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Les cours du vendredi par Olivier Joyard (critique aux Inrocks et Numéro, réalisateur de documentaires).

C’était en 2001. Il y a 25 ans. Adaptée de l’émission de téléréalité néerlandaise Big Brother, Loft Story arrivait en France, sur M6, et créait la sensation bien au-delà de la sphère télé.

Décriée pour son dispositif de surveillance assumé, critiquée pour le nivelage par le bas qu’elle semblait imposer, elle se résumait pour beaucoup à un programme voyeuriste pour masses stupides. Pourtant, Loft Story proposait à des candidat·es - acteur·ices un récit de soi qui échappait à la machine et jouait du faux et du vrai. L’émission pouvait être aussi regardée comme une expérience de la durée, avec sa diffusion 24/24 sur une chaîne dédiée.

Que dire aujourd’hui de ce flux hybride ? Comment le resituer dans l’histoire des images et notamment du cinéma ? Quelles ont été les suites de Loft Story, comme la série Culte, diffusée en 2024 ?

L’Art du mensonge
Démêlez le vrai du faux en 70 séances !
Du 29 avril au 5 juillet 2026.

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00:00:01...
00:00:08Bonsoir à toutes et tous.
00:00:10Merci beaucoup d'être là pour parler d'un objet un peu étrange,
00:00:14quand même, d'une expérience, d'une époque aussi,
00:00:17qui est à la fois complètement la nôtre, d'un certain point de vue,
00:00:22et radicalement étrangère à ce qu'on vit.
00:00:24C'est vraiment si loin, si proche.
00:00:26Il y a pile un quart de siècle, il n'y a pas de suspens,
00:00:29celui-là pour vous parler de Love Story, plutôt la première version,
00:00:33qui était l'adaptation de l'émission néerlandaise Big Brother,
00:00:35qui fait partie de ce qu'on appelle aujourd'hui la télé-réalité d'enfermement.
00:00:42Soit, là, dans ce cas-là, 11 personnes, célibataires, 5 filles et 6 garçons,
00:00:46me semble-t-il, qui vivaient ensemble dans une maison décorée par Ikea.
00:00:50C'est vraiment la vérité, ils avaient un contrat.
00:00:52Et jouaient à la vraie vie devant des caméras qui les filmaient sans discontinuer.
00:00:58Il y a eu une seconde saison, mais la première, c'est déjà beaucoup.
00:01:01L'émission a surgi, c'est vraiment le mot à mes yeux, sur M6, mais aussi sur le câble.
00:01:05On y reviendra.
00:01:06C'était le 26 avril 2001.
00:01:08Elle s'est terminée, la même date que se terminera le cycle vérité et mensonge,
00:01:11c'est-à-dire le 5 juillet de 2001.
00:01:14Elle a été la première émission vraiment populaire de télé-réalité dans notre pays.
00:01:19Un trimestre à peine, mais un trimestre qui donnait le sentiment d'une longue crise collective,
00:01:23à la fois excitée et outrée, d'un examen des polarités françaises, en général entre le haut et le bas,
00:01:29d'une projection généralisée d'intimité, qu'on a appelée aussi l'extimité,
00:01:35d'un tour de passe-passe entre vérité et mensonge, d'un changement assez net,
00:01:38mais aussi un peu confus dans notre rapport aux images,
00:01:41avec un mélange de cynisme et d'une certaine innocence qu'il fallait bien chercher.
00:01:47Pour ma part, j'ai aimé Love Story d'une certaine manière et dans certaines conditions que je vais essayer
00:01:52d'exposer
00:01:52et qui m'ont valu pas mal de haussement d'épaule, voire un peu plus,
00:01:56principalement de la part des personnes qui ne regardaient pas, mais pas seulement, il faut le reconnaître.
00:02:01En 2001, comme l'a dit Élise, j'étais dans la rédaction des Cahiers du Cinéma,
00:02:05où on a été plusieurs à défendre le Loft, même si ce n'était pas l'ensemble de la revue,
00:02:10mais j'y reviendrai.
00:02:10Et je l'espère moins pour jouer aux anciens combattants que pour essayer d'éclairer ce que l'émission a
00:02:14déclenché dans la cinéphilie,
00:02:16puisqu'on est quand même dans un lieu a priori de cinéma et c'est un peu de ça dont
00:02:19on va parler.
00:02:20Mais d'abord, on peut dézoomer un peu pour celles et ceux qui étaient trop jeunes
00:02:24ou qui ont réussi à se calfeutrer sans allumer la télé au printemps 2001.
00:02:27Je rappelle que le Loft a réuni à ce moment-là à peu près deux tiers des 15-25 ans
00:02:31devant leurs écrans,
00:02:33mais aussi la moitié de celles qu'on appelait alors les ménagères,
00:02:37à partir desquelles était fixé le prix de la publicité.
00:02:40L'émission a fait trois fois la une du Monde, deux fois celle de Libération
00:02:45et de bien d'autres journaux comme L'Express, Le Parisien, enfin il y en a plein.
00:02:50Télérama a titré « Tout ce que vous auriez voulu ne pas savoir sur Loft Story ».
00:02:55Comme s'il ne fallait pas vraiment y toucher, mais en parler quand même.
00:02:58C'était plus qu'un emballement minute, ça a vraiment duré plusieurs mois,
00:03:02pour remonter jusqu'à la classe politique qui s'est exprimée,
00:03:04en général pour ne pas rater le train du contemporain et de la jeunesse.
00:03:08Sauf que je dois dire que cette idée du phénomène, qu'on me parle d'un phénomène de foire,
00:03:13ce n'est pas forcément celle qui m'intéresse, j'y reviendrai, mais plutôt comme un ensemble de symptômes,
00:03:18parce que Loft Story se jouait ailleurs à mes yeux.
00:03:20L'émission a eu pour moi cette capacité à créer une étrangeté,
00:03:24c'est un des premiers mots que j'ai employés ce soir et c'est vraiment ce qui m'a
00:03:26frappé.
00:03:27J'y voyais un rapport à la durée, une façon de mêler des archétypes et de les détruire en même
00:03:32temps,
00:03:33une expérience de pop culture et de spectateurs qui dépassaient les frontières habituelles de la télévision,
00:03:39même de la fiction en général.
00:03:41C'est une période de toute façon assez créative pour le petit écran,
00:03:44notamment du côté des séries.
00:03:45En 2001, c'est en même temps que Loft, on a à l'antenne à la fois les Sopranos,
00:03:50Oz, à la Maison Blanche, 24 heures chrono, c'est le début d'Alias,
00:03:54et le tout début de Six Feet Under.
00:03:57L'arrivée de l'émission s'est donc faite dans un contexte où on ne regardait déjà plus le petit
00:04:00écran exactement du même oeil.
00:04:03Alors on ne se trouvait pas devant un objet d'art, au sens le plus évident du terme,
00:04:06puisque rien dans les intentions de production de Loft Story ou dans les conditions de sa réception
00:04:11n'était artistique, en tout cas a priori.
00:04:13En même temps, l'histoire des formes du XXe siècle de Marcel Duchamp à Warhol,
00:04:18qui peignait des boîtes de concert, qui filmait des hommes et femmes,
00:04:21qui proclamaient super stars,
00:04:24tout ça nous avait en quelque sorte préparé à regarder dans le banal,
00:04:27parfois dans le trivial, pour y déceler un moment artistique.
00:04:31C'est une question qui se pose à la marge et qui percute des principes,
00:04:35des valeurs et parfois une morale.
00:04:36Je me souviens d'un texte de Thierry Jousse,
00:04:39qui était paru juste avant la seconde saison du Loft en mars 2002,
00:04:42qui s'appelait « De la vie des marionnettes ».
00:04:44Donc une référence à un téléfilm, je précise, de Bergman,
00:04:47qui était tournée en Allemagne en 1980,
00:04:50et il écrit cette phrase qui exprime de façon un peu plus concise
00:04:53ce que je viens de dire.
00:04:54« Loft story n'est pas de l'art, mais il touche à des formes
00:04:57qui concernent directement l'art ».
00:04:58C'est une manière aussi de pointer ce que je considère
00:05:01comme une idée importante, c'est-à-dire le caractère hybride
00:05:03de Loft story, sa polysémie fondamentale,
00:05:06sa nouveauté également, qui pouvait ressembler à une espèce de fourre-tout.
00:05:10Jousse l'a résumé, je le cite à nouveau.
00:05:12« Qu'est-ce que le Loft, donc ? »
00:05:14« L'entreprise, la société, un porno, une installation,
00:05:19un parc d'attractions, une sitcom, un site internet,
00:05:23une surprise partie, il y en a encore cinq,
00:05:25un laboratoire de clonage, un camp d'entraînement,
00:05:28un club med, une agence de casting,
00:05:30un précipité en temps réel, un panel sociologique,
00:05:34une utopie perverse, une œuvre d'art conceptuelle,
00:05:37un film de campus. »
00:05:39C'est-à-dire « moi, vous, nous »,
00:05:41puisqu'ici, c'est le regardeur qui fait le tableau.
00:05:44Donc là, Jousse, il en revient évidemment à Duchamp
00:05:45et à sa fameuse phrase qui a été prononcée en 1965.
00:05:50Il a aussi expliqué dans un entretien en 1960,
00:05:53Duchamp, « L'œuvre d'art exige deux pôles,
00:05:56j'attache même plus d'importance au regardeur qu'à l'artiste. »
00:06:00On se conviendra que c'est assez pratique ici,
00:06:02même si dans Love Story, d'une certaine façon,
00:06:04il manque un côté, puisqu'il n'y a pas d'auteur.
00:06:06C'est une notion que j'aimerais évoquer un peu plus tard.
00:06:09Mais ce qui m'a traversé d'abord,
00:06:11c'est le sentiment assez fort que personne ne regardait
00:06:14Love Story du même endroit.
00:06:16Il y a un surgissement, la France secouée
00:06:18par un phénomène que tout le monde regarde,
00:06:20mais que personne ne regarde de la même façon.
00:06:22Comme si, face au mur d'images du Loft,
00:06:25se dressait un mur de regard complètement disparate.
00:06:28Je relate mon expérience,
00:06:30ce sentiment d'être saisi par le programme
00:06:32et de ne pas me sentir du tout proche
00:06:34de ce que j'appellerais une critique post-Guy Debord,
00:06:36des images, qui étaient représentées à l'époque,
00:06:38par exemple, par David Dufresne,
00:06:40qui a fait une chronique quotidienne sur le Loft,
00:06:43dans Libération, basée sur, je dirais,
00:06:45l'ironie et la distance morale.
00:06:47Plutôt moralisante que morale.
00:06:49Personnellement, si j'ai été pris par surprise,
00:06:51c'est que je n'avais jamais regardé plus de 5 minutes
00:06:53de perdu de vue,
00:06:54ou de ce qu'on appelait la trash TV,
00:06:56la télé poubelle.
00:06:57J'aimais le sport,
00:06:58comme un flux assez émouvant.
00:07:00J'avais vu que Serge Danais,
00:07:01le critique,
00:07:02écrivait sur le tennis à la télévision,
00:07:04mais pas plus.
00:07:05Et pourtant, j'ai regardé le Loft,
00:07:07presque envers et contre tout,
00:07:08dès le premier soir.
00:07:10Alors, je vais essayer de dire comment et pourquoi,
00:07:11mais aussi de dresser une sorte de bilan
00:07:14de cet objet qui serait probablement
00:07:15rentré dans les mythologies de Barthes.
00:07:18Le thème du cycle qui nous occupe là,
00:07:20ce soir, c'est l'art du mensonge,
00:07:21nous aiguille dans une direction
00:07:23qui occupe tout l'espace du Loft.
00:07:24La question des personnes et des personnages,
00:07:27celle de la dimension écrite,
00:07:28entre parenthèses,
00:07:29de ce qui se jouait à l'image
00:07:30contre les faits de vérité
00:07:31des situations quotidiennes.
00:07:33On voyait les candidats du jeu
00:07:34vaquer à leurs occupations
00:07:36sans qu'il ne se passe rien de particulier.
00:07:38Mais aussi, il y a l'argument publicitaire de M6
00:07:40qui parlait de fiction vraie.
00:07:43Aujourd'hui, revoir ou revoir Love Story,
00:07:46c'est aussi la replacer dans l'histoire des images,
00:07:48notamment venues du cinéma,
00:07:49et utiliser les outils qui s'offrent à nous,
00:07:52comme par exemple ceux du féminisme
00:07:53et notamment la critique du gaze.
