- il y a 2 jours
Permettre à ses étudiants de répondre à l’évolution des besoins des entreprises en ce qui concerne le numérique, c’est la mission première du Digital Campus Paris. Son pari est de les amener à apporter une plus-value sur la RSE. David Prud’homme, directeur de l’école, revient sur l’importance de faire prendre conscience de l’impact environnemental du digital aux jeunes générations.
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00:04Êtes-vous prêt pour l'impact ? C'est la question que je pose chaque jour à une personnalité qui
00:08compte dans notre économie. Je reçois aujourd'hui David Prudhomme, bonjour. Bonjour Thomas. Bienvenue,
00:13vous êtes le directeur de l'école Digital Campus Paris, elle existe depuis quand ? C'est quoi Digital
00:19Campus ? Digital Campus, c'est une trentaine d'années d'existence déjà au sein d'une autre école qui
00:24s'appelait USA Multimédia, créée au coeur de Paris et qui s'est diffusée dans toute la France
00:28aujourd'hui. Donc on compte plus de 1400 élèves sur 9 sites en tout, dont la moitié à Paris et
00:34on
00:34forme à une soixantaine de métiers du digital à travers la filière design, tech, communication.
00:42Et aujourd'hui on aide les entreprises à intégrer les compétences digitales dont elles ont besoin
00:47pour leur transformation, leur mise à niveau en termes de services digitaux, en formant des jeunes,
00:53des adultes aussi en reconversion, en prenant des jeunes juste après le bac ou un peu plus tard quand
01:00ils se réorientent notamment sur les filières master. Et puis on propose beaucoup de programmes en
01:05alternance aussi, ce qui permet à de nombreux jeunes d'accéder à des études supérieures jusqu'à bac
01:09plus 5. On estime que 30 à 50 % d'entre eux n'auraient pas fait ces études s'il
01:14n'y avait pas eu
01:23qu'ils auront deux ans après les études. Et puis le salaire moyen de sortie est affiché entre 35 et
01:2845 000 euros par an.
01:30Alors des étudiants, j'ai vu ça en préparant l'émission et je veux bien qu'on s'y attarde
01:34un peu, qu'il faut former, mais qu'il faut aussi rassurer. Pourquoi ?
01:38Absolument. Et aujourd'hui, nos jeunes, ils sont pris entre deux forts pôles d'angoisse, d'anxiété.
01:46L'éco-anxiété, dont on parle sur ce plateau.
01:49Oui, évidemment, l'émission sur l'impact environnemental, entre autres.
01:53Exactement. Et l'éco-anxiété, ça dit quoi ? Ça dit que quoi qu'on fasse, aucun geste n'est
01:57innocent.
01:59Donc on est responsable de chaque micro-geste qu'on peut produire en tant que consommateur, etc.
02:05Et l'autre pôle d'angoisse, c'est ce que j'appellerais la techno-anxiété, pour faire le pendant de
02:11l'éco-anxiété,
02:12qui est qu'on vit dans des interfaces, des écrans en permanence.
02:17Donc petit à petit, on s'enferme, malgré soi, dans des bulles.
02:21Et quand on se retrouve seul dans sa bulle, ça peut être un peu inquiétant.
02:26Et donc je pense que nos jeunes vivent entre ces deux pôles, qui sont diffus,
02:31mais qui sont constamment rehaussés par le sentiment aussi de guerre, d'incertitude économique,
02:40qui plane en permanence.
02:41Donc quand on est jeune aujourd'hui, on a peur, on est inquiet.
02:45C'est assez étonnant qu'on démarre notre entretien par ça.
02:48Et en même temps, c'est très révélateur de notre époque.
02:51On parle énormément beaucoup de ces enjeux de santé mentale, notamment de santé mentale des jeunes.
02:55Est-ce que vous, vous les avez vus ?
02:56Ensuite, on va vraiment entrer dans le détail des formations, des enjeux d'un numérique à moindre impact,
03:03d'intelligence artificielle.
