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  • 2 months ago
Thomas Pesquet a vécu à 400 kilomètres au-dessus de la Terre pendant plusieurs séjours de près d’un an en cumulé. Depuis l'espace, les frontières disparaissent, les conflits semblent lointains, et notre planète apparaît à la fois immense et fragile. Que découvre-t-on sur l'humanité lorsqu'on passe des mois à l'observer dans son ensemble ? Une conversation sur la curiosité, l'exploration, le progrès et ce qui nous relie dans un monde en perpétuelle transformation.

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Transcript
00:00:17Bonjour.
00:00:21Applaudissements
00:00:26Vous allez bien ?
00:00:31You are going to spend a good day?
00:00:33Yes!
00:00:35Well, you are going to spend the best day of the day,
00:00:39and perhaps even of several days,
00:00:43for not to say the best day for some of their lives.
00:00:50But yes!
00:00:52But yes!
00:00:52Because you are going to have a huge gift.
00:00:54It is a huge gift,
00:00:56because there are some things that we have chosen,
00:00:59and there are one,
00:01:00and perhaps even the only one we see,
00:01:03we will wake up to the sky,
00:01:06without ever croire that he will hold the arms.
00:01:10Our guest, he, he, he,
00:01:13he said yes!
00:01:16Angénieur,
00:01:17aéronautique,
00:01:18pilote de ligne,
00:01:20plongeur,
00:01:21parachutist,
00:01:21ceinture noire de judo, c'est insupportable.
00:01:27On pourrait croire à une vie déjà bien remplie,
00:01:30mais ce n'est qu'un échauffement,
00:01:33car en 2009, l'Agence Spatiale Européenne
00:01:36le sélectionne parmi des milliers de candidats,
00:01:41des milliers, plus que cette salle
00:01:43qui compte 2000 personnes.
00:01:45Et depuis, il porte sur ses épaules
00:01:48quelque chose d'encore plus grand que lui,
00:01:50c'est nos rêves, nos rêves à nous tous.
00:01:54Deux missions, près de 400 jours passés
00:01:57à 400 kilomètres au-dessus de nos têtes,
00:02:01six sorties dans le vide spatial,
00:02:04plus que n'importe quel autre Européen,
00:02:06premier Français à commander
00:02:09la Station Spatiale Internationale
00:02:11et plus de 250 000 photographies
00:02:16de notre planète
00:02:18qui nous ont appris à la regarder autrement,
00:02:21immense et fragile à la fois.
00:02:24Il a joué du saxophone en apesanteur,
00:02:27il a fait entrer l'espace dans nos salons,
00:02:29dans nos écoles, dans nos imaginaires,
00:02:32il a rendu l'extraordinaire familier
00:02:34sans jamais lui retirer sa magie.
00:02:38Et l'aventure ne fait que commencer.
00:02:41En 2027, il repartira là-haut
00:02:43et il pourrait même devenir,
00:02:46et on va tout faire pour l'aider,
00:02:49le tout premier non-américain
00:02:51à commander un vaisseau spatial américain.
00:02:54Autrement dit,
00:02:55pendant que le monde se divise,
00:02:59lui continue de nous rassembler.
00:03:01Mesdames et messieurs,
00:03:03jeunes gens,
00:03:06vous allez faire du bruit, hein ?
00:03:08Vous allez accueillir formidablement
00:03:13Thomas Pesquet,
00:03:16J'ai voulu.
00:03:23Bonjour, merci.
00:03:34Vous ne savez pas à quel point
00:03:36il nous fait un cadeau magnifique.
00:03:39Vous n'avez pas idée.
00:03:41Hier encore,
00:03:43il était en train de passer ses égrames
00:03:45de pilote d'essai.
00:03:47C'est quoi cette histoire ?
00:03:50Eh bien, bonjour à tous.
00:03:51Bonjour Maurice,
00:03:52merci d'être ici.
00:03:53C'est vrai que c'est un peu
00:03:54dernière minute
00:03:55parce qu'hier encore,
00:03:56j'étais dans un Alpha Jet à Istres,
00:03:58passé la qualification,
00:03:59le brevet de pilote d'essai.
00:04:00Pourquoi ?
00:04:00Parce que pour les missions,
00:04:01on va en parler,
00:04:02mais les missions Artemis vers la Lune,
00:04:03ce sont des missions nouvelles,
00:04:04du matériel nouveau,
00:04:06des choses qui ne sont pas encore
00:04:08prouvées, testées,
00:04:09c'est une compétence qui va être utile.
00:04:11Donc, quand on est astronaute,
00:04:12il faut se préparer à tout.
00:04:13Et ça fait partie de ça.
00:04:17Donc, un grand merci
00:04:18parce que
00:04:23c'est probablement
00:04:26l'homme le plus sollicité de la Terre.
00:04:30C'est celui dont l'agenda
00:04:33est absolument impossible.
00:04:35Et c'est, je vous l'ai dit,
00:04:37un cadeau magnifique qu'il nous fait.
00:04:40Merci, Thomas.
00:04:42Avec plaisir.
00:04:43Je ne sais pas si c'est vraiment un cadeau,
00:04:44mais en tout cas,
00:04:44je suis ravi d'être ici avec vous.
00:04:47On ne va pas applaudir à chaque fois.
00:04:50Oui, oui, oui, oui, oui, oui,
00:04:52vous pouvez applaudir à chaque fois.
00:04:53Ça va être un peu long.
00:04:55J'ai dit que c'est insupportable
00:04:57parce que vous êtes ingénieur,
00:04:59pilote, astronaute,
00:05:00mais quoi encore ?
00:05:02Non, non, c'est vrai que l'introduction
00:05:03met un petit peu la pression.
00:05:04J'entendais depuis les coulisses.
00:05:06Mais non, c'est des choses
00:05:08qui se sont faites petit à petit,
00:05:09en fait, au fur et à mesure.
00:05:11J'ai du temps à consacrer à tout ça.
00:05:12Et puis, voilà, le projet fait
00:05:14qu'il y avait toujours quelque chose à faire.
00:05:15Et là encore, aujourd'hui,
00:05:16il y a quelque chose à faire.
00:05:17Ce n'est pas fini.
00:05:17J'espère que ça va continuer.
00:05:19Alors, est-ce que vous auriez imaginé
00:05:21quand vous aviez 20 ans ?
00:05:23Ou alors, d'abord,
00:05:24est-ce que vous avez rêvé
00:05:24d'être astronaute tout de suite ?
00:05:26Ou est-ce que vous avez rêvé,
00:05:28comme tous les gamins,
00:05:30de devenir pompier ?
00:05:32Oui, pompier.
00:05:33J'ai rêvé de devenir pompier.
00:05:35J'ai rêvé de devenir pilote.
00:05:36Je voulais jouer au basket aussi
00:05:37quand j'étais petit.
00:05:38C'était les grandes époques du basket
00:05:40dans les années 90.
00:05:42J'avoue mon âge.
00:05:43Mais non, je rêvais de plein de choses.
00:05:44L'espace, ça me faisait rêver.
00:05:46Mais en fait, c'était trop distant.
00:05:48C'était trop loin.
00:05:48Je ne voyais pas tellement le rapport
00:05:49entre des gens
00:05:50qui me paraissaient extraordinaires
00:05:52et qui faisaient des choses extraordinaires.
00:05:54Et puis moi,
00:05:54qui étais dans ma vie normale
00:05:55dans un village de Normandie,
00:05:58je n'arrivais pas à faire le lien.
00:05:59À l'époque, on ne pouvait pas communiquer
00:06:01aussi comme aujourd'hui
00:06:01avec les réseaux sociaux.
00:06:03Et donc, c'est quelque chose
00:06:04dont je me suis rappelé un petit peu
00:06:05quand je suis moi-même devenu astronaute
00:06:07après des années, des années de boulot.
00:06:09Je me suis dit, c'est trop bête.
00:06:10Il faut partager cette histoire-là.
00:06:12Et c'est pour ça aussi
00:06:12que j'ai tellement assisté
00:06:14sur les photos, les réseaux sociaux
00:06:15parce que je voulais vraiment
00:06:17parler aux petits garçons,
00:06:18aux petites filles
00:06:19que j'étais moi à l'époque.
00:06:22Ça, vous avez fait un boulot d'enfer.
00:06:24Merci.
00:06:25Vous avez fait vraiment très, très, très fort.
00:06:28Bon, alors, vous avez passé plus d'un an ?
00:06:34Oui, 400 jours, un tout petit peu moins de 400 jours.
00:06:37400 jours, c'est ça.
00:06:37C'est plus d'un an dans l'espace.
00:06:40Et la dernière mission a duré
00:06:42la moitié de tout le temps
00:06:44que vous avez passé dans l'espace.
00:06:45C'est ça, deux fois 200 jours.
00:06:46Oui.
00:06:49Alors, quand vous êtes sur Terre,
00:06:52qu'est-ce qui vous manque de là-haut ?
00:06:54Qu'est-ce qui manque de là-haut ?
00:06:55Il me manque un petit peu ça,
00:06:56la camaraderie, en fait.
00:06:57C'est vraiment le fait d'être en mission,
00:07:01d'être en expédition.
00:07:02En fait, c'est marrant
00:07:04parce qu'on a tous ce but commun
00:07:06qui est intense.
00:07:07Tous les matins, on se lève,
00:07:08on sait pourquoi on se lève,
00:07:09on va au boulot, on a un but.
00:07:11C'est un peu comme une équipe de sport,
00:07:12je pense, qui est dans une compétition.
00:07:13Je pense à la Coupe du Monde en ce moment,
00:07:15mais il y en a plein d'autres,
00:07:16évidemment, à tous les niveaux,
00:07:17dans tous les sports.
00:07:17Il y a ce but vers lequel on est tendu
00:07:19et il y a cette clarté
00:07:21qui fait que les priorités sont super claires.
00:07:23C'est-à-dire, on est là pour ça.
00:07:25Il n'y a rien d'autre qui compte.
00:07:27Il n'y a qu'une manière de nous parler,
00:07:29c'est en appelant à la fréquence
00:07:30depuis le centre de contrôle.
00:07:31On n'est pas dérangé.
00:07:32Tout est clair, tout est limpide
00:07:34et tout est intense.
00:07:36En fait, en revenant sur Terre,
00:07:38malheureusement, c'est plus compliqué.
00:07:39On a tous un téléphone portable dans la poche.
00:07:41Il y a plein de priorités personnelles,
00:07:44professionnelles,
00:07:45organisationnelles.
00:07:46Quand je vous appelle,
00:07:46vous mettez le portable de côté.
00:07:48Oui, je vous réponds pas toujours.
00:07:51Non, mais disons que c'est plus difficile
00:07:53d'arbitrer, je trouve,
00:07:56les priorités sur Terre.
00:07:57Donc, ce côté clarté, intensité,
00:07:59être en mission,
00:08:00ça, ça manque un petit peu.
00:08:02Et puis, évidemment,
00:08:03la vue de la Terre,
00:08:04quand on se réveille,
00:08:05on prend son café lyophilisé
00:08:06dans la station spatiale,
00:08:07on va se mettre un petit peu à la fenêtre,
00:08:08on n'est pas bien réveillé.
00:08:09Eh bien, on prend un gros shoot d'adrénaline
00:08:12en regardant la vue
00:08:13et puis ça motive pour la journée.
00:08:16Alors, une question un peu...
00:08:20Quand vous êtes là-haut,
00:08:22en apesanteur,
00:08:25comment ça se passe ?
00:08:27Comment vous vivez ?
00:08:29Je ne sais pas.
00:08:30Vous sentez votre corps ?
00:08:32Vous sentez que vous êtes vivant ?
00:08:34Donc, tout se passe normalement
00:08:36ou est-ce qu'il y a un changement
00:08:39quasi physiologique ?
00:08:40Non, il y a un changement.
00:08:41Alors, ce n'est pas une expérience
00:08:43extrasensoriale,
00:08:43mais par contre,
00:08:45la gravité sur Terre
00:08:46et la pesanteur, en fait,
00:08:48la gravité, la force,
00:08:48elle ne disparaît pas dans l'espace.
00:08:50Par contre, la pesanteur
00:08:51qui est le fait de ressentir son poids,
00:08:52ça, ça disparaît
00:08:53parce qu'on est en chute libre
00:08:54autour de la Terre.
00:08:55Eh bien, c'est le paramètre
00:08:56qu'on ne peut pas enlever.
00:08:57C'est d'ailleurs pour ça
00:08:58qu'on va faire de la recherche
00:08:59dans la station spatiale.
00:09:00Sur Terre, on peut changer
00:09:00la température, le pH,
00:09:04la composition en gaz,
00:09:05la lumière.
00:09:06On peut tout changer
00:09:07pour des expériences scientifiques,
00:09:08tous les paramètres.
00:09:09On ne peut pas changer
00:09:10la pesanteur.
00:09:11On ne peut pas.
00:09:12Ce n'est pas possible.
00:09:12Les seules manières,
00:09:13c'est soit de faire
00:09:13de l'avion zéro G
00:09:15à Novaespace à Mérignac
00:09:16ou d'aller dans la station spatiale.
00:09:18Et donc, quand on arrive
00:09:19dans la station spatiale,
00:09:20on se retrouve, en fait,
00:09:22à être un peu libéré
00:09:23des contraintes de son corps.
00:09:25Et c'est vraiment comme ça
00:09:25qu'on le vit.
00:09:26C'est tout d'un coup
00:09:28une libération.
00:09:28Il n'y a plus de poids.
00:09:29Tout est facile.
00:09:31On déplace des charges
00:09:32avec deux doigts.
00:09:33On a un peu l'impression
00:09:34d'avoir des super pouvoirs.
00:09:35C'est quand même ça, l'espace.
00:09:36Superman.
00:09:37Superman, superwoman, oui.
00:09:39Et on y prend goût, bizarrement.
00:09:41Quand on revient sur Terre,
00:09:43c'est un peu difficile.
00:09:44Moi, je me rappelle
00:09:44la première fois
00:09:45que j'ai recouru sur Terre
00:09:46sur un tapis roulant
00:09:47avec mon vrai poids.
00:09:49J'ai eu l'impression
00:09:50d'être un éléphant.
00:09:51Je n'arrivais pas à avancer
00:09:52parce que sur Terre,
00:09:53dans la station,
00:09:54tout est tellement facile.
00:09:55On flotte.
00:09:56Après, il y a des conséquences
00:09:57aussi sur la santé,
00:09:58sur la densité osseuse.
00:09:59Sur la masse musculaire,
00:10:01parfois sur la vision.
00:10:02Ce n'est pas toujours
00:10:03très bon pour la santé.
00:10:04C'est pour ça qu'on s'entraîne,
00:10:05qu'on essaie d'être
00:10:05en bonne forme.
00:10:06Mais en tout cas,
00:10:07moi, je l'ai vécu vraiment
00:10:08comme une libération
00:10:09des...
00:10:09Oui, non, mais...
00:10:11Merci.
00:10:12Non, non, non.
00:10:14J'ai dit que vous avez l'air
00:10:15d'être en bonne santé.
00:10:16Comme une libération
00:10:17des contraintes de mon corps.
00:10:18Voilà.
00:10:19J'aimerais mieux retourner
00:10:20retrouver les super pouvoirs.
00:10:23Les super pouvoirs ?
00:10:24Oui.
00:10:25De flotter.
00:10:26On en a tous rêvé, non ?
00:10:27Je ne sais pas.
00:10:27Tout le monde a fait un rêve
00:10:28où on vole à un moment.
00:10:30Vous avez rêvé
00:10:31d'avoir les super pouvoirs
00:10:32de voler ?
00:10:33Non.
00:10:34Bon, il y en a qui disent non.
00:10:36Il y en a un
00:10:36qui a dit non ou une.
00:10:39Le président Macron
00:10:40a annoncé
00:10:41que vous allez repartir
00:10:43pour une nouvelle mission.