00:07:56En général, on parle de...
00:07:57C'est une façon américaine ou anglaise
00:08:00de dire le regard.
00:08:01En général, on parle du male gaze,
00:08:03mais cette notion de gaze, en général,
00:08:07une autre façon de nommer le regard
00:08:08en lui conférant une force qui objectifie,
00:08:11c'est pertinent, je pense,
00:08:12de la déconstruire un peu
00:08:13pour évoquer le loft.
00:08:15On a souvent dit que le loft
00:08:16marquait une origine,
00:08:17comme c'était le point de départ
00:08:19de notre ère de l'exhibition de soi,
00:08:21les réseaux, etc.
00:08:26Et ce n'est pas faux,
00:08:27mais malgré soi,
00:08:28j'y vois moins un début qu'une fin.
00:08:29Parce qu'en fait,
00:08:30tout s'est transformé à partir de ce moment-là.
00:08:32On peut même parler de mutation,
00:08:33parce que maintenant,
00:08:34en ce qui concerne la télé-réalité,
00:08:36il y a des candidats et des candidates
00:08:37qui sont plutôt des professionnels.
00:08:39Et les influenceurs des réseaux
00:08:42revendiquent leur capacité d'agir.
00:08:45Ils et elles ne partagent plus vraiment
00:08:46le pouvoir avec d'autres.
00:08:47Laure, Kenza, Stevie et leurs camarades
00:08:49ont plutôt essuyé les plâtres.
00:08:52La télé-réalité,
00:08:53elle reste extrêmement produite
00:08:54et regardée à travers le monde.
00:08:55Et pourtant, le loft demeure une exception.
00:08:58Après cette émission,
00:08:59il se trouve que j'ai assez peu regardé
00:09:01la télé-réalité,
00:09:02sauf peut-être récemment
00:09:03la première saison de Frenchy Shore,
00:09:05qui a valu quand même une remarque
00:09:06de la ministre de la Culture, je crois,
00:09:08ou Drag Race,
00:09:09qui me semble avoir inventé
00:09:10une forme de spectacle assez saisissante.
00:09:13Mais cela dit,
00:09:14c'est plus si fort,
00:09:15à mes yeux en tout cas.
00:09:17Il reste finalement peu de traces du loft,
00:09:19même si le décès de Lohana Petrucciani,
00:09:22sur lequel je reviendrai en fin de conférence,
00:09:24a ravivé les feux médiatiques.
00:09:26J'ai cherché à revoir
00:09:29pas mal d'émissions quotidiennes,
00:09:30et ce n'est pas si simple, en fait.
00:09:31J'ai voulu aussi retrouver
00:09:33la version 24-24,
00:09:34c'est-à-dire qu'on pouvait regarder
00:09:35toute la nuit, toute la journée,
00:09:37si on voulait, le loft,
00:09:38en s'abonnant à TPS,
00:09:39et ça reste extrêmement peu visible.
00:09:42C'était peut-être irregardable,
00:09:43selon certains,
00:09:44mais c'est devenu invisible.
00:09:46Au fond, c'est presque une archéologie
00:09:47que je vous propose,
00:09:49qui pourrait commencer
00:09:50avec ce premier extrait
00:09:51qui est pris quasiment au hasard
00:09:53de ce que j'ai pu trouver,
00:09:54de la version 24 heures sur 24.
00:09:56Nous sommes vers le début du loft,
00:09:58ça doit être les derniers jours d'avril
00:10:00ou début mai 2001.
00:10:02Il est assez tard,
00:10:03disons qu'on en regarde
00:10:04environ 2-3 minutes.
00:10:07Connexion avec le loft ?
00:10:27Sous-titrage Société Radio-Canada
00:10:29Sous-titrage Société Radio-Canada
00:10:59Sous-titrage Société Radio-Canada
00:11:29Sous-titrage Société Radio-Canada
00:11:59Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:29Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:32Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:32Sous-titrage Société Radio-Canada
00:12:32Je propose peut-être qu'on laisse
00:12:33les images en fond
00:12:34pendant que je parle,
00:12:35si ça ne vous dérange pas.
00:12:37Parce que finalement,
00:12:38c'est assez fidèle
00:12:39à ce que le loft
00:12:39pouvait représenter
00:12:40comme expérience
00:12:41dans certaines dispositions.
00:12:43Et donc,
00:12:43je vous l'offre.
00:12:45On pouvait rentrer
00:12:46le soir chez soi
00:12:47et si on était abonné,
00:12:48allumer la télévision
00:12:49pour voir ça.
00:12:51Alors là,
00:12:51c'est une nuit assez calme
00:12:52qui ressemblait
00:12:53peut-être au nôtre.
00:12:55À d'autres moments, c'était beaucoup plus animé, collectif, festif.
00:12:59À l'époque, je vais partir sur un truc très différent, Seinfeld venait de se terminer, enfin en 98.
00:13:05Je parle de la sitcom américaine co-créée par Larry David et Jerry Seinfeld,
00:13:09et l'un des arguments pour mettre en avant cette série et son génie comique, y compris publicitaire d'ailleurs,
00:13:14c'était de dire « it's a show about nothing », c'est une série sur rien.
00:13:19Cette comédie aux confins de l'absurde surfait sur le rien comme une matière de base,
00:13:23et tout le monde était content. Il y avait évidemment une part de mauvaise foi,
00:13:26puisque même le rien comique demande du travail, beaucoup de travail même.
00:13:30Mais c'était ça le socle, le rien, c'est-à-dire une forme de quotidien.
00:13:34Il y a une scène vraiment géniale dans la quatrième saison où Jerry et George,
00:13:38qui sont deux des personnages principaux, vont essayer de vendre une série à NBC.
00:13:42En fait, la série dans laquelle leurs personnages sont déjà en train de jouer.
00:13:46Jerry fait du stand-up, George a envie d'écrire, ils ont cette idée fixe.
00:13:50Il ne doit absolument rien se passer dans cette série.
00:13:54Enfin, surtout George, qui est à fond sur la question, il dit « c'est comme la vie,
00:13:57vous mangez, vous allez faire du shopping, vous lisez, vous mangez, vous lisez, vous allez faire du shopping ».
00:14:01Et ça n'en finit pas, il continue comme ça.
00:14:03Le responsable de la chaîne lui demande « quelle est l'histoire ? »
00:14:07Et là, vraiment, il répond en hurlant « no stories ! »
00:14:10Pas d'histoire.
00:14:12« Mais alors pourquoi je regarderais ? » lui répond le type.
00:14:14Et George, imperturbable, parce que ça passe à la télé.
00:14:19On peut voir une démonstration de cynisme un peu méta,
00:14:21mais je trouve au contraire que ça aide à se laver un peu du type d'attente
00:14:24qu'on pourrait avoir par rapport à une expérience visuelle
00:14:26où la question du vide et comment il se remplit paraît importante.
00:14:30C'est très aléatoire la manière dont ce vide se remplissait devant Love Story.
00:14:34Sur l'extrait actuel, on peut se demander ce que Jean-Edouard a lu pendant toutes ces minutes.
00:14:44On peut penser à autre chose, on peut faire autre chose, la preuve.
00:14:47On peut occuper l'espace et le temps différemment.
00:14:50Et bientôt, il y aura un plan, vous allez voir, de caméras infrarouges dans le dortoir.
00:14:54Et ce sera encore plus aride que cette année maintenant.
00:14:58J'ai lu les commentaires sous la vidéo YouTube.
00:15:00L'un des internautes a quand même pris le temps d'écrire.
00:15:02C'est dommage, c'est 45 minutes de dodo.
00:15:06Et en effet, on ne peut pas le contredire.
00:15:09On peut voir que la logique déflationniste du loft, dans cette version-là,
00:15:13en tout cas celle du 24-24, partait sur des bases assez radicales.
00:15:17Dans mon rapport personnel aux images, j'ai tout de suite pensé à Andy Warhol,
00:15:23l'artiste et cinéaste qu'on associe au pop art.
00:15:25J'aurais pu évoquer son film Sleep de 1964,
00:15:28où il cadre le poète John Giornio dans son sommeil, pendant plusieurs heures,
00:15:35en répétant des boucles comme ça.
00:15:37Le film n'a pas de durée fixe et il dépendait de la vitesse de projection.
00:15:40Mais c'est presque trop travaillé.
00:15:43Les axes de vue changent pas mal et on peut déceler.
00:15:46D'ailleurs, c'est très beau.
00:15:47Une puissance picturale qui rappelle la peinture classique chez Warhol.
00:15:51Il y a aussi un autre film de Warhol, Empire,
00:15:54que là, c'est 8 heures sur l'Empire State Building,
00:15:57du coucher du soleil jusqu'à la nuit noire.
00:16:00Il était assisté par Jonas Mekas ce jour-là.
00:16:02C'est l'un des plus beaux plans fixes de l'histoire du cinéma,
00:16:05l'un des plus longs aussi.
00:16:06Je crois que c'est 8 heures.
00:16:08Mais je préfère utiliser une autre image de Warhol
00:16:13qui n'a pas été directement pensée par lui,
00:16:15comme s'il fallait préférer la copie à l'original
00:16:18pour rester Warholien.
00:16:20C'est un texte de Pierre-Yves Gé
00:16:21qui est paru dans la version numérique du Vanity Fair français.
00:16:25Je remercie d'ailleurs Audrey Fournier
00:16:27de l'avoir dégoté pour moi.
00:16:29Qui a attiré mon attention sur ce court-métrage.
00:16:32Le texte, lui, date de 2016.
00:16:35Il pose la question de savoir si Love Story a été, je cite,
00:16:37le dernier film de la nouvelle vague.
00:16:40Carrément.
00:16:41Je comprends que vous riez, effectivement.
00:16:43Mais pourquoi pas ?
00:16:44Parce que l'auteur parle de l'art du dialogue vain,
00:16:46en référence à Romer,
00:16:47de l'improvisation comme une base commune.
00:16:50Mais c'est une référence à l'ennui warholien
00:16:52qui m'a apparu la plus proche de ma façon de voir.
00:16:55Et je vais vous montrer
00:16:57un petit court film de 4 minutes et quelques
00:17:00qui s'appelle Le dîner de la star.
00:17:02Le titre original
00:17:04est plus fidèle à ce qui se passe réellement.
00:17:06C'est Andy Warhol eats a hamburger.
00:17:10Ça a été réalisé en 1982
00:17:11par le Norvégien Jürgen Lett
00:17:13qui a demandé à Warhol de s'asseoir face à lui
00:17:17pour manger.
00:17:19On va quitter le loft quelques instants.
00:17:21On y reviendra.
00:17:23On y reviendra.
00:17:26On y reviendra.
00:17:54C'est parti.
00:18:20C'est parti.
00:18:46C'est parti.
00:19:19C'est parti.
00:19:47C'est parti.
00:20:17C'est parti.
00:21:18C'est parti.
00:21:37C'est parti.
00:21:38C'est parti.
00:21:40C'est parti.
00:22:10C'est parti.
00:22:41C'est parti.
00:23:10C'est parti.
00:23:40C'est parti.
00:24:11C'est parti.
00:24:13C'est parti.
00:24:16C'est parti.
00:24:18C'est parti.
00:24:21C'est parti.
00:24:37C'est parti.
00:24:48C'est parti.
00:24:58C'est parti.
00:24:58C'est parti.
00:24:58C'est parti.
00:24:59C'est parti.
00:25:33C'est parti !
00:25:59C'est galère hein !
00:26:01C'est vrai que c'est beau un feu !
00:26:03C'est magnifique !
00:26:06Mon père dit que le feu, c'est la télévision du pauvre !
00:26:12Et à la campagne, quand la télé est cassée, il dit « Regarde-leur ! La télévision du pauvre !
00:26:16»
00:26:16C'est vrai, moi en hiver, je prépare le feu chez moi !
00:26:19Tu brasses des heures devant !
00:26:20Je reste comme ça, deux heures dans le...
00:26:21C'est clair !
00:26:21Ouais, c'est con, c'est la télévision du pauvre !
00:26:23T'imagines plein de choses et tout !
00:26:31C'est magnifique !
00:26:35C'est magnifique !
00:26:41C'est magnifique !
00:27:00C'est magnifique !
00:27:02C'est magnifique !
00:27:03C'est magnifique !