03:03Il y a beaucoup de thèmes à aborder.
03:04Mais quand même, est-ce que vous avez senti monter comme ça,
03:08cette question de la santé mentale des étudiants ?
03:11Je pense que la bascule, c'est le Covid.
03:14Ça a été une épreuve pour les jeunes étudiants, une vraie épreuve.
03:18Quand on écoute les récits dans le détail, c'est un moment particulier dans leur vie
03:22qui les a marqués, qui a une bascule.
03:25Juste après, il y a la guerre en Ukraine, et puis tout ce que je viens d'expliquer.
03:32Nous, on a la chance de ne pas être une trop grosse école.
03:35Donc on est proche des étudiants.
03:36Donc on les reçoit, on les écoute.
03:38On fait appel à des professionnels quand c'est nécessaire.
03:40Donc on les met en relation avec du soutien psychologique.
03:45L'écoute, c'est la première chose.
03:46La deuxième chose sur laquelle on est très vigilant, c'est de construire un cadre très fort, très rassurant.
03:53On donne de l'anticipation, de la vision.
03:56On fait ce qu'on dit, on dit ce qu'on fait.
03:58Pas de surprise.
03:59Il faut que le cadre soit fort.
04:00Et c'est le cadre qui permet aux étudiants de passer de l'angoisse à l'action.
04:07Puisque notre pédagogie, elle est construite sur l'apprentissage par l'action, par l'agir.
04:13Et donc là, ils essaient, ils testent des choses, ils voient qu'ils sont en capacité de faire des choses,
04:17de donner des réponses aux problèmes qu'ils rencontrent ou que les entreprises leur donnent.
04:21Et de cette manière-là, ils reprennent petit à petit confiance et autonomie.
04:26Qu'est-ce que ça doit être, ou qu'est-ce qu'une école digitale aujourd'hui ?
04:30Et à quel point elle est différente d'une école digitale il y a 30 ans, ou même une dizaine
04:38d'années peut-être ?
04:39Une école digitale, ça doit d'abord répondre, c'est paradoxal, mais aux besoins des entreprises
04:44qui sont en constante recherche de compétences adaptées à l'actualité du marché et des besoins numériques.
04:51Voilà, il suffit d'un petit peu d'observation.
04:54L'école existe depuis 30 ans, on change de techno clé très très souvent,
04:59tous les 5 ans, disons, il y a des cycles très importants.
05:02Le digital, pour donner quelques exemples, c'est Google, la recherche sur Google,
05:06c'est devenu des milliards de requêtes par jour pour tout le monde.
05:12C'est Instagram, autre exemple, une boîte montée par 5, 10 personnes
05:17qui s'est vendue 1,5 milliard alors qu'elle existait à peine, c'est Chagipiti, on en parlait.
05:22C'est des milliards d'utilisateurs en quelques mois seulement après le lancement.
05:25Mais c'est quand même un sacré défi pour vous, parce que vous formez des élèves,
05:31vous voyez ce que je veux dire, des technologies qui existent déjà.
05:34Or, il y en a des nouvelles qui apparaissent aussi régulièrement que ce que vous venez de décrire.
05:39C'est donc comprendre l'entreprise et ses besoins,
05:42faire en sorte que les jeunes arrivent avec les compétences qui manquent à ce moment-là.
05:45Donc, dans les études, les entreprises attendent des écoles
05:49qu'elles forment des jeunes aux compétences digitales plus que dans n'importe quel autre secteur.
05:53C'est là que les attentes sont les plus fortes de la part des entreprises.
05:56Et nous, on doit s'inscrire dans une durée,
06:00et c'est-à-dire regarder le résultat plus que les outils.
06:04Donc, toute la question pour nous en tant qu'école,
06:06c'est de développer des modalités d'apprentissage
06:10dans lesquelles on regarde le résultat, le bénéfice, on va dire l'impact,
06:15davantage que la méthode qu'on a utilisée.
