- il y a 9 mois
Alain Duhamel, éditorialiste et essayiste français, est à l'honneur d'un documentaire, "La retraite, moi, jamais !", diffusé dimanche soir sur France 5. Il publie aussi ses "Portraits et croquis" de politiques aux éditions de l'Observatoire. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/le-grand-entretien-du-dimanche-18-janvier-2026-1380213
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00:00Face à Duhamel, un grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous avons le bonheur de recevoir un éternel jeune homme, mémoire vive de la Vème République.
00:10Il est devenu, à en croire, le documentaire qui lui est consacré une institution.
00:15Il a couvert pas moins de 11 élections présidentielles, interrogés, rudoyés parfois, ces 8 présidents, des présidents et des politiques.
00:24François Hollande, Emmanuel Macron mais aussi Jean-Luc Mélenchon rendent hommage dans un documentaire absolument passionnant à celui qui a annoncé sa retraite mais qui ne la prendra jamais.
00:36Alain Duhamel, la retraite, moi, jamais. C'est le titre de ce doc diffusé ce soir à 23h sur France 5 et réalisé par Fabrice Pierrot.
00:46Alain Duhamel qui publie « Les politiques, portraits et croquis » aux éditions L'Observatoire. Ce sera en librairie la semaine prochaine, le 22 janvier.
00:55Bonjour Alain Duhamel.
00:56Bonjour.
00:57Bonjour.
00:57Et bienvenue.
00:59Questions, réactions, chers auditeurs, au 01 45 24 7000 ou sur l'application Radio France.
01:05Il y a déjà de nombreux auditeurs au standard qui veulent dialoguer avec vous, Alain Duhamel.
01:10Mais on va commencer avec une allocution solennelle, celle du président de la République.
01:16C'est impossible d'avoir des souvenirs de la vie politique contemporaine sans qu'il y ait la présence d'Alain Duhamel.
01:24Une allocution courte, probablement la plus courte depuis le début de son premier quinquennat, Alain Duhamel.
01:31Qu'est-ce que ça vous évoque, cette idée qu'on ne vous identifie ou qu'il n'identifie la vie politique française à votre présence, vous qui vous êtes invité dans des millions de foyers à travers la télévision, la radio, la presse écrite ?
01:47On se dédouble un peu à force, c'est-à-dire qu'à la fois on écrit, on parle, on s'exprime.
01:55Et puis au bout d'un certain temps, on se regarde et d'une certaine manière, on se compare à soi-même et à ce qu'on a été.
02:04Et c'est vrai que ça implique une part de modestie dans ces cas-là.
02:10Ça implique une part de modestie, ça implique aussi de notre part, en tout cas, une forme de respect.
02:16Vous savez qu'il y a plus d'archives de vous à l'INA que pour Michel Drucker ?
02:21Oui, on m'a dit ça.
02:24Il faut dire que j'ai fait un certain nombre d'émissions.
02:26Alors lui aussi.
02:27Lui aussi.
02:28Mais lui dans un registre plus populaire en tout cas, dans un registre moins polémique parfois.
02:33Oui, bien sûr.
02:34Il y a quand même quelque chose d'inhabituel dans la position qui vous offre ce documentaire qui est diffusé ce soir sur France 5.
02:40Parce qu'habituellement, vous êtes l'observateur, vous êtes le journaliste.
02:43Et là, tout d'un coup, c'est vous qu'on observe.
02:46Comment vous l'avez vécu, ça ?
02:48Heureusement, comme je ne suis pas du tout exhibitionniste et qu'en plus, j'ai toujours essayé de préserver au maximum tout ce qui était vie privée.
02:57Donc déjà, le fait qu'on voit mon appartement, enfin mon appartement, une pièce, mon épouse, sa soeur jumelle.
03:04D'ailleurs, c'est la même chose.
03:05Et puis, la maison de Monoblé ou l'île-dieu.
03:09Bon, c'est vrai que je ne suis pas du tout habitué à ça.
03:14Non, c'est la première fois qu'une caméra est entrée d'ailleurs chez vous à l'île-dieu.
03:16Oui, oui, absolument.
03:18Et bon, ça fait bizarre.
03:21Honnêtement, quand on le revoit après, sur le moment, pas du tout.
03:25Sur le moment, c'était très naturel.
03:26Mais en le revoyant après, je me suis dit un petit peu, celui-là, il s'exhibe.