00:27:04Je crois que c'est encore la meilleure soirée que j'ai passée !
00:27:11C'est magnifique !
00:27:13patinine potable, ben c'est extraordinaire !
00:27:28C'était diffusé à 18h30 devant des millions de gens qui regardaient donc des espèces de happening un peu étranges
00:27:40comme ça, avec, je pense qu'on n'aurait pas pu écrire ça, c'est-à-dire une réflexion sur
00:27:45le feu de cheminée à 25 ans plus tard,
00:27:47le programme le plus regardé sur Netflix le soir de Noël, je crois en Angleterre, c'est le feu de
00:27:53cheminée, enfin le faux feu de cheminée que Netflix produit.
00:27:56Donc les Lofters étaient des spectateurs de télévision, ça c'est quand même une grande évidence, qu'ils savaient parfois
00:28:02ce qu'ils faisaient, y compris en se baignant, en écoutant une chanson d'Henri Salvador, pour celles et ceux
00:28:06qui l'ont reconnu.
00:28:08Il y a eu à mes yeux, de façon assez évidente, un jeu de pouvoir pas si inégalitaire qui s
00:28:13'est mis en place, avec des candidats qui ont appris assez vite à habiter leur personnage,
00:28:17à ne pas rester dupes de la situation. Pour celles et ceux qui ont remarqué, au bout de quelques minutes
00:28:21de la vidéo tout à l'heure,
00:28:23Jean-Edouard fait un petit pas en arrière en passant devant une caméra pour qu'elle recule, il recule et
00:28:28elle recule, comme pour lui signifier,
00:28:29« Ok, tu me regardes, mais c'est aussi moi qui te dirige, je joue et je te regarde ».
00:28:34Les Lofters et les Lofteuses ont participé à leur façon à l'écriture de la série Loft,
00:28:38sans être payés, ce qui est quand même, enfin pas vraiment, défrayé je crois, ce qui est un vrai problème
00:28:43et qui a été rectifié ensuite d'ailleurs dans la télé-réalité.
00:28:47Ils ont mis en scène leur corps, leurs paroles, avec une agilité qui pouvait, d'une certaine façon, résister à
00:28:53ce qu'on pouvait dire et faire de, du jeu et du jeu, et inversement.
00:28:58Donc les considérer comme des cobayes, des bêtes de foire, pour moi c'était non seulement une forme de mépris,
00:29:03et souvent de mépris social,
00:29:05aujourd'hui on dirait mépris de classe, mais ça me semblait aussi une erreur. Ce qui se jouait était quand
00:29:11même plus dynamique, plus étonnant.
00:29:12On a reproché aux Lofters à la fois leur narcissisme, qui était réel, qui en cela annonçait le monde actuel,
00:29:19mais aussi d'être manipulés,
00:29:20ce qui était pour le moins contradictoire. Il et elle ont induit comme une faille dans la représentation un dérangement.
00:29:27Il y a une belle interview du regretté cinéaste Laurent Achard, qui est mort en 2024, qui est auteur notamment
00:29:34de « Plus qu'hier, moins que demain »
00:29:36et de quelques fleurons du cinéma le plus libre qu'on ait vu en France ces dernières décennies.
00:29:41Il était interrogé par Philippe Azouri dans Libération en 2002, et donc il lui demande comment il a regardé Le
00:29:46Loft.
00:29:46Et il répond « J'ai regardé quotidiennement, à 18h à la télé, comme un feuilleton, pour pouvoir décrypter ce
00:29:53qu'Andemol et M6 avaient prélevé, monté. »
00:29:56Comme on dit des gens, qu'on les monte les uns contre les autres.
00:30:00Quand sociologues et philosophes s'indignaient sur ces innocents rats de laboratoire, j'avais envie de leur dire que ce
00:30:04n'était pas si grave que ça.
00:30:06Ces gosses savaient très bien gérer la caméra, ils se jouaient du regard caméra et du hors-champ,
00:30:11écrivaient avec l'objectif leurs propres scénarios, les alliances et les renversements.
00:30:16Et un peu plus loin, il ajoute « J'ai jamais cru à la thèse du Loft, c'est écrit,
00:30:21c'est des acteurs, plus que des acteurs, ils étaient pour moi des stars.
00:30:25Certains avaient l'étoffe naturelle des grands second rôles du cinéma, populaire, d'autres étaient des vedettes de séries télé,
00:30:31et puis il y avait Loana, qui elle, est une star de cinéma.
00:30:36On reviendra sur Loana.
00:30:38Ce qui me frappe ici, c'est l'idée d'une émancipation possible, fragile mais possible, qui n'a pas
00:30:42du tout, mais vraiment du tout, été perçue, ou envisagée même.
00:30:46Les premiers à nier aux habitants du Loft leur statut de sujet étaient celles et ceux qui parlaient d'exploitation
00:30:51et ne voulaient voir en elles et en eux que des victimes.
00:30:55Toute possibilité d'émancipation a été effacée, notamment dans la réception critique de Loft Story, à laquelle Laurent Achard fait
00:31:01allusion,
00:31:01et qui a envahi toutes les strates de la société, avec une violence qu'on imagine assez bien aujourd'hui,
00:31:05puisque heureusement il n'y avait pas assez de news à l'époque, mais en gros la culture du clash
00:31:09est devenue la norme, et ça a été quand même assez fou.
00:31:13Évidemment c'était le droit le plus strict des commentateurs que de commenter et de ne pas aimer Loft Story.
00:31:19Il y a un article scientifique assez pince sans rire du sociologue Gabriel Segret, paru en 2009, qui a recensé
00:31:26les réactions à la diffusion.
00:31:27Il a aussi ensuite écrit un livre qui s'appelle Loft Story ou la télévision de la honte, la télé
00:31:32-réalité exposée au rejet.
00:31:35Il explique que la brutalité des dénonciations de Loft Story était au fond une manière d'exprimer l'idée d
00:31:40'un monde en perdition, une vraie angoisse de début du siècle.
00:31:44Il relève que les accusations d'exhibitionnisme envers les candidats se doublaient d'une accusation de censure contre la chaîne.
00:31:50Soit on en montrait trop, soit on en montrait pas assez.
00:31:53On accusait aussi les Lofteurs d'être des acteurs et des actrices, mais on reprochait à la production de les
00:31:58manipuler parce qu'ils et elles étaient des personnes réelles.
00:32:02Je cite encore Gabriel Segret, moi je le cite d'ailleurs pour la première fois, il explique
00:32:06« Le discours va s'orienter dans le registre médical, relations pathologiques et perverses entre téléspectateurs et candidats, éthique, morale
00:32:15sexuelle, éthique corporelle transgressée, et civique, droit à l'intimité bafoué. »
00:32:21Logiquement, il poursuit, le monde de la médecine, de la psychanalyse, de la philosophie et le monde religieux se mobiliseront
00:32:27contre les missions et puiseront largement dans ces registres de condamnation.
00:32:31Ce gré relève qu'on va assez vite parler d'interdit, de fantasme, de jeu du cirque, de sadisme, de
00:32:38masochisme, et que sur le sujet, l'humanité et le Figaro parleront à l'unisson.
00:32:44Jean Baudrillard, dans une tribune publiée par Libé, utilise les mots « nullité », « insignifiance », « platitude ».
00:32:52Il évoque, en développant quand même un peu plus que ça, je cite « une banalité de synthèse fabriquée en
00:32:58circuit fermé et sous écran de contrôle.
00:33:00En cela, dit-il, le microcosme artificiel du Loft est semblable à Disneyland, qui donne l'illusion d'un monde
00:33:07réel, d'un monde extérieur, alors que les deux sont exactement à l'image l'un de l'autre.
00:33:12Tous les États-Unis sont Disneyland, et nous sommes tous dans le Loft. »
00:33:17D'une certaine manière, pour celles et ceux qui la rejettent, Loft Story incarne la victoire du « ça »,
00:33:22des pulsions sans filtre.
00:33:24On parle de fascisme rampant, et les références au nazisme et au camp de concentration ne sont pas rares.
00:33:30Dans « Le monde » du 19 mai 2001, le philosophe Jean-Jacques Delfour condamne, je cite,
00:33:35« l'immonde totalitarisme que véhicule ce Drancy télévisé, satellisé et internétisé, imaginé par un Goebbels cathodique. »
00:33:45Dans un article de Marianne, il est question d'une colossale tournante par laquelle M6 excite notre jeunesse.
00:33:52Et enfin, David Dufresne compare dans « Libération du 10 mai 2001 » les éliminations dans le Loft avec les
00:33:57licenciements,
00:33:58les licenciements, pardon, qui ont lieu au même moment dans les multinationales Danone et Marks & Spencer.
00:34:03Voilà un extrait de sa chronique.
00:34:05« Mardi soir, les filles ont fait leur proposition au téléspectateur à présent de voter pour savoir qui d'Aziz
00:34:10ou de Jean-Edouard doit être expulsé. »
00:34:13Ce soir, l'un des deux partira avec sa valise, en direct sur M6.
00:34:16En attendant, ils tournent en rond, peste, vannes et caméramans cherchent à comprendre.
00:34:21C'est le jeu dans le jeu, l'autodestruction du groupe.
00:34:25Juste ici, c'était qui aime qui, maintenant c'est qui n'aime pas qui.
00:34:29Précarité, quand tu nous tiens.
00:34:31Chez Danone ou Marks & Spencer, on dégraisse pour engraisser les actionnaires.
00:34:36Dans Loft Story, c'est plus subtil, ce sont les employés qui s'auto-licencient pour gonfler l'audimat et
00:34:41le portefeuille de M6.
00:34:42La Réal TV, une nouvelle manière d'organiser les plans sociaux.
00:34:48On parlerait sans doute aujourd'hui de panique morale, en observant cette manière d'arriver la plupart des mots d
00:34:54'une société,
00:34:55souvent bien réelle, à un objet spécifique qui devient le réceptacle idéal.
00:34:59Alors évidemment, il y a des questions soulevées dans tous ces arguments et en même temps une manière de ne
00:35:03pas voir,
00:35:04de ne pas regarder en fait, pour certains en tout cas, comme une question de principe.
00:35:09Moi je l'ai vécu de près, donc comme le disait Élise Tessarek tout à l'heure,
00:35:16une partie de la rédaction dont je faisais partie a placé Loft Story dans sa liste des 10 meilleurs films
00:35:19de 2001.
00:35:20C'était dans le numéro 564 pour les personnes qui veulent aller voir les archives qu'ils ont mis sur
00:35:26le site d'ailleurs depuis l'année dernière.
00:35:27Alors le résumé n'est pas tout à fait juste de dire qu'il était dans les 10 meilleurs films,
00:35:31puisque l'émission a été placée en appendice de la liste, pardon, de cette année-là, comme un bonus en
00:35:36fait, en quelque sorte,
00:35:37dont on ne savait pas trop quoi faire.
00:35:39Les auteurs, et pas beaucoup les autrices, étaient encore là, dans la vraie liste.
00:35:42Milo Landrave était le film de l'année, on trouvait aussi Manuel de Oliveira,
00:35:47Diaz-en-Que, Millennium Mambo de Houssia Hossien, et donc le Loft, en post-cryptum,
00:35:52qui a été cité individuellement par 5 rédacteurs et rédactrices,
00:35:56dont la personne qui était assise à cette place d'ailleurs la semaine dernière, Hélène Frappa,
00:36:015 sur 16, donc ce n'est pas non plus la majorité, mais avec beaucoup de conviction.
00:36:06Et ce n'était pas vraiment une surprise, parce que Erwann Higinen et moi avions écrit un texte,
00:36:12intitulé Pour Love Story, dans le numéro de juin 2001, donc là vraiment quasiment en direct,
00:36:16pendant la diffusion, et ce choix symbolique dans l'un des temples de la cinéphilie,
00:36:21qui a défendu et incarné la nouvelle vague, je le rappelle, mais qui a aussi connu sa période Mao,
00:36:25dans les années 70, a valu à la rédaction des courriers de protestation,
00:36:30une micro-tempête médiatique, à laquelle j'avais dû répondre avec Jean-Marc Lalanne,
00:36:34qui était alors co-rédacteur en chef de la revue.
00:36:37Dans un court texte, on expliquait notamment la chose suivante,
00:36:41avant de placer Love Story dans notre liste, nous avions déjà analysé en quoi l'émission
00:36:45produisait des télescopages passionnants, à la croisée du film narratif et de la pure image temps,
00:36:51de la comédie sentimentale et des vagabondages du cinéma moderne.