06:17Donc ça, c'est l'avantage aussi de l'alternance,
06:19c'est que ça nous ouvre des portes sur la manière d'enseigner
06:23qui sont très différentes des enseignements académiques classiques
06:26où la modélisation, l'esprit en tout cas,
06:29est plus standardisé sur la manière de produire les choses.
06:32D'ailleurs, à propos d'impact, vous dites la prise de conscience
06:36qu'une école est une organisation à impact au carré.
06:40a été moteur dans l'organisation de notre stratégie.
06:42Déjà, qu'est-ce que vous voulez dire par là ?
06:44Une organisation à impact au carré ?
06:49Quand il y a quelques années, on s'est décidé à transformer l'école
06:52pour en faire l'école des responsables numériques
06:56qui deviennent en fait des chefs de projet responsables tout court,
07:00au sens où ils ont une conscience de l'impact,
07:02donc le numérique responsable,
07:05on a cherché un positionnement.
07:06Et le positionnement, c'était de dire
07:07toutes les personnes qu'on va former vont se retrouver dans les entreprises,
07:10demain, après-demain, ils vont changer.
07:12Et chaque fois qu'ils seront en capacité de lever la main en disant
07:15« moi, je suis capable de faire ce prototype »
07:17en prenant en compte en tout cas les impacts sociaux et environnementaux
07:21du dispositif digital que l'entreprise va lancer,
07:25donc chaque fois que quelqu'un est capable de lever la main en disant
07:27« je suis capable de le faire mieux, avec plus de sens »,
07:31je me dis qu'on a marqué un point,
07:33qu'on a aidé les entreprises à bouger, à aller dans le bon sens.
07:36C'est ça l'impact au carré, c'est que ce n'est pas tout de suite,
07:38c'est quand les étudiants seront en poste, en position,
07:40qu'ils auront ce réflexe acquis à l'école,
07:43cette capacité à se dire « c'est faisable, je vais oser proposer quelque chose
07:47qui sort un petit peu des sentiers battus et qui permet d'aller plus loin ».
07:51Ça, c'est important.
07:52– Vous la datez de quand, cette prise de conscience ?
07:55Parce qu'on a d'abord vécu, tous ensemble d'ailleurs,
07:59sur ce développement, cette généralisation des usages numériques,
08:04en n'ayant aucune conscience de l'impact environnemental du secteur.
08:08Parce qu'il y a un côté virtuel, on avait l'impression que ça n'en allait pas.
08:12De quand vous datez la prise de conscience ?
08:15– C'est une excellente question.
08:18Je pense que la première prise de conscience, c'est celle des impacts sociaux.
08:22C'est l'enfermement sur soi, les bulles.
08:25Là, il y a eu des bouquins, notamment le bouquin d'Helie Pariser,
08:28qui est sorti au début des années 2010, qui a été clé aussi.
08:32Mais il y a eu des bouquins avant, de chercheuses américaines,
08:35notamment sur la construction du soi, à travers l'interface avec le digital.
08:41Donc là, déjà, on avait pas mal d'indices sur cette dimension sociétale
08:44qui pouvait être préoccupante.
08:46Ensuite, il y a toujours eu la conscience,
08:48j'ai pas mal de l'esprit hacker, l'esprit bidouille,
08:51qui a toujours été très présent dans ce domaine-là,
08:53parce qu'il fait partie des pionniers,
08:54dans lequel on est conscient du fait que si les technos nous enferment,
08:59les boîtes noires, on a des risques pour les libertés.
09:01Donc ça, c'était important.
09:02Alors, quand est-ce que c'est arrivé ?
09:05Bon, il suffit d'aller une fois dans un serveur de données dans sa vie
09:08pour voir le bruit, pour voir la matérialité de ce que ça représente.
09:12Donc c'est pas du tout virtuel.
09:14Il faut se représenter les câbles sous-marins qui traversent la planète.