03:33Il s'exhibe alors que vous restez malgré tout pudique.
03:37Alain Duhamel, la retraite, moi jamais.
03:39C'est donc le titre de ce documentaire qui retrace votre vie.
03:4260 années de vie politique, d'interview, de moments devenus cultes.
03:47Et on va y revenir, ils sont nombreux.
03:49Vous qui avez annoncé cet été seulement que vous preniez votre retraite de la vie médiatique.
03:53Vous êtes toujours sur BFM.
03:55Bon, une fois par semaine, seulement, j'allais dire.
03:59La retraite, c'est quand l'actualité cesse d'être fascinante, je vous cite.
04:03C'est-à-dire jamais.
04:04C'est ce que vous dites dans le documentaire.
04:06Elle est impossible la retraite quand on est un passionné d'actualité comme vous ?
04:11Oui.
04:12Alors d'abord sur le principe.
04:14Et puis oui sur les circonstances.
04:16Parce qu'on est quand même dans une période tellement atypique, révulsive, dangereuse.
04:22Oui.
04:22Qu'on n'a pas envie de prendre un verre en regardant un vieux film.
04:29On a le nez sur ce qui se passe.
04:31Si on est journaliste, en tout cas, je pense que c'est difficile.
04:34Et puis moi j'ai toujours été fasciné.
04:35Non mais avouez que vous avez une passion étonnante, une passion rare, on va dire, même en voie de disparition.
04:41Cette passion pour la politique à une époque où on est aujourd'hui face à la désaffection par rapport à la vie publique.
04:49Vous vous êtes encore attaché à la chose publique plus que jamais aujourd'hui.
04:54Bah oui.
04:54Alors d'abord parce que c'est plus nécessaire que jamais.
04:56Donc c'est aussi pour ça que j'ai un côté défense des intérêts publics.
05:03Bon et puis je ne vais pas raconter l'histoire.
05:06Depuis que j'ai 10 ans, je suis passionné par les affaires publiques.
05:15Quand j'avais 10 ans, j'avais une arrière-grand-mère qui était née sous Napoléon III et qui avait été une de ces femmes qui avant la guerre de 1914 revendiquaient le droit de vote, etc.
05:25Et qui avait été en retraite juste à côté de la maison.
05:29Et quand j'avais 10 ans, tous les dimanches, je devais aller lui faire un résumé de l'actualité politique.
05:34Pas de l'actualité, l'actualité politique.
05:37Alors on l'a dit, au cours de vos 60 ans de carrière, il y a eu plein de grandes dates.
05:41Il y a eu par exemple ce débat entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand.
05:46Il y en a eu beaucoup d'autres.
05:47Vous avez reçu Georges Marchais aussi.
05:50Quel est le moment, vous diriez, aujourd'hui, qui vous a le plus marqué, le moment le plus important ?
05:57Alors, politiquement, je ne vais pas vous faire une réponse de Normand, bien que je sois Normand.
06:05Politiquement, c'est le premier duel télévisé entre Valéry Giscard d'Estaing et François Mitterrand.
06:12En 1974.
06:13C'est ça, parce que c'était Michel Bassier et moi qui l'avions quasi imposé.
06:18C'est-à-dire qu'on avait été demandé à Giscard s'il était d'accord.
06:22Comme il considérait qu'il était le meilleur, il avait dit tout de suite oui.
06:25Puis j'avais été voir François Mitterrand, que je connaissais bien, j'avais fait un livre avec lui, etc.
06:30Et je lui ai dit, de toute façon, lui était réticent, ne serait-ce que parce qu'à l'époque, il était très mauvais à la télévision.
06:37Il arrivait comme un avocat avec des gros dossiers, comme s'il allait plaider.
06:41Pour l'année dernière, ce débat a eu lieu ici, à la maison de la radio.
06:44Absolument. Et je lui ai dit, de toute façon, vous ne pouvez pas dire non, parce que comme il a dit oui, si vous dites non, on dira que vous vous dérobez.
06:52Donc on l'a fait.
06:54Et notre rôle a été nul pendant le débat, parce que c'était la condition des deux côtés pour que ça ait lieu.
07:02Maître des horloges, vous étiez.
07:03Voilà, c'est ça, exactement. On était des huissiers.
07:06Mais en revanche, on est arrivé à organiser le premier débat contradictoire, libre, avec une écoute gigantesque.
07:13Et c'est ça qui est passionnant.
