Je leur ai dit, si vous prenez mon matériel, moi, je viens avec vous.
07:45Je n'ai pas dormi pendant 40 jours.
07:47Eh bien, je vais venir chez vous, dormir, me reposer.
07:50Prenez ma voiture, mais pas mon téléphone.
07:52J'ai besoin de mon téléphone pour travailler.
07:54Mais ça veut dire que vous considérez que vous pouvez tout dire aujourd'hui,
07:57qu'on vous laisse tout dire, qu'on vous laisse donner la parole aux opposants, par exemple ?
08:01Moi, j'estime...
08:05Enfin, dans des situations de crise et de guerre,
08:09on peut et il faut, en tant que journaliste, aller le plus loin possible.
08:14Il y a toujours, par exemple, des lignes rouges.
08:16On sait que, par exemple, dans les autres pays de la région également,
08:21même si le nombre d'arrestations n'est pas comparable à ce qui se passe en Iran,
08:25il y a, par exemple, d'interdiction de filmer des cibles militaires qui sont frappées.
08:29Ça existe en Israël, ça existe aux Émirats.
08:31C'est les images, mais dans vos propos ?
08:33Dans les propos, non.
08:34Je prends la liberté de raconter les choses
08:37et je ne me fixe pas de...
08:41Comment dire ?
08:41Je ne m'auto-censure pas dans ce que je raconte.
08:45Vous avez témoigné, on le disait, raconté jour après jour cette guerre.
08:48Quelle est l'image qui vous hante le plus encore aujourd'hui ?
08:56C'était, en fait, lorsqu'on a obtenu l'autorisation d'aller couvrir
09:03donc une frappe, une triple frappe dans une zone résidentielle.
09:11J'étais en direct sur...
09:14Donc, je faisais des directs pour la télévision
09:17et là, il y a une femme qui était un peu perdue
09:20dans la décompte de sa rue, du quartier.
09:24Et je l'ai attrapée.
09:26Je l'ai demandé si elle pouvait rester avec moi
09:29pour passer à la télévision pour raconter.
09:31Elle ne parlait pas français ni anglais, mais en persan.
09:34Et cette femme est restée pendant une demi-heure
09:47pour témoigner avec moi.
09:55Lorsque je lui ai demandé,
09:56je lui ai dit qu'elle allait passer à la télé.
09:58et elle me dit, qu'est-ce que ça change ?
10:01J'ai déjà tout perdu.
10:08Et on est retourné avec ma femme sur ce lieu de frappe.
10:11On ne l'a pas retrouvé, mais j'espère la retrouver
10:17pour la remercier correctement.
10:18Parce que vous aviez dû partir
10:20parce que d'autres, s'ils arrivaient
10:21à ce jour-là.
10:23Vous êtes à Paris.
10:25Aujourd'hui, vous allez rentrer
10:27cette semaine en Iran
10:28pour couvrir les funérailles
10:29de l'ayatollah Ali Ramenei.
10:31Ce sera une démonstration de force pour le pouvoir ?
10:33Oui.
10:34Tel que c'est organisé, tel que c'est annoncé,
10:37ça va être une démonstration de force
10:38parce que ça va durer 7 jours.
10:40Avec l'apparition de Mosh Taba Ramenei,
10:41c'est ce qu'on attend ?
10:42Ça, c'est toute la question.
10:45Normalement, dans la loi musulmane,
10:47il faut enterrer les personnes mortes immédiatement
10:52dans les deux jours qui suivent.
10:54Le fait d'avoir attendu aussi longtemps
10:57que la situation se normalise,
10:59normalement, il doit prononcer la prière funéraire
11:03à Téhéran ou à Machad
11:04où l'ayatollah Ali Ramenei sera enterré
11:07au Moselle de l'Imam Reza.
11:09Donc, c'est important.
11:10Il doit apparaître s'il n'apparaît pas.
11:12Donc, les rumeurs vont s'amplifier encore sur son état.
11:15Merci beaucoup, Siavosh Gazi.
11:16Je rappelle le titre de votre livre
11:17qui sort en librairie ce jeudi.
11:19Carnet de guerre, 40 jours dans Téhéran,
11:20sous les bombardements aux éditions First.
11:22Vous pensez que le régime surveille ce que vous dites
11:24quand vous êtes en France, comme ça ou pas ?
11:25Merci.
Commentaires