00:36:55Le Loft avait suscité une importante glose sociologique,
00:36:58quand ce n'était pas décrit d'orfraie, et il nous avait paru important d'en resituer les enjeux vers
00:37:03le cinéma,
00:37:04de le considérer comme une proposition esthétique, même à son corps défendant.
00:37:09Alors bon, 25 ans plus tard, je pense que distribuer les bons et les mauvais points,
00:37:13c'est probablement hors sujet, mais à l'époque, c'était chaud.
00:37:16C'est-à-dire que j'en terminerai avec cette histoire de la réception du Loft,
00:37:20avec un micro-secret qui est issu d'un comité de réaction des Cahiers.
00:37:24Il y a eu beaucoup de discussions houleuses, comme dans toutes les rédactions d'ailleurs,
00:37:27et notamment sur le désir de certains critiques dont je faisais partie de ne pas parler que des films,
00:37:32pour s'intéresser à la téléréalité, parfois à la pornographie, mais aussi aux séries.
00:37:37C'était peut-être même le plus violent à l'époque, il fallait être anti-Loft et anti-Friends,
00:37:42jusqu'à ce que quelques cinéphiles voient les Sopranos et là, retournent leur veste.
00:37:46Mais c'est une autre histoire.
00:37:48Lors d'un comité de réaction, donc, une figure historique a fini par lâcher,
00:37:51comme pour clore le débat,
00:37:53« Bon, écoutez, Loana, c'est moins pire que Mao. »
00:37:57Ce qui était intéressant à mes yeux et que je revendique toujours,
00:38:00c'est qu'un certain rapport au cinéma peut aider à avancer dans la jungle des images.
00:38:05Ce qui était clair pour moi et qu'il est toujours,
00:38:07c'est qu'on pouvait être un spectateur ou une spectatrice de Romer ou d'Ackerman
00:38:10et s'en souvenir en voyant le Loft.
00:38:13Non pas pour construire une équivalence,
00:38:14mais pour réfléchir à ce que produisent ces images,
00:38:17avec une émotion très frontale.
00:38:19Dans cet entretien à Libé dont je parlais,
00:38:21qui est un peu vraiment assez beau,
00:38:23Laurent Hachat parle de ça,
00:38:25notamment à propos du flux 24-24.
00:38:27Il dit « Les après-midi d'ennuis devaient être très beaux,
00:38:30avec ces plans fixes et cette durée à la Ackerman,
00:38:33Kimi et Loana bronzant, inertes,
00:38:35se levant pour aller chercher un verre,
00:38:38laissant le champ vide,
00:38:39la caméra bloquée sur un transat abandonné. »
00:38:43Alors, là, c'est moi qui reprends la parole.
00:38:44Personne ne dira que Loana égale Jeanne Dillman,
00:38:47on comprend que Jeanne Dillman,
00:38:49lavant la vaisselle ou épluchant les pommes de terre,
00:38:51elle le faisait sous les yeux d'une grande artiste.
00:38:53Mais on peut aussi regretter
00:38:55qu'aucun pas de deux n'ait été possible.
00:38:57Ackerman a filmé Jeanne Dillman
00:38:59en souvenir des femmes de sa famille.
00:39:01Et moi, j'aurais voulu croire que Loana était de sa famille.
00:39:04Je sais que ce n'est pas vrai,
00:39:05mais j'aurais voulu y croire.
00:39:08Dans un entretien qui a été donné
00:39:09à Marie-Claude Treilloux,
00:39:11qui est une magnifique cinéaste,
00:39:13Ackerman a exprimé une idée assez forte.
00:39:16Elle dit « Je voulais prendre des images »
00:39:18Alors, elle parle de Jeanne Dillman, mais pas que.
00:39:20« Je voulais prendre des images
00:39:21qui, dans le cinéma en général,
00:39:23font partie des ellipses,
00:39:24qui sont les images les plus dévalorisées.
00:39:27Car il y a une hiérarchie dans les images.
00:39:29Par exemple, un accident de voiture
00:39:30ou un baiser en gros plan,
00:39:31c'est plus élevé dans la hiérarchie
00:39:33que faire la vaisselle.
00:39:34Faire la vaisselle, c'est le plus bas,
00:39:36surtout de dos.
00:39:38Je travaille dans les images
00:39:39qui sont entre les images.
00:39:42Entre le loft et les images de cinéma,
00:39:44c'est plus une circulation
00:39:45qu'une filiation, finalement,
00:39:47qui s'est jouée.
00:39:49Et Love Story a pu aider à penser.
00:39:52Justine Triet, dans les cahiers,
00:39:54encore une fois,
00:39:55mais moi, je n'y étais plus
00:39:55depuis assez longtemps,
00:39:56en 2013, après la révélation
00:39:58de son premier long-métrage,
00:39:59La bataille de Solferino,
00:40:01était interrogée par Florence Maillard
00:40:02et Stéphane Delorme.
00:40:03Et elle parle du loft,
00:40:04sans que personne ne lui demande rien.
00:40:06Elle dit « Il y a quelques années,
00:40:08j'étais obsédé par l'idée de justesse.
00:40:10Quand Love Story est arrivé,
00:40:12on était tous en train de se dire
00:40:13« Les gens sont justes
00:40:14comme on ne l'a jamais vu. »
00:40:16Maintenant, on est tellement habitués
00:40:18qu'on ne peut plus se limiter à ça.
00:40:19Je reviens beaucoup vers l'écriture,
00:40:20il faut des choses plus étonnantes.
00:40:22Cette chose, en plus,
00:40:23je l'ai trouvée dans la rupture de ton.
00:40:26Donc, on voit bien,
00:40:27dans ce que dit Justine Triet,
00:40:28que la question n'était pas forcément
00:40:29de faire allégeance au loft,
00:40:31mais d'y trouver une matière neuve,
00:40:32quitte à pouvoir la remettre en question.
00:40:34Et ça faisait partie, donc,
00:40:35pour une jeune cinéaste française
00:40:37des années 2010
00:40:38et future palme d'or,
00:40:40d'un corpus référentiel.
00:40:41Ce que Triet, dans cet entretien,
00:40:43elle parle aussi de Weizmann,
00:40:44de Piala, de Cassavetes.
00:40:46Et cette idée de justesse
00:40:48dont elle parle,
00:40:49elle est assez frappante
00:40:49quand il s'agit de parler du loft.
00:40:52Et au fond,
00:40:52Love Story ressemble,
00:40:53comme l'a écrit Jean-Sébastien Chauvin,
00:40:56au subtil alliage du naturalisme
00:40:57et du théâtre,
00:40:58de l'unique et du pluriel.
00:41:00Le tout, je rajouterais,
00:41:02sous une forme impure,
00:41:03triviale et sans attache.
00:41:05Et ça, c'était difficile de le voir.
00:41:07Et ce qu'on va voir maintenant,
00:41:08pourrait aussi peut-être
00:41:09nous aider là-dedans.
00:41:10Je vous propose de regarder
00:41:11un extrait de Ten,
00:41:13le film d'Abbas Kiarostami.
00:41:41Sous-titrage Société Radio-Canada
00:49:13pas sur le loft, malheureusement, mais sur sa recherche
00:49:16d'antennes. Celui qui était
00:49:17considéré comme l'un des plus grands auteurs,
00:49:19au sens historique de la politique des auteurs,
00:49:22exprimait un seul désir,
00:49:24tomber de son piédestal, essayer
00:49:25de filmer autrement. Depuis
00:49:27quelques années, il avait commencé à travailler avec des caméras
00:49:29numériques, notamment dans la partie
00:49:31finale du Goût de la cerise.
00:49:33Dans les entretiens autour de Thaine, il a été assez clair
00:49:35sur son ambition.
00:49:37Il dit que ce film a été créé sans être fabriqué,
00:49:40à proprement parler,
00:49:41sans pour autant être un documentaire.
00:49:43ni documentaire, ni cinéma de pure
00:49:45fabrication, ou bien un mi-chemin
00:49:47de l'un de l'autre.
00:49:49La scène survient, et je remarque
00:49:51qu'elle me convient.
00:49:53Et il poursuit, d'une manière assez décisive
00:49:55pour moi, la disparition
00:49:58de la mise en scène. Voilà de quoi il s'agit.
00:50:00L'abandon de tous les éléments
00:50:01indispensables au cinéma courant,
00:50:03et je dis avec beaucoup de prudence que la mise
00:50:05en scène, au sens courant, peut
00:50:07disparaître durant ce genre de processus.
00:50:10Le metteur en scène, dans ce film,
00:50:11ressemble plutôt à un entraîneur de football,
00:50:13« Il doit faire l'essentiel de son travail avant
00:50:15le commencement de la prise de vue. »
00:50:17« On ne peut pas se promettre de refaire un film pareil. »
00:50:20« C'est comme chanceler dans ses convictions
00:50:22et ses idées bien établies. »
00:50:26Alors, le dispositif du loft, lui,
00:50:27était vraiment un dispositif sans auteur.
00:50:30Et on voit bien que la disparition de la mise en scène
00:50:32n'est pas la disparition de l'auteur.
00:50:34Parce que, d'une certaine manière, on a pu voir...
00:50:36Alors, la disparition de l'auteur, ça a traversé
00:50:38la littérature depuis Malhermé, quand même.
00:50:40Ça a été repris par Barthes, ensuite,
00:50:42et même par Foucault.
00:50:44Mais quand même, d'une certaine manière,
00:50:45on a pu voir d'antenne tout ce qu'on y a vu,
00:50:47précisément, précisément parce que
00:50:50le film est signé à base Kiarostami.
00:50:52C'est l'existence même de l'auteur,
00:50:53quasi omniscient, qui rend possible
00:50:55la disparition de la mise en scène.
00:50:58Alors, dans Love Story, ce socle-là,
00:50:59il n'existe pas.
00:51:01On aurait été curieux de voir un Love Story
00:51:02drivé par Kiarostami, mais ça n'est pas arrivé.
00:51:05Par contre, l'idée de la mise en scène d'antenne
00:51:07est concentrée dans un dispositif
00:51:09très minimal, comme je le disais,
00:51:11et c'est très marquant de voir que
00:51:12toute possibilité de virtuosité est réduite à néant.
00:51:15Il y a une radicalité qui est cette fois
00:51:17assez proche de ce qu'on a perçu dans le Loft,
00:51:19une manière d'enregistrer une sorte de flux
00:51:21à la fois naturaliste et théâtralisé,
00:51:23au suspense permanent sur la suite,
00:51:26mais sans effet de suspense classique.
00:51:28Aucun twist de récit,
00:51:29avec des personnages autogérés.
00:51:32C'est ce basculement permanent
00:51:33entre un effet de vérité et un effet de mensonge
00:51:35qui a aussi constitué la matière première du Loft.
00:51:37On se demandait tout le temps
00:51:39ce qui était scénarisé, entre guillemets,
00:51:41ce que la production avait organisé,
00:51:43sans compter l'art du déguisement
00:51:45assez permanent dans la villa.
00:51:47Kiarostami, lui, ne nie jamais
00:51:49l'intention artistique du cinéma.
00:51:51Il ne refuse pas d'aller à Cannes, par exemple,
00:51:53qui est bien différente, évidemment,
00:51:55de l'intention du Loft.
00:51:57Mais il réfléchit à sa propre place.
00:51:59Sur ce film, Ten,
00:52:01il a voulu passer le relais
00:52:03aux personnages,
00:52:04aux comédiens,
00:52:05mais aussi à nous.
00:52:07Il explique dans un documentaire
00:52:08Ten on Ten,
00:52:09où il reprend un peu le dispositif,
00:52:10il parle dans une voiture,
00:52:11devant une caméra, comme ça.
00:52:13Ici, le réalisateur est dans la position
00:52:15d'un spectateur
00:52:18qui prend du plaisir
00:52:19à regarder des gens jouer.
00:52:21Il n'est pas là pour juger,
00:52:22évaluer, critiquer,
00:52:23ou pour dire ce mot horrible coupé.
00:52:26À un moment,
00:52:27le spectateur a la tâche
00:52:28de terminer le travail.
00:52:30Il est incité à réfléchir
00:52:31sur lui-même
00:52:32et sur le monde alentour.
