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Jean-Marc Jancovici, ingénieur, enseignant et cofondateur du cabinet Carbone 4, pose un constat sans concession sur le plateau de télévision face à la canicule historique de 2026.
Alors que les records de chaleur s'enchaînent, il décrypte l'urgence absolue de l'adaptation face à un dérèglement climatique permanent et irréversible.
L'épuisement inéluctable des ressources en énergies fossiles comme le pétrole nous impose de repenser immédiatement nos infrastructures, nos logements, nos écoles et notre agriculture.
Une analyse brute et indispensable pour comprendre le monde qui vient.

#Jancovici #canicule #climat #energie #adaptation

00:00 Intro
00:24 Jean-Marc Jancovici
07:55 Outro

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Réponses au quiz de fin :
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Quels pays sont comparés pour illustrer les modes de construction ?
➡ La Provence et la Norvège.

Quel est le pourcentage de baisse des émissions entre 2017 et 2026 ?
➡ Une baisse de 25%.

Quelles émissions comptent réellement pour le climat de la France ?
➡ Les émissions mondiales.

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Transcription
00:00On le voit, ces derniers jours, record sur record, 40 degrés atteints hier, on n'est toujours pas à l
00:05'été, officiellement.
00:06Ça va s'arrêter où ? Ça va monter jusqu'où ?
00:08Ça va continuer à monter.
00:11Il n'y a aucune surprise à avoir là-dedans.
00:13Enfin, je veux dire, si les gens qui nous regardent sont surpris, pardonnez-moi d'être un peu taquin, c
00:16'est que vous avez mal fait votre travail jusqu'à maintenant.
00:24Alors, nous sommes au cœur de l'actualité, il fait chaud.
00:27Très souvent, c'est irrespirable, la France transpire.
00:30Cette vague, Jean-Marc, elle illustre en tous les cas ce climat qui change.
00:34Oui, c'est malheureusement une illustration du fait que ce qu'on appelle un climat normal a cessé d'exister
00:40et que nous devons nous habituer à un climat qui se dérègle en permanence.
00:45Normal, ça veut dire que les choses sont stables.
00:47Et quand les choses sont stables, ma foi, on a le temps de s'adapter.
00:50Et c'est bien d'adaptation dont on va parler.
00:52Quand on a un climat qui change en permanence, la question de savoir à quoi on doit s'adapter est
00:57une question qui ne devient pas évidente.
00:59Puisque quand il s'agit de changer les logements, de changer la façon dont les enfants peuvent aller à l
01:04'école, de changer les cultures, de changer la façon dont on dépend de l'eau, de changer les infrastructures de
01:11transport, pour éviter que les rails se dilatent trop, etc.
01:14Eh bien, on est bien obligé de savoir à quoi on doit s'attendre.
01:16Et avec un climat qui change en permanence, c'est un exercice qui devient difficile.
01:19C'est ça l'adaptation ?
01:21Oui, l'adaptation c'est le fait d'essayer de conserver les activités que nous avons déjà aujourd'hui.
01:25On a de l'agriculture qui nous nourrit, on a des infrastructures de transport, on a des logements qui nous
01:30hébergent.
01:31Toutes ces choses du monde physique dont nous dépendons, qu'on oublie parfois un peu trop, eh bien, elles ont
01:36été conçues pour un climat stable.
01:37On ne construit pas de la même manière en Alsace qu'en Bretagne, et on ne construit pas de la
01:41même manière en Provence qu'en Norvège.
01:44Donc, le climat a toujours été un déterminant important, de la façon dont les sociétés humaines se sont installées et
01:49ont prospéré.
01:50Et à partir du moment où on chamboule ce climat, ça nous oblige, en temps réel, j'ai envie de
01:54dire, à changer un certain nombre de choses.
01:56Et parfois, on ne peut pas.
01:58Par exemple, changer une forêt, on ne peut pas faire ça en une semaine.
02:01Changer des infrastructures de transport, on ne peut pas faire ça en une semaine.
02:04Changer un réseau électrique, on ne peut pas faire ça en une semaine.
02:07D'aucuns se rappelleront peut-être qu'en 2003, la dilatation d'une ligne à haute tension entre la France
02:11et l'Italie avait été tellement importante que ça a déclenché un incendie.