09:17Il faut se représenter aujourd'hui les 14 000 satellites de Starlink
09:20qui tournent autour de la Terre.
09:22Le million espéré par Musk dans les années qui viennent.
09:26Voilà, donc c'est extrêmement concret.
09:30On tourne autour de 3-4 % des besoins en énergie de la planète aujourd'hui.
09:35C'est énorme et ça va grandir.
09:39Voilà, donc on est dans une exponentielle, littéralement,
09:42une exponentielle un peu aveugle.
09:45On ne se pose pas trop la question, en fait, de la finalité
09:48et on évite de trop regarder les impacts aujourd'hui.
09:51Ce qui est d'ailleurs, on parlera évidemment d'intelligence artificielle dans un instant.
09:56Mais je voudrais qu'on prenne quelques minutes pour se concentrer sur vos méthodes pédagogiques.
10:02Vous dites apprendre en faisant, c'est ça ?
10:05Alors, je peux bien imaginer de quoi il s'agit,
10:09mais je voudrais que vous nous expliquiez en détail.
10:11C'est une approche, les anglo-saxons appellent ça « learning by doing ».
10:16C'est relativement répandu, mais nous, on a voulu donner une dimension supplémentaire.
10:20C'est-à-dire qu'on demande aux entreprises, on invite les entreprises
10:23à venir avec leurs cas réels, leurs cas concrets,
10:26ou les présenter, les présenter aux étudiants, les faire travailler dessus.
10:30Donc, on a une cinquantaine de projets chaque année avec des entreprises.
10:34Je vais vous donner quelques exemples.
10:38SOS Méditerranée, qui est une association qui s'occupe d'essayer de sauver
10:42les naufragés migrants à travers les Méditerranées.
10:46Nous vous arrivons en Europe.
10:47Oui, nous vous arrivons en Europe, absolument.
10:50Et chaque mission menée par SOS Méditerranée, c'est des millions d'euros de coûts.
10:55Donc, ils ont des besoins constants.
10:58Et là, leur problématique, c'était de faciliter les micro-dons de la part des jeunes.
11:03Donc, on a travaillé avec les étudiants sur comment on construit une application
11:08dans laquelle on matérialise mieux, on imagine mieux ce à quoi va servir les dons.
11:14Donc, l'application permet de visualiser le prix d'une couverture de survie, d'un repas, etc.
11:19Et donc, ils l'ont adopté.
11:20Enfin, on a bossé là-dessus.
11:22On a un autre exemple, toujours à impact, mais ça, c'est vraiment du concret.
11:26Donc, on part du concret.
11:27On est aux urgences de l'hôpital Saint-Antoine.
11:29Chaque matin, il y a un planning qui est fait en disant, toi, tu fais ci, toi, tu fais ça.
11:33Et une heure plus tard, il faut tout refaire parce que c'est les urgences.
11:38Et donc, refaire le planning et les attributions des postes en live et en direct,
11:41ça nécessitait aussi une petite application.
11:43Donc, on a bossé là-dessus.
11:46Qu'est-ce que j'ai comme exemple ?
11:47Est-ce que c'est aussi un moyen de préparer vos étudiants, le fait d'apprendre en faisant,
11:54justement à l'évolution des technologies ?
11:56C'est-à-dire à acquérir finalement cette capacité, cette souplesse ?
12:02Absolument.
12:03C'est très, très juste comme remarque.
12:07En fait, on ne voudrait pas qu'ils soient prisonniers d'une techno ou d'un métier en particulier.
12:11Il faut qu'ils aient cette souplesse.
12:12Donc, toujours regarder l'objectif, l'impact et se demander quelle est la techno ou l'outil qui est le
12:17plus adapté pour ça.
12:19Chaque année, on organise avec tous les élèves de quatrième et cinquième année une grande fête,
12:25qu'on appelle la fête du digital utile, en anglais, la Maker Week.