07:16La veille du débat, il y avait eu un ultime sondage qui donnait 50-50.
07:22Donc si, peut-être, un débat, un jour, a vraiment eu un impact sur l'élection, c'est celui-là.
07:32Oui, parce qu'on se dit toujours que les débats présidentiels n'influent pas sur le résultat final.
07:36Voilà, qu'ils arrivent trop tard, quand les gens ont déjà fait leur opinion, et au fond, sont pour leur candidat et contre l'autre, sans jamais changer.
07:43Mais là, d'abord, c'était la première fois, et puis ensuite 50-50.
07:47Alors, dans ce documentaire, on entend votre femme qui dit « c'était simple », c'était ou il quittait BFM ou c'était moi.
07:56C'était... Elle le dit en souriant, d'ailleurs.
08:00Mais elle accepte la situation actuelle qui est, selon qu'on veut être gentil ou méchant, soit une demi-retraite, soit une fausse retraite.
08:08Une demi-retraite, une fausse retraite, et il y a un style du Hamel.
08:12Et ce style du Hamel, celui qui en parle peut-être le mieux dans le documentaire, c'est quelqu'un que vous connaissez bien, Jean-Luc Mélenchon.
08:19Il a une forme de bonhomie qui vous met à l'aise.
08:22Bon, maintenant, attention à la bonhomie du personnage, c'est un cobra dans une peau de l'outre.
08:28Un cobra dans une peau de l'outre !
08:31Mais j'aime bien débattre avec Mélenchon.
08:35Je crois qu'il aime bien débattre avec moi.
08:36Et comme, en règle générale, il n'aime pas tellement débattre avec les journalistes, je considère que c'est plutôt un privilège.
08:42Vous dites débattre et non pas interviewer.
08:44Ah oui, non, avec lui, je débats, là.
08:46Mais il faut dire que j'ai eu...
08:47Quand je parle comme ça, c'est comme si j'étais un peintre connu.
08:52Mais j'ai eu une période interviewer, qui a été la plus longue de loin.
08:56Et maintenant, l'âge venu, etc., je suis une période débatteur.
09:01Et c'est vrai qu'on vous a vu débattre, et à de nombreuses reprises, sur des radios, des télévisions.
09:08Et puis, il y a donc ce style d'UML.
09:11Il y a un moment très important.
09:14On vous voit, journaliste tout gamin, vous avez 22 ans à Sciences Po.
09:18Vous rentrez au service politique du Monde.
09:20Vous avez créé des émissions qui ont été de grands succès.
09:23Carte sur table, L'heure de vérité.
09:2560 ans que vous observez la vie politique.
09:28Et puis, il y a un moment, un moment véritablement important.
09:32C'est lorsque vous demandez à François Mitterrand, en 1981, sa position sur la peine de mort.
09:37Et c'est tout le paradoxe.
09:39Vous lui posez la question de savoir, à la toute fin d'une émission, ce qu'il pense de la peine de mort.
09:44Et il vous annonce qu'il l'abolira.
09:47Et qu'est-ce qui se passe quand vous sortez du studio ?
09:50Son équipe de campagne vous tombe dessus, Alain de Jamel.
09:52Il y avait un public et les trois premiers rangs, c'était ses collaborateurs, ses amis, etc.
09:59Et quand je suis descendu, ils se sont rués vers moi, quand je dis ils, une dizaine.
10:04En me disant, c'est un scandale, c'est un piège que vous avez gardé pour la fin.
10:09On voit bien de quel côté vous penchez, etc.
10:12C'était assez véhément.
10:14Mais lui, il vous a remercié.
10:16Et lui, on était sur une petite estrade.
10:19Enfin, quand je dis estrade, il y avait deux marches.
10:21Mais il est venu à ce moment-là, il m'a mis la main sur l'épaule et il m'a dit,
10:24je vous remercie de m'avoir posé cette question.
10:27Et là, je n'en rajoute pas.
10:30Ceux qui, 30 secondes avant, me traitaient de tous les noms, se sont précipités les mêmes
10:36pour me dire, oh, c'est formidable, quel courage.
10:40Il n'y avait aucun courage à poser la question.
10:41Mais enfin, peu importe.
10:42Mais c'était de la comédia de l'Arte.
10:45Mais ça a été un moment de bascule pour le coup, puisque c'est effectivement un engagement.