02:14La ligne s'est mise à toucher terre.
02:16Parce que la ligne a été dimensionnée pour un certain maximum de température et pas pour plus.
02:20Donc, des exemples comme ça, on va en trouver absolument partout.
02:22Et en fait, une des choses auxquelles les entreprises et les États et les collectivités locales vont devoir s'atteler,
02:29et j'ai envie de dire, un peu d'urgence,
02:31et en ce moment, si la vague de chaleur sert à ça, elle sera utile,
02:34c'est à cette fameuse adaptation qui consiste malheureusement à dépenser des moyens simplement pour conserver le maximum de ce
02:41qu'on a déjà.
02:42Ce qui est désagréable.
02:43D'habitude, on aime bien dépenser des moyens pour avoir des choses en plus.
02:45Là, il va falloir qu'on consacre des moyens simplement à essayer de conserver ce qu'on a déjà.
02:49C'est ça l'adaptation, et c'est urgent de s'y mettre, et c'est urgent de continuer à
02:53le faire, y compris quand on sera au mois de novembre et qu'on trouvera qu'il fait un peu
02:56frais.
02:56On le voit, ces derniers jours, record sur record, 40 degrés atteints hier, on n'est toujours pas à l
03:01'été, officiellement.
03:02Ça va s'arrêter où ? Ça va monter jusqu'où ?
03:04Ça va continuer à monter.
03:07Il n'y a aucune surprise à avoir là-dedans.
03:09Enfin, je veux dire, si les gens qui nous regardent sont surpris, pardonnez-moi d'être un peu taquin, c
03:12'est que vous avez mal fait votre travail jusqu'à maintenant.
03:14Pourtant, je vous ai beaucoup reçu, donc vous aussi, semble-t-il.
03:17Non, non, ce n'est pas moi qui fais la programmation des médias.
03:21Donc, tout ce qui est en train de se passer est parfaitement en ligne, avec des prévisions qui ont été
03:26faites il y a maintenant des décennies.
03:28On sait depuis deux siècles que quand on rajoute des gaz à effet de serre dans l'atmosphère, le climat
03:32se réchauffe.
03:33On sait depuis un siècle à peu près de combien il se réchauffe en fonction de la quantité de CO2
03:37qu'on rajoute.
03:38Donc, pour le moment, tout se passe comme prévu.
03:41Tout se passe comme prévu. Vous n'êtes absolument pas surpris.
03:43Non, je suis un peu, comment dire, je n'aime pas ce qui se passe.
03:48Vous le subissez comme tout le monde.
03:49Je le subis comme tout le monde, mais j'ai envie de dire que tout se passe comme prévu, malheureusement.
03:53Jean-Marc Jancovici, il y a évidemment des conséquences très concrètes.
03:55On va y venir dans un instant sur les questions de transport, de santé, d'école.
04:00Mais au fond, quand je vous écoute et que vous dites qu'on continue à rajouter des gaz à effet
04:04de serre,
04:05je voudrais qu'on arrive à peut-être se mettre d'accord sur les chiffres et que vous m'expliquiez
04:09ce qu'il en est.
04:10Parce que les chiffres montrent justement que ça a commencé à descendre.
04:14Et pour le coup, le long thermomètre monte.
04:16L'INSEE hier, et justement, je voudrais comprendre comment vous lisez ces chiffres, ou alors s'ils sont faux.
04:22L'INSEE sur le climat a publié cette semaine l'idée que les émissions de gaz à effet de serre
04:26ont baissé de 2,1% en France pour 2026.
04:31Qu'en France, si on prend la période 2017-2026, il y a une baisse de 25% des émissions
04:38de gaz à effet de serre.
04:39On a baissé d'un quart.
04:40Oui, mais ce qui compte pour le climat en France, c'est les émissions mondiales.
04:44C'est ça que beaucoup de gens ont du mal à comprendre.
04:47Pourquoi ça ? Parce que le CO2 est un gaz chimiquement stable une fois dans l'atmosphère.
04:51Donc il va y rester très longtemps, une fois qu'on l'a mis.
04:53Et donc à cause de la circulation atmosphérique qui brasse l'air partout sur la planète,
04:58en fait le lieu d'émission du CO2 n'a pas d'importance.
05:00Donc le réchauffement que nous sommes en train de subir en ce moment,
05:02c'est la conséquence des émissions passées en France, aux Etats-Unis, en Chine, en Mongolie, en Norvège, en Suède,
05:09et partout ailleurs, en Argentine et partout ailleurs.
05:11Mais ça veut dire aussi, Jean-Marc Jancovici, que des efforts ont été faits et qu'ils ont porté leurs
