00:01Tech & Co, la quotidienne sur BFM Business.
00:05Voilà le retour de Tech & Co, la quotidienne, ici même à Vivatech pour les 10 ans de ce grand
00:09salon dédié à l'innovation, ici à Paris, porte de Versailles.
00:15On va maintenant s'intéresser à une boîte incroyable qui s'appelle Sanofi, qui est l'un des plus grands
00:19groupes pharmaceutiques mondiaux,
00:21qui est français, spécialisé dans les médicaments, les vaccins, les traitements innovants,
00:25avec un enjeu aujourd'hui, embrasser toute cette innovation, toute cette technologie avec l'IA,
00:31qui va avoir forcément un impact, notamment sur la recherche, qui est le cœur de métier de Sanofi.
00:37Emmanuel Frenhard est avec nous. Bonsoir Emmanuel.
00:40Bonsoir.
00:41Merci d'être avec nous. Vous êtes vice-président exécutif et directeur digital chez Sanofi.
00:48Vous avez été chez Disney avant, tiens c'est amusant. Vous avez été dans le streaming aussi.
00:52C'est ça oui.
00:52Et voilà, maintenant vous êtes dans la santé avec un gros sujet.
00:57Je le disais, votre métier, c'est un métier passionnant et qui doit toucher à énormément de sujets, non ?
01:04J'en parlais il y a un instant. Quel est un peu votre profil chez Sanofi et qu'est-ce
01:10que vous faites au quotidien ?
01:11Alors, pour connecter mon passé avec mon présent, ça a toujours été l'améliorer le quotidien de la vie des
01:16gens.
01:16Que ce soit avec le divertissement ou maintenant, plus sérieusement avec la santé, c'est ça.
01:21C'est le fil conducteur. Un métier passionnant, une industrie passionnante. Un métier compliqué, parce que ça prend 10 à
01:2912 ans pour créer un nouveau médicament.
01:31Et il y a encore 90% d'échecs sur les médicaments.
01:34Et donc ça coûte des fortunes à chaque fois, bien sûr.
01:36Et ce n'est pas qu'une fortune, c'est qu'il y a des patients qui attendent avec un
01:39certain espoir et que l'échec touche plus que...
01:43Parfois, on douche ses espoirs, bien évidemment.
01:45Exactement. Il y a 20 000 maladies rares qui sont connues, qui n'ont pas de traitement.
01:50Oui. Et sans parler des maladies rares, il y a des maladies malheureusement qui sont très populaires et qu'on
01:53arrive mal ou pas à soigner, en fait.
01:57Exactement. Donc c'est là où je pense que la technologie, l'IA, peut aider. Elle peut aider par plusieurs
02:02canaux.
02:03Il y a un des canaux principaux pour nous, c'est trouver les bonnes cibles.
02:06Les cibles, c'est les gènes, les molécules du corps que l'on doit cibler, qui ont peut-être un
02:13dérèglement ou que l'on doit corriger, mais sans affecter le reste de la biologie.
02:17Parce que le corps humain est quand même une machine très complexe.
02:21Très chimique, avec des interactions dont on ne soupçonne pas l'existence.
02:24Exactement. Donc avec l'IA, on arrive à améliorer 20-30% la précision des cibles. Ça, c'est énorme.
02:34Et rapidement ou pas ?
02:35Oui, c'est assez rapide. On va avoir des jeux de cibles et c'est assez rapide.
02:39Ce qui est important dans notre industrie, c'est de pouvoir mettre de côté ce qui ne va pas fonctionner
02:43le plus tôt possible.
02:44Oui, pour passer à autre chose.
02:45Pour passer à autre chose. Et pour simuler le plus tôt possible ce que ça pourrait avoir.
02:50Donc on stimule sur les organes, on commence à vouloir simuler sur des jumeaux numériques.
02:54On en est encore assez loin du jumeau biologique.
02:57Mais c'est là où avec des entreprises comme Hawking, par exemple, une start-up française,
03:00on travaille sur des modèles pour vraiment affiner ce que ça pourrait être le résultat d'une molécule sur un
03:07humain.
03:08L'idée, c'est quoi ? C'est de tester virtuellement les effets d'une molécule sur un organisme virtuel.
03:17Donc un jumeau numérique, peut-être pas d'un organe, mais d'un ensemble de molécules ou de cellules pour
03:24voir ce qui se passe.
03:25Si ce n'est pas bon, hop, on passe à autre chose, on part dans une autre direction.
03:28Si c'est bon, on creuse.
03:30Exactement. Je pense qu'avec l'IA, on rentre dans un jeu où on peut avoir plus de volume.
03:35Avant de trouver une molécule pour une cible, ça prenait beaucoup de temps.
03:38Maintenant, on peut en trouver beaucoup plus, des centaines peut-être dans une journée.
03:41Mais un humain ne peut pas gérer sans permutation.