10:49Ça l'a obligé à répondre et ça a été un engagement tenu en 1981 avec Robert Malinter.
10:54Et j'ai toujours pensé que ça n'avait probablement pas modifié beaucoup de votes,
11:00mais que parmi ses adversaires un peu cultivés, ça lui avait donné une respectabilité qu'il n'avait pas avant.
11:08J'ai pensé ça.
11:09Il y a une autre grande date qui marque votre carrière, qui marque aussi la vie politique française.
11:14C'est la première émission avec Jean-Marie Le Pen.
11:17Vous dites d'ailleurs dans le documentaire que c'est une des personnalités les plus charismatiques que vous ayez croisées.
11:23L'invitation, elle fait débat.
11:25Parce qu'en fait, l'équipe de l'ordre de vérité est divisée.
11:28Est-ce qu'il faut l'inviter, alors qu'il ne représente pas tant que ça dans les votes ?
11:32On vote pour, on vote contre, vous vous votez pour, à trois contre deux.
11:36Oui, exactement.
11:37Voilà, ça se décide comme ça.
11:39Rétrospectivement, alors que ce parti était marginal à l'époque, est-ce qu'il fallait le recevoir ?
11:44Parce que par exemple, en Belgique, il y a un cordon sanitaire.
11:46On ne reçoit pas le règlement national, l'extrême droite.
11:50À l'époque, c'était un énorme succès, sujet de bagarre.
11:54D'ailleurs, l'émission a eu lieu avec des CRS pour protéger, avec des menaces d'attentats.
12:03Et ça a été un sujet, c'était même plus du débat.
12:07C'était à la limite de la bataille.
12:10Bon, et moi j'ai été pour, avec un argument que je réutiliserai aujourd'hui,
12:17qui est, il se passe un phénomène nouveau, un phénomène politique nouveau,
12:21qui était qu'à chaque élection partielle, il y avait des élections municipales partielles
12:26qui s'aigrenaient autour de Paris en particulier,
12:29et il y a une poussée, une poussée inédite.
12:31L'extrême droite n'existait plus depuis la guerre, et là il y a une poussée.
12:35Et moi j'ai défendu l'argument en disant, il y a un fait politique nouveau,
12:39notre travail c'est, on traite l'effet politique nouveau.
12:42Mais est-ce que ça ne lui offrait pas une légitimité aussi ?
12:45Mais bien sûr.
12:46Mais c'est intéressant parce que vous dites qu'il y avait deux superstars
12:49qu'il fallait avoir à l'époque sur un plateau, c'était Georges Marchais.
12:52Et lui, il y avait des hommes d'État plus importants qu'eux,
12:54mais c'était avec eux que les interviews étaient les plus intéressantes.
12:58Et les plus difficiles.
12:59Et les plus difficiles.
13:01Les plus sportives, dites-vous, vous l'amateur de sport.
13:03Oui, oui.
13:04Et on va filer au Standard d'Inter justement, retrouver Nicolas qui a une question pour vous.
13:09Bonjour Nicolas.
13:10Bonjour Ali.
13:10Bonjour Marion.
13:11Bonjour.
13:12Et bienvenue dans le Grand Entretien avec Alain Duhamel.
13:14Oui, bonjour M. Duhamel.
13:16Bonjour.
13:16Bravo pour cette carrière.
13:18Je voulais savoir, au temps de l'ORTF,
13:20est-ce que le pouvoir politique vous a imposé des personnalités
13:23que vous ne vouliez pas interviewer ?
13:25Ou au contraire, vous a interdit d'interviewer certaines personnalités politiques ou non ?
13:30Je pense par exemple à l'interview de Bokassa Premier ou d'autres personnalités.
13:35Et je voulais dire aussi...
13:37Oui, allez-y, allez-y.
13:38Je voulais dire qu'il y a eu une demi-heure, il y a eu une interview, bien sûr, qui était très glaçante pour moi.
13:45Je pense que beaucoup d'auditeurs ont trouvé cette...
13:46Avec l'ambassadeur de la République et Samy Guirant.
13:49Voilà, merci beaucoup.
13:51Merci à vous, en tout cas, Nicolas.
13:52Est-ce qu'on vous a imposé des invités, Alain Duhamel, même à l'époque de l'ORTF ?
13:56Non, on ne m'a jamais imposé d'inviter.
13:58En revanche, on a, à plusieurs reprises, essayé de m'empêcher d'inviter.