12:30Et on invite une dizaine, une douzaine de projets à impact.
12:34Et avec des partenaires éditeurs, Adobe, Autodesk, etc.,
12:39on crée des petits ateliers 3D, vidéo, etc.
12:43Et les élèves sont invités à changer de spécialité
12:46et travailler sur un projet à impact qui vient d'une assos, du quartier en général.
12:50On n'est pas loin, on est dans le 11e, donc voilà, on a plein d'assos autour de nous.
12:55Et une semaine plus tard, ils rentrent ça, ils le présentent dans une grande fête.
12:59On ouvre l'école à tout le monde.
13:00Vous êtes invité le 5 juin prochain à découvrir les travaux des élèves au bénéfice.
13:07Alors, il nous reste pas mal de thèmes à aborder, on parle d'IA dans un instant.
13:10Mais d'abord, la question de celui qui était à votre place la semaine dernière,
13:14Jean-Thomas Schmitt, le patron d'Epner.
13:17Question sur le rapport des jeunes au monde du travail, on l'écoute.
13:22Bonjour David.
13:23Je sais que vous formez de nombreux jeunes au sein de votre campus.
13:28Moi, j'aurais été très intéressé par savoir quel est leur regard aujourd'hui sur le monde du travail.
13:34On en parle beaucoup entre nous.
13:36J'aimerais aussi avoir ce feedback de la part des jeunes qui sont formés sur votre campus.
13:41Waouh, belle question.
13:42Est-ce que le travail prend, c'est peut-être un cliché,
13:45mais moins de place potentiellement dans leur vie ?
13:49Est-ce qu'ils vous expriment ça ?
13:50Ou alors, est-ce qu'ils disent, je veux bien que ça prenne autant de place,
13:53mais que ça ait du sens ?
13:54C'est à peu près ça.
13:56On pourrait le dire aussi en des termes un petit peu différents.
13:58Je pense que la première chose qui ressort, c'est la fragilité.
14:01Moi, je les ressens comme fragiles.
14:04On les reçoit beaucoup, on les écoute, comme je le disais tout à l'heure.
14:06Donc, cette fragilité, elle implique de repenser la relation que les jeunes vont avoir avec l'entreprise, le travail.
14:15Donc, ils sont très suspicieux, sourcilleux sur les conditions de travail.
14:21Bon, c'est pas... Voilà.
14:22Et donc, le deal doit être clair.
14:25Ça, c'est très important.
14:26Donc, ils sont jeunes, c'est normal, ils ont une approche un peu méfiante.
14:29Mais ce qui est clair et qui revient souvent, c'est, ok, à un certain moment, ça s'arrête.
14:35Et moi, j'ai un besoin d'épanouissement, de construction personnelle, de retrouver sens.
14:41Je suis pas certain que l'entreprise va me donner ce sens-là.
14:44Bon, c'est pas... Effectivement, c'est une question qu'ils peuvent se poser.
14:47Mais ils ont besoin de se retourner vers le sport, de se retrouver ensemble, de se socialiser, beaucoup.
14:52Donc là, nous, on essaie aussi de leur proposer des activités sociales en dehors de l'école ou en dehors
14:56du travail.
14:58Et je pense qu'effectivement, pour eux, la clé de l'épanouissement, c'est plus immédiatement, en tout cas, l
15:04'entreprise, le travail, le métier.
15:06C'est d'abord la vie sociale en dehors de ça.
15:08Alors, on parle de l'IA, comme promis, avec une autre citation.
15:13Vous dites que l'intelligence artificielle n'est pas une menace si l'on se forme et que l'on
15:16repense son poste de travail pour l'augmenter.
15:20Alors, j'entends cet argument, mais il y a quand même...
15:26On ne peut pas gommer les signaux négatifs qui sortent en ce moment sur le marché de l'emploi.
15:32Notamment pour les juniors que vous formez, dans le cabinet de conseil, il y a des métiers où on s
15:38'est dit
15:38est-ce qu'on continue d'embaucher des juniors et pour leur faire faire quoi ?
15:42Alors, moi, je ne veux pas diminuer ou masquer la tension et la pression énorme qu'il y a.
15:49En deux mots, c'est une bulle comme on n'en a jamais vu en termes d'investissement financier.
15:54La bulle Internet était conséquente, mais alors là, on est dans des proportions qui sont de 10 à 20 fois
15:58plus
15:58en termes d'argent investi sur le secteur.
16:01Donc, qui dit bulle financière dit attente de la part de l'économie en général, de la part des marchés.
16:09Attente auxquelles les entreprises répondent très souvent en disant
16:11« Ben voilà, on va décider de se séparer de la moitié de nos effectifs en deux jours ».
16:18Donc, c'est une vraie pression.
16:20C'est un peu angoissant.
16:22Notre rôle à l'école, c'est de dire, ou de faire en sorte en tout cas, que les IA
16:27soient utiles aux salariés dans les entreprises.
16:29Donc, qu'ils puissent saisir des IA et au bénéfice de leur poste de travail, c'est le sens de
16:36ma phrase,
16:38leur poste de travail traditionnel, augmenter leur efficacité, la qualité des rendus.
16:43Je donne un exemple.
16:44Un assistant, une assistante, dont une des tâches est de classer, trier des factures, tous les jours, toutes les semaines.
16:51Ce sont des tâches qui sont facilement automatisables à travers quelques process, quelques IA très accessibles.
16:58Donc, l'enjeu, c'est de faire en sorte que cette assistante prenne d'elle-même l'initiative de mettre
17:06en place ces outils
17:07pour dégager du temps, pour faire d'autres choses, pour être meilleur dans tel autre...
17:11de retrouver de la valeur ajoutée, en tout cas, dans son poste, plutôt que de se voir remplacer
17:16quelques semaines ou quelques mois plus tard par quelqu'un qui arrive en disant
17:20« Voilà, j'ai un super process, un salaire en moins, etc. »
17:23Voilà, donc le but pour nous, c'est cette approche, l'IA, utile aux gens dans l'entreprise.
17:28Il y a un enjeu de souveraineté, alors pas seulement autour de l'IA, mais notamment autour de l'IA.
17:36La France, elle est dans le bon train, elle peut encore monter dans le train ?
17:39Parce que quand on voit, effectivement, le montant d'investissement, c'est à la fois des États qui sont en
17:46concurrence,
17:46et puis les géants du numérique.
17:49Donc, est-ce que la France peut encore monter dans le train, pour vous ?
17:54Je ne vais pas me prononcer, mais je salue, en fait, le fait que beaucoup, beaucoup d'entrepreneurs et d
18:03'hommes publics ou femmes publiques en France
18:04soient conscients de ça, et ce n'est pas nouveau, ça fait longtemps qu'on se pose la question de
18:09la souveraineté.
18:10Je pense que Vivatec, par exemple, et le travail qu'a fait Maurice Lévy ou d'autres personnes à travers
18:15ces initiatives sont clés dans la prise de conscience
18:17du fait qu'on peut se doter d'outils.
18:19C'est très important parce qu'en fait, tout ça, c'est du traitement de la data.
18:24La data nous décrit, décrit le monde, c'est la data qui rend possible, en fait, les usages qui sont
18:29dans le digital ou avec les IA.
18:32Cette data, on en parle comme une sorte de nouvelle or noire, c'est peut-être plus que ça encore,
18:38c'est-à-dire que ça nous décrit, ça nous permet d'interagir ou d'agir sur les humains qui
18:43constituent la société.
18:44Donc il y a deux aspects. Il y a comment l'économie française ou européenne continue d'être souveraine sur
18:50la maîtrise de la donnée.
18:52Et l'autre sujet, qui est un peu plus politique, un peu moins concret, c'est la liberté des citoyens
19:00et ce qu'elle va devenir.