03:44Donc là, l'IA nous permet de faire des simulations de toxicité, d'efficacité, de stabilité,
03:50et ensuite de passer sur même simuler un essai clinique.
03:53Parce que la phase la plus chronophage de notre industrie, c'est la phase de l'essai clinique.
03:58Et donc on travaille avec une start-up qui s'appelle Quant Health,
04:01qui nous permet de simuler une phase 1, une phase 2, une phase 3 d'un essai clinique
04:05pour mieux l'affiner, pour avoir plus de certitude lorsqu'on va le faire, que ça va être un succès.
04:10L'idée, c'est de raccourcir les délais de recherche pour créer une molécule, un médicament ?
04:17Exactement. Alors j'ai donné l'ambition à mes équipes, et c'est peut-être un peu exagéré de dire,
04:23et si on pouvait diminuer de moitié le temps que ça prend ?
04:25Aujourd'hui, c'est vous disiez...
04:26C'est 10 à 12 ans.
04:28Et on a des exemples concrets sur notre stand, où on gagne un an,
04:33quelques mois sur des process spécifiques de cette découverte, de ces 12 à 12 ans.
04:37Donc quand on élimine un an, c'est pas rien.
04:40Mais Manuel, en plus, on n'en est qu'au début de cette histoire-là.
04:43C'est-à-dire que...
04:44On n'est qu'au début.
04:45En fait, les espoirs sont immenses.
04:47C'est très prometteur, et je pense que c'est prometteur, justement,
04:50parler des maladies rares, pour les patients qui ont vraiment peu d'opportunités dans les maladies rares.
04:55Parce que je pense que l'IA va nous permettre d'avoir beaucoup plus de jeux de molécules,
04:59les tester plus vite, les simuler plus vite,
05:01et se dire qu'il y en a qui, potentiellement, iront sur le marché grâce à des simulations.
05:05C'est peut-être pas tout de suite, mais à terme, sur des jumeaux numériques de patients.
05:10On a beaucoup parlé du vaccin anti-Covid, donc, en 2020,
05:14dont la recherche et l'aboutissement avaient été accélérés par la tech.
05:18Bien sûr.
05:18Est-ce qu'on a déjà, est-ce que vous avez déjà sorti des molécules
05:21qui ont été accélérées, justement, par vos travaux,
05:25et en tout cas, votre manière de rechercher, aujourd'hui, des molécules ?
05:27Alors, sur le marché, commercialement, aujourd'hui, on n'en a pas,
05:30mais il y en a qui sont dans le processus.
05:32Qui sont dans le pipe.
05:32Qui sont dans le pipe, exactement.
05:34Qui sont en train de passer par ces étapes,
05:35et on essaye de courir au plus vite possible pour les accélérer encore plus.
05:40Donc, on a des investissements dans le digital et dans l'IA,
05:45maintenant, précisément, pour accélérer ces molécules
05:48qui ont été accompagnées par de l'IA.
05:50J'aime bien dire qu'on a quand même des humains, des chercheurs,
05:53qui amènent leurs intuitions, leurs compréhensions scientifiques de la maladie,
05:58et l'IA leur permet d'accélérer et d'augmenter ce qu'ils sont capables de faire.
06:02Donc, l'idée, demain, grâce à l'IA, c'est de réduire le temps
06:07pour développer une molécule, une thérapie, en fait.
06:11C'est ça, l'idée.
06:13Et c'est quoi, aussi ?
06:15Est-ce qu'on pourrait éradiquer certaines maladies, à votre avis,
06:18grâce à l'accélération de l'IA ?
06:20Je pense que le vaccin est un exemple parfait de maladies
06:23qui sont éradiquées par la prévention.
06:27Je pense que, de plus en plus, il y aura des traitements qui vont corriger
06:30et qui ne vont pas juste être palliatifs, mais correcteurs,
06:33et donc potentiellement changer la trajectoire.
06:37On parle de la médecine génétique à cette vocation.
06:40Bien sûr.
06:40De corriger dans la permanence quelque chose.
06:43Donc, oui, l'IA va contribuer à tout ça.
06:45Et notamment dans les cancers, je crois qu'aujourd'hui, grâce à l'IA,
06:47on peut arriver à avoir une personnalisation d'un traitement
06:51qui sera bien, beaucoup plus efficace,
06:54qui serait un sniper, en fait, sur des tumeurs bien spécifiques,
06:57alors qu'avant, on avait un gros fusil, un peu, qui partait dans tous les sens
07:02et qui faisait du mal, en fait, à énormément de cellules qui n'avaient rien demandé.
07:05C'est un très bon point. L'oncologie est plus avancée encore, et c'est vrai.
07:10Et vous travaillez sur ce sujet ?
07:11On travaille sur l'oncologie, bien entendu.