14:03C'est tellement vrai qu'à un moment, le ministre de l'Information, qui s'appelait Gorse,
14:10a voulu m'interdire d'inviter Krivine.
14:16Bon, Krivine, à l'époque...
14:16Alain Krivine, qui était un représentant trotskiste de l'extrême-gauche de l'époque.
14:20De la Ligue révolutionnaire, c'est ça.
14:21Et il a voulu me l'interdire.
14:23Et il l'a fait par communiqué à l'AFP.
14:26Et moi, j'ai fait un communiqué à l'AFP pour lui dire qu'à ma connaissance,
14:29c'était nous qui décidions de nous inviter.
14:32Alors, vous avez travaillé dans un nombre innombrable d'endroits, de lieux,
14:36et notamment dans l'audiovisuel public.
14:38Vous avez connu l'ERTF à l'époque de Pierre Desgroupe,
14:41à qui vous rendez hommage dans le documentaire.
14:43Qu'est-ce que vous pensez aujourd'hui des débats qui ont lieu autour de l'avenir de l'audiovisuel public ?
14:50Certains qui voudraient le privatiser, d'autres qui voudraient le démanteler, les troisièmes, je ne sais quoi.
14:55D'abord, je suis tout à fait conscient du fait que c'est un genre d'attaque qui n'est pas simplement français,
15:02mais qui est occidental en ce moment, contre les télévisions et les radios publiques.
15:06Bon, ensuite, je trouve que c'est complètement débile.
15:11Complètement débile ?
15:13Mais oui, a fortiori venant de gens, ceux qui critiquent et attaquent,
15:17sont des gens qui se réclament en fait du libéralisme, et notamment du libéralisme économique.
15:23Quand on est un libéral en économie, on joue la compétitivité, le sport, la comparaison, la lutte, le match.
15:33Oui.
15:33Bon, eh bien, jouons-le.
15:36Et c'est ce que nous faisons.
15:37Oui, non mais pour moi, c'est absurde.
15:41Et l'idée de dire, c'est les Français qui paient, etc.
15:44Ben oui, les Français reçoivent beaucoup et paient beaucoup, dans beaucoup de domaines.
15:49Et puis franchement, de dire, parce qu'on paie tant par an, etc.
15:56Aujourd'hui, tout le monde, ou presque, enfin tous ceux qui peuvent en tout cas,
16:00s'abonnent à des choses qui leur coûtent beaucoup plus et qui leur apportent beaucoup plus.
16:04Tout le monde a un abonnement à Internet ou Netflix.
16:06Qui leur coûtent plus et leur apportent moins.
16:09Et les accusations de partialité de l'audiovisuel public ?
16:12Ah oui, ça existe. Il y a des partialités.
16:15Vous trouvez ?
16:15Oui, mais quelquefois dans un...
16:16On entend tous les points de vue.
16:17Voilà, quelquefois c'est dans un sens et quelquefois c'est dans un autre.
16:21Et il y a des partialités que j'aime bien et des partialités que je déteste.
16:24Ben oui, mais c'est la vie, c'est une société.
16:27Et ça n'est surtout pas le propre de la radio ou de la télévision publique.
16:32C'est comme ça parce que c'est la vie qui est comme ça.
16:35Bonjour Gérard et bienvenue sur France Inter.
16:38Vous aviez une question qu'on se pose tous à propos d'Alain Duhamel.
16:41Bonjour Marion, bonjour Ali.
16:43Bonjour Alain Duhamel.
16:45Bonjour.
16:46Effectivement, la question est relativement simple.
16:49Alain Duhamel, fin analyste de la vie politique française,
16:52en connaissant les arcanes,
16:55ayant, je dirais, une connaissance intime,
16:57n'avez-vous jamais caressé, je dis bien caressé l'idée,
17:00d'entrer dans l'arène
17:02et de combattre sur le terrain des mandats électifs
17:06et de la représentation
17:07de manière à faire évoluer la vie politique française ?
17:11Merci pour cette excellente question Gérard.
17:13Ça fait sourire Alain Duhamel.
17:14Alors, comme j'aime bien le sincère,
17:16on me l'a proposé plusieurs fois.
17:18On m'a même proposé des circonscriptions
17:20non seulement gagnables, mais gagnées.
17:23Qui ?
17:24Peu importe.
17:26Ça a été plusieurs fois.
17:27On m'a même proposé une fois d'entrer au gouvernement.