00:52:34Alors, il y a une personne
00:52:35qui a réussi à produire une pensée
00:52:36en faisant la jonction
00:52:37entre Ten et Love Story.
00:52:39C'est Patrice Blouin,
00:52:40qui est un ancien
00:52:41des cahiers du cinéma
00:52:42et qui aujourd'hui chemine
00:52:43plutôt du côté
00:52:44de l'écriture d'essais
00:52:45et de poésie.
00:52:46Il a publié en 2017
00:52:48un livre que je conseille
00:52:49à tous et à toutes
00:52:50qui s'appelle
00:52:50les champs de l'audiovisuel
00:52:52dans lequel il parle
00:52:53de télévision,
00:52:54de cinéma et d'image
00:52:55en essayant de reformuler
00:52:57les hiérarchies
00:52:58et même de revoir
00:52:59les définitions.
00:53:00Sous sa plume,
00:53:00le cinéma n'est plus isolé
00:53:02mais il s'étend
00:53:02dans plusieurs champs,
00:53:04la télévision aussi,
00:53:05parfois ça se croise,
00:53:06il y a des critères.
00:53:07Concernant le loft et Ten,
00:53:09il les réunit
00:53:10dans ce qu'il appelle
00:53:10le champ de l'optique.
00:53:12Alors, il part de l'idée
00:53:13que dans le cinéma moderne,
00:53:15souvent magnifique,
00:53:16à partir de Rossellini,
00:53:17disons,
00:53:17la maîtrise du metteur
00:53:19en scène est quasiment
00:53:20conçue pour accueillir
00:53:21les accidents.
00:53:22Les accidents créent
00:53:23de la beauté,
00:53:24on parle d'épiphanie
00:53:25rossellinienne
00:53:26quand de l'imprévu
00:53:27surgit dans un cadre
00:53:28qui a été créé
00:53:29par un artiste.
00:53:30Or, dans un dispositif
00:53:32de surveillance,
00:53:33que ce soit d'Antenne
00:53:33ou dans Love Story,
00:53:34la maîtrise du metteur
00:53:36en scène,
00:53:36elle n'existe pas.
00:53:38Il n'y a plus
00:53:38d'accident de la maîtrise
00:53:39mais une maîtrise
00:53:41qui peut arriver
00:53:41de façon accidentelle.
00:53:43Le cadre est juste
00:53:44et beau
00:53:45de façon aléatoire
00:53:46selon ce qui va se passer,
00:53:48tout est renversé.
00:53:49Là, je cite
00:53:51Patrice Blouin
00:53:52dans son livre,
00:53:52« Au travers de Love Story
00:53:54et de TEN,
00:53:55un même espace
00:53:56de représentation apparaît
00:53:57et cet espace
00:53:58se configure
00:53:59à partir d'une absence
00:54:00de regard
00:54:01dans le miroir indifférent
00:54:02de caméras automatisées.
00:54:05Blouin en vient
00:54:06à définir le champ
00:54:07de l'optique
00:54:07avec trois éléments,
00:54:09justesse fortuite
00:54:10du cadre,
00:54:11ce qu'il appelle
00:54:12la maîtrise accidentelle,
00:54:15caractère impersonnel
00:54:16de l'œuvre
00:54:16et réception orpheline.
00:54:19C'est-à-dire
00:54:19qu'il n'y a personne
00:54:20pour nous guider
00:54:21et personne pour organiser
00:54:22les personnages
00:54:23à travers la caméra.
00:54:25Et il poursuit.
00:54:26Ce principe d'indifférence
00:54:27n'exclut pas pour autant
00:54:28la responsabilité morale
00:54:29du réalisateur,
00:54:31mais il la redistribue
00:54:32à part égale
00:54:33avec le spectateur,
00:54:35puisque l'un et l'autre
00:54:35entretiennent alors
00:54:36un rapport similaire
00:54:37à l'image montrée.
00:54:40En gros,
00:54:40et là,
00:54:41c'est moi qui ajoute,
00:54:42il fallait bosser
00:54:42devant Love Story
00:54:44et se dire
00:54:45que la surveillance
00:54:46valait peut-être mieux
00:54:47que certaines mises en scène.
00:54:49Devant Love Story,
00:54:50on pouvait essayer
00:54:50de se construire
00:54:51en sujet spectateur,
00:54:53opérer une forme
00:54:54de réappropriation
00:54:56des images
00:54:56qui étaient complètement
00:54:58étrangères
00:54:58au projet de M6.
00:55:00On pouvait aussi
00:55:00vider la surveillance
00:55:01de sa fonction policière.
00:55:03J'y voyais la possibilité,
00:55:05fragile,
00:55:06mais bien présente,
00:55:07d'un regard
00:55:07qui était débarrassé
00:55:08de beaucoup de parasites
00:55:09liés au cinéma
00:55:10ou à la télévision.
00:55:11Parce que ce qu'il fallait
00:55:12travailler,
00:55:13c'était bien
00:55:13notre regard,
00:55:15dépasser le mépris
00:55:16de classe par exemple,
00:55:17comprendre le montage
00:55:18de M6,
00:55:19le montage de la société
00:55:21aussi sur les images
00:55:22qu'on voyait,
00:55:22pour se fabriquer
00:55:23un autre montage,
00:55:24inventer ce qu'on appellerait
00:55:26aujourd'hui
00:55:26un regard situé.
00:55:28On dirait aussi
00:55:29aujourd'hui
00:55:29poser la question
00:55:30du gaze,
00:55:31ce dont je parlais
00:55:32au début de la conférence.
00:55:34Donc on parle quand même
00:55:35beaucoup dans le cadre
00:55:35de la critique contemporaine
00:55:37des images
00:55:37et notamment du cinéma
00:55:38du male gaze
00:55:39qu'on peut définir
00:55:40comme le regard masculin
00:55:41dominant
00:55:41qui objectifie
00:55:42les corps
00:55:42et les personnages féminins.
00:55:44Laura Mulvey
00:55:45qui a inventé
00:55:46le concept
00:55:46en 1975
00:55:47parlait de l'inconscient
00:55:49du patriarcat
00:55:49qui serait comme ça
00:55:50projeté
00:55:51sans filtre
00:55:52dans les images.
00:55:54S'il y a bien
00:55:54une figure
00:55:55qui a posé
00:55:55la question
00:55:56du gaze,
00:55:57c'est évidemment
00:55:58Loana.
00:56:00Loana Petrucciani
00:56:01a été retrouvée morte
00:56:02le 25 mars dernier.
00:56:04C'était bien après
00:56:05qu'avec l'équipe
00:56:06du forum
00:56:07on décide
00:56:07de faire cette conférence
00:56:08et c'était évident
00:56:09au départ
00:56:10et ça l'est devenue
00:56:10encore plus,
00:56:11il va aller donner
00:56:11une place ce soir
00:56:12à cette femme
00:56:13sur laquelle
00:56:14tant de personnes
00:56:15ont pris la parole.
00:56:16On est peut-être
00:56:17une société voyeuriste
00:56:18mais on est aussi
00:56:20une société
00:56:20du commentaire
00:56:21et du jugement.
00:56:23Loana a été jugée
00:56:24dès son apparition
00:56:25dans le loft
00:56:25et je dis bien
00:56:27apparition
00:56:27parce que je crois
00:56:28qu'on ne peut pas
00:56:28utiliser d'autres mots.
00:56:30Quelque chose s'est passé
00:56:31qui à la fois
00:56:32n'avait jamais été vue
00:56:33et pouvait renvoyer
00:56:34à une histoire
00:56:34partagée par le plus
00:56:35grand nombre.
00:56:36Je parle là
00:56:37évidemment de la filiation
00:56:38Marilyn Bardot
00:56:38qui a été déjà
00:56:41beaucoup dite.
00:56:42Il y a une exposition
00:56:43à la Cinémathèque
00:56:44en ce moment
00:56:44qui montre
00:56:45comment Marilyn
00:56:45s'est constituée
00:56:46en tant que sujet
00:56:47tout au long
00:56:47de sa carrière
00:56:48et à quel point
00:56:48ça lui a été nié
00:56:51pendant très longtemps.
00:56:52Concernant Loana,
00:56:53sa constitution
00:56:54en tant que sujet
00:56:54a été encore plus difficile.
00:56:57Tout à l'heure
00:56:57j'ai cité cet entretien
00:56:58de Laurent Achard
00:56:59paru en 2002.
00:57:01J'y retourne encore
00:57:02pour ces quelques mots.
00:57:04le loft
00:57:05je ne veux pas savoir
00:57:05si c'est du Warhol
00:57:06ou du Jean Lefèvre
00:57:07mais juste en quoi
00:57:09c'est extraordinaire.
00:57:10Je repense à Loana
00:57:11et sa façon d'être
00:57:13ici et maintenant.
00:57:14Donc là
00:57:15il parle en 2002
00:57:15je précise.
00:57:17Mais qui est-elle
00:57:18lui demande le journaliste
00:57:19une star née
00:57:21elle reste la même
00:57:22elle ne bouge pas
00:57:23quelle que soit la situation
00:57:25son regard
00:57:26triste
00:57:26ne varie pas
00:57:27son attitude
00:57:29impavide.
00:57:30Voilà une héroïne
00:57:31comme on en voit
00:57:32chez Raoul Walsh
00:57:33elles ont une logique
00:57:35elles s'y tiennent.
00:57:37L'opacité de Loana
00:57:38est bien sûr
00:57:39ce qui a saisi
00:57:40énormément de cinéphiles
00:57:41plus qu'une photogénie
00:57:42c'est une manière
00:57:43d'être à l'image
00:57:44qui parlait d'elle-même.
00:57:45Je reviendrai
00:57:46sur la façon
00:57:46dont elle a été vue
00:57:47et exploitée
00:57:48par les regards
00:57:48et les commentaires.
00:57:50Mais Loana
00:57:51n'était pas seulement mutique
00:57:53elle s'exprimait aussi
00:57:54elle défendait
00:57:55quelque chose
00:57:55de sa subjectivité
00:57:57qui n'était pas
00:57:57vraiment entendu
00:57:58sauf peut-être
00:57:59par le public
00:57:59il faudrait
00:58:00en parler vraiment
00:58:02mais ce n'est pas
00:58:03le sujet ce soir
00:58:04je n'ai pas pu faire
00:58:04d'enquête sur la question
00:58:05mais par les commentateurs
00:58:07certainement pas.
00:58:08Je parle de l'époque
00:58:09du loft
00:58:09après c'est encore pire.
00:58:12Soi disant
00:58:12elle n'avait rien à dire.
00:58:14Je voudrais qu'on regarde
00:58:15un court extrait
00:58:16qui vient de l'une
00:58:17des quotidiennes
00:58:17où Loana
00:58:18raconte son histoire
00:58:19mais à sa manière
00:58:20elle est en train
00:58:21de discuter avec Christophe
00:58:23celui qui sera d'ailleurs
00:58:24le vainqueur du jeu
00:58:24avec elle
00:58:26justement
00:58:26de ce que ça ferait
00:58:27aux uns et aux autres
00:58:28de gagner Love Story
00:58:29et de remporter de l'argent.
00:58:33Moi Simon dit
00:58:34que ce n'est pas
00:58:34de gagner Love
00:58:35c'est le moment
00:58:35d'arriver à la fin
00:58:37et après c'est vrai
00:58:38que c'est plus chiant
00:58:39quand c'est des gens
00:58:40qui ont déjà de l'argent
00:58:40qui gagnent un truc
00:58:42qui est comme ça
00:58:43à la fin
00:58:44on est toujours à la gauche
00:58:46c'est vrai que ça serait plus sympa
00:58:48si c'était une personne
00:58:49qui n'a pas grand chose
00:58:49qui gagne ou pas.
00:58:50C'est ce que je pensais
00:58:51je pense que c'est pas
00:58:52parce que c'est vrai
00:58:54qu'ils connaissaient un peu ça
00:58:55je veux dire
00:58:56Jean-Edouard lui a mon avis
00:58:57d'Habit-in-Barek
00:58:59énorme
00:58:59il paraît que l'or
00:59:02qui m'a dit
00:59:02elle a vu le reportage
00:59:03elle m'a dit
00:59:08moi franchement
00:59:08quand je suis arrivée ici
00:59:09pour moi c'était
00:59:11je vais faire du footing
00:59:12tu vois
00:59:13c'est un 20 mètres carré
00:59:15avec ma maman
00:59:15et c'est heureusement
00:59:21que moi je travaille la nuit
00:59:21et elle travaille la journée
00:59:22parce que
00:59:25sinon c'est vrai
00:59:25quand on est là-dedans
00:59:26toutes les deux
00:59:27c'est vraiment super petit
00:59:28moi je suis arrivée ici
00:59:29il y a un de ces moments
00:59:30de maîtrise accidentelle
00:59:32dont on parlait tout à l'heure
00:59:33où il se passe quelque chose
00:59:34avec cette feuille
00:59:34qui s'envole
00:59:35et la réaction de Loana
00:59:36sa gestuelle
00:59:37qui tout à coup
00:59:39donne un cachet différent
00:59:40à la scène
00:59:41et force le changement d'axe
00:59:43de la caméra
00:59:44c'est aussi pour ça
00:59:44qu'on pouvait aimer
00:59:45regarder le loft
00:59:46mais il y a évidemment
00:59:47ce que dit Loana
00:59:47sur sa vie
00:59:48et qui est surligné
00:59:49par le bandeau
00:59:50lutte des classes
00:59:51que la chaîne a ajouté
00:59:52où elle explique
00:59:54d'où elle vient
00:59:54elle parle de sa maman
00:59:56du petit appartement
00:59:57et tout ça crée une histoire
00:59:58qui à ce moment précis
01:00:00n'est pas l'exploitation
01:00:01de sa faiblesse
01:00:03au contraire
01:00:04elle se met à parler
01:00:04plus fort
01:00:05plus distinctement
01:00:06je dirais
01:00:06elle s'empare du personnage
01:00:07de son personnage
01:00:09ce ne sera pas toujours le cas
01:00:11mais ce sera là
01:00:11présent constamment
01:00:13et à saisir
01:00:15ce qui est évident
01:00:16à mes yeux
01:00:16quand on revoit
01:00:17des images du loft
01:00:17c'est à quel point
01:00:19nous sommes en présence
01:00:20d'une héroïne
01:00:21d'une star
01:00:22pourquoi pas
01:00:23comme le dit Achard
01:00:24et comme d'autres l'ont dit
01:00:25mais qui n'a pas pu produire
01:00:27autre chose
01:00:27que ce moment là
01:00:28le loft
01:00:29et en plus
01:00:30comme personnage secondaire
01:00:31parce qu'elle crevait
01:00:32peut-être l'écran
01:00:33mais on ne la voyait
01:00:33pas tant que ça
01:00:34en fait
01:00:35il n'y a pas tant que scène
01:00:36elle n'était pas
01:00:38Laure parlait
01:00:39beaucoup plus
01:00:41vraiment
01:00:41Loana
01:00:41a traversé le loft
01:00:44plus qu'elle n'y a été
01:00:46incarnée
01:00:46par une forme
01:00:47de fiction
01:00:48comme ça
01:00:49qui se serait inventée
01:00:50mais ça suffisait
01:00:52et la vie de Loana
01:00:53Petrucciani
01:00:53a été tragique
01:00:54le loft
01:00:55fait partie
01:00:56de cette tragédie
01:00:56et en même temps
01:00:58y revenir
01:00:58nous montre
01:00:59que quelque chose
01:00:59a eu lieu
01:01:01alors que le personnage
01:01:02de Loana
01:01:03a été accusé
01:01:03tout de suite
01:01:04comme si elle était
01:01:05la seule
01:01:05à appartenir
01:01:06à un cliché
01:01:06parmi les candidates
01:01:07et candidats du loft
01:01:08comme si de ce cliché
01:01:09la blonde
01:01:10à forte poitrine
01:01:12il n'avait rien à dire
01:01:13et rien à voir
01:01:15ce qui a pu m'attrister
01:01:16c'est que Loana
01:01:17n'ait pas été considérée
01:01:18comme un sujet
01:01:19dans les images
01:01:20elle a été regardée
01:01:21elle a été regardée
01:01:22comme si le film
01:01:24Vanda
01:01:24de Barbara Laudan
01:01:25qui parle d'une femme fragile
01:01:27n'existait pas
01:01:28on n'a pas compris
01:01:29qu'elle aurait pu être
01:01:30un personnage
01:01:30de Sois belle et tais toi
01:01:31le documentaire
01:01:33d'Elphine Serig
01:01:34qui donnait la parole
01:01:35aux actrices
01:01:36et parlait
01:01:36en 1975
01:01:37de sexisme
01:01:38dans les regards
01:01:39au cinéma
01:01:40et dans la vie
01:01:42Loana a été
01:01:43la première star
01:01:44de cinéma
01:01:45sans film
01:01:45a expliqué
01:01:47Camille Nevers
01:01:47dans un beau texte
01:01:48qui a été paru
01:01:49dans l'Ebay
01:01:50à la mort
01:01:50de Loana Petrucciani
01:01:51et elle ajoute
01:01:53Loana incarne
01:01:54le crépuscule
01:01:55du gaze
01:01:56male évidemment
01:01:57mais que les filles
01:01:58comprenaient autrement
01:02:01heureusement
01:02:01depuis 25 ans
01:02:02sur l'impulsion
01:02:03des penseuses
01:02:04et des artistes
01:02:04féministes
01:02:05on a pu commencer
01:02:05à changer
01:02:06de discours
01:02:06sur la bimbo
01:02:08à charger
01:02:09cette figure
01:02:09d'un certain pouvoir
01:02:11et à réfléchir
01:02:12sur la sexualisation
01:02:13des femmes
01:02:14à l'écran
01:02:15la figure
01:02:16de la camgirl
01:02:16qui est d'ailleurs
01:02:17née dans les années 90
01:02:18avant Loft
01:02:19avec Jennifer Ringley
01:02:20l'américaine
01:02:21qui se filmait
01:02:22chez elle
01:02:23sur une webcam
01:02:25commence à être considérée
01:02:27aujourd'hui
01:02:27comme capable
01:02:28d'émancipation
01:02:29au cinéma
01:02:30on peut se souvenir
01:02:31d'une fille facile
01:02:32de Rebecca Zlozowski
01:02:33avec Zaya Dea
01:02:34en 2019
01:02:36mais aussi
01:02:37le film d'Agatrier
01:02:38d'Inger
01:02:38dont l'héroïne
01:02:39est une candidate
01:02:40de télé-réalité
01:02:41ça s'appelle
01:02:41Diamant Brut
01:02:42c'est sorti en 2024
01:02:44et c'est un film
01:02:45plein d'amour
01:02:45pour son héroïne
01:02:47pas plus tard
01:02:48que l'été dernier
01:02:48le jeune réalisateur
01:02:49queer
01:02:50Aurélien Per
01:02:51a mis en scène
01:02:52dans l'épreuve du feu
01:02:53son premier film
01:02:54son premier montrage
01:02:55pardon
01:02:55une jeune bimbo
01:02:56face à un garçon
01:02:57qui en tombe amoureux
01:02:58en tentant de déconstruire
01:02:59les visions avilissantes
01:03:01et Loana n'était pas loin
01:03:03je cite cet entretien
01:03:04avec le réalisateur
01:03:05un trentenaire
01:03:06qui a été réalisé
01:03:07par le site
01:03:08infolibertaire.net
01:03:09comme quoi tout le monde
01:03:10a parlé du loft
01:03:12et donc Aurélien Per
01:03:14explique
01:03:15petit je n'avais pas le droit
01:03:16de regarder le loft
01:03:17j'ai donc découvert ça
01:03:18vers 2016
01:03:19sur Youtube
01:03:21je ne connaissais
01:03:22le personnage de Loana
01:03:23que parce qu'on en disait
01:03:24dans les cours de récré
01:03:24qui n'étaient pas des choses
01:03:25particulièrement positives
01:03:28mais j'ai été très surpris
01:03:29par sa personnalité
01:03:30son intelligence
01:03:32sa mélancolie
01:03:33l'image publique
01:03:34qu'on avait faite d'elle
01:03:36et de ce que l'on pouvait observer
01:03:37dans le programme
01:03:38avait peu à voir
01:03:39l'une avec l'autre
01:03:41cette différence
01:03:41m'a tout de suite fasciné
01:03:43c'est par là
01:03:44que je suis arrivé
01:03:44à la lecture
01:03:45de son autobiographie
01:03:46un bouquin
01:03:46qui m'a beaucoup touché
01:03:48il y a une phrase
01:03:49sur laquelle
01:03:49je me suis un peu appuyé
01:03:50pour mon film
01:03:52il y a deux Loana
01:03:53la grande pin-up
01:03:54et la petite huître
01:03:56j'avais envie
01:03:57de faire ressentir
01:03:58au spectateur
01:03:59un dévoilement similaire
01:04:00à celui que j'avais ressenti
01:04:01en découvrant Loana
01:04:03je pense que
01:04:04ce qui m'intéresse
01:04:04dans ce type de personnage
01:04:05c'est le mépris
01:04:06qu'ils reçoivent
01:04:07un mépris de classe
01:04:08déjà doublé
01:04:09de misogynie
01:04:11des personnages
01:04:12qui subissent
01:04:12beaucoup de sexisme
01:04:14parce qu'elles portent
01:04:14sur elles
01:04:15tous les attributs
01:04:15de l'hyperféminité
01:04:18donc là c'est moi
01:04:19qui reprend la main
01:04:20mais quand on parle
01:04:21de misogynie
01:04:22on doit évidemment
01:04:23évoquer la dite scène
01:04:24de la piscine
01:04:26qui est d'abord
01:04:26une scène fantasmatique
01:04:27parce qu'aujourd'hui
01:04:28elle n'existe quasiment pas
01:04:29il y a deux minutes
01:04:30et quelques
01:04:30sur les sites porno
01:04:31il n'y a pas d'image explicite
01:04:33parce qu'il n'y avait pas
01:04:33de caméra sous l'eau
01:04:36mais je vous propose
01:04:37autre chose
01:04:37alors ça dure 5 minutes
01:04:38c'est assez long
01:04:39mais c'est un montage
01:04:40de la quotidienne
01:04:40le lendemain
01:04:41de ce qui s'est passé
01:05:02on va dire que
01:05:03l'autre jour
01:05:03quand je suis passé
01:05:04dans le confessionnal
01:05:05j'ai dit que j'aimais
01:05:06j'appréciais tout le monde
01:05:07il n'y a pas quelqu'un
01:05:08sauf qu'il y avait une fille
01:05:10que je trouvais
01:05:10trop extravagante
01:05:11il s'avère que ce soir
01:05:13j'étais dans la piscine
01:05:14avec cette jeune fille
01:05:16un peu trop extravagante
01:05:17à mon goût
01:05:19et que
01:05:21voilà quoi
01:05:22on s'est compris
01:05:24mais que
01:05:24c'est vrai que
01:05:25pour moi
01:05:26elle est quand même
01:05:26toujours trop extravagante
01:05:28mais
01:05:30je pense que
01:05:31ça nous arrive à tous
01:05:32de temps en temps
01:05:33de prendre
01:05:34un peu de plaisir
01:05:35non ?
01:05:37enfin
01:05:38pour l'instant
01:05:38c'est ce soir
01:05:39on verra demain
01:05:39on verra après demain
01:05:41retour sur le plateau
01:05:43de Loft Story
01:05:43je vous le disais
01:05:44hier
01:05:45la fièvre a gagné
01:05:46le Loft samedi soir
01:05:47mais l'ambiance
01:05:48était des dimanches
01:05:49plutôt morose
01:05:50en tout cas
01:05:50entre Jean-Edouard
01:05:51et Loana
01:05:52ils ont très logiquement
01:05:53cherché du réconfort
01:05:54auprès des autres habitants
01:05:55du Loft
01:05:55et c'est Delphine et Philippe
01:05:56qui se sont montrés
01:05:57les plus attentifs
01:06:10malgré que la réponse
01:06:11semble évidente
01:06:12par rapport à hier soir
01:06:13de quoi ?
01:06:15tu te rappelles
01:06:15ou t'avais trop bu ?
01:06:18de quoi tu me parles ?
01:06:20de rien
01:06:21t'as raison
01:06:21je vais me chercher
01:06:22une cigarette
01:06:22rien de rien
01:06:23t'as ton pantalon
01:06:24qui est tout sale
01:06:26j'ai un petit coup
01:06:28de blouse
01:06:28un petit peu
01:06:29un coup de kefard
01:06:30donc j'ai un peu
01:06:31un nœud dans la gorge
01:06:32ça va pas trop trop bien
01:06:36mais bon ça va passer
01:06:37je suis sûre
01:06:39pourquoi tu ne l'as pas
01:06:39fait dans le cellier ?