00:10:44Alors, c'est en 2027.
00:10:46Alors, c'est tout court.
00:10:48C'est un week-end, quoi.
00:10:49C'est deux semaines.
00:10:50C'est comme un week-end.
00:10:51Là, tout d'un coup,
00:10:53vous n'aurez même pas
00:10:53le temps de vous habituer.
00:10:54C'est ça.
00:10:55Mais en fait, c'est marrant
00:10:56parce qu'avant la station spatiale,
00:10:58c'était un peu l'habituel
00:11:01de faire des missions.
00:11:02Les missions de navettes,
00:11:02c'était 10-12 jours.
00:11:04Les missions de Soyouz,
00:11:0410-12 jours.
00:11:05Et puis, on s'est habitués
00:11:06à des missions
00:11:06de plus en plus longues.
00:11:08Surtout pour la physiologie humaine.
00:11:10Pour étudier la physiologie humaine,
00:11:12c'est bien de laisser
00:11:12les gens longtemps
00:11:14en impesanteur
00:11:14pour qu'ils puissent s'adapter,
00:11:16réagir, changer,
00:11:17que le corps humain puisse changer.
00:11:19Et là, on se rend compte maintenant
00:11:20que la station spatiale
00:11:21arrive à sa fin, bientôt.
00:11:23Alors, on a parlé de 2030.
00:11:24Aujourd'hui, on parle de 2032.
00:11:26Bon, ce sera peut-être un peu plus.
00:11:27Mais de toute façon,
00:11:28ça va s'arrêter à un moment.
00:11:29Elle n'a pas vocation
00:11:29à être éternelle, évidemment.
00:11:31Il y a d'autres choses
00:11:32qui vont remplacer.
00:11:32On en parlera ensuite.
00:11:34Et nous, on a beaucoup investi
00:11:35l'Europe,
00:11:36l'Agence spatiale européenne,
00:11:37le CNES français,
00:11:38pour la recherche
00:11:39dans la station spatiale.
00:11:40Et puis, maintenant,
00:11:41on a la possibilité
00:11:42de faire des missions
00:11:42un peu commando, comme ça,
00:11:43d'aller deux semaines
00:11:45dans la station spatiale.
00:11:47100% de notre temps
00:11:48sera dédiée
00:11:48à la recherche européenne.
00:11:50Et ça, c'est bien
00:11:51parce que sur une mission
00:11:51de six mois,
00:11:52ce n'est pas 100% du temps.
00:11:53On travaille aussi beaucoup
00:11:54pour la NASA,
00:11:55on travaille aussi beaucoup
00:11:55pour les Japonais,
00:11:57pour les Canadiens.
00:11:58C'est normal,
00:11:58c'est un programme en commun.
00:11:59Donc là, au final,
00:12:00en deux semaines,
00:12:00on va peut-être faire
00:12:01presque autant qu'en six mois.
00:12:04Et avec un équipage européen
00:12:05dont j'aurai la chance
00:12:06d'être le commandant.
00:12:07Voilà, un an d'entraînement,
00:12:08deux semaines de mission.
00:12:09Tout l'équipage est européen.
00:12:10On n'a pas encore tous les noms.
00:12:12On en a, allez,
00:12:12on va dire deux et demi.
00:12:13Mais normalement,
00:12:15on s'attend à ce que
00:12:15tout l'équipage soit européen.
00:12:18Et vous êtes impatient
00:12:19de repartir ou pas ?
00:12:21Oui, je suis impatient
00:12:22de repartir
00:12:23et puis aussi
00:12:23de commencer l'entraînement.
00:12:24Parce qu'à part
00:12:26une mission spatiale,
00:12:27le deuxième meilleur truc,
00:12:29c'est quand même
00:12:29de s'entraîner
00:12:30pour une mission spatiale.
00:12:32Je me rappelle,
00:12:33mon deuxième entraînement,
00:12:34c'était pendant le Covid.
00:12:35Donc un petit peu moins bien
00:12:35parce qu'il n'y avait pas
00:12:36l'aspect social, camaraderie.
00:12:38Mais sinon,
00:12:39le premier entraînement,
00:12:40c'était absolument fantastique.
00:12:42Tous les jours,
00:12:42on apprend quelque chose.
00:12:43Tous les jours,
00:12:44on se rapproche de son but.
00:12:45On est avec des équipes
00:12:46qui sont, vous en doutez,
00:12:47super motivées,
00:12:48super compétentes.
00:12:49Tout le monde est là
00:12:49pour nous aider.
00:12:51C'est un peu le rêve
00:12:51d'une vie qui s'approche.
00:12:53C'est vraiment
00:12:53une période fantastique.
00:12:55Donc on a hâte
00:12:56qu'elle finisse
00:12:56parce qu'on veut décoller.
00:12:59Mais rétrospectivement,
00:12:59quand je regarde en arrière,
00:13:00ces périodes d'entraînement,
00:13:01c'était aussi
00:13:03un des grands moments
00:13:04de la mission.
00:13:04Il faut en profiter sur Terre.
00:13:05C'est pareil aussi.
00:13:06Passer la ligne d'arrivée,
00:13:08c'est très bien.
00:13:09Mais ce qu'il y a
00:13:10le plus plaisant,
00:13:11souvent,
00:13:11c'est de progresser
00:13:12vers son but.
00:13:13C'est ça,
00:13:13le vrai bonheur.
00:13:14Passer la ligne d'arrivée,
00:13:15ça peut être un peu frustrant.
00:13:16Je me permets
00:13:17de le développer
00:13:17un tout petit peu,
00:13:18mais parce que je l'ai vécu.
00:13:20Passer la ligne d'arrivée,
00:13:21ça dure 30 secondes.
00:13:21Et puis après,
00:13:22qu'est-ce qu'on fait ?
00:13:23Oui, on a gagné,
00:13:24on a passé la ligne d'arrivée.
00:13:24C'est fini.
00:13:25Ça y est,
00:13:26le moment il est passé,
00:13:27il va y avoir
00:13:27un petit peu d'animation
00:13:29autour de ça,
00:13:30mais ça n'a pas duré longtemps.
00:13:31Par contre,
00:13:31le vrai bonheur,
00:13:40les gens sportifs,
00:13:41les gens qui,
00:13:41tous les jours,
00:13:42gagnent des badges
00:13:42et s'approchent,
00:13:43s'approchent,
00:13:43s'approchent du titre.
00:13:44C'est là que le bonheur,
00:13:45il est vraiment.
00:13:46Quand on gagne le titre,
00:13:47ça dure cinq minutes
00:13:47et après, c'est fini
00:13:48et il faut trouver
00:13:49la motivation pour recommencer.
00:13:50On n'espère pas bien
00:13:51qu'on veut gagner le titre,
00:13:52mais ça,
00:13:52c'est notre histoire.
00:13:53On va arrêter
00:13:54les métaphores de fou,
00:13:55mais on se dit une fois
00:13:56qu'on espère qu'on va gagner.
00:13:58Alors,
00:13:59il y a quand même
00:13:59un métier scientifique.
00:14:01C'est ça qui est extraordinaire.
00:14:03C'est physique.
00:14:06On peut en rêver,
00:14:07mais en même temps,
00:14:08il y a du vrai boulot
00:14:10scientifique très sérieux.
00:14:14Alors, c'est quoi ?
00:14:16Vous avez un cahier
00:14:18d'échange très précis,
00:14:19des missions à faire
00:14:20tous les jours,
00:14:21un peu comme les devoirs
00:14:23qu'on a à faire en classe ?
00:14:24Oui, c'est exactement ça.
00:14:25En fait, c'est vrai.
00:14:26C'est le métier du quotidien.
00:14:28Il est parfois hyper ennuyeux,
00:14:31hyper pas romantique.
00:14:33C'est vrai qu'on a l'image
00:14:34de l'astronaute un peu héros,
00:14:36un peu Tom Cruise,
00:14:37parfois piloter des jets, etc.
00:14:39Ce qu'on fait
00:14:39dans la station spatiale,
00:14:40c'est quand même
00:14:40assez loin de ça.
00:14:41C'est réaliser
00:14:42des expériences scientifiques.
00:14:43C'est aussi faire
00:14:44de la maintenance
00:14:44et faire en sorte
00:14:45que la station soit
00:14:46en bon état,
00:14:47comme dans un navire
00:14:48qui partira très loin,
00:14:49comme sur une base
00:14:50en Antarctique
00:14:51ou dans des conditions extrêmes.
00:14:52Donc, on répare tout.
00:14:53L'électricité,
00:14:54les toilettes,
00:14:55la plomberie.
00:14:56On fait ça toute la journée.
00:14:57Et puis,
00:14:57la recherche scientifique,
00:14:59c'est le but de la station.
00:15:00Et là,
00:15:01on est guidé
00:15:01par les scientifiques au sol
00:15:03qui, eux,
00:15:03ont la vraie connaissance.
00:15:04Nous, on n'est pas des experts
00:15:05dans tous les domaines,
00:15:06évidemment,
00:15:07physiologie, médecine,
00:15:08sciences des matériaux,
00:15:09biologie.
00:15:10Évidemment,
00:15:10les gens,
00:15:10c'est une vie d'études
00:15:12pour arriver
00:15:12au niveau d'expertise nécessaire.
00:15:14Et eux,
00:15:15écrivent des procédures,
00:15:16mettent en place
00:15:17des expériences,
00:15:18conçoivent le matériel.
00:15:19Les agences spatiales
00:15:20l'envoient dans la station
00:15:21et ensuite,
00:15:22c'est le centre de contrôle
00:15:22qui nous aide,
00:15:23qui regarde par-dessus
00:15:24de notre épaule
00:15:24avec des caméras,
00:15:25qui nous fournit des procédures
00:15:26au final
00:15:27où tout est détaillé.
00:15:28Mettez le fil vert
00:15:29sur le bouton vert,
00:15:30le fil rouge
00:15:30sur le bouton rouge,
00:15:31etc.
00:15:31On dialogue avec eux
00:15:32et nous,
00:15:33on essaye d'obtenir,
00:15:33déjà de ne pas faire d'erreur,
00:15:35d'obtenir les résultats
00:15:36dont ils ont besoin.
00:15:37Parfois,
00:15:37c'est une vie d'un scientifique
00:15:38qui culmine,
00:15:39une vie entière de travail
00:15:40qui culmine avec une expérience
00:15:41dans la station spatiale.
00:15:42Donc nous,
00:15:43évidemment,
00:15:43on ressent un peu
00:15:44cette pression-là
00:15:44et on a envie
00:15:45de leur amener
00:15:45les meilleurs résultats possibles.
00:15:49La première fois
00:15:49que vous êtes sorti
00:15:50dans l'espace
00:15:52et que vous avez flotté
00:15:53nulle part,
00:15:54loin de tout,
00:15:56vous avez eu la trouille ?
00:15:57J'ai eu super peur,
00:16:00c'est extrêmement impressionnant
00:16:01et je pense que c'est normal
00:16:03de dire qu'on a peur.
00:16:04De ne pas avoir peur,
00:16:05ce n'est pas du courage.
00:16:06De ne pas avoir peur,
00:16:06c'est de l'inconscience.
00:16:07D'avoir peur
00:16:08et d'y aller quand même,
00:16:09là, je pense que c'est du courage.
00:16:10Partout,
00:16:11sur Terre aussi,
00:16:11il n'y a pas besoin
00:16:12d'être astronaute pour ça.
00:16:14Et donc,
00:16:14on a peur,
00:16:15on se prépare,
00:16:16on fait tout ce qu'on peut
00:16:18pour être en Terre inconnue,
00:16:19en fait.
00:16:20J'allais dire,
00:16:21putain,
00:16:21mais comment ça se passe ?
00:16:23Là,
00:16:24vous sortez
00:16:25du vaisseau spatial
00:16:27et vous êtes projeté
00:16:28dans le vide absolu.
00:16:30Oui,
00:16:32c'est l'impression
00:16:33d'une...
00:16:33Comment décrire ça ?
00:16:34C'est comme une chute
00:16:35extrêmement lente,
00:16:37en fait.
00:16:37Donc,
00:16:38on est dans le scaphandre.
00:16:39Le scaphandre,
00:16:39il faut voir que déjà,
00:16:41claustrophobe s'abstenir
00:16:42parce qu'on est vraiment
00:16:43enfermé dans un truc en métal
00:16:44où on peut bouger
00:16:46à peu près les bras,
00:16:47mais la première fois
00:16:48que moi,
00:16:49on a refermé le cercueil
00:16:50sur moi,
00:16:51j'ai l'impression d'être...
00:16:52Cercueil ?
00:16:52Désolé,
00:16:53oui,
00:16:53d'être dans un cercueil
00:16:54avec une vitre.
00:16:54C'est vraiment l'impression que ça.
00:16:56Puis après,
00:16:56on s'habitue.
00:16:58Mais donc,
00:16:58après,
00:16:58on arrive à avoir
00:16:59de la mobilité,
00:17:00de la dextérité
00:17:01parce qu'on s'entraîne.
00:17:03Et la première fois
00:17:04qu'on sort,
00:17:05moi,
00:17:05je me rappelle,
00:17:05c'était de nuit.
00:17:06Donc,
00:17:06on ouvre le sas
00:17:07vers le bas,
00:17:08en gros vers la Terre.
00:17:10Et en fait,
00:17:10on part la tête la première
00:17:11et on fait une espèce
00:17:12de culbut,
00:17:13de rétablissement.
00:17:14Et on se retrouve comme ça.
00:17:15Moi,
00:17:15je me retrouve à m'accrocher
00:17:16comme ça sous la station spatiale.
00:17:18Et là,
00:17:19le jour se lève.
00:17:20Donc,
00:17:20il y avait le côté...
00:17:21C'est un peu comme
00:17:22nager la nuit.
00:17:23En fait,
00:17:23on ne sait pas trop
00:17:27la nuit dans la mer.
00:17:28Donc là,
00:17:28c'est pareil.
00:17:29Je plonge,
00:17:30je m'accroche.
00:17:31On se dit,
00:17:32on ne sait pas trop
00:17:32ce qu'il y a en dessous.
00:17:33Et là,
00:17:33le jour se lève.
00:17:34Et là,
00:17:34je vois 400 km de vide
00:17:35sous les pieds.
00:17:36Donc,
00:17:36évidemment,
00:17:37on serre un petit peu
00:17:37plus fort la barre.
00:17:40Mais on ne peut pas
00:17:41serrer fort la barre
00:17:41pendant 7 heures.
00:17:43Ça,
00:17:43ce n'est pas possible
00:17:43parce que,
00:17:44évidemment,
00:17:45le scaphandre est gonflé.
00:17:47À l'intérieur,
00:17:47on a une atmosphère
00:17:48qui nous permet de respirer,
00:17:49d'oxygène.
00:17:50À l'extérieur,
00:17:50le vide.
00:17:51Donc,
00:17:51quand on gonfle quelque chose,
00:17:52si on veut bouger,
00:17:54on lutte contre
00:17:55la différence de pression.
00:17:57Donc,
00:17:57pendant 7 heures,
00:17:57écraser une balle de tennis,
00:17:59ça ne marche pas.
00:17:59Donc,
00:18:00il faut vraiment utiliser
00:18:01le moins possible ses mains.
00:18:02Donc,
00:18:03on se tient très peu
00:18:04avec deux doigts comme ça.
00:18:05Et en fait,
00:18:06le jeu au début,
00:18:06pour s'habituer,
00:18:08on met une longe,
00:18:09on a des longes
00:18:09comme en via Ferrata.
00:18:10Et puis,
00:18:11on lâche tout
00:18:11et on se pousse
00:18:12comme ça dans le vide.
00:18:14Et en fait,
00:18:15tant qu'on tient la station,
00:18:16tant qu'on la tient
00:18:17même avec deux doigts,
00:18:18il n'y a aucun problème.