05:15fruits.
05:15Alors, des efforts ont porté leurs fruits en ce qui concerne les émissions françaises.
05:19Mais en ce qui concerne les émissions mondiales, elles sont en hausse depuis toujours.
05:23Mais donc ça veut dire que là, on se donne du mal, mais de toute façon, on est tributaire des
05:25autres.
05:25Alors, on est tributaire des autres en ce qui concerne le climat.
05:28Par contre, il y a eu un petit truc dans l'actualité récemment qui vient se rajouter à la canicule,
05:32qui s'appelle le détroit d'Hormuz, qui nous rappelle que de toute façon,
05:35nous, on va devoir faire avec de moins en moins de combustibles fossiles, parce qu'on importe tout.
05:38Et que les gens qui nous fournissent vont voir les gisements, de toute façon, se tarir.
05:43Mais votre réponse à vous là-dessus, c'est pas forcément de se dire, allons nous fournir ailleurs,
05:47c'est apprenons à nous en passer.
05:48C'est qu'on ne va plus pouvoir se fournir ailleurs.
05:51Vous savez, extraire du pétrole, c'est vider des placards.
05:53Le pétrole met entre 40 et 400 millions d'années à se former sous terre.
05:56Le gaz, pareil. Le charbon, pareil.
05:58Et quand vous videz un placard, c'est assez facile de comprendre qu'au bout d'un moment,
06:02vous ne pouvez plus avoir en provenance de votre placard la même chose qu'avant.
06:06Le placard se vide.
06:07Le placard se vide, exactement.
06:09Et donc, l'approvisionnement ne peut pas être garanti pour l'éternité.
06:11Quand vous me dites, c'était prévu, ça va continuer à monter ?
06:15Sur les températures, oui.
06:16Ça va continuer à monter jusqu'où ?
06:18C'est-à-dire vos analyses en fonction...
06:20Ça va dépendre de ce qu'on va continuer à rajouter comme CO2 dans l'atmosphère.
06:24En gros, à partir du moment où on a créé un surplus de CO2 dans l'atmosphère,
06:28comme le CO2 est très stable, chimiquement,
06:31il faut attendre plus de 10 000 ans après arrêt des émissions pour que le surplus évacue.
06:35Vous êtes en train de me dire qu'il va falloir attendre 10 000 ans pour que la température baisse
06:38?
06:38Alors, il va falloir attendre 10 000 ans pour que le surplus évacue.
06:41Non, la température va baisser avant 10 000 ans.
06:44Par contre, pour que la température commence à baisser, il faut que les émissions deviennent nulles.
06:48Les émissions planétaires deviennent nulles.
06:49Nules, à zéro ?
06:50À zéro.
06:50On en est très, très loin.
06:51On en est très, très loin.
06:52Donc, tant qu'on continue à rajouter du CO2 dans l'atmosphère, la température va continuer à monter.
06:55Alors, attendez, il y a une chose, vous dites nulle.
06:56Mais entre nulle et rajouter, il y a quand même une baisse.
06:59Non, non.
07:00Tant que c'est nul, tant que ce n'est pas nul,
07:02une partie du CO2 qu'on émet reste dans l'atmosphère
07:04et la concentration en CO2 dans l'atmosphère augmente.
07:06Donc, Jean-Marc Jancovici, ce matin, vous nous dites que les 40 degrés qu'on a passé déjà hier...
07:10Non, non, mais vous nous le dites.
07:11Vous nous constatez, l'ingénieur, le spécialiste du climat, qu'au fond, le fait qu'on passe de plus en
07:19plus tôt et de plus en plus haut des records,
07:22ça ne va que continuer pendant quoi ? Au moins 10 ans ?
07:25Ça va continuer jusqu'à temps que les émissions ne soient pas nulles.
07:28Donc, pendant beaucoup plus que 10 ans.
07:31On fait quoi en attendant ?
07:32Ah ben, il faut baisser les émissions le plus vite possible.
07:35Ça, c'est très clair.
07:36Mais est-ce que c'est foutu ? Est-ce que ceux qui nous écoutent là...
07:37Alors, une partie de ce qui...
07:38Alors, ce qui est foutu, entre guillemets, c'est que ce n'est pas parce qu'on va commencer à
07:42baisser les émissions
07:43que le climat va se remettre dans l'état dans lequel il était avant qu'on ait commencé à émettre.
07:46Ça, ça n'arrivera pas de votre vivant, ni du vivant de vos enfants, ni du vivant de vos petits
07:50-enfants.
07:51Donc, il va falloir apprendre à vivre avec un climat qui aura changé de toute façon.
08:29Sous-titrage Société Radio-Canada
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