01:06:40parce qu'il y a
01:06:41toutes tes affaires
01:06:41et bah tu les enlèves
01:06:42les affaires
01:06:44ouais mais j'ai la flemme
01:06:47je vais te demander
01:06:48si tu voulais
01:06:48que je t'aide
01:06:49je pouvais t'aider
01:06:49non
01:06:51veux-tu faire tout seul ?
01:06:54comme un grand ?
01:06:56je suis au moins
01:06:56je veux
01:06:58enlever les affaires
01:06:58du cellier
01:06:59j'ai pas dit non plus
01:06:59que laver tes chaussettes
01:07:02avise pas non plus
01:07:07en plus c'est la venue
01:07:08à l'eau chaude
01:07:10ouais je pense
01:07:10la poudre déjà
01:07:11elle se discute plus
01:07:12et les tâches
01:07:12elles partent plus vite
01:07:14ouais mais là
01:07:14c'est pas vraiment
01:07:15question de tâches
01:07:15c'est plus question
01:07:16de transpiration
01:07:17comme ça
01:07:21tu vas t'éclater les mains
01:07:23c'est pas rare
01:07:23j'ai de la crème
01:07:24pour les mains
01:07:25j'en ai aussi
01:07:26ah toi aussi t'as prévu
01:07:27tout prévu
01:07:33tiens avoir les mains
01:07:33toutes douces
01:07:34pour ce soir
01:07:34dis donc
01:07:35toutes
01:07:35toutes douces
01:07:36ouais ouais
01:07:37faut que vous allez frotter
01:07:44pourquoi tu restes à l'écart
01:07:45comme ça
01:07:46pourquoi tu restes à l'écart
01:07:47de ton nom
01:07:47comme ça
01:07:49hein
01:07:50je ne suis pas à l'écart
01:07:51là je fais une cigarette
01:07:51non ça n'allait pas
01:07:52trop trop bien
01:07:52à cause de quoi
01:07:53mais dis-moi
01:07:54dis-moi si c'est de ma faute
01:07:55ou si c'est d'autre chose
01:07:57si c'était en partie de ta faute
01:07:58si c'était en partie de ta faute
01:08:00je m'en excuse
01:08:02mais c'est pas
01:08:03tout à cause de moi
01:08:04non j'étais aussi fatiguée
01:08:06c'est mon verre ou pas
01:08:07ouais donc c'est
01:08:08fatigue et à cause de moi
01:08:09ouais beaucoup de toi
01:08:10un peu de fatigue
01:08:11et puis je sais pas pourquoi
01:08:12j'avais de la fièvre tout à l'heure
01:08:14beaucoup de toi
01:08:14j'aime beaucoup
01:08:15bah oui
01:08:16c'est pour l'an
01:08:19ouais un peu
01:08:21ouais
01:08:23dis-moi pourquoi
01:08:25hein
01:08:25dis-moi pourquoi
01:08:28pourquoi
01:08:28parce que
01:08:29hein
01:08:31me parler
01:08:31parce que sinon ça sert à rien
01:08:35pourquoi
01:08:36parce que
01:08:37non c'est une ignorance totale
01:08:38depuis ce matin
01:08:40j'en ai marre
01:08:41de tomber sur des mecs
01:08:41comme toi dans ton genre
01:08:42j'en ai marre
01:08:43de tomber sur des mecs
01:08:44comme toi dans ton genre
01:08:49vous êtes tous les mêmes
01:08:50vous êtes tous les mêmes
01:08:52non je rigole
01:08:53c'est pas vrai
01:08:53il y a des exceptions
01:08:54non c'est certain
01:08:55qu'il y a des exceptions
01:08:56c'est certain qu'il y a des exceptions
01:08:58heureusement
01:08:58je ne suis pas l'exception
01:08:59non
01:09:00c'est sûr
01:09:01tu es loin de l'heure
01:09:02ça je le sais
01:09:09non mais limite c'est con de se prendre la tête je pense
01:09:13c'est normal
01:09:14bien sûr
01:09:15je me suis même pris la tête pour autre chose
01:09:16mais
01:09:18même
01:09:19moi je pense
01:09:20on est là
01:09:21on est onze
01:09:22si on commence à se prendre la tête je pense
01:09:23pour des
01:09:25peut-être pas
01:09:26moi pour l'instant
01:09:27je vais dire des choses bénignes
01:09:29non ça c'est chacun
01:09:30sa perception de la chose
01:09:31mais
01:09:32je pense qu'il faut
01:09:32le mieux pas se prendre la tête
01:09:34il faut voir comment ça se passe
01:09:36il faut voir comment ça se passe
01:09:36ça ne fait que deux jours
01:09:37qu'on est là
01:09:38on est d'accord
01:09:47je m'excuse
01:09:49bon on va pas se prendre la tête pour ça
01:09:51n'est-ce pas
01:09:53je t'ai peut-être pris un peu trop la tête
01:09:55non ?
01:09:56qui moi ?
01:09:56tu t'es souvent pris la tête non ?
01:09:58enfin oui
01:09:59cette petite colonie
01:10:02est une bonne occasion
01:10:03d'apprendre et de changer
01:10:05moi j'apprends pas mal de choses sur ma même
01:10:07je le jure
01:10:09cette version est sitcomisée
01:10:11puis d'ailleurs il n'y avait quasiment rien à voir
01:10:13dans l'autre version
01:10:14c'est vraiment quelques secondes
01:10:15qui se passent dans la piscine
01:10:17et qu'est-ce qu'on voit
01:10:18quand on est en jusqu'à ces cinq minutes
01:10:20je ne sais même pas le male gaze
01:10:22qui s'exprime
01:10:22mais le regard englobant d'une société
01:10:25alors certes patriarcale
01:10:27mais surtout
01:10:29moraliste
01:10:29le discours de Jean-Edouard
01:10:31dont le confessionnal
01:10:32est un discours de vainqueur
01:10:33du côté du plaisir
01:10:34qui serait valide
01:10:36son mansplaining
01:10:37est total
01:10:38face à Loana
01:10:40alors même
01:10:40qu'il lui reproche
01:10:41d'être trop extravagante
01:10:43mais à mes yeux
01:10:44c'est quand même elle qui gagne
01:10:45c'est-à-dire
01:10:46c'est elle qui émeut
01:10:47c'est elle qui exprime aussi
01:10:49une critique de ce qui est en train
01:10:49de lui tomber dessus
01:10:51et on ne peut qu'être de son côté
01:10:52et pourtant
01:10:53cette scène de la piscine
01:10:55comme on l'appelle encore
01:10:55a été un fardeau
01:10:56pour elle
01:10:57et pour elle seule
01:10:59Loana Petrucciani
01:11:00a été sommée
01:11:01de s'expliquer
01:11:01pendant 20 ans
01:11:02sur ce qui s'est réellement passé
01:11:04par exemple
01:11:04ce qui n'a vraiment
01:11:05strictement aucun intérêt
01:11:07il n'a rien
01:11:08dans aucune des images
01:11:09qui puisse commencer
01:11:10à justifier les insultes
01:11:12dont a été victime Loana
01:11:14et la manière
01:11:14dont elle a été traitée
01:11:16on se souvient
01:11:17de la viralité
01:11:18de ce moment
01:11:18c'est une de nos premières fois
01:11:19où on employait
01:11:20ce terme de viralité
01:11:22parce que ça a été piraté
01:11:23sur internet
01:11:24ça a commencé
01:11:25à circuler
01:11:27alors aujourd'hui
01:11:27je n'imagine même pas
01:11:29ce que ça aurait produit
01:11:30mais on n'insiste pas
01:11:31assez sur la brutalité
01:11:32des regards portés sur elle
01:11:33encore une fois
01:11:34plus violente
01:11:36cette brutalité
01:11:37selon moi
01:11:38que celle du dispositif
01:11:40je m'appuierai ici
01:11:41sur les mots
01:11:41de Asilis Kondraki
01:11:43qui est une doctorante
01:11:44à l'ESSS
01:11:46qui s'intéresse beaucoup
01:11:47à la télé-réalité
01:11:48et aux représentations sexistes
01:11:50donc elle dit
01:11:51pour la première fois
01:11:52une scène de sexe
01:11:53était filmée
01:11:53dans une émission
01:11:54qui en plus brouillait
01:11:55les frontières
01:11:55entre le vrai et le faux
01:11:56mettant en scène
01:11:57des personnes
01:11:58entre guillemets
01:11:59ordinaires
01:12:00c'était un choc
01:12:01et évidemment
01:12:02la femme
01:12:02a été désignée coupable
01:12:05le décès
01:12:05de Loana Petrucciani
01:12:06le 25 mars 2026
01:12:08a permis de revenir
01:12:09sur la manière
01:12:10dont elle a été
01:12:11instrumentalisée
01:12:12et regardée
01:12:12tout au long de sa vie
01:12:14il y a eu des mots
01:12:15très forts
01:12:16de Valérie Ray-Robert
01:12:17qui a écrit sur Instagram
01:12:18de son point de vue
01:12:20militant
01:12:21elle dit
01:12:21elle a écrit
01:12:22le terme féminicide
01:12:23s'applique
01:12:24à la mort de Loana
01:12:25et elle poursuit
01:12:27chaque émission
01:12:28souvenirs autour du loft
01:12:29était le moment
01:12:29de rappeler
01:12:30qu'elle y avait été
01:12:31humiliée
01:12:32devant la France entière
01:12:34Loana s'est consumée
01:12:35sous nos yeux
01:12:36Loana est morte
01:12:37du sexisme
01:12:38de la psychophobie
01:12:39du classisme
01:12:40de la grossophobie
01:12:43alors l'autrice
01:12:44mêle ici
01:12:45le moment du loft
01:12:46à tout ce qui s'est passé
01:12:47après
01:12:47qui relève pour le coup
01:12:48du pire
01:12:49de ce dont la société
01:12:51contemporaine est capable
01:12:52quand elle enlève
01:12:53à celle
01:12:54qu'elle choisit
01:12:55comme cible
01:12:55toute capacité d'agir
01:12:57ce dont je suis certain
01:12:58c'est qu'il aurait fallu
01:12:59travailler davantage
01:13:01collectivement
01:13:02regarder les images
01:13:03avec plus de compréhension
01:13:04peut-être
01:13:05un peu plus d'amour
01:13:06au fond
01:13:06ce n'était pas redonner
01:13:07à une dignité
01:13:08à Loana
01:13:09qu'il aurait fallu
01:13:09c'était
01:13:10voir tout de suite
01:13:11qu'elle en avait une
01:13:13et à la place
01:13:14on a eu une sorte
01:13:15en guise de bilan
01:13:16de Love Story
01:13:16une série
01:13:17qui s'appelle
01:13:18Culte
01:13:18qui est sortie en 2025
01:13:20et dont la première saison
01:13:22qui était produite
01:13:22entre autres par
01:13:23Alexée Laroche-Joubert
01:13:24productrice du loft
01:13:25est revenue sur l'émission
01:13:26en choisissant
01:13:27comme personnages principaux
01:13:28non pas les lofteurs
01:13:29les lofteuses
01:13:30mais les personnes
01:13:30qui ont fabriqué
01:13:31l'émission
01:13:31alors on va voir
01:13:33un court extrait
01:13:34la jeune femme
01:13:35qui est interprétée
01:13:36par Anaïde Rosam
01:13:37c'est le personnage
01:13:38inspiré d'Axel Laroche-Joubert
01:13:40alors ça n'a pas grand chose
01:13:42à voir directement
01:13:42avec Loana
01:13:43mais malgré tout
01:13:45si
01:13:45ici elle explique
01:13:46à son boss
01:13:47qu'il y a eu
01:13:48un incident
01:13:49à caractère sexuel
01:13:50concernant Loana
01:13:51et elle l'utilise
01:13:52pour obtenir un poste
01:13:53c'est la dernière scène
01:13:54de la série
01:13:54désolé pour le spoiler
01:13:56on regarde
01:14:01il y a un truc
01:14:02qu'il faut que tu saches
01:14:05qu'est-ce qu'il y a ?
01:14:06Karim s'est masturbé
01:14:07sur Loana
01:14:08dans le caméra Ron
01:14:08tu peux raccrocher ?