00:18:19Dès qu'on la lâche
00:18:21avec une longe
00:18:21qui ne va pas être tendue,
00:18:22qui va être un peu molle,
00:18:23ça,
00:18:24ça fait très très peur.
00:18:25Pourquoi ?
00:18:26Parce que sur Terre,
00:18:27on a toujours,
00:18:28toujours,
00:18:29toujours la sensation physique
00:18:30du poids.
00:18:31Là,
00:18:32vous êtes assis,
00:18:32donc vous le sentez
00:18:33dans vos fesses.
00:18:34Vous êtes debout,
00:18:35vous le sentez sous vos pieds,
00:18:36vous êtes allongé,
00:18:36même vous êtes en escalade.
00:18:37Vous avez votre poids
00:18:38dans vos mains
00:18:39ou dans une longe,
00:18:40une longe qui est tendue
00:18:41ou une corde qui est tendue.
00:18:42Il y a toujours quelque chose
00:18:43sur votre corps,
00:18:44quelque part,
00:18:45qui vous rappelle
00:18:46que tout va bien,
00:18:47que vous n'êtes pas en train
00:18:48de tomber et que votre poids,
00:18:49il est stable.
00:18:52Les seuls moments,
00:18:53si vous réfléchissez bien,
00:18:54où on n'a pas
00:18:54cette sensation-là,
00:18:56c'est quand on tombe.
00:18:57Si je tombe de l'estrade,
00:18:58là,
00:18:58pendant une demi-seconde,
00:18:59nulle part sur mon corps,
00:19:00je vais avoir la sensation
00:19:01de mon poids.
00:19:02Ça ne va pas durer longtemps
00:19:03parce que la hauteur
00:19:03n'est pas très grande.
00:19:05Mais donc,
00:19:05le cerveau,
00:19:06lui,
00:19:06il est codé
00:19:07pour que quand il n'y a pas
00:19:08la sensation du poids nulle part,
00:19:10c'est une chute.
00:19:11Et quand il y a une chute,
00:19:12il envoie une alarme
00:19:13d'adrénaline
00:19:14disant,
00:19:14attention,
00:19:15ce n'est pas terrible
00:19:16ce qui va se passer.
00:19:17Donc,
00:19:18quand on sort
00:19:18de la station spatiale
00:19:19et qu'on lâche,
00:19:20tant qu'on la tient
00:19:21avec deux doigts,
00:19:22c'est la sensation physique
00:19:23du poids,
00:19:23ça suffit.
00:19:24Ça suffit pour être
00:19:25en sécurité.
00:19:26Dès qu'on la lâche,
00:19:27c'est une chute.
00:19:28Donc,
00:19:28le cerveau dit,
00:19:30tu es en train de chuter,
00:19:31tu es en train de chuter.
00:19:32Comme on escalade
00:19:32quand on lâche la paroi.
00:19:33Tu es en train de chuter,
00:19:34tu es en train de chuter.
00:19:35Et l'autre information,
00:19:36c'est,
00:19:36il y a 400 kilomètres de vide.
00:19:39Donc,
00:19:40la combinaison
00:19:40de ces deux informations-là,
00:19:45le cerveau dit,
00:19:46tu vas mourir.
00:19:47C'est vraiment
00:19:47cette espèce de stress.
00:19:49Et ça vous est arrivé, ça ?
00:19:50Oui,
00:19:50mais tout le temps.
00:19:51Ça arrive à tous, d'ailleurs.
00:19:52Quand on lâche la première fois,
00:19:54on a la même sensation
00:19:55qu'en escalade
00:19:56quand on chute d'une paroi.
00:19:58Même si on sait
00:19:59qu'on est tenu par une paroi.
00:20:00Mais pourquoi vous allez remonter ?
00:20:01Parce que c'est très sympa.
00:20:03Parce qu'on s'habite.
00:20:03Pourquoi vous allez remonter ?
00:20:05C'est maso ?
00:20:06Non,
00:20:07c'est pas maso.
00:20:09Enfin,
00:20:09si,
00:20:09c'est peut-être un peu maso.
00:20:11Mais vraiment,
00:20:12on s'habitue.
00:20:13Et puis ensuite,
00:20:14on s'habitue un petit peu à ça.
00:20:16Le cerveau envoie toujours
00:20:16quand même des messages,
00:20:17mais on arrive un peu
00:20:18à les effacer.
00:20:19Et puis surtout,
00:20:20après,
00:20:20la chance,
00:20:21c'est que là,
00:20:21on est vraiment dehors.
00:20:21Je me rappelle
00:20:22sur ma deuxième sortie extravéculaire,
00:20:24j'étais sur le dessus de la station,
00:20:26accroché par les pieds
00:20:26à une petite plateforme
00:20:27qui était un peu en avant.
00:20:28Il n'y avait rien du tout devant moi.
00:20:30Donc,
00:20:30j'étais vraiment,
00:20:31j'ai l'impression d'être moi-même
00:20:32un vaisseau spatial.
00:20:33Je voyais la Terre
00:20:34qui roulait
00:20:34comme une grosse bille en dessous.
00:20:36Un peu le reste
00:20:37de la station spatiale.
00:20:37C'est un moment
00:20:38absolument extraordinaire.
00:20:40C'est génial.
00:20:41Vous ne trouvez pas?
00:20:50Ce qui est génial,
00:20:51c'est que
00:20:52la manière dont vous expliquez tout ça,
00:20:54on a l'impression de le vivre.
00:20:56Et moi,
00:20:56ça me fout la trouille.
00:20:58Moi aussi,
00:20:59ça me foutait la trouille.
00:20:59Mais après,
00:21:00on s'habitue.
00:21:00Vous allez voir,
00:21:01Maurice,
00:21:01on s'habitue.
00:21:02Non,
00:21:02je ne vais pas le voir,
00:21:03malheureusement.
00:21:04C'est trop tard.
00:21:06Quand vous avez été sélectionné
00:21:08pour la première fois,
00:21:10le monde de l'espace,
00:21:15c'était des agences publiques,
00:21:18des entreprises publiques.
00:21:19C'était la NASA,
00:21:21c'est ESA,
00:21:23c'est uniquement ce genre d'entreprise,
00:21:26si j'ose dire.
00:21:26Et puis,
00:21:27maintenant,
00:21:28il y a SpaceX,
00:21:31il y a Blue Origin.
00:21:33D'ailleurs,
00:21:34on a eu la chance
00:21:35d'avoir Elon Musk.
00:21:36On a eu mercredi Jeff Bezos.
00:21:41Qu'est-ce que ça change,
00:21:44le fait que des entreprises privées
00:21:48se mêlent un peu de ce monde-là ?
00:21:50Alors,
00:21:50ça change,
00:21:51je vous fais une réponse de Normand,
00:21:53à la fois beaucoup
00:21:53et à la fois pas beaucoup.
00:21:56Pourquoi pas beaucoup ?
00:21:57Parce qu'en fait,
00:21:59même avant,
00:22:00du temps d'avant,
00:22:02toutes ces entreprises privées,
00:22:03il y avait quand même
00:22:03des entreprises privées
00:22:04qui étaient constructrices
00:22:05de véhicules.
00:22:06La NASA ne construisait pas
00:22:07soi-même la navette spatiale.
00:22:09C'était Boeing,
00:22:09c'était Lockheed Martin,
00:22:11c'était toutes ces grandes entreprises
00:22:12aéronautiques américaines.
00:22:14De la même manière,
00:22:15en Europe,
00:22:15ce n'était pas l'ESA
00:22:16qui construisait la fusée Ariane,
00:22:18c'était Ariane Espace,
00:22:19c'était Airbus,
00:22:20c'était ces entreprises
00:22:20qui, elles,
00:22:21étaient privées.
00:22:21La chose qui a changé,
00:22:23par contre,
00:22:24c'est qu'on a vraiment
00:22:24déplacé le curseur.
00:22:25Avant, la NASA disait,
00:22:26voilà,
00:22:27moi, je veux une navette spatiale,
00:22:29elle sera exactement comme ça,
00:22:30il l'a spécifiée,
00:22:31il disait,
00:22:32voilà, c'est ça que je veux
00:22:32et ce sera ma navette spatiale,
00:22:34je vous paye pour me la construire.
00:22:37C'était juste ça.
00:22:38Maintenant, la NASA dit,
00:22:39et ça, ça a changé
00:22:40depuis 2010 à peu près,
00:22:43la NASA dit,
00:22:44moi, ce que je veux,
00:22:45c'est un service
00:22:47qui m'amène des astronautes
00:22:49sur des orbites
00:22:50de telle ou telle caractéristique
00:22:52avec tel ou tel paramètre
00:22:55de sécurité, etc.,
00:22:56le coût, etc.,
00:22:59débrouillez-vous.
00:23:00Et là,
00:23:01toutes les entreprises privées
00:23:02se mettent sur la ligne de départ
00:23:05et milestone après milestone,
00:23:07comme on dit en bon français,
00:23:09à la fin,
00:23:10on voit qui gagne,
00:23:10à la fin,
00:23:11on voit qui est le meilleur.
00:23:12Voilà, bien le français.
00:23:13Oui, tout à fait, merci.
00:23:14Et c'est à ce jeu-là
00:23:16que SpaceX a été très, très fort
00:23:17parce que techniquement,
00:23:18ils ont gagné
00:23:18tous ces contrats-là.
00:23:20Et ils ont proposé
00:23:21une solution.
00:23:23Enfin, la NASA a été agnostique
00:23:24sur la solution.
00:23:25Ça a été le Crew Dragon
00:23:26que j'ai pris pour ma deuxième mission,
00:23:27le Falcon 9.
00:23:30Et ce que ça...
00:23:31Donc, quelque part,
00:23:32j'ai envie de dire,
00:23:32on pourrait croire
00:23:33que ça n'a pas changé grand-chose
00:23:34parce que le curseur
00:23:35a juste bougé un petit peu.
00:23:36C'est quand même toujours
00:23:37très souvent sur des budgets publics
00:23:39que se fait l'exploration spatiale habitée.
00:23:41Et c'est quand même toujours
00:23:42des entreprises privées
00:23:43qui construisent les véhicules.
00:23:44Mais par contre,
00:23:45ce changement dans le milieu,
00:23:47ça fait beaucoup plus d'innovation.
00:23:48Ça fait que, là,
00:23:50les entreprises pouvaient proposer
00:23:51elles-mêmes leurs solutions,
00:23:52pouvaient faire elles-mêmes
00:23:53avec leurs idées,
00:23:55avec leur manière de faire,
00:23:57avec peut-être moins
00:23:57de réglementation
00:23:59qu'une entreprise gouvernementale.
00:24:02Et ça a fait que
00:24:03le succès qu'on connaît
00:24:04pour SpaceX
00:24:05et pour les Crew Dragon,
00:24:07la petite différence aussi,
00:24:08c'est que la NASA a dit
00:24:09une fois que vous avez construit
00:24:10ce système
00:24:11et que vous avez gagné
00:24:12la course,
00:24:12en gros la compétition,
00:24:13vous avez le droit
00:24:14de l'utiliser sur le marché privé.
00:24:15Ce qui n'était pas le cas
00:24:15pour la navette.
00:24:16Lockheed Martin ne pouvait pas
00:24:17proposer des vols de navettes
00:24:19sur un marché privé.
00:24:20Eh bien,
00:24:20SpaceX a le droit de le faire.
00:24:22Vous avez mentionné
00:24:23Crew Dragon.
00:24:26Alors,
00:24:27il y a des bruits
00:24:28qui circulent
00:24:29en disant
00:24:29qu'il y a des chances
00:24:31que vous soyez
00:24:32le commandant de bord
00:24:32de Crew Dragon.
00:24:33Oui,
00:24:35c'est ça.
00:24:35Attendez,
00:24:36vous vous rendez compte,
00:24:37là,
00:24:38écoutez bien.
00:24:39C'est,
00:24:40si j'ai bien compris,
00:24:42quand même,
00:24:43un truc complètement américain
00:24:46et il confierait
00:24:47le commandement
00:24:48à un nom américain.
00:24:49Oui,
00:24:50c'est vrai que ça,
00:24:50c'est aussi
00:24:51un changement.
00:24:51Allez,
00:24:52vous vous rendez compte ?
00:24:53Réveillez-vous !
00:24:54Enfin,
00:24:55applaudissez !
00:24:58C'est inouï.
00:25:00Vous ne vous rendez pas compte
00:25:01de ce qui se passe ?
00:25:03C'est vrai que c'est
00:25:03un changement
00:25:04qui n'a l'air
00:25:04de pas grand-chose
00:25:05mais qui est assez important
00:25:05dans le passé,
00:25:06toujours.
00:25:07Les pilotes de la navette,
00:25:08les commandants de la navette,
00:25:09c'était des Américains,
00:25:10toujours.
00:25:11C'était un véhicule américain.
00:25:12C'est une question
00:25:13de souveraineté.
00:25:13La NASA,
00:25:14elle n'a jamais laissé
00:25:15la responsabilité
00:25:16de son véhicule
00:25:18à des gens
00:25:18qui n'étaient pas américains.
00:25:19Les Russes,
00:25:20exactement pareil.
00:25:20Le commandant du Soyouz,
00:25:22ma première mission,
00:25:23toutes les missions de Soyouz,
00:25:24ça a toujours,
00:25:24de tout temps,
00:25:25été un Russe.
00:25:26Là,
00:25:26aujourd'hui,
00:25:27on voit que les choses
00:25:27changent un petit peu
00:25:28aussi parce que
00:25:29les Européens,
00:25:30on a fait de plus en plus
00:25:31nos preuves.
00:25:32Encore une fois,
00:25:32deux missions
00:25:32dans la station spatiale.
00:25:34j'étais le commandant
00:25:34de la station.
00:25:35D'autres collègues aussi,
00:25:36italiens,
00:25:37allemands,
00:25:38et j'en passais des meilleurs,
00:25:39ont eu des responsabilités
00:25:41depuis le programme.
00:25:41Les meilleurs,
00:25:41c'est les Français.
00:25:42Les meilleurs,
00:25:43c'est les Français.
00:25:43Et les meilleurs,
00:25:43c'est Thomas.
00:25:45Et donc,
00:25:46aujourd'hui,
00:25:46ça nous met dans cette position
00:25:47d'avoir l'expérience
00:25:48et la NASA reconnaît
00:25:49cette expérience
00:25:50et dit,
00:25:51OK,
00:25:51lui,
00:25:52on accepte
00:25:53de le laisser
00:25:53dans cette position-là.
00:25:54c'est bien.
00:25:55C'est bien pour la France.
00:25:55C'est bien pour moi.
00:25:56C'est bien pour l'Europe.
00:25:57Je suis le premier,
00:25:58mais je ne serai pas le dernier.
00:25:59Et c'est la NASA
00:26:00qui décide
00:26:00ou c'est SpaceX ?
00:26:02Non,
00:26:02là,
00:26:02c'est la NASA
00:26:03parce que la mission,
00:26:05même si elle est lancée
00:26:06par SpaceX,
00:26:06elle va vers l'ISS.
00:26:08Et en gros,
00:26:08la responsabilité,
00:26:09c'est la NASA
00:26:11investit tellement
00:26:12dans la station spatiale.
00:26:13Une fusée,
00:26:14c'est quand même
00:26:14un peu un missile balistique.
00:26:16Donc,
00:26:16balancer un équipage
00:26:17vers la station spatiale,
00:26:18ça revient quand même
00:26:18à tirer quelque chose
00:26:23de précaution
00:26:24pour que ça se passe bien.
00:26:25Et donc,
00:26:25la responsabilité,
00:26:26c'est vraiment
00:26:27d'amener l'équipage
00:26:27vers la station,
00:26:28de s'amarrer,
00:26:29de superviser tout
00:26:30à l'intérieur
00:26:31et puis surtout
00:26:32de les ramener ensuite
00:26:35en bon état.
00:26:37C'est un peu plus compliqué
00:26:38que de faire un créneau,
00:26:39non ?
00:26:39C'est un peu plus compliqué
00:26:41de faire un créneau,
00:26:42mais c'est comme tout.
00:26:43Le créneau,
00:26:44il faut l'apprendre.
00:26:45Il y a peut-être des gens
00:26:46qui ont été traumatisés
00:26:46par les leçons de conduite,
00:26:48mais voilà,
00:26:49c'est comme tout.
00:26:50La première fois qu'on le fait,
00:26:50on le fait mal.
00:26:51Et puis ensuite,
00:26:57c'est comme devenir pilote,
00:27:00c'est de l'entraînement,
00:27:00de l'entraînement,
00:27:01de l'entraînement.
00:27:01C'est comme être pianiste,
00:27:02c'est de l'entraînement,
00:27:03de l'entraînement,
00:27:03de l'entraînement.
00:27:04Souvent,
00:27:05c'est un peu boring,
00:27:06encore une fois en français.
00:27:08Oui,
00:27:08je l'ai noté.
00:27:09Mais souvent,
00:27:10c'est quand même le boulot
00:27:10qui fait la différence.
00:27:12Les idées,
00:27:12c'est très bien.
00:27:12C'est comme au tennis.
00:27:14C'est comme au tennis.
00:27:15Il vaut mieux
00:27:16s'entraîner beaucoup.
00:27:17Oui,
00:27:17il vaut mieux être assez bourrin,
00:27:19en fait, parfois.
00:27:20Vous avez mentionné
00:27:21souveraineté.
00:27:23Et c'est vrai
00:27:24que de confier
00:27:26Crew Dragon
00:27:27à un non-américain,
00:27:29c'est un truc géant.
00:27:31Mais quand on parle
00:27:32de souveraineté,
00:27:33qu'est-ce qu'on peut dire
00:27:34de l'Europe ?
00:27:35On a l'impression
00:27:35que l'Europe
00:27:38a des formidables astronautes,
00:27:40mais on n'a pas l'impression
00:27:41qu'elle joue un rôle formidable
00:27:44au niveau de l'espace.
00:27:45Oui,
00:27:45c'est vrai que parfois,
00:27:46on peut noter
00:27:49un petit décalage
00:27:50par rapport à...
00:27:51Alors, il faut regarder
00:27:52déjà que dans
00:27:53les vols habités,
00:27:54donc l'exploration humaine,
00:27:56c'est la partie
00:27:57la plus visible
00:27:58du spatial.
00:27:59Pourquoi ?
00:27:59Parce qu'on envoie des gens,
00:28:01on les ramène.
00:28:01Souvent,
00:28:02les choses qu'on envoie
00:28:02dans l'espace
00:28:03ne reviennent jamais
00:28:04pour en parler.
00:28:05Nous, on a la chance
00:28:06de revenir,
00:28:06donc forcément,
00:28:07on se retrouve quelque part
00:28:08un petit peu porte-parole
00:28:09de tout le secteur,
00:28:11mais ce n'est largement pas
00:28:12la partie la plus grande.
00:28:14On connaît la navigation,
00:28:16les télécommunications,
00:28:17la météo,
00:28:18la science,
00:28:18l'observation,
00:28:19tous ces trucs-là,
00:28:19c'est beaucoup plus
00:28:20que l'observation humaine,
00:28:21beaucoup plus gros
00:28:22en termes d'activité,
00:28:23de budget.
00:28:24Mais c'est vrai que nous,
00:28:25on est la partie visible.
00:28:26Et malheureusement,
00:28:27dans cette partie visible,
00:28:27dans l'exploration,
00:28:28dans le reste,
00:28:29on fait jeu égal,
00:28:29on va dire.
00:28:30Dans l'exploration,
00:28:31beaucoup moins.
00:28:32Pourquoi ?
00:28:33Parce qu'en fait,
00:28:34je pense qu'on a du mal
00:28:34à s'unir au niveau européen.
00:28:36C'est vrai,
00:28:36malheureusement,
00:28:36dans trop de sujets,
00:28:37la défense,
00:28:38plein d'autres.
00:28:39On en a beaucoup parlé.
00:28:41J'imagine.
00:28:43Mais aujourd'hui,
00:28:44quand un Français
00:28:45va dans l'espace,
00:28:46les Français sont contents,
00:28:47les Allemands et les Italiens,
00:28:49excusez-moi,
00:28:49mais s'en foutent un peu,
00:28:51et vice-versa.
00:28:51Et on n'arrive pas vraiment
00:28:53à susciter cette espèce
00:28:54d'union européenne.
00:28:56Pourquoi ?
00:28:56Aussi beaucoup à cause
00:28:57de la langue.
00:28:58Parce que moi,
00:28:58j'ai beau une assemblée
00:28:59de gens en Allemagne,
00:29:01comme ça,
00:29:01je parle très mal allemand,
00:29:03donc je serais obligé
00:29:03de leur parler anglais.
00:29:04Et donc, malheureusement,
00:29:05sur une population,
00:29:06quand on parle anglais,
00:29:07on perd, je ne sais pas,
00:29:08entre 50 et 60 % des gens.
00:29:09Pas ici,
00:29:10jusqu'ici,
00:29:10tout le monde parle anglais.
00:29:11Mais pensez-y,
00:29:12dans la vie de tous les jours,
00:29:13les gens ne sont pas forcément
00:29:14super à l'aise
00:29:14avec les langues étrangères.
00:29:16Donc, rien que pour ça,
00:29:16malheureusement,
00:29:17on n'arrive pas bien
00:29:18à s'unir au niveau européen.
00:29:19Et puis,
00:29:21on devrait avoir une capsule,
00:29:22on devrait avoir, nous,
00:29:23un véhicule qui nous emmène.
00:29:25On ne devrait pas avoir besoin
00:29:27de passer par les Américains
00:29:28ou les Russes
00:29:29pour accéder à l'orbite basse.
00:29:30On voit bien
00:29:31qu'on a des besoins de recherche,
00:29:32on voit bien
00:29:32que les pays européens ont envie.
00:29:34Il y a tous,
00:29:35on envoie nos astronautes
00:29:36dans l'espace tour à tour.
00:29:38Pas que les Français,
00:29:39évidemment.
00:29:39Et puis,
00:29:40on n'arrive pas
00:29:41à s'unir assez
00:29:41pour mettre un peu d'argent
00:29:42sur la table
00:29:43et faire un véhicule européen.
00:29:44C'est dommage.
00:29:44On espère que ça va changer.
00:29:46Mais pour l'instant,
00:29:46ça a été comme ça.
00:29:48La souveraineté
00:29:49et l'argent européen,
00:29:50c'est deux choses
00:29:51qui ne vont pas très bien ensemble.
00:29:53Oui, malheureusement.
00:29:54Alors,
00:29:55il paraît que l'ISS
00:29:56va être mis à la retraite ?
00:29:58Oui,
00:29:59on n'a pas exactement de date.
00:30:01C'est quand même...
00:30:03C'est surprenant.
00:30:05C'est dommage.
00:30:06En fait,
00:30:06l'ISS,
00:30:06il faut voir
00:30:07que ça a commencé
00:30:07il y a très longtemps.
00:30:081998,
00:30:09le premier lancement.
00:30:112001,
00:30:12la première expédition.
00:30:13Trois membres d'équipage,
00:30:14deux russes,
00:30:15un américain,
00:30:15en 2001.
00:30:17Donc,
00:30:17ça fait plus de 25 ans
00:30:18qu'on a des gens
00:30:19de manière ininterrompue
00:30:21dans l'espace.
00:30:21Ça aussi,
00:30:22c'est incroyable.
00:30:22On s'y est habitués,
00:30:24en fait.
00:30:24Mais ce n'est quand même
00:30:25pas rien
00:30:25d'avoir une présence humaine
00:30:27ininterrompue
00:30:28dans l'espace
00:30:28depuis 25 ans.
00:30:29Ça veut dire qu'on s'est approprié,
00:30:31c'est un bien grand mot,
00:30:32mais quand même,
00:30:33on s'est approprié
00:30:35l'orbitre basse.
00:30:36Oui,
00:30:36voilà.
00:30:38Et donc,
00:30:38on l'a construite petit à petit.
00:30:40On va dire à partir
00:30:40de 2010-11,
00:30:42elle était dans sa forme
00:30:43quasiment finale.
00:30:44Donc,
00:30:45tant qu'on la construisait,
00:30:46on avait du retour scientifique.
00:30:47Mais d'un côté,
00:30:48on construisait,
00:30:49de l'autre côté,
00:30:49on faisait des expériences scientifiques.
00:30:51On n'arrivait pas
00:30:51à avoir assez de temps
00:30:52pour les expériences.
00:30:53Depuis 2011,
00:30:54on en a beaucoup.
00:30:54On l'utilise.
00:30:56Mais à un moment,
00:30:57ce n'est pas qu'on va arriver
00:30:59toujours des choses à faire.
00:31:00Mais on va balancer
00:31:01les coûts d'exploitation.
00:31:03C'est quand même
00:31:03un gros vaisseau.
00:31:05Avec le retour scientifique
00:31:07et puis aussi
00:31:07avec les autres opportunités
00:31:09qu'on a.
00:31:09On sait que la NASA,
00:31:10on va en parler peut-être,
00:31:11retourne vers la Lune
00:31:12avec le programme Artemis.
00:31:14On sait que l'ESA
00:31:14en fait partie.
00:31:16Les Canadiens,
00:31:16les Japonais,
00:31:17beaucoup d'autres nations
00:31:18sont engagées
00:31:18dans cette aventure-là.
00:31:19Si on veut faire ça bien,
00:31:21ça va peut-être être difficile
00:31:22de faire à la fois l'ISS
00:31:23et à la fois le programme Artemis.
00:31:26Donc,
00:31:26une des solutions,
00:31:27c'est aussi d'ouvrir
00:31:28au secteur privé.
00:31:29Et ça a toujours été comme ça
00:31:30dans l'exploration.
00:31:31Quand on va découvrir
00:31:32quelque chose de nouveau,
00:31:33je parle de l'orbite basse,
00:31:35d'abord,
00:31:36c'est des explorateurs.
00:31:37C'est toujours gouvernemental.
00:31:38Christophe Colomb,
00:31:39il était sur budget
00:31:40du roi d'Espagne
00:31:41ou du Portugal.
00:31:42Je ne sais plus.
00:31:43Excusez-moi.
00:31:44D'Espagne.
00:31:44D'Espagne.
00:31:44Merci, Maurice.
00:31:46Et ensuite,
00:31:47c'est le secteur privé
00:31:48qui suit.
00:31:49Ça a toujours été comme ça.
00:31:50On espère que
00:31:51dans l'orbite basse,
00:31:52C'était une reine.
00:31:53Pardon ?
00:31:54C'était une reine.
00:31:55C'est une reine.
00:31:56Isabella.
00:31:56La très catholique.
00:31:57Voilà.
00:31:58Tout à fait.
00:31:59Et je ne pensais pas
00:32:00qu'on parlerait d'histoire
00:32:00en venant à Vivatech,
00:32:01mais comme quoi.
00:32:02Mais oui,
00:32:03on parle de ce haut.
00:32:04Et donc,
00:32:05si le privé
00:32:07s'empare de l'orbite basse,
00:32:08très bien,
00:32:09on fait de la recherche
00:32:09avec des stations spatiales privées,
00:32:11des pharmaceutiques,
00:32:12tout ce qu'on veut bien.
00:32:13Nous,
00:32:14le public,
00:32:15ça nous permet
00:32:15de dégager les ressources
00:32:16pour aller plus loin
00:32:17et on va continuer ça.
00:32:18Et ensuite,
00:32:19on veut faire ça
00:32:19sur la Lune,
00:32:20autour de la Lune,
00:32:21ensuite vers Mars.
00:32:21C'est comme ça
00:32:22que ça marche sur Terre.
00:32:23Dans l'espace,
00:32:24c'est juste la continuation
00:32:25de ce processus.
00:32:26Ah oui,
00:32:26donc ça veut donc dire
00:32:28qu'il n'y a rien
00:32:29qui va remplacer l'ISS.
00:32:31C'est d'autres missions.
00:32:33C'est Artemis,
00:32:35et le privé
00:32:36pourrait
00:32:38hériter de cela.
00:32:40On voit que la NASA
00:32:42a déjà dit,
00:32:44donc la NASA,
00:32:44on va dire,
00:32:45a passé en contrat de service,
00:32:47comme je vous l'expliquais
00:32:48tout à l'heure,
00:32:49la desserte en cargo,
00:32:51en équipement
00:32:52de la station spatiale,
00:32:53d'abord,
00:32:53parce qu'il faut des vivres,
00:32:55de l'eau,
00:32:55des vêtements,
00:32:56du matériel,
00:32:57de la nourriture,
00:32:58tout ce qu'on peut imaginer,
00:33:00depuis 2011.
00:33:02Ensuite,
00:33:042020,
00:33:05ça a été
00:33:06la desserte
00:33:07des équipages,
00:33:08qui est devenue
00:33:08un contrat de service
00:33:09avec SpaceX et Boeing.
00:33:11Boeing,
00:33:11ça n'a pas très bien marché,
00:33:12mais SpaceX,
00:33:12ça marche très bien,
00:33:13heureusement pour moi.
00:33:15Et là,
00:33:16aujourd'hui,
00:33:16la NASA dit,
00:33:17on va carrément faire
00:33:18la destination,
00:33:19donc la station,
00:33:20qui sera un contrat de service.
00:33:22Donc la NASA va dire,
00:33:22nous,
00:33:23on a ces besoins de recherche,
00:33:24fournissez-nous
00:33:24une station
00:33:25avec les capacités,
00:33:27comme vous le faites,
00:33:27pour la desserte.
00:33:28Et ça,
00:33:29par exemple,
00:33:29vaste,
00:33:29l'entreprise américaine
00:33:30qui va nous aider
00:33:32pour cette mission
00:33:33qu'on organise dans un an
00:33:34et pour la mission
00:33:34d'Arnaud Prost,
00:33:36collègue français
00:33:37de l'Agence spatiale européenne,
00:33:39eux sont sur les contrats
00:33:40pour développer
00:33:41une station privée
00:33:42dont le but va être
00:33:43de succéder
00:33:44à la station spatiale
00:33:45plus petite,
00:33:46d'abord un embryon,
00:33:46mais modulable.
00:33:47Et puis,
00:33:48on espère moins cher,
00:33:49plus flexible,
00:33:50tout ce que le secteur privé
00:33:51peut apporter
00:33:51en innovation et en idée.
00:33:53Alors,
00:33:54Artemis,
00:33:55ça va être
00:33:57la prochaine mission.
00:33:59On espère.
00:34:02Et vous allez être
00:34:04sur la lune.
00:34:06Alors,
00:34:06j'aimerais bien l'annoncer
00:34:07ici devant tout le monde,
00:34:08mais malheureusement,
00:34:08on ne sait pas encore trop.
00:34:10Ce qu'on sait,
00:34:10c'est que vraiment,
00:34:11là,
00:34:11le programme est parti.
00:34:13Je ne sais pas
00:34:13si vous avez suivi,
00:34:14mais on avait eu Artemis 1
00:34:15qui était le lancement
00:34:17juste pour tester
00:34:17le lanceur,
00:34:19la capsule,
00:34:19inhabitée,
00:34:20qui a très bien marché.
00:34:21Artemis 2,
00:34:22où ils sont allés faire
00:34:23le tour de la lune,
00:34:24un tour très,
00:34:24très loin derrière la lune,
00:34:25ce qui fait d'eux,
00:34:26les astronautes,
00:34:27quand ils étaient
00:34:27le plus loin de la Terre,
00:34:28parce qu'ils sont allés
00:34:29autour de la lune,
00:34:30mais vraiment une orbite
00:34:30très elliptique,
00:34:31ils sont revenus,
00:34:32très bien marché.
00:34:34Et Artemis 3,
00:34:35la prochaine,
00:34:36répétition en orbite terrestre,
00:34:39des amarrages,
00:34:40des amarrages
00:34:41avec les landers,
00:34:43enfin,
00:34:43la NASA appelle
00:34:44HLS Human Landing System,
00:34:46donc,
00:34:47qui vont descendre
00:34:47sur la surface de la lune
00:34:49et remonter.
00:34:50Et Artemis 4,
00:34:51ensuite,
00:34:52vers 2028,
00:34:532029,
00:34:54ça,
00:34:54ce sera l'alunissage
00:34:55du programme Artemis
00:34:57et on espère avoir
00:34:58des Européens
00:34:59dans ce vol-là.
00:35:00L'Agence spatiale européenne
00:35:01se bat pour ça,
00:35:02fournit des contributions
00:35:06en équipement,
00:35:06on va dire,
00:35:07pour des rovers
00:35:08sur la surface,
00:35:09la partie propulsion
00:35:11de la capsule Orion
00:35:13qui emmène les astronautes,
00:35:13tout ça,
00:35:14c'est des participations européennes.
00:35:15Ça va donner voix
00:35:16au chapitre,
00:35:17à des Européens,
00:35:18on espère tous
00:35:18en faire partie.
00:35:20Il faut nous dire
00:35:20ce qu'on doit faire
00:35:21pour que vous puissiez
00:35:23aller sur la lune.
00:35:23Votez,
00:35:24on ne peut pas voter
00:35:25par téléphone.
00:35:25Parce qu'on le ferait.
00:35:30Une dernière question
00:35:31avant qu'on passe,
00:35:33j'en ai plein,
00:35:34je pourrais passer
00:35:35encore deux heures
00:35:36à vous poser des questions.
00:35:41Ce voyage sur la lune,
00:35:43c'est important ?
00:35:45Oui, c'est une bonne question.
00:35:48Parfois,
00:35:48on perd un petit peu de vue
00:35:49que dans l'exploration spatiale,
00:35:52on va vraiment apprendre
00:35:53des choses sur nous-mêmes.
00:35:54Vraiment.
00:35:55On n'y va pas
00:35:56pour se faire plaisir.
00:35:57Moi, ça me fait très plaisir
00:35:57d'aller dans l'espace.
00:35:58Quand même.
00:35:59Quand même.
00:36:00Je pense que l'Agence spatiale européenne
00:36:02ne m'enverrait pas
00:36:02juste pour me faire plaisir.
00:36:04Ce n'est quand même pas
00:36:04un incentive
00:36:06ou un after work.
00:36:07Ce qu'on essaie d'y faire,
00:36:09vraiment,
00:36:09il faut voir deux choses.
00:36:11La lune,
00:36:12c'est les premières pages
00:36:13du livre
00:36:14de l'histoire de la Terre.
00:36:16Sur la Terre,
00:36:174,3,
00:36:184,5 milliards d'années.
00:36:20En fait,
00:36:21les deux premiers milliards d'années
00:36:23sont effacés.
00:36:25Effacés par la tectonique des plaques,
00:36:27effacés par l'érosion
00:36:28qui sont écrites dans la roche,
00:36:29évidemment.
00:36:29C'est la sédimentation
00:36:30de tout ce qui s'est passé.
00:36:32Donc, on peut remonter à peu près
00:36:34dans l'histoire de la Terre
00:36:35jusqu'à 2 milliards d'années,
00:36:36peut-être un petit peu plus,
00:36:37mais c'est très difficile
00:36:38de savoir vraiment
00:36:40comment tout ça a commencé.
00:36:41Et aujourd'hui,
00:36:42je ne vais pas devenir
00:36:43trop philosophique,
00:36:44mais on ne sait quand même pas
00:36:45d'où est apparu la vie.
00:36:47Et Hubble n'a pas permis
00:36:48de le savoir ?
00:36:49Non, Hubble,
00:36:49on regarde très loin
00:36:50dans les origines de l'univers,
00:36:52mais au niveau physique,
00:36:54presque,
00:36:54Big Bang,
00:36:55cosmologie,
00:36:56on ne peut pas trouver
00:36:57l'origine de la vie.
00:36:57Nous, sur Terre,
00:36:58on sait que ces choses-là
00:36:59ne sont pas créées ex nihilo.
00:37:01On sait qu'il fallait
00:37:02des acides aminés,
00:37:03de l'eau, etc.
00:37:03Mais tout ça est arrivé d'où ?
00:37:05On n'en sait rien.
00:37:06On n'en sait rien.
00:37:07Toute l'eau qui est sur Terre,
00:37:08toute l'eau,
00:37:08pensez au Seuron Pacifique,
00:37:10au Seuron Atlantique,
00:37:11elle est venue d'ailleurs.
00:37:12Elle est venue sous forme de glace
00:37:13par des comètes
00:37:14qui se sont écrasées.
00:37:15Elle ne s'est pas créée
00:37:16en partant de rien.
00:37:17Et donc,
00:37:18on est vraiment
00:37:18complètement aveugle
00:37:19sur le début de tout ça.
00:37:20C'est quand même
00:37:21une sacrée question.
00:37:22Et sur la Lune,
00:37:23on se baisse,
00:37:23on ramasse un caillou
00:37:24qui a 4,3 milliards d'années.
00:37:26En analysant chimiquement,
00:37:29géologiquement,
00:37:29on va pouvoir savoir
00:37:30ce qui s'est passé au début.
00:37:31Et la Lune,
00:37:32c'est un morceau de la Terre.
00:37:33C'est un morceau de la Terre
00:37:33qui a été éjecté
00:37:34tout au début de l'histoire.
00:37:36Donc, en gros,
00:37:36on a cette espèce
00:37:37de database
00:37:39du début de la vie
00:37:40de la Terre
00:37:41qui est juste là.
00:37:42Et le grand,
00:37:43grand intérêt,
00:37:44c'est quand même
00:37:44d'aller voir ça.
00:37:45Il y a d'autres intérêts.
00:37:46On peut parler de Hubble.
00:37:48Et le data center
00:37:49de la Terre
00:37:50se trouve sur la Lune.
00:37:50Oui, c'est un petit peu ça.
00:37:51Et on pourrait mettre
00:37:53un télescope
00:37:53sur la face cachée de la Lune.
00:37:55Il serait complètement
00:37:56dans l'ombre.
00:37:56Il ne serait absolument
00:37:57pas pollué par la lumière.
00:37:59Ça, ce serait fantastique.
00:38:00Donc, on veut absolument
00:38:00retourner vers la Lune.
00:38:01Et puis aussi,
00:38:02la Lune,
00:38:03c'est une étape vers Mars.
00:38:05Et Mars, pourquoi ?
00:38:05Parce qu'autant la Lune,
00:38:06c'est le passé de la Terre
00:38:07qu'on cherche,
00:38:08notre origine à nous,
00:38:09les origines de la vie,
00:38:10d'où on vient.
00:38:11Mars, c'est quelque part
00:38:12où est-ce qu'on va.
00:38:14Parce que Mars,
00:38:14c'est la même histoire
00:38:15que la Terre.
00:38:16C'est le même genre de planète
00:38:18géologiquement,
00:38:18en termes de taille,
00:38:19en termes de position
00:38:20par rapport au Soleil,
00:38:22mais avec une histoire
00:38:22complètement différente.
00:38:23On sait qu'il y a une atmosphère
00:38:24qu'elle n'a pas réussi
00:38:25à garder,
00:38:26qui s'est échappée.
00:38:26On sait qu'il y a eu
00:38:27de l'eau liquide.
00:38:27Il n'y en a plus aujourd'hui,
00:38:28mais on voit les traces.
00:38:29On pense,
00:38:30on se demande
00:38:31s'il y a eu la vie
00:38:32qui a disparu aujourd'hui.
00:38:34Et ça,
00:38:34ça nous pose quand même
00:38:36une grande question.
00:38:36Est-ce que ça ne peut pas
00:38:37nous arriver à nous ?
00:38:38Est-ce que c'est notre destin
00:38:39à nous de finir comme ça,
00:38:40de finir comme Mars ?
00:38:41Qu'est-ce qui s'est passé
00:38:42qui a fait que ces deux planètes
00:38:44ont des destins
00:38:45complètement différents ?
00:38:46Et c'est ça qu'on aimerait bien
00:38:47à les voir sur Mars.
00:38:49Donc, quelque part,
00:38:50ce qu'il faut comprendre,
00:38:50c'est que la Lune,
00:38:51c'est le début de l'histoire.
00:38:52Et Mars,
00:38:53quelque part,
00:38:54c'est le futur de l'histoire.
00:38:55C'est pour ça qu'on trouve
00:38:55que c'est important d'y aller.
00:38:56C'est fascinant.
00:38:57Écoute.
00:39:07Thomas,
00:39:09je pourrais passer encore...
00:39:11J'ai plein de fiches
00:39:12et je pourrais pas...
00:39:13D'ailleurs,
00:39:13je ne les ai pas suivies.
00:39:15Je pourrais passer encore des heures
00:39:16à vous poser des questions.
00:39:17Mais on a...
00:39:21D'abord,
00:39:22vous n'avez pas assez de temps.
00:39:24Remarquez,
00:39:25on peut rester un petit déjeuner
00:39:26demain matin.
00:39:27Un petit déjeuner,
00:39:28peut-être pas.
00:39:28Oui.
00:39:30Et on va donner un peu
00:39:32la parole
00:39:34aux générations montantes.
00:39:37Et puis,
00:39:38il y a un truc
00:39:40qui a existé en France
00:39:41qui était pas mal,
00:39:41qui était Ariane.
00:39:44Et c'est la petite Ariane
00:39:45qui va vous poser
00:39:46la première question.
00:39:47C'est prédestiné.
00:39:48Ariane,
00:39:48où es-tu ?
00:39:49Là.
00:39:50On va te passer le micro.
00:39:57Pourquoi vouliez-vous
00:39:58être astronaute ?
00:40:00Pourquoi je voulais être astronaute ?
00:40:02C'est une bonne question.
00:40:03Tu sais,
00:40:03il y a une partie
00:40:04où on sait pas trop.
00:40:06Tu sais,
00:40:06c'est comme,
00:40:07parfois,
00:40:07t'as un sport qui te plaît beaucoup
00:40:08et un autre qui te plaît pas.
00:40:10C'est une question de goût.
00:40:12Moi,
00:40:12j'avais vraiment envie de...
00:40:15Ça me faisait rêver
00:40:15de voir la Terre de haut.
00:40:16J'aimais bien les cartes
00:40:17quand j'étais petit.
00:40:18C'est tout bête,
00:40:18mais les cartes
00:40:19pour avoir cette vision,
00:40:20tu sais,
00:40:21ça me rassurait,
00:40:22je pense,
00:40:23d'arriver à comprendre
00:40:24mon environnement
00:40:24en le regardant de haut.
00:40:26Et c'est comme ça aussi
00:40:26que je suis devenu pilote.
00:40:27J'aimais bien la technologie.
00:40:29J'adorais dans mon cockpit de pilote.
00:40:30Quand j'étais petit,
00:40:31mon père me construisait
00:40:33des espèces de vaisseaux spatiaux
00:40:34en carton.
00:40:35Ça, c'est vrai.
00:40:35Je restais dedans.
00:40:36Je faisais semblant
00:40:36de les piloter.
00:40:38Et puis après,
00:40:39en grandissant,
00:40:39je me suis dit,
00:40:40bon, bah, écoute,
00:40:41dans la vie,
00:40:42il faut faire quelque chose
00:40:43qui te plaît à toi.
00:40:44Ça, c'est important
00:40:45parce que sinon,
00:40:46souvent,
00:40:46c'est compliqué d'être heureux.
00:40:48Mais ça suffit pas.
00:40:50Il faut aussi faire
00:40:50quelque chose d'utile,
00:40:52moi, je trouve.
00:40:52La vraie utilité,
00:40:53c'est de faire quelque chose
00:40:54qui sert aussi aux gens.
00:40:55Tu peux pas faire des choses
00:40:56que pour toi.
00:40:57C'est un peu égoïste.
00:40:58On s'ennuie au bout d'un moment.
00:41:00Mais faire des choses
00:41:01pour les gens, c'est bien.
00:41:02Et puis j'ai trouvé
00:41:02que ce métier-là,
00:41:03vraiment,
00:41:03ça combinait absolument tout.
00:41:05C'était toutes mes passions.
00:41:06Il fallait faire du sport.
00:41:08Il y avait des machines complexes.
00:41:09On voyait la terre de haut.
00:41:11C'était génial.
00:41:12Et puis en même temps,
00:41:12je trouvais ça super utile
00:41:13et super motivant
00:41:14que ça soit pas juste
00:41:15mon rêve égoïste.
00:41:16Voilà.
00:41:17C'est un peu compliqué
00:41:17comme réponse,
00:41:18mais vraiment,
00:41:19si tu trouves quelque chose
00:41:19qui te passionne
00:41:20et en même temps,
00:41:21t'as l'impression
00:41:21que c'est utile pour les autres,
00:41:23eh bien, fonce.
00:41:23C'est ça qu'il faut faire.
00:41:25Amin.
00:41:32On va continuer avec Louis.
00:41:38Ma question,
00:41:39c'est si quelqu'un
00:41:40sur cette Terre
00:41:41aurait envie
00:41:42d'aller vivre
00:41:43sur la Lune
00:41:44ou dans l'espace,
00:41:46penseriez-vous
00:41:47que ce serait possible ?
00:41:48Et si oui,
00:41:49dans quelles conditions ?
00:41:50Ouais,
00:41:51écoute,
00:41:51aujourd'hui,
00:41:53non,
00:41:53on n'a personne
00:41:54sur la Lune
00:41:54et sur Mars,
00:41:55mais ce vraiment
00:41:56à quoi on travaille,
00:41:57c'est d'avoir,
00:41:58pour revenir au programme
00:41:59Artemis,
00:42:00retour vers la Lune,
00:42:01c'est d'avoir
00:42:01une présence permanente.
00:42:03Ce qu'on veut.
00:42:04C'est ça qu'on veut.
00:42:04C'est pas juste
00:42:05aller planter un drapeau
00:42:06et dire,
00:42:07on y est allé,
00:42:07on a gagné la course,
00:42:08on arrête,
00:42:08comme malheureusement
00:42:09ça s'est passé
00:42:09dans les années 60-70,
00:42:11les Etats-Unis,
00:42:12l'URSS.
00:42:13Ce qu'on voudrait vraiment,
00:42:15c'est faire une base
00:42:15de recherche,
00:42:17comme il en existe
00:42:18dans beaucoup d'endroits
00:42:19dans le monde,
00:42:19en Antarctique,
00:42:20il y a des bases
00:42:21de recherche
00:42:22dans des endroits
00:42:22absolument incroyablement
00:42:24éloignés,
00:42:25difficiles d'accès,
00:42:26dont les conditions
00:42:27sont quasiment pires
00:42:28que sur la Lune.
00:42:29Il y a des gens
00:42:30qui passent des années
00:42:31là-bas pour forer
00:42:33la calotte glaciaire,
00:42:35aller chercher
00:42:35l'histoire du climat
00:42:36qui se trouve
00:42:36à des kilomètres
00:42:38sous terre
00:42:38dans les petites bulles d'air
00:42:39qui sont coincées
00:42:40dans la glace.
00:42:41Et donc,
00:42:42c'est ça qu'on veut faire.
00:42:43Donc,
00:42:43dans 20 ans,
00:42:45moi,
00:42:45j'espère vraiment,
00:42:46et c'est à ça
00:42:47qu'on travaille,
00:42:48qu'on aura sur la Lune
00:42:49le même genre
00:42:49d'installation
00:42:50de recherche internationale
00:42:51qu'on a aujourd'hui
00:42:52en Antarctique.