19:01Voilà. Et donc là, je peux dire, sans trop risquer de me tromper, que l'Europe n'est pas suffisamment
19:09avancée sur ce sujet,
19:10qu'on a le DSA qui est en cours d'implémentation au niveau...
19:14Le Digital Services Act.
19:16Exactement. Merci.
19:18Et donc ça ne va pas assez vite.
19:19Et les acteurs qu'on a en face de nous sont beaucoup trop gros pour qu'on soit en capacité
19:22de leur répondre de façon efficace.
19:23Mais on est déjà dépendant, enfin presque complètement dépendant, à l'économie des plateformes, qui ne sont pas européennes.
19:30Donc c'est pour ça que je parlais de la capacité à monter dans le train.
19:33Donc oui, je pense qu'il faut qu'elle se fasse d'un point de vue économique.
19:38On a compris que d'avoir mis toutes nos données de santé chez Microsoft, ce n'était pas forcément une
19:42bonne idée.
19:43Mais voilà, on a mis cinq ou dix ans à comprendre, ce qui était évident au départ.
19:46Donc il faut qu'on se dote d'outils rapidement.
19:49Alors là où je suis optimiste, c'est mon job.
19:53Moi j'aime bien les discours optimistes, allons-y.
19:56Là où je suis optimiste, c'est qu'on est certainement au tout début d'énormes évolutions technologiques.
20:01Et je pense que ça, pas mal d'acteurs l'ont compris en se disant,
20:03ok, ce n'est pas trop tard pour faire un cloud souverain,
20:06donc des serveurs de données souverains en Europe, en France.
20:09Ce n'est pas trop tard pour réécrire les lignes de code avec de l'open source français
20:15ou dans lequel on maîtrise ce qu'on fait,
20:16on puisse ouvrir la boîte et comprendre ce qui se passe.
20:19Donc ça, on l'a vu par le passé.
20:23Donc on peut recommencer, ce n'est pas interdit.
20:26Vous contribuez à cette logique d'open source.
20:30Alors il faudra vous m'expliquer parce que je ne suis pas pointu,
20:33mais le DC Shift, c'est quoi exactement ça ?
20:36Le DC Shift, en fait, c'est l'initiative qui a conduit l'école Digital Campus
20:40à basculer, à pivoter vers la notion de responsable numérique,
20:46numérique responsable.
20:47Donc c'est tout l'ensemble de nos initiatives, RSE,
20:50et y compris la dimension souveraine.
20:52Et il y a une logique d'open source derrière ça ?
20:55On court après la balle, mais on court.
20:58Donc on essaie de mettre en place et de sensibiliser les élèves
21:01aux outils open source.
21:03On a des solutions françaises qui tournent.
21:04Il faut s'en servir.
21:05Les associatifs sont très forts là-dedans.
21:08Et voilà, il faut qu'on les pousse.
21:11On est en train de travailler dessus.
21:14Votre école est engagée dans la Convention des entreprises pour le climat.
21:17C'est des gens qu'on aime beaucoup, qu'on a souvent reçus ici.
21:22Depuis quand ? Pourquoi ce choix ?
21:24Le hasard ?
21:27Non, pas le hasard.
21:28En fait, il y avait une congruence du projet, du timing
21:32et de l'initiative de la CEC, qui est une initiative absolument formidable.
21:39Humaine, une expérience humaine extraordinaire.
21:42On a appris à partager des expériences, des points de vue
21:46avec des gens très différents de tous les domaines,
21:49tous les secteurs d'activité, de toutes les tailles d'entreprise.
21:52Donc on a pu écrire avec eux une feuille de route.
21:56Ce n'est pas évident, en fait, de changer...
21:57Il faut rappeler le principe, chaque entreprise définit sa feuille de route
22:02avec des engagements.
22:04Exactement.