07:13On travaille sur la médecine génétique, qui est là, doit être personnalisée,
07:16parce que je n'ai pas forcément envie de recevoir votre vaccin génétique,
07:20qui est dédié.
07:21Donc, oui, de plus en plus, on va avoir cette précision,
07:24cette médecine de précision, de spécialisation à l'individu.
07:27Alors là, on parle de l'aspect spectaculaire et du bénéfice
07:31que vous allez pouvoir nous apporter dans quelques années,
07:34qui, visiblement, va s'accélérer.
07:36Mais alors, pour les collaborateurs, en fait, de Sanofi,
07:39est-ce que l'IA infuse un peu partout ?
07:43Ou est-ce que vous ne voulez pas ?
07:44Non, au contraire.
07:45Les collaborateurs à Sanofi sont absolument exceptionnels.
07:48On a développé une IA en interne...
07:50Quand vous allez venir lundi au bureau, ils vont être contents.
07:53On a développé une IA en interne qu'on appelle Concierge,
07:56qui, comme son nom l'indique, est un concierge pour tous les collaborateurs.
08:00Il y a 75 000 personnes chez Sanofi,
08:02il y a 70 000 utilisateurs de Concierge.
08:04Donc, les collaborateurs, vraiment, de Sanofi,
08:07sont, pour moi, l'exemple même de gens qui s'approprient l'IA,
08:11qui essayent, qui n'ont pas cette crainte que ça peut faire,
08:15et qui, vraiment, nous forcent à innover encore plus.
08:19Concierge, c'est quoi ?
08:20Alors, Concierge, c'est un peu votre réponse à tout dans l'entreprise.
08:25Ça comprend les politiques de Sanofi,
08:26ça sait qui vous êtes dans Sanofi,
08:30où vous travaillez, quelle géographie,
08:32et de plus en plus, Concierge fait des activités.
08:35Ça répond à des problématiques informatiques,
08:37ça résout les tickets informatiques.
08:39On va commencer à faire toutes les commandes dans Concierge.
08:41Donc, c'est vraiment une IA.
08:43Comme son nom l'indique,
08:44le concierge que l'on a connu dans un hôtel,
08:46peut-être une fois dans notre vie,
08:48c'est la même chose,
08:48mais pour tout ce qui est l'environnement Sanofi.
08:50Et ça, vous avez fait appel à un LLM particulier ?
08:54Alors, on a plusieurs LLM derrière, bien entendu,
08:56parce qu'on ne va pas développer d'LLM.
08:58Et donc, là, si vous voulez,
09:00l'expérience utilisateur, elle est développée en interne,
09:03et derrière, on fait appel à Anthropik,
09:05plusieurs versions de Cloud,
09:06pour basculer sur des haïkus, sonnettes,
09:09et opus quand il faut.
09:10Mais oui, derrière, LLM.
09:11Mais surtout, tout ce qui est intéressant,
09:13c'est ce qu'on a mis autour de Concierge.
09:15C'est connecté à des systèmes de Sanofi.
09:18Ça comprend la hiérarchie de Sanofi.
09:20Ça comprend les rôles et responsabilités.
09:22Ça a un peu d'humour, également,
09:24parce qu'on est...
09:25Même si on travaille sur des sujets sérieux,
09:27on ne se rend pas très au sérieux.
09:28Et en tant que grand groupe pharmaceutique français,
09:30j'imagine que...
09:31Alors, vous l'avez évoqué un petit peu,
09:32mais la souveraineté est un sujet capital.
09:34L'idée, c'est de trouver un maximum
09:35de partenariats technologiques
09:37avec des entreprises françaises, c'est ça ?
09:39On le fait avec des entreprises de tout bon,
09:41du monde entier.
09:42Bien entendu, des entreprises françaises également.
09:44On veut appuyer l'écosystème français.
09:46On est fiers de notre écosystème français.
09:48On est fiers d'être une start-up de 53 ans,
09:50nous-mêmes.
09:51Donc, on se considère comme eux.
09:53Donc, des entreprises comme Hawking,
09:55Akemia, avec qui on travaille
09:58vraiment constamment,
09:59des entreprises qui sont des belles entreprises françaises
10:01dans la découverte de molécules.
10:03Est-ce que vous travaillez avec OVH Cloud ?
10:05Dites-moi oui, s'il vous plaît.
10:06Pardon ?
10:06Est-ce que vous travaillez avec OVH Cloud ?
10:08On ne travaille pas encore avec OVH Cloud.
10:09Bon, il va falloir que je vous présente Octave Clabat,
10:11qui est mon prochain invité,
10:13qui est quand même le patron emblématique
10:16de la tech française qui est avec nous.
10:18On est d'accord.
10:18Et peut-être que vous pourrez faire affaire.
10:20En tous les cas, merci beaucoup Emmanuel Frénard.
10:22Vous êtes vice-président exécutif
10:23et directeur digital de Sanofi.