01:14:12hello
01:14:14ok
01:14:14je vais te dire
01:14:15à vous retourner
01:14:16Liam
01:14:17et Elena l'a couvert
01:14:20ok
01:14:20pourquoi tu me dis ça
01:14:22pour rien
01:14:22pour que tu sois au courant
01:14:23ok
01:14:23ça sortirait
01:14:25pourquoi tu voudrais
01:14:26que ça sorte
01:14:27parce qu'il y a plein de trucs
01:14:27qui peuvent sortir
01:14:33qu'est-ce que tu veux ?
01:14:35ce que je mérite
01:14:37tu veux récupérer ton job ?
01:14:39moins que t'es quelqu'un de meilleur
01:14:41et là je t'écoute
01:14:44c'est que je prends un risque énorme
01:14:45si je te garde Isabelle
01:14:46tu prends un risque dans les deux cas
01:14:48maintenant c'est toi qui choisis
01:14:49ta une
01:14:49le scandale sexuel
01:14:50ou le scandale Blanche-Neige
01:14:52pourquoi je choisirais Blanche-Neige ?
01:14:54parce que comme ça
01:14:55tu m'as dans ton camp
01:14:57tu ne veux pas
01:14:57dans le camp adverse
01:14:58je t'assure
01:15:01tu vois quand tu travailles
01:15:02Xavier pour récupérer Big Brother
01:15:03je peux comprendre
01:15:04mais là
01:15:05Karim et Elena
01:15:06c'est pas tes amis
01:15:09t'as pas fait de sacrifice
01:15:10toi ?
01:15:20ok
01:15:23prends deux semaines
01:15:24ils commencent les castings
01:15:24à tout retour
01:15:31attends Isabelle
01:15:33pour Karim et Elena
01:15:34c'est vrai
01:15:35c'est une histoire des caméras reines
01:15:36ça change quoi ?
01:15:39ce qu'il compte
01:15:39c'est qu'on y croit
01:15:40non ?
01:15:44c'est un truc
01:15:44que j'ai appris
01:15:45en bossant dans la télé
01:15:55c'est un truc
01:15:58c'est un truc
01:16:00c'est un truc
01:16:15ils ne savent pas
01:16:16un second
01:16:17on parlait de justesse
01:16:18là tout à l'heure
01:16:19c'est vrai que du coup
01:16:19ça fait un peu mal aux yeux
01:16:21ce type de
01:16:23enfin voilà
01:16:24j'ai un peu de mal
01:16:26en fait
01:16:26mais quand même
01:16:27c'est extrait intéressant
01:16:28et en plus la série
01:16:29en soi n'est pas
01:16:30mauvaise
01:16:31plutôt bien balancée
01:16:32et le personnage de Luana
01:16:33parce qu'elle est dans la fiction
01:16:34est interprété par Marie Collomb
01:16:36qui de toute évidence
01:16:37a envie de la défendre
01:16:38c'est pas
01:16:39mal intentionné
01:16:40mais culte au fond
01:16:42on le voit dans cet extrait
01:16:43partage le cynisme général
01:16:44sur le loft
01:16:46et le manque de remise en question
01:16:47parce que terminer une fiction
01:16:48sur ce sujet
01:16:49par un plan sur des poules
01:16:51c'est plus qu'une marque de mépris
01:16:52c'est vraiment une erreur esthétique
01:16:55et je vais conclure
01:16:56cette conférence très bientôt
01:16:57parce que l'heure avance
01:16:59quand même pas mal
01:16:59et encore une fois
01:17:00il ne s'agissait pas
01:17:01de défendre le loft
01:17:02comme une production industrielle
01:17:04extraordinaire
01:17:04ou géniale
01:17:05mais d'essayer d'y voir
01:17:06quelque chose
01:17:07donc on ne peut pas nier
01:17:08le fait que le principe
01:17:09filmique du loft
01:17:10soit lié à l'idée de surveillance
01:17:12mais la surveillance de quoi exactement
01:17:14la surveillance pour quoi
01:17:15pour qui
01:17:16la surveillance des rues
01:17:17dans le monde entier
01:17:18elle est liée à une idée
01:17:19contemporaine de la sécurité
01:17:20on ne laissera rien passer
01:17:22on ne ratera aucun événement
01:17:23on arrêtera les coupables
01:17:24ou au pire
01:17:25on fera des vidéos rigolotes
01:17:26à mettre sur Instagram
01:17:28c'est pas du tout
01:17:29ce qui s'est passé
01:17:29dans l'off story
01:17:30où tout a été déjà réalisé
01:17:32en direct
01:17:32selon le principe assez simple
01:17:33de l'action et de la parole
01:17:34c'est à dire l'action et la parole
01:17:35dictaient la mise en scène
01:17:37pas le contraire
01:17:38et si le loft
01:17:39devait revenir aujourd'hui
01:17:41tout serait complètement différent
01:17:42les candidats et candidates
01:17:43seraient des professionnels
01:17:44rémunérés
01:17:45et la réalisation
01:17:46probablement confiée
01:17:47enfin moi je ferais ça
01:17:48en tout cas
01:17:48à une intelligence artificielle
01:17:50avec des capteurs
01:17:51visuels et sonores
01:17:52alors je ne pense pas
01:17:53qu'on verrait la différence
01:17:54entre le réalisateur
01:17:55de l'époque
01:17:55et une machine
01:17:57contemporaine
01:17:58mais ça n'arrivera
01:17:59probablement pas
01:18:00dans ces conditions
01:18:00puisqu'on est dans un monde
01:18:01qui a avalé
01:18:02l'off story
01:18:03et on a fait à la fois
01:18:04son point zéro
01:18:05et un repoussoir
01:18:07si par moment
01:18:08on accorde actuellement
01:18:09aux personnalités
01:18:10d'internet
01:18:11qui sont un peu
01:18:12les héritiers
01:18:12des lofters
01:18:13ça demanderait
01:18:14une autre conférence
01:18:15pour laquelle je pense
01:18:16que je ne serais pas compétent
01:18:18mais voilà
01:18:19ils ont un certain contrôle
01:18:20des images
01:18:21une façon de monétiser
01:18:22les images
01:18:23et je pense qu'au fond
01:18:24rien n'a vraiment évolué
01:18:25du côté de celles
01:18:26et ceux qui sont censés
01:18:26réfléchir aux images
01:18:27et en produire
01:18:28et je parle notamment
01:18:29du cinéma
01:18:30avec les séries
01:18:31le cinéma
01:18:32m'a vraiment porté
01:18:33intellectuellement
01:18:34moralement
01:18:35émotionnellement
01:18:35et aujourd'hui
01:18:37il est d'abord
01:18:37considéré comme
01:18:38une forteresse
01:18:39à défendre
01:18:40c'est vrai
01:18:41du point de vue
01:18:41économique et politique
01:18:42ça va sans dire
01:18:43mais du point de vue
01:18:43artistique
01:18:44c'est quand même
01:18:44une vision largement
01:18:46fantasmatique
01:18:47qui est liée
01:18:48à une morale
01:18:48du grand art menacé
01:18:50et mis à part
01:18:51de très rares exceptions
01:18:52il n'y a pas tant
01:18:53de vibrations
01:18:53et de risques
01:18:54pris par le cinéma
01:18:55dans la manière
01:18:55de percevoir
01:18:56et d'enregistrer
01:18:57la réalité contemporaine
01:18:59et donc les flux
01:18:59internet par exemple
01:19:01au festival de Cannes
01:19:03qui prend le pouls
01:19:03de la création
01:19:04il y a
01:19:05de très bons films
01:19:06mais on a souvent
01:19:07l'impression
01:19:07que le seul régime
01:19:08d'image viable
01:19:09est celui du cinéma
01:19:10à intention d'auteur
01:19:12un cinéma
01:19:13qui fait comme si
01:19:13internet n'existait pas
01:19:15comme s'il fallait
01:19:16d'abord montrer
01:19:16les muscles
01:19:17l'art du cadre
01:19:18la belle image
01:19:19le grand sujet
01:19:20c'est vraiment
01:19:20fjord de la palme d'or
01:19:22de Munju
01:19:22cette année
01:19:24le tout
01:19:24sans se mêler
01:19:25vraiment des mutations
01:19:26contemporaines
01:19:27qui sont extrêmement
01:19:28rapides et brutales
01:19:28et qui sont aussi
01:19:29l'affaire du cinéma
01:19:31et des cinéphiles
01:19:32sur le fond
01:19:33on parle parfois
01:19:34de fait de société
01:19:35dans les films
01:19:35mais sur la forme
01:19:36presque jamais
01:19:37rien ne se passe
01:19:37vraiment
01:19:38c'est l'angle mort
01:19:39et c'est ce que
01:19:40Love Story
01:19:40peut nous aider à imaginer
01:19:41même encore aujourd'hui
01:19:42c'est-à-dire
01:19:43oser des images impures
01:19:44des productions hors cadre
01:19:46embrasser quelque chose
01:19:47du contemporain
01:19:48même si on a l'impression
01:19:49qu'il fait peur
01:19:49ou qu'il est dégueulasse
01:19:52maintenant je voudrais
01:19:53vous faire entendre
01:19:53une voix
01:19:54c'est la voix
01:19:55de Loana Petrucciani
01:19:56alors ça date
01:19:57de 2018
01:19:57c'est un enregistrement
01:19:58que j'ai fait
01:19:59sur mon téléphone
01:20:00de l'émission
01:20:01c'est à vous
01:20:02je voulais que pour une fois
01:20:03ce soir on fasse
01:20:04l'expérience
01:20:04d'une image aveugle
01:20:05alors ça dure
01:20:06une vingtaine de secondes
01:20:08il faut que je la retrouve
01:20:09mais je crois
01:20:10qu'elle est là
01:20:12la présentatrice
01:20:13demande à Loana Petrucciani
01:20:15si elle a revu
01:20:15des morceaux
01:20:16de Love Story
01:20:17donc c'est très court
01:20:20je sais pas
01:20:21oui
01:20:22je peux pas regarder
01:20:22les cassettes du Loft
01:20:23parce que ça me
01:20:24quand je me vois pleurer
01:20:25j'ai encore envie de pleurer
01:20:26parce que quand je me vois rire
01:20:27j'ai envie de rire
01:20:28parce que ça fait bizarre
01:20:29si on vous filme
01:20:30mais vous
01:20:30chez vous
01:20:31à votre
01:20:32enfin pas à votre insu
01:20:33vous le savez
01:20:33mais que vous vous revoyez
01:20:35ça fait bizarre
01:20:35de se voir vivre
01:20:36voilà
01:20:41j'espère qu'on l'entend
01:20:42dans tous les sens du terme
01:20:45pour conclure
01:20:46je rappellerai
01:20:47qu'en 2001
01:20:48il s'est passé
01:20:49autre chose de décisif
01:20:50qui a changé
01:20:51notre rapport au monde
01:20:52et aux images
01:20:52et c'était pas le Loft
01:20:54je veux parler
01:20:55du 11 septembre
01:20:56qui survient
01:20:56deux mois
01:20:57des quelques jours
01:20:58après la fin de l'émission
01:20:59une horreur
01:21:01qu'on voit en partie
01:21:02en temps réel
01:21:02puisque ce matin là
01:21:03la deuxième tour
01:21:04s'est effondrée
01:21:05en direct à la télé
01:21:06quelques minutes
01:21:07après la première
01:21:08j'ai toujours perçu
01:21:09dans cet événement
01:21:09qui me semblait
01:21:10avoir été pensé
01:21:11par les terroristes
01:21:12pour être diffusé
01:21:13de cette manière
01:21:15en mon duovision
01:21:16j'ai vraiment vu
01:21:17un véritable snuff movie
01:21:18c'est à dire
01:21:19des assassinats
01:21:20filmés en direct
01:21:21depuis les images de mort
01:21:23se sont banalisées
01:21:24sur les réseaux
01:21:24et ailleurs
01:21:26mais dans la foulée
01:21:27de ce que dit
01:21:27Loana Petrucciani
01:21:28dans ce qu'on vient d'entendre
01:21:29moi j'ai plutôt vu
01:21:30dans Love Story
01:21:30des images de vie
01:21:32voilà
01:21:32je vous remercie
01:21:33merci
01:21:34merci
01:21:35merci
01:21:35merci
01:21:36merci
01:21:36merci
01:21:37merci
01:21:38merci
01:21:38merci
01:21:38merci
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