17:30Et ceux qui m'avaient proposé une circonscription
17:32n'étaient pas du même camp que ceux qui m'ont proposé
17:34d'entrer au gouvernement.
17:35François Bayrou ?
17:36Bon, non, je vous dis, on m'a proposé d'un côté,
17:39on m'a proposé d'un autre...
17:40Il y a prescription.
17:40Mais non, mais non, d'abord, il n'y a jamais de prescription.
17:43Il n'y a jamais de prescription.
17:45François Mitterrand, que vous avez bien connu,
17:47vous l'aurez-tu proposé ?
17:49Oui, je l'ai très bien connu.
17:50Ça n'est pas lui qui m'a proposé d'entrer au gouvernement.
17:53Non.
17:53Lui, il m'a proposé en revanche d'entrer au Conseil constitutionnel.
17:56Mais vous avez fait aussi preuve de choix
18:01que vous avez assumé publiquement.
18:03Je pense par exemple à l'engagement européen.
18:06Il y a Jean-Luc Mélenchon...
18:08Non seulement, je l'assume de plus en plus
18:09et il est de plus en plus nécessaire.
18:11Il est de plus en plus nécessaire, mais de plus en plus...
18:13Et de plus en plus frustrant, d'ailleurs.
18:14Oui, probablement, mais il vous imagine
18:17giscardien, Jean-Luc Mélenchon.
18:20J'étais giscardien.
18:21Alors, j'ai...
18:22Cette phrase-là, Alain Duhamel,
18:24elle peut surprendre de la part d'un intervieweur politique ?
18:29Alors, d'abord, ce n'est pas la première fois de ma vie
18:32qu'on met une étiquette politique
18:33et ça n'est pas un monopole que je subis.
18:35Non, mais vous la revendiquez.
18:36Il y a eu un moment...
18:37Non, je revendique les deux plus belles années que j'ai connues
18:40qui sont les deux premières années de giscard,
18:43qui a été un moment de modernisation de la société
18:46sur un rythme accéléré,
18:48d'autant plus intéressant pour l'observateur que j'étais,
18:51que ça venait du camp conservateur.
18:55C'était les conservateurs qui modernisaient.
18:58Ça ne s'est pas produit tellement souvent
18:59dans notre histoire politique.
19:02Bon, et c'était...
19:03Je le reconnais.
19:04J'étais très, très pour les deux premières années.
19:06Et d'ailleurs, en 1974, vous votez,
19:08non pas Giscard, mais...
19:10Mitterrand, oui.
19:10Mitterrand.
19:11Absolument.
19:11La politique, c'est quand même votre passion.
19:15Ça reste votre passion.
19:17Ce n'est pas le cas de tous les Français.
19:18D'après le baromètre Sevipov,
19:20trois quarts des Français disent ne pas avoir confiance
19:22dans le personnel politique.
19:23Et c'est un chiffre qui ne cesse d'augmenter.
19:26Et puis, il y a des émissions,
19:26comme par exemple l'émission Quotidien,
19:28qui a décidé d'arrêter de recevoir des politiques
19:30parce que trop d'éléments de langage,
19:32ça, c'est ce que dit Yann Barthès.
19:34Vous le regrettez, vous le comprenez,
19:36ce désintérêt, en tout cas ce désamour
19:38vis-à-vis de la politique ?
19:39Je ne suis pas sûr qu'il n'y a pas un désintérêt.
19:42Ne serait-ce que parce que les gens
19:44se plaignent tellement de la politique,
19:46ça signifie qu'ils considèrent
19:48qu'elles impriment et empruntent leur vie.
19:52Bon.
19:54Pour le reste, que la politique ait connu
19:56de meilleurs moments et que...
19:58Bon, moi, je me rappelle par exemple...
19:59Alors, vous allez dire que je suis vraiment vieux monsieur.
20:01Mais je me rappelle un débat à l'Assemblée.
20:05Ça, c'était au début des années 60
20:07où successivement, et s'affrontant successivement,
20:12et longuement dans un cas comme dans l'autre,
20:14Georges Pompidou, Premier ministre,
20:16François Mitterrand, leader de l'opposition,
20:18se répondant.
20:19C'était d'un niveau des deux côtés
20:21qui, aujourd'hui, est totalement inimaginable.
20:25C'est à cause des réseaux sociaux ?
20:25Mais inimaginable.
20:26Parce que vous parlