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  • il y a 4 mois
Un médecin libéral peut s’arrêter en cas de maladie, de grossesse ou de burn-out. Mais cet arrêt est strictement encadré par le droit. Continuité des soins, information des patients, organisation du relais : ces obligations conditionnent l’absence de risque disciplinaire. Les éclairages de Me Dominique Decamps-Mini, avocate au cabinet Theis 360, spécialisé en droit de la santé.

Une obligation déontologique de continuité des soins
« Un médecin libéral peut évidemment tomber malade, être enceinte ou faire un burn-out. Le sujet n’est pas de savoir s’il a le droit de s’arrêter, mais comment le faire sans rupture de prise en charge et sans exposition disciplinaire », rappelle l’avocate spécialisée en droit de la santé.
Le principe est clair : « Quelles que soient les circonstances, la continuité des soins doit être assurée ». Cette obligation déontologique s’impose même en cas d’arrêt total ou partiel d’activité.
Trois obligations concrètes : informer, orienter, transmettre
L’arrêt d’activité est juridiquement possible, mais il suppose de respecter trois exigences opérationnelles.
Informer les patients, d’abord. Le médecin doit mettre en place un dispositif clair : message sur répondeur, affichage au cabinet, information sur les plateformes de rendez-vous.
Orienter ensuite. Il ne suffit pas d’annoncer une fermeture : une solution doit être proposée. Cela peut passer par des confrères identifiés, une maison de santé ou la permanence des soins.
Transmettre les informations patients enfin. « Il ne faut transmettre ni rien, ni tout n’importe comment. Seulement les éléments utiles à la qualité de la prise en charge ».
Le risque disciplinaire apparaît précisément en cas de défaillance sur ces points. « Ce qui est reproché, ce sont les messages “cabinet fermé” sans solution. Le risque naît lorsqu’un patient se retrouve sans prise en charge et que le médecin ne peut pas démontrer qu’il a informé ou orienté ».
Ne pas confondre continuité et permanence des soins
La continuité des soins est une obligation individuelle du médecin envers ses patients.
La permanence des soins, en revanche, est une organisation collective encadrée par les autorités pour répondre aux besoins de soins non programmés.
Participer à la permanence des soins ne dispense donc pas d’organiser la continuité pour sa propre patientèle.
Remplacement : un cadre juridique strict
En cas d’arrêt complet, le recours à un remplaçant est fréquent, mais encadré.
Le remplaçant doit être autorisé à exercer (médecin inscrit ou étudiant remplissant les conditions), et le remplacement doit faire l’objet d’une déclaration préalable auprès du Conseil de l’Ordre.
« Le remplacement est personnel et le médecin remplacé doit cesser son activité libérale pendant toute sa durée ».
Contrat, formalités ordinales, vérification du statut : l’ensemble doit être sécurisé.
Arrêt partiel : les mêmes exigences
Dans certaines situations, le médecin maintient une activité réduite, en priorisant les patients les plus à risque.

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Transcription
00:00Pauline est médecin généraliste à Lyon et c'est une asse du jonglage.
00:04Mais elle se pose la question, en cas d'arrêt maladie, de grossesse, de burn-out,
00:08quels sont ses droits et ses obligations en tant que médecin libéral ?
00:22Un médecin libéral, évidemment, peut tomber balade, être enceinte, faire un burn-out.
00:28Le point juridique n'est pas « ai-je le droit de m'arrêter ? »,
00:31c'est « comment s'arrêter ? » sans rupture de prise en charge et sans exposition disciplinaire.
00:41Quelles que soient les circonstances, la continuité des soins aux malades doit être assurée.
00:48Juridiquement, l'arrêt est possible, mais il impose trois obligations pratiques.
00:53Informer, ne pas laisser le patient dans l'impasse.
00:56orienter vers un confrère désigné par le patient ou une organisation de soins,
01:01type une maison de santé.
01:03Transmettre utilement, ni rien, ni tout n'importe comment,
01:07il faut transmettre les informations en lien avec la qualité de prise en charge du patient.
01:12Attention à ne pas confondre continuité des soins,
01:14qui est une obligation déontologique individuelle,
01:17et permanence des soins, qui est une organisation collective
01:21des soins non programmés qui est encadrée par les autorités.
01:28C'est possible, mais à condition d'assurer une continuation concrète.
01:33Un message clair, le répondeur, l'affichage, Doctolib,
01:37qui va orienter sur les urgences, la permanence des soins,
01:41les coordonnées de confrères avec qui on se sera mis d'accord,
01:44ou une structure de prise en charge,
01:46mais surtout aussi les modalités de rendez-vous à la réouverture.
01:50Ce qui est reproché, ce sont les messages cabinet fermé, sans solution.
01:56Le risque disciplinaire va surtout naître ici,
01:59si un patient se retrouve sans prise en charge,
02:01alors qu'il était en cours de soins,
02:03et que tu ne peux pas démontrer que tu as informé ou orienté.
02:11Là, on doit respecter toutes les conditions du remplacement.
02:14Le remplacement temporaire, par un médecin inscrit au tableau
02:18ou un étudiant qui remplit les conditions du remplacement,
02:21une information préalable du conseil de l'ordre
02:24avec l'identité, la qualité du remplaçant,
02:27et les dates et la durée du remplacement.
02:29Le remplacement est personnel,
02:31et le remplacé doit cesser son activité libérale pendant le remplacement.
02:35Ce qui est important, le contrat de remplacement,
02:37les formalités ordinales,
02:39et la vérification de qui remplace et dans quel cadre.
02:43C'est souvent le scénario le plus réaliste en burn-out ou en grossesse difficile.
02:51Pauline va garder une activité minimale
02:53et va prioriser les patients à risque.
02:55Les traitements sensibles, en oncologie, en post-op,
02:58les maladies chroniques instables,
03:00et va réorganiser le relais pour le reste des patients.
03:03Juridiquement, l'enjeu est le même,
03:05continuité, information et orientation.
03:11L'élément essentiel, c'est le secret médical,
03:13le secret professionnel.
03:15On ne peut pas transmettre au hasard,
03:16il faut respecter le secret professionnel.
03:19Le partage d'informations est possible entre professionnels de santé,
03:22au sein d'une même équipe de soins,
03:24si le patient ne s'y est pas opposé,
03:26et pour assurer la continuité de la prise en charge
03:28ou déterminer la meilleure prise en charge sanitaire possible.
03:32Donc, si on organise un relais,
03:34on transmet l'utile, le diagnostic pertinent,
03:36les traitements en cours, les éléments de vigilance,
03:38les examens, via un canal sécurisé.
03:41Attention à respecter bien le RGPD.
03:43S'assurer du cadre, qui est l'équipe de soins
03:46et est-ce que le patient est bien d'accord.
03:48Surtout, bien tracer dans les dossiers
03:50tout ce que l'on a fait,
03:52puisque ce qui n'est pas noté n'est pas fait.
03:54Donc, c'est la preuve des messages d'orientation,
03:56de listes de patients contactés,
03:58de la preuve du relais
03:58et la trace minimale de la transmission.
04:05Lorsque l'on a un arrêt prévisible,
04:07notamment la grossesse ou l'intervention programmée,
04:09on va voir avec son expert comptable
04:12pour anticiper les charges fixes,
04:14la trésorerie, les rétrocessions,
04:16l'organisation administrative
04:18et l'avocat spécialisé en droit de la santé
04:20pour sécuriser les remplacements,
04:23les contrats, la communication
04:24et surtout éviter les erreurs ordinales.
04:28On va avoir un risque un peu sensible
04:29quand on a un patient fragile,
04:31des soins en cours,
04:31des menaces de plainte,
04:33des conflits, une fermeture brutale.
04:35Prenez la tâche avec votre avocat
04:37parce que les premiers écrits
04:38et la preuve de la continuité
04:40vont vraiment conditionner la suite.
04:42En conclusion, tu peux t'arrêter,
04:44mais tu dois organiser la continuité,
04:46mais surtout de façon organisée,
04:48pas de bricolage.
04:49On informe, on oriente,
04:51on transmet utilement
04:52et on garde la preuve.
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