00:42:53C'est exactement ça
00:42:54qu'on veut faire.
00:42:55Et donc là,
00:42:55à ce moment-là,
00:42:55tu pourras,
00:42:57moyennant un peu de boulot
00:42:58quand même à l'école,
00:42:59je te mets la pression
00:43:00tout de suite
00:43:00devant tout le monde,
00:43:02tu pourras aller passer,
00:43:04alors peut-être pas
00:43:04une vie entière,
00:43:05mais au moins
00:43:05des très longs séjours
00:43:06sur la Lune.
00:43:07Et puis dans 40 ans,
00:43:08ce sera comme ça
00:43:09sur Mars.
00:43:10Et puis dans 60 ans,
00:43:11on sera encore
00:43:11un petit peu plus loin.
00:43:12L'exploration,
00:43:13c'est ça.
00:43:13Ça ne s'arrête jamais.
00:43:14C'est juste,
00:43:14on va de destination
00:43:16en destination.
00:43:17Donc rendez-vous
00:43:17dans 20 ans.
00:43:18Vous croyez vraiment
00:43:19qu'on va aller sur Mars ?
00:43:20Oui.
00:43:21Oui.
00:43:22Ça va être long,
00:43:23mais on va y aller.
00:43:24On va y aller.
00:43:25Oui, Mars,
00:43:25on va y aller.
00:43:26Ça va être long,
00:43:26mais Mars,
00:43:26c'est difficile.
00:43:27Mars,
00:43:27c'est 300 jours allés,
00:43:28300 jours retour.
00:43:30Donc c'est 300 jours
00:43:31dans le volume
00:43:31d'une Fiat 500,
00:43:32l'aller.
00:43:33C'est ce que je dis toujours
00:43:33à peu près
00:43:34pour que les gens
00:43:34se rendent compte,
00:43:35avec des risques incroyables.
00:43:37Donc il faut absolument
00:43:37qu'on vole beaucoup plus vite.
00:43:38C'est encore une autre histoire,
00:43:40mais on va y arriver.
00:43:41Très bien.
00:43:42Alors on va continuer
00:43:42avec des volontaires.
00:43:44Ce sont ces jeunes gens
00:43:45qui font que Vivatech
00:43:47fonctionne bien.
00:43:49Donc merci les volontaires.
00:43:50Bravo.
00:43:54Et ils sont aussi volontaires
00:43:56pour poser des questions.
00:43:57Ça va.
00:43:58Bonsoir déjà, Thomas.
00:44:00Moi, ma question
00:44:01va être très simple.
00:44:02Je vais continuer
00:44:03avec la petite question du petit.
00:44:05Dans l'optique où on va aller sur Mars,
00:44:08comme vous l'avez dit,
00:44:09est-ce que vous voyez l'humanité
00:44:10comme une espèce
00:44:11qui risque de se fragmenter
00:44:12entre ceux qui restent
00:44:14et ceux qui partent ?
00:44:15Oui, c'est une bonne question.
00:44:16Écoute, on a encore un petit peu de temps
00:44:19pour y répondre
00:44:19parce qu'on est loin d'y arriver.
00:44:21Mais si jamais on y arrive,
00:44:24je pense qu'au début,
00:44:26ça ne va vraiment pas être
00:44:27une installation,
00:44:29le Terraformer Mars,
00:44:30comme parfois Elon raconte là-dessus,
00:44:33on n'est pas forcément d'accord
00:44:34parce que je pense que ça va être
00:44:35beaucoup plus compliqué
00:44:35et beaucoup plus long
00:44:37que ce que parfois il décrit.
00:44:39Donc, ce sera vraiment
00:44:40des expéditions scientifiques.
00:44:41Ce ne sera pas une partie
00:44:42de l'humanité sur Mars
00:44:43et une partie de l'humanité sur la Terre.
00:44:45Du moins, pas pour moi
00:44:46dans les 100 ou 200 prochaines années.
00:44:49Peut-être plus tard, oui.
00:44:50Peut-être plus tard, oui.
00:44:51Mais tu sais, au début,
00:44:54les continents étaient super éloignés
00:44:55pour les gens.
00:44:56Tu sais, pour aller de l'Europe
00:44:57aux États-Unis,
00:44:58il fallait faire des semaines de bateaux.
00:45:00Donc, c'était presque aussi loin de Mars,
00:45:01tu vois, dans la tête des gens.
00:45:02Et puis, il s'est passé quoi ?
00:45:03L'aviation a été une révolution.
00:45:05Nous, on essaie de suivre
00:45:06un petit peu le même principe.
00:45:08Si tu veux, l'aviation,
00:45:09on a bien compris qu'au départ,
00:45:10c'était pour traverser l'Atlantique,
00:45:11mais on ne savait pas le faire.
00:45:12Il a fallu traverser la Manche.
00:45:14Il a fallu traverser la Méditerranée.
00:45:16Puis un jour,
00:45:16on a réussi à traverser l'Atlantique.
00:45:18Et puis aujourd'hui,
00:45:18l'aviation, c'est ce que c'est.
00:45:20Nous, ce qu'on veut faire
00:45:21dans l'espace, c'est ça.
00:45:22Notre traversée de la Manche,
00:45:23notre traversée de la Méditerranée,
00:45:25c'est d'aller sur la Lune.
00:45:26C'est déjà pas mal.
00:45:26Notre traversée de l'Atlantique,
00:45:28ce sera d'aller vers Mars.
00:45:29Et si vraiment,
00:45:30on arrive à développer ça,
00:45:31ce sera aussi facile,
00:45:32entre guillemets,
00:45:33que d'aller aux Etats-Unis.
00:45:34Ce n'est pas pour demain,
00:45:35mais c'est le but ultime,
00:45:37on va dire, à long terme.
00:45:38Ça devient tout simple
00:45:40à écouter Thomas.
00:45:41C'est pas si simple que ça.
00:45:42On fait la Manche,
00:45:44donc c'est la Lune,
00:45:45et puis l'Atlantique.
00:45:46L'Ingberg est pas très loin.
00:45:49Bonsoir, Thomas.
00:45:50Merci.
00:45:51De bon.
00:45:54Merci.
00:45:55Du coup, étant toulousaine,
00:45:57j'ai eu l'opportunité récemment
00:45:58d'aller à la Cité de l'Espace
00:45:59et de tester le décollage,
00:46:01enfin la simulation
00:46:02du décollage de la fusée.
00:46:03Vous qui l'avez réellement vécu,
00:46:05qu'est-ce qui vous marque le plus
00:46:06à ce moment-là,
00:46:07au niveau intérieur ?
00:46:07Est-ce que c'est plutôt
00:46:08ce côté sensation physique,
00:46:10le bruit,
00:46:10ou bien justement
00:46:11le côté psychologique
00:46:12de se dire là,
00:46:13je suis en train de quitter la Terre
00:46:14et pour de bon,
00:46:15enfin pour de bon,
00:46:15plutôt pour un long moment, quoi ?
00:46:17Oui.
00:46:17C'est vrai qu'on peut faire
00:46:19l'expérience de ça
00:46:20à la Cité de l'Espace
00:46:21et c'est assez sympa d'ailleurs.
00:46:22Je recommande la visite
00:46:23pour ceux qui ont l'occasion.
00:46:25Quand on décolle,
00:46:26la première fois,
00:46:28ce qui est très étonnant,
00:46:30c'est qu'en fait,
00:46:30on est assez peu entraîné à ça
00:46:32parce que toute la partie
00:46:33où on est encore attaché
00:46:34à la fusée,
00:46:36quelque part,
00:46:36c'est assez simple.
00:46:37Soit ça marche,
00:46:39soit on s'éjecte.
00:46:40Il n'y a vraiment
00:46:41aucune chose à faire.
00:46:42On ne peut pas piloter activement,
00:46:44on regarde nos systèmes,
00:46:45mais il n'y a pas grand-chose à faire.
00:46:47On est attaché à un missile.
00:46:49On espère que ça va bien se passer.
00:46:51Tout l'entraînement,
00:46:53il passe sur cette phase
00:46:54très vite
00:46:54et il commence vraiment
00:46:55une fois qu'on est libéré
00:46:57du lanceur,
00:46:57de la fusée,
00:46:58avec notre petit véhicule,
00:46:59que ce soit le Crew Dragon,
00:47:00le Soyouz.
00:47:01Là, on commence vraiment
00:47:02à bosser.
00:47:03La première fois
00:47:04qu'on va dans la fusée
00:47:05et que ça décolle,
00:47:06on a assez peu
00:47:07de repères sensoriels.
00:47:09Je me rappelle,
00:47:10déjà,
00:47:10il y a un côté
00:47:11extrêmement claustrophobe
00:47:12parce qu'il y a très peu de place.
00:47:13C'est très petit
00:47:13les véhicules spatiaux,
00:47:15surtout le Soyouz.
00:47:16On est engoncés,
00:47:16on ferme des grossasses métalliques
00:47:18sur vous
00:47:19qui se ferment
00:47:19avec des bruits
00:47:20de coffre-fort.
00:47:21Et là, on se dit,
00:47:22je ne peux pas m'en sortir
00:47:23tout seul de ce truc.
00:47:23Je suis attaché de partout.
00:47:24Il y a des portes blindées
00:47:25qui sont fermées sur moi.
00:47:27Je suis attaché à un missile,
00:47:29donc il va falloir
00:47:29que ça se passe bien.
00:47:31Et après,
00:47:31une fois que ça part,
00:47:32moi, je me rappelle
00:47:33d'un grand claque au début
00:47:34et les premières secondes,
00:47:36on est collé dans le siège.
00:47:38Il y a beaucoup de vibrations,
00:47:39beaucoup de bruit,
00:47:41une accélération.
00:47:41Et moi,
00:47:42comme je n'avais pas
00:47:42l'expérience de ça,
00:47:43je regardais mes collègues.
00:47:44Mes deux collègues
00:47:45avec qui je suis parti,
00:47:46ils avaient déjà eu
00:47:47chacun deux missions
00:47:48dans l'espace.
00:47:49Et donc, ça partait.
00:47:50Je regardais sur le côté
00:47:52et ils avaient l'air
00:47:53d'être sereins,
00:47:53donc je me disais,
00:47:54OK, c'est serein.
00:47:55J'attendais dix secondes,
00:47:57je regardais sur le côté,
00:47:58ils avaient l'air
00:47:58d'être sereins,
00:47:59donc je me dis,
00:47:59OK, c'est que ça se passe bien.
00:48:01Et puis après,
00:48:01au bout d'une minute,
00:48:02bon, ben voilà,
00:48:03on est habitué,
00:48:03on est parti,
00:48:04on est dans cette accélération,
00:48:05dans cette trajectoire,
00:48:06mais vraiment,
00:48:06les premières secondes,
00:48:06c'était ça.
00:48:07La deuxième fois,
00:48:08que du bonheur,
00:48:08parce que la deuxième fois,
00:48:09je savais à quoi m'attendre,
00:48:10coup de pied aux fesses
00:48:11du décollage,
00:48:12la transition entre les étages,
00:48:13on n'était que des gens
00:48:14qui étaient déjà allés
00:48:15dans l'espace
00:48:15et je me rappelle
00:48:16qu'on riait,
00:48:16on était tous,
00:48:17on riait un peu
00:48:18comme dans un manège.
00:48:20Alors, on était très pro,
00:48:21mais on avait cette espèce
00:48:22de, je ne sais pas,
00:48:24d'enthousiasme
00:48:24de ces sensations-là.
00:48:26Quand on les aime bien,
00:48:27c'est vraiment plaisant.
00:48:29Voilà.
00:48:32Applaudissements
00:48:34Bravo.
00:48:37Bonsoir Thomas.
00:48:39En tant qu'astronaute,
00:48:40quel est votre prochain rêve
00:48:42dans l'espace ?
00:48:44Mon prochain rêve,
00:48:44écoute,
00:48:45mon prochain rêve,
00:48:46là, il y a une mission
00:48:47qui m'attend,
00:48:48alors on est encore
00:48:48en train d'organiser tout ça,
00:48:49mais normalement dans un an
00:48:50et ce sera une belle étape
00:48:53aussi pour l'Europe,
00:48:54pour la France,
00:48:55pour moi.
00:48:55Mais vraiment,
00:48:56moi, ce qui me fait rêver,
00:48:57c'est ce qui se passe derrière,
00:48:58ce serait d'emmener l'Europe,
00:48:59d'emmener la France
00:49:00sur la Lune,
00:49:01autour de la Lune,
00:49:02sur la Lune.
00:49:03Aujourd'hui,
00:49:03on va dans l'ISS
00:49:04parce que c'est ce qu'il y a
00:49:05de plus loin.
00:49:06On a tous un petit peu
00:49:06cette mentalité,
00:49:07je ne sais pas si c'est de la compétition,
00:49:08mais on va dire explorateur,
00:49:10si demain,
00:49:10il y a quelque chose de plus loin,
00:49:12on va tous lever la main
00:49:12pour y aller,
00:49:13ça c'est sûr.
00:49:14Donc moi,
00:49:15ce qui est à ma portée,
00:49:16on va dire,
00:49:17temporellement,
00:49:18ce serait la Lune,
00:49:19Mars,
00:49:19je suis peut-être déjà
00:49:20un petit peu vieux,
00:49:21mais il y a peut-être des gens
00:49:22dans cette salle
00:49:22qui iront,
00:49:23je ne sais pas.
00:49:23Mais en tout cas,
00:49:24c'est vraiment d'aller
00:49:25où les gens ne sont pas allés,
00:49:26et d'emmener un peu l'humanité,
00:49:28c'est peut-être un petit peu arrogant,
00:49:29mais on le fait pourtant
00:49:30assez humblement,
00:49:31mais on va aller au pôle sud
00:49:32de la Lune,
00:49:33ce serait génial
00:49:34d'avoir une base humaine
00:49:35et de faire des choses ensemble
00:49:37comme on l'a fait sur l'ISS.
00:49:38L'ISS,
00:49:39excusez-moi,
00:49:39je fais une digression,
00:49:40mais l'ISS a été à un moment
00:49:42proposé pour le prix Nobel
00:49:43de la paix,
00:49:44il ne l'a pas eu,
00:49:44mais pourquoi ?
00:49:45Parce que c'était
00:49:46toutes les nations,
00:49:48en Europe,
00:49:49c'était France,
00:49:49Allemagne,
00:49:50Italie,
00:49:51essentiellement,
00:49:51les Américains,
00:49:52les Japonais,
00:49:53les Russes,
00:49:54les Canadiens,
00:49:55tout ça,
00:49:55c'est quand même
00:49:55ceux qui se sont entretués
00:49:56pendant la Deuxième Guerre mondiale,
00:49:58donc des millions de morts,
00:49:59et puis 30-40 ans après,
00:50:0050 ans après,
00:50:01boum,
00:50:01travaillent tous
00:50:02en bonne intelligence
00:50:03et se mettent tous
00:50:04à coopérer,
00:50:05c'est quand même
00:50:05un symbole hyper fort,
00:50:07hyper puissant,
00:50:08et donc d'arriver
00:50:09à recréer ça
00:50:10sur une exploration
00:50:11lunaire internationale,
00:50:12ça,
00:50:12ça me ferait rêver,
00:50:12oui.
00:50:13Oui,
00:50:13surtout qu'il y avait
00:50:14toute la compétition spatiale
00:50:16entre les Russes
00:50:17et les Américains,
00:50:19donc,
00:50:20effectivement.
00:50:21Alors,
00:50:22tout d'abord,
00:50:22bonsoir,
00:50:24petite question
00:50:24qui va peut-être
00:50:25être un peu tricky,
00:50:26vu que vous êtes
00:50:27une personnalité publique,
00:50:28on vous pose souvent
00:50:29des questions,
00:50:31et donc,
00:50:31quelle serait la question
00:50:32que vous aimeriez
00:50:34qu'on vous pose,
00:50:35qu'on ne vous a jamais posée,
00:50:36et la réponse ?
00:50:38Ça,
00:50:39c'est un peu facile,
00:50:39il n'a pas préparé
00:50:40la question,
00:50:41du coup,
00:50:41il me l'a dit.
00:50:44Non,
00:50:44la question,
00:50:45tu sais,
00:50:45c'est vrai que ça fait 15 ans
00:50:46qu'on m'a posé
00:50:47quand même pas mal de questions,
00:50:48il y en a beaucoup
00:50:48qui reviennent assez souvent,
00:50:50parce que ça intéresse
00:50:51les gens de ce que...
00:50:52Non,
00:50:53non,
00:50:53pas borique du tout,
00:50:54mais en fait,
00:50:55ce qui est marrant,
00:50:55c'est que les gens,
00:50:55ils projettent un peu
00:50:56dans leur vie à eux,
00:50:57tu sais,
00:50:58comment on mange dans l'espace,
00:50:59des trucs parfois simples,
00:51:01mais hyper valables,
00:51:01parce qu'ils se disent,
00:51:03mais attends,
00:51:03mince,
00:51:03ils se projettent eux
00:51:04dans leur monde,
00:51:04là-haut,
00:51:05et c'est drôle.
00:51:07Écoute,
00:51:07la question qu'on m'a jamais posée,
00:51:08que j'ai envie qu'on me pose,
00:51:09je sais pas,
00:51:10moi je peux te dire,
00:51:11la question,
00:51:12on m'a posé une question bizarre,
00:51:13ça c'est sûr,
00:51:16moi j'ai envie de dire,
00:51:18les questions,
00:51:19tu sais,
00:51:19sur toute la partie invisible,
00:51:21en fait,
00:51:21qu'on pose pas souvent,
00:51:23tu sais,
00:51:23parce que c'est sympa
00:51:24d'être sur la scène,
00:51:25d'aller sur l'espace et tout,
00:51:26d'aller dans l'espace,
00:51:26mais il y a énormément
00:51:27de sacrifices personnels,
00:51:29dans la vie sociale,
00:51:31on rate énormément de choses,
00:51:32on est jamais là,
00:51:33on rate les anniversaires,
00:51:34les fêtes,
00:51:35et tout ça,
00:51:35l'air bête comme ça,
00:51:36mais pendant l'entraînement
00:51:36d'une mission,
00:51:37on est quand même
00:51:37en déplacement à l'étranger
00:51:3990% du temps,
00:51:4090% du temps,
00:51:41ça commence à devenir le temps
00:51:42où tes enfants
00:51:43te reconnaissent même pas,
00:51:44quand même.
00:51:45Donc tout ce côté-là,
00:51:46il est en vrai hyper difficile,
00:51:48je le dis comme ça,
00:51:49mais je suis pas le seul
00:51:50à l'avoir dit,
00:51:51et c'est vrai que ça,
00:51:52c'est quelque chose
00:51:52qui est assez invisible,
00:51:53qui se voit pas trop,
00:51:53parce qu'il y a le côté héros,
00:51:54c'est sympa, etc.
00:51:56Et tout ce côté-là,
00:51:58sacrifice, difficulté
00:51:58de la vie de tous les jours,
00:51:59ça très souvent,
00:52:00c'est pas que c'est moins intéressant,
00:52:01mais c'est que c'est moins
00:52:02sous la lumière.
00:52:03Voilà.
00:52:11Bonjour monsieur Pesquet,
00:52:12déjà merci beaucoup d'être là,
00:52:13je pense que je parle beaucoup
00:52:14pour tout le monde,
00:52:15mais merci beaucoup
00:52:16pour votre temps.
00:52:17Ma question,
00:52:18elle va être simple,
00:52:18avec l'évolution
00:52:19de la nouvelle technologie,
00:52:20l'intelligence artificielle,
00:52:21les robots autonomes,
00:52:22quelle selon vous
00:52:23serait la technologie
00:52:24la plus intéressante
00:52:26et la plus innovante
00:52:27qu'on pourrait avoir
00:52:28dans les prochaines avancées
00:52:29des visites spatiales,
00:52:30du coup ?
00:52:31Ah, c'est une bonne question.
00:52:33Ce qui va vraiment nous aider,
00:52:35c'est un peu bête,
00:52:36mais c'est la propulsion,
00:52:38c'est de voler
00:52:39beaucoup plus vite.
00:52:40Pourquoi ?
00:52:40Parce qu'aujourd'hui,
00:52:41les trajectoires spatiales,
00:52:43c'est des trajectoires balistiques.
00:52:44En fait,
00:52:44balistiques,
00:52:45ça veut dire que
00:52:45c'est boulet de canon,
00:52:46on est propulsé
00:52:47par un lanceur,
00:52:48pas par un canon,
00:52:49mais c'est la même chose,
00:52:50le but c'est de donner
00:52:50énormément d'énergie
00:52:51à un projectile,
00:52:52le Crew Dragon,
00:52:53et puis ensuite,
00:52:54on est sur des rails
00:52:55et on va vers une planète,
00:52:58vers la station spatiale,
00:52:59vers quoi que ce soit,
00:52:59mais on est vraiment
00:53:00sur des rails.
00:53:00Les trajectoires spatiales,
00:53:01c'est ça,
00:53:02c'est du balistique.
00:53:04Et donc,
00:53:06cette physique-là
00:53:06fait que
00:53:08pour une mission vers Mars,
00:53:09on l'a dit tout à l'heure,
00:53:10ce serait 300 jours à aller,
00:53:11300 jours sur place
00:53:12pour que les planètes
00:53:14se remettent en configuration,
00:53:15parce qu'en plus,
00:53:15elles ont le mauvais goût
00:53:16de ne pas tourner
00:53:16exactement pareil
00:53:17autour du Soleil.
00:53:18Parfois,
00:53:19elles sont proches,
00:53:19mais parfois,
00:53:19elles sont très loin.
00:53:21Et 300 jours de retour.
00:53:23Et ça,
00:53:23c'est un problème.
00:53:24C'est un problème
00:53:25parce qu'il faut assurer
00:53:25la vie de l'équipage
00:53:27pendant 300 jours.
00:53:29Ça veut dire
00:53:29beaucoup d'eau,
00:53:31beaucoup de nourriture.
00:53:33Accessoirement,
00:53:33on n'a à peu près
00:53:34rien à faire
00:53:35pendant ces 300 jours,
00:53:36ce qui va,
00:53:36psychologiquement,
00:53:37être complètement dingo.
00:53:38Quand même,
00:53:38on aura perdu la terre de vue,
00:53:40ce qui n'est jamais arrivé.
00:53:41Même les missions Artemis,
00:53:42qui sont allées très, très loin,
00:53:43ils avaient quand même
00:53:43la terre en vue
00:53:44plus ou moins tout le temps.
00:53:45Donc,
00:53:45on aura perdu un petit peu
00:53:46la terre de vue.
00:53:47On aura cette impression
00:53:48d'être immobile
00:53:48au milieu du vide
00:53:50parce qu'on n'aura pas
00:53:50de perspective comme en avion.
00:53:52Si vous prenez l'avion,
00:53:53vous avez l'impression
00:53:53que ça ne va pas vite.
00:53:54Parfois,
00:53:54en dessous,
00:53:54que ça ne défile pas vite.
00:53:55Là,
00:53:55ce sera pareil.
00:53:56Les étoiles seront fixes.
00:53:57Et donc,
00:53:58il faudra quand même
00:53:58dans sa tête
00:53:59être un peu solide
00:53:59pour en survivre
00:54:01un an à peu près comme ça.
00:54:02Surtout,
00:54:03c'est très, très lourd.
00:54:03Très lourd,
00:54:04ça veut dire beaucoup de lancements.
00:54:05Et puis,
00:54:06l'autre problème,
00:54:07c'est que c'est très lourd
00:54:08donc on a du mal
00:54:08à faire des rentrées
00:54:09atmosphériques sur Mars.
00:54:10Sur Mars,
00:54:10il y a juste assez d'atmosphère
00:54:12pour te faire brûler
00:54:13si tu ne t'en occupes pas.
00:54:14Mais elle n'est pas assez dense
00:54:15pour te freiner
00:54:15comme on le fait nous
00:54:16avec une rentrée atmosphérique,
00:54:18bouclier thermique,
00:54:19boule de feu,
00:54:19ça nous freine énormément.
00:54:20Et ensuite,
00:54:21on descend en parachute.
00:54:22Sur Mars,
00:54:22parachute,
00:54:23ça ne marche pas.
00:54:24L'atmosphère n'est pas assez dense.
00:54:26Une rentrée atmosphérique
00:54:27sur Mars,
00:54:28c'est très compliqué.
00:54:28On sait le faire
00:54:29à une tonne à peu près.
00:54:31Une tonne,
00:54:31c'est un rover.
00:54:32Ça,
00:54:32on y arrive.
00:54:33Mais nous,
00:54:33on voudrait poser 40 tonnes
00:54:34sur la surface de Mars
00:54:36pour avoir de quoi y vivre
00:54:37et puis accessoirement
00:54:38de quoi repartir.
00:54:39Donc tout ça,
00:54:40c'est compliqué.
00:54:41Par contre,
00:54:42si on arrive à y aller
00:54:43en,
00:54:43je dis n'importe quoi,
00:54:44mais en 10 jours
00:54:45plutôt qu'en 300 jours,
00:54:47là,
00:54:47tout d'un coup,
00:54:48ce n'est pas 40 tonnes.
00:54:49On n'a pas 40 tonnes
00:54:50de nourriture pour 10 jours.
00:54:51On a 10 kilos,
00:54:5220 kilos.
00:54:53Et là,
00:54:53tout d'un coup,
00:54:54on sait le faire.
00:54:55On sait faire la rentrée atmosphérique
00:54:56parce que le poids
00:54:56est beaucoup plus petit.
00:54:58En plus,
00:54:58on n'est pas exposé
00:54:59aux radiations
00:55:01pendant le trajet.
00:55:02Tant qu'on est près de la Terre,
00:55:03on est protégé
00:55:03par la magnétosphère terrestre
00:55:05et les radiations solaires,
00:55:06entre autres.
00:55:07Par contre,
00:55:07quand on va sur Mars,
00:55:08on ne sera pas protégé.
00:55:10Donc ça veut dire
00:55:10beaucoup de blindage.
00:55:11Donc tu vois bien
00:55:12que si tu réduis
00:55:12le temps de trajet,
00:55:13les radiations,
00:55:14tu les subis
00:55:15mais pendant un temps
00:55:15beaucoup moindre.
00:55:16Et donc tout de suite,
00:55:17ça marche.
00:55:17Donc on voit bien
00:55:17que la clé technologique
00:55:18de ça,
00:55:19c'est la propulsion.
00:55:20Et on y travaille,
00:55:21mais ce n'est pas facile.
00:55:22Mais si on arrive vraiment
00:55:23à voler beaucoup,
00:55:24beaucoup plus vite,
00:55:25propulsion ionique,
00:55:26tout ce que tu peux imaginer,
00:55:27et bien là,
00:55:27tout d'un coup,
00:55:28on est capable
00:55:28de faire cette mission
00:55:29qu'aujourd'hui,
00:55:30on n'est pas capable de faire.
00:55:31Voilà.
00:55:31S'il y a des gens
00:55:32qui ont des idées
00:55:32sur la propulsion spatiale,
00:55:33on est preneurs.
00:55:34N'hésitez pas,
00:55:35n'hésitez pas à venir nous voir.
00:55:36Peut-être quelqu'un
00:55:38aura la réponse.
00:55:40Ce n'est pas beaucoup
00:55:41en rapport,
00:55:42mais bonjour Thomas.
00:55:43Ma question est la suivante.
00:55:44Vous avez pris
00:55:45beaucoup de photos
00:55:46pendant vos missions,
00:55:47notamment de la Terre.
00:55:49Et je voulais savoir
00:55:50qu'est-ce qui pourra finalement
00:55:51ne jamais être capturé
00:55:52par les caméras ?
00:55:53Peut-être une sensation,
00:55:55une émotion ?
00:55:56Oui,
00:55:57c'est vrai que c'est difficile
00:55:59de rendre justice
00:56:00à la beauté de la Terre.
00:56:02Quand on a dit ça,
00:56:03on n'a pas dit grand-chose,
00:56:04mais moi,
00:56:04j'ai beaucoup bossé
00:56:05sur les photos,
00:56:07notamment les photos de nuit,
00:56:08tu sais,
00:56:08qui sont compliquées
00:56:09parce qu'en plus,
00:56:10tout défile très vite.
00:56:11Donc une photo de nuit,
00:56:12ça veut dire des temps
00:56:12de prise assez longs,
00:56:13mais comme tout défile très vite,
00:56:14ça veut dire des traînées
00:56:15et les choses sont floues.
00:56:17Donc c'est très difficile
00:56:17de faire des photos de nuit
00:56:18réussies depuis la station.
00:56:21Après,
00:56:22vraiment,
00:56:23moi,
00:56:23quand je regarde mes photos,
00:56:23je les aime bien,
00:56:24mais ce n'est pas tout à fait
00:56:25la même chose.
00:56:26Le plus difficile
00:56:27à capturer,
00:56:28moi,
00:56:28je trouve,
00:56:29c'est le côté bulle,
00:56:30en fait,
00:56:31parce que la Terre,
00:56:32c'est quelque chose,
00:56:33donc la Terre,
00:56:34la bille bleue,
00:56:35etc.,
00:56:35les continents,
00:56:36mais ce qu'on voit vraiment bien
00:56:37de l'espace,
00:56:38ce qui est difficile à rendre
00:56:39en photo,
00:56:39c'est qu'autour de ça,
00:56:40il y a une bulle
00:56:42d'atmosphère.
00:56:43On voit en regardant
00:56:44sur le côté,
00:56:45là,
00:56:45on ne le voit pas très bien,
00:56:45évidemment,
00:56:46parce que c'est difficile
00:56:47à rendre,
00:56:47mais on voit l'atmosphère
00:56:49un peu comme la rétine,
00:56:51la pupille autour d'un oeil.
00:56:52Donc ça,
00:56:53c'est hyper difficile à faire.
00:56:54On peut le prendre
00:56:54en prenant des photos de côté
00:56:55avec des réglages un peu spéciaux,
00:56:57mais sur une photo de la Terre
00:56:59à la verticale,
00:56:59on ne la voit pas
00:57:00parce que tu prends
00:57:01la photo à travers.
00:57:02Et ça,
00:57:02malheureusement,
00:57:02c'est dommage
00:57:03parce que ce côté bulle,
00:57:05en fait,
00:57:06il donne vraiment
00:57:06le côté fragilité.
00:57:08Tu vois,
00:57:08tu as l'impression
00:57:08que c'est quelque chose
00:57:09que tu peux crever.
00:57:10Et en fait,
00:57:10c'est un petit peu vrai,
00:57:11quelque part.
00:57:11Alors que là,
00:57:12quand on voit
00:57:13une grande boule bleue
00:57:13comme ça,
00:57:14on a l'impression
00:57:14que c'est bien solide,
00:57:15que tout va bien.
00:57:15Ça fait boule de bowling.
00:57:16Je dis,
00:57:17il ne peut pas se passer
00:57:17grand-chose.
00:57:18Alors quand tu prends
00:57:19conscience qu'autour,
00:57:20il y a une enveloppe
00:57:21hyper fragile,
00:57:22là,
00:57:23ça te donne l'impression
00:57:24de la fragilité
00:57:24qui est dure
00:57:25à rendre en photo.
00:57:33Tout d'abord,
00:57:35bonsoir.
00:57:36Alors,
00:57:36quelle a été l'étape
00:57:37la plus difficile
00:57:38pendant votre formation
00:57:40ou peut-être
00:57:40qui vous a fait peur
00:57:41avant de partir ?
00:57:44Alors la première étape
00:57:45qui m'a fait peur,
00:57:45c'est quand on a été
00:57:46recruté en 2009.
00:57:48Donc après un an
00:57:49de sélection,
00:57:51plein d'épreuves,
00:57:52etc.,
00:57:52tout va bien.
00:57:52Et puis on est six
00:57:53et l'ESA nous dit,
00:57:54voilà, bravo,
00:57:55on donne un polo ESA,
00:57:56on fait rentrer
00:57:56dans une grande salle
00:57:57et là,
00:57:57il n'y avait plus
00:57:58de 100 journalistes.
00:57:59Et moi,
00:57:59je n'avais jamais parlé
00:58:00à un journaliste de ma vie.
00:58:00Je n'avais pas spécialement
00:58:01parlé en public non plus.
00:58:02Les gens commencent
00:58:03à poser plein de questions.
00:58:04Le soir,
00:58:04j'étais sur le plateau
00:58:05du 20h alors que vraiment,
00:58:07c'était tellement loin
00:58:08de ce que je faisais avant
00:58:10que c'était un peu
00:58:12une expérience bizarre.
00:58:14Après,
00:58:14on s'habitue à ça,
00:58:15c'est comme tout
00:58:16et puis à force de le faire,
00:58:18on devient meilleur.
00:58:19Mais le truc
00:58:20le plus difficile,
00:58:21j'ai envie de dire,
00:58:22pour ma première mission,
00:58:22c'était sans doute
00:58:23d'apprendre le russe.
00:58:24C'est un peu bizarre
00:58:25mais le Soyouz,
00:58:26mon premier véhicule,
00:58:27c'était entièrement en russe.
00:58:28C'est-à-dire,
00:58:29il y a le côté,
00:58:29il faut apprendre un véhicule
00:58:30comme une qualification
00:58:31de pilote,
00:58:32un avion,
00:58:32un truc un peu compliqué,
00:58:33technologique,
00:58:34il faut connaître
00:58:34tous les systèmes
00:58:35pour réagir aux pannes,
00:58:37parler à la radio
00:58:38avec le contrôle aérien.
00:58:39Sauf que tout ça,
00:58:40en plus,
00:58:40pour rajouter
00:58:41quand même un peu
00:58:41de difficulté,
00:58:42c'était tout en russe.
00:58:43Donc on s'est retrouvé,
00:58:44je me rappelle,
00:58:44on est arrivé
00:58:44à la Cité des Étoiles
00:58:45avec mon collègue danois
00:58:47et on nous a dit,
00:58:48voilà vos chambres
00:58:49et voilà les bouquins
00:58:50qu'il va falloir travailler
00:58:52et en vrai,
00:58:53il y avait une hauteur
00:58:53comme ça,
00:58:54du sol jusque ça,
00:58:55de bouquins en russe
00:58:57pour le Soyouz.
00:58:59Et là,
00:58:59on s'est dit,
00:58:59l'hiver va être
00:59:00un peu compliqué quand même.
00:59:01Et puis,
00:59:02au final,
00:59:02ça se passe bien,
00:59:03on a beaucoup d'aides,
00:59:04on a des gens
00:59:04qui nous expliquent,
00:59:05etc.
00:59:05Mais d'apprendre le russe
00:59:07à un niveau suffisant
00:59:08pour pouvoir parler
00:59:09à la radio
00:59:10avec le centre de contrôle,
00:59:11parler avec le commandant
00:59:12du Soyouz,
00:59:12comprendre les systèmes,
00:59:14réagir,
00:59:14suivre les procédures,
00:59:15ça,
00:59:16ça a été quand même
00:59:16un truc difficile
00:59:17au début.
00:59:18Il vaut mieux bien le parler
00:59:20pour ne pas faire de conneries.
00:59:21Oui, voilà,
00:59:22pour ne pas appuyer
00:59:22sur le mauvais bouton,
00:59:23c'est mieux.
00:59:24Appuyer sur le mauvais bouton.
00:59:26Ah, appuyer sur le bouton
00:59:26ou tu vas appuyer sur le bouton ?
00:59:28Il y a eu des conversations
00:59:29comme ça dans l'histoire
00:59:30du programme spatial
00:59:31avec des erreurs
00:59:32qui ont été faites
00:59:32pour des questions
00:59:33de conjugaison.
00:59:34C'est un peu vête,
00:59:34mais travailler les langues étrangères
00:59:35quand même,
00:59:35ceux qu'on lâche
00:59:36d'être à l'école.
00:59:37On t'a dit le vert.
00:59:38Ça vous servira.
00:59:38Oui, oui, non, vraiment,
00:59:39c'était pas facile.
00:59:40La dernière question.
00:59:42Du coup, bonsoir,
00:59:43moi, je voulais savoir
00:59:43c'est quoi la compétence
00:59:45qui n'est pas scientifique,
00:59:46qui est la plus sous-cotée
00:59:48pour devenir astronaute ?
00:59:49Oui, c'est une bonne question
00:59:50et ça, tu verras,
00:59:51c'est pareil dans tous les métiers
00:59:52parce que dans tous les métiers,
00:59:55moi, j'ai trouvé les ingénieurs,
00:59:56il y a toujours des ingénieurs
00:59:57brillants, etc., etc.
00:59:58Et puis parfois,
00:59:59tu vois que c'est des gens
01:00:00qui sont persistants,
01:00:02c'est des gens
01:00:02qui sont attentionnés,
01:00:04c'est des gens
01:00:05qui sont des travailleurs d'équipe,
01:00:05c'est ces gens-là
01:00:06qui réussissent très souvent.
01:00:08C'est assez peu souvent
01:00:09les plus intelligents.
01:00:10On sort du monde de l'école
01:00:11en ayant l'impression
01:00:12que la vie va être réglée
01:00:13à peu près dans l'ordre des notes.
01:00:15C'est pas du tout comme ça.
01:00:16C'est un peu bête de le dire,
01:00:18mais moi, c'était un peu une surprise.
01:00:19On grandit dans le système scolaire
01:00:20et je me disais,
01:00:21bon, voilà, la vie est assez bien réglée.
01:00:23En fait, pas du tout.
01:00:23C'est pas ça qui marche.
01:00:26Enfin, pas que ça.
01:00:27Et notamment,
01:00:28dans l'exploration spatiale,
01:00:31moi, je pense,
01:00:31maintenant,
01:00:32c'est la compétence psychologique
01:00:33d'être un joueur d'équipe.
01:00:36Tu vois, tu passes 200 jours
01:00:37dans la station
01:00:38avec des gens que t'as pas choisis.
01:00:40Un jour, au début,
01:00:42tu vas être chef
01:00:42ou alors tu vas être chef
01:00:43du véhicule qui arrive,
01:00:44mais une fois que t'es dans la station,
01:00:45t'es plus chef,
01:00:45c'est un autre qui est chef.
01:00:46C'est hyper difficile quand même
01:00:47de changer de casquette comme ça
01:00:49et d'accepter au début
01:00:51d'avoir le leadership
01:00:51et puis après,
01:00:52de faire ce qu'on dit.
01:00:53Dans la vie,
01:00:54ça n'arrive pas souvent.
01:00:55Une fois qu'on est chef,
01:00:55on reste chef.
01:00:56On ne change pas
01:00:57tous les six mois, tu vois.
01:00:59Et donc,
01:00:59ce côté psychologique
01:01:00de savoir communiquer,
01:01:01de savoir désamorcer les conflits,
01:01:03d'être patient,
01:01:04de reconnaître
01:01:05sans que les autres le disent
01:01:06ce qui est important pour eux
01:01:07et en même temps,
01:01:08eux reconnaissent
01:01:09ce qui est important pour toi
01:01:10et puis d'essayer
01:01:10de créer cette atmosphère-là,
01:01:12ça,
01:01:12on recherche beaucoup ça
01:01:13dans la station
01:01:14parce qu'à cause
01:01:16de la nature des missions
01:01:17et ce sera encore plus
01:01:18dans les missions qui viennent,
01:01:20300 jours vers la Lune,
01:01:21vers Mars.
01:01:22Donc, voilà,
01:01:22ça sert à la capacité psychologique
01:01:24dans les missions spatiales.
01:01:25Et sur l'ISS,
01:01:27vous y étiez combien
01:01:27pendant 200 jours ?
01:01:29Sur l'ISS,
01:01:29on a été au minimum,
01:01:31pendant ma première mission,
01:01:32au minimum,
01:01:32on a été 3.
01:01:33Au maximum,
01:01:34on a été 7.
01:01:35Sur ma deuxième mission,
01:01:36au minimum 7,
01:01:37au maximum 11.
01:01:38Donc,
01:01:39quand c'est 11,
01:01:39il y a des gens
01:01:39qui dorment sur les murs,
01:01:40au plafond et tout.
01:01:43Et vivre dans cet espace
01:01:45réduit,
01:01:47contraint ?
01:01:48Ça demande des efforts,
01:01:50en fait.
01:01:50Il faut respecter les autres,
01:01:52il ne faut pas mettre
01:01:53ses chaussettes sales
01:01:54là où elles ne sont pas
01:01:55censées être.
01:01:56Il faut...
01:01:57Voilà.
01:01:57Et puis,
01:01:57il y a des gens,
01:01:58comme je le disais,
01:01:58il y a des gens,
01:01:59ils reconnaissaient immédiatement
01:02:01que, je n'en sais rien,
01:02:02un tel aimait vraiment bien
01:02:03le dessert au chocolat.
01:02:05Et du coup,
01:02:05naturellement,
01:02:06on lui laissait
01:02:06parce qu'on savait
01:02:07que c'était important pour lui
01:02:08sans qu'il n'ait rien demandé.
01:02:09Et les gens faisaient
01:02:10beaucoup de choses comme ça
01:02:11et c'est comme ça
01:02:11que ça marchait bien.
01:02:12Moi, j'ai eu beaucoup de chance,
01:02:13mon deuxième équipage
01:02:17les gens se disputent,
01:02:19entre guillemets,
01:02:19mais moi,
01:02:20j'ai eu de la chance
01:02:20que ça ne se passe pas comme ça.
01:02:22J'ai une toute dernière question.
01:02:24Il y a deux ans,
01:02:26j'étais au Japon
01:02:27et j'ai assisté
01:02:30à une présentation
01:02:31faite par un japonais
01:02:32sur l'espace
01:02:33et le fait
01:02:35qu'il fallait nettoyer l'espace.
01:02:37Et il avait expliqué
01:02:39qu'il y avait des débris partout.
01:02:40Il nous a montré
01:02:41des photos
01:02:42qui sont absolument extraordinaires.
01:02:44On n'imagine pas
01:02:45qu'il y a autant de débris.
01:02:49Et il a un peu expliqué
01:02:52ce qu'il comptait faire
01:02:53avec une espèce d'aspirateur
01:02:55qui allait aspirer
01:02:56tous les débris.
01:02:57Est-ce que,
01:02:58quand vous êtes monté là-haut,
01:02:59vous avez vu cela
01:03:01et vous êtes arrivé
01:03:02d'avoir une idée
01:03:04de ces débris ?
01:03:06On ne voit pas ça
01:03:07parce qu'en fait,
01:03:10effectivement,
01:03:10il y a des débris.
01:03:11Il y en a quelques dizaines
01:03:12de milliers
01:03:12ou je ne sais plus
01:03:13exactement le chiffre.
01:03:14Mais il faut voir
01:03:15que c'est un volume,
01:03:17c'est un espace
01:03:18tellement immense
01:03:19qu'en fait,
01:03:20souvent,
01:03:21c'est un débris
01:03:22de la taille
01:03:22d'une pièce de 2 euros,
01:03:24800 km,
01:03:25et un débris
01:03:26de la taille d'un frigo,
01:03:27800 km,
01:03:28une pièce de 2 euros.
01:03:29Donc,
01:03:30ce n'est pas quelque chose
01:03:31de visible
01:03:32vraiment à l'œil nu.
01:03:33Ce n'est pas un nuage
01:03:34d'astéroïdes
01:03:34façon Star Wars.
01:03:36Le souci,
01:03:36c'est que si on veut
01:03:37le représenter
01:03:38sur une photo,
01:03:39on met la Terre
01:03:40et on veut mettre
01:03:41des petits points blancs
01:03:41qui représentent les débris,
01:03:43les petits points blancs
01:03:44par rapport à la taille
01:03:44de la Terre,
01:03:45ils sont beaucoup trop gros.
01:03:46Ils sont de la taille
01:03:47d'un département quasiment
01:03:48à l'échelle de la Terre.
01:03:49Et donc,
01:03:49on a l'impression
01:03:49que c'est un département,
01:03:50un département,
01:03:51un département,
01:03:51alors qu'en fait,
01:03:52c'est 2 euros,
01:03:52800 km,
01:03:532 euros.
01:03:54Donc,
01:03:54il n'y a pas cette densité
01:03:55dont parfois,
01:03:55on a l'impression,
01:03:56ce n'est pas un nuage
01:03:57de débris.
01:03:58Ceci dit,
01:03:58évidemment,
01:03:58il y en a quand même
01:03:59un certain nombre.
01:04:00Ils sont répartis beaucoup
01:04:02sur certaines orbites,
01:04:03une orbite héliosynchrone
01:04:04à 700 km
01:04:05qui n'est pas la nôtre.
01:04:06Nous,
01:04:07dans la station spatiale,
01:04:08on ne le voit pas vraiment.
01:04:09On a des tout petits impacts,
01:04:11parfois,
01:04:12qu'on voit
01:04:12sur la structure
01:04:14de la station,
01:04:14des petits impacts
01:04:15parce que quand on vole,
01:04:17on va percuter un débris.
01:04:20Et puis,
01:04:20parfois,
01:04:20les plus gros débris
01:04:21sont suivis au radar
01:04:22depuis le sol
01:04:22et on fait des manœuvres
01:04:24d'évitement.
01:04:25Mais pour avoir
01:04:26la certitude statistique
01:04:28de les éviter,
01:04:28ce n'est pas
01:04:29on va se le prendre.
01:04:30Il va passer
01:04:31à moins de 10 km
01:04:32avec moins de 95 %
01:04:34de chance,
01:04:35etc.
01:04:36C'est arrivé 3-4 fois
01:04:37plus souvent récemment
01:04:38mais 3-4 fois
01:04:39dans l'histoire de l'ISS.
01:04:41Voilà.
01:04:41Donc,
01:04:42non,
01:04:42on n'en a pas vraiment vu
01:04:43mais ceci dit,
01:04:44ça existe vraiment
01:04:45mais ce n'est pas
01:04:46un nuage de points,
01:04:47c'est plutôt
01:04:48de la statistique,
01:04:49on va dire.
01:04:50Eh bien,
01:04:51Thomas,
01:04:52je ne sais pas comment
01:04:53vous remercier
01:04:53pour tout ce temps
01:04:54que vous nous avez consacré.
01:04:57Merci.
01:05:07Peut-être
01:05:09en vous souhaitant
01:05:10d'aller sur la Lune.
01:05:11Avec grand plaisir
01:05:12et puis j'espère
01:05:12qu'on s'y retrouvera
01:05:13tous ici
01:05:14dans,
01:05:14allez,
01:05:153-4 ans
01:05:16après une mission lunaire,
01:05:17ce serait quand même
01:05:18pas mal.
01:05:19Génial.
01:05:19On se donne rendez-vous.
01:05:20Merci beaucoup.
01:05:21Merci beaucoup.
01:05:21Merci.
01:05:22Merci.
01:05:23Merci.
01:05:24Merci.
01:05:24Merci.
01:05:25Magnifique.
01:05:26Avec plaisir.
01:05:27Merci beaucoup.
01:05:28Merci beaucoup.
01:05:39Sous-titrage Société Radio-Canada
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