22:04Mais il faut se mettre en confiance en se disant
22:06« Ok, on va faire piloter sa boîte, les équipes, le business model,
22:11la manière de se présenter auprès des étudiants, etc. »
22:15Donc ça, c'est un enjeu risqué.
22:18Pas évident, parce que ce n'est pas partagé par toutes les équipes spontanément.
22:21Il faut les éduquer, les accompagner, etc.
22:23Donc le fait qu'on ne soit pas seul et qu'on ait réussi à le faire avec tous les
22:26autres
22:27nous a énormément aidés.
22:28Et nous, on fait partie d'un groupe plus grand,
22:31et notre exemple, un groupe beaucoup plus grand,
22:33et notre exemple a permis à ce groupe de prendre conscience
22:36de la faisabilité, de s'engager dans des objectifs,
22:42des enjeux RSE, de façon efficace,
22:44et entre guillemets, payante, ce n'est pas le bon terme.
22:48Mais nous, aujourd'hui, quand on interroge les étudiants de façon objective,
22:53il y a les instituts qui l'ont fait,
22:55ils nous positionnent très haut dans la satisfaction du point de vue du sens
22:58qu'ils trouvent à l'école.
23:00Et alors, rentrons dans le détail, la feuille de route que vous avez définie,
23:04qu'est-ce que ça vous a amené à changer ?
23:07Alors, on a mis en place des enseignements,
23:12chaque étage de notre école, de la première à la cinquième année,
23:15donc avec un séquencement ultra précis,
23:18de façon à ne pas trop alourdir,
23:20on n'est pas une école de théorie,
23:22on n'est pas une école d'ingénieurs,
23:23donc on apprend en faisant,
23:24donc il y a un minimum qui se fait au niveau de l'enseignement théorique.
23:27Puis, assorti à ça,
23:29on a demandé à tous les enseignants de travailler
23:31sur les syllabus de cours,
23:34de façon à intégrer la question de l'impact.
23:36On a créé des moments précis,
23:38on dit, voilà, ici c'est atelier éco-conception,
23:40ça dure trois jours,
23:41et on apprend à faire et avoir de l'impact tout de suite.
23:44On a adressé également la question sociétale,
23:48donc là on travaille avec l'ARCOM,
23:50qui est un partenaire qui vient chaque année
23:51pour l'éducation et l'information,
23:54alors c'est devenu un sujet digital,
23:57avec les fake news.
23:59Là, pareil, c'est concret,
24:01il y a les start-up,
24:02ou des jeunes pousses qui viennent présenter leurs solutions.
24:06Et enfin, la semaine de l'impact,
24:10ou du digital utile dont je vous parlais,
24:11qui fait partie du programme.
24:13Il y a plein d'autres choses qui sont...
24:15Pardon, j'oublie une chose importante,
24:17on a créé un référentiel d'éco-conception,
24:22avec l'ARCEP,
24:23c'est-à-dire l'Autorité de Régulation des Télécoms,
24:28et l'ADEME,
24:29qui a un référentiel également sur le sujet,
24:32sur comment on peut diminuer son impact
24:34dans les usages digitaux.
24:37Ce référentiel, il est activé par les étudiants eux-mêmes,
24:40en autonomie,
24:40ils peuvent évaluer grâce à ce référentiel,
24:42c'est un peu une première,
24:43c'est pour ça que je le dis,
24:44on est encore en phase de finalisation,
24:46les étudiants peuvent tout seuls
24:49évaluer l'impact de leur projet digital,
24:51et donc l'améliorer,
24:53en tout cas prendre conscience,
24:54et présenter les impacts.
24:56Voilà.
24:56Donc c'est un long programme,
24:57c'est beaucoup de boulot,
24:58ça n'a pas l'air de grand-chose comme ça,
24:59mais si.
25:00On en prend conscience.
25:01Merci beaucoup, David Pouidhomme,
25:02et à bientôt sur Bsmart4Change.
25:04On passe tout de suite à notre rubrique
25:06consacrée aux startups éco-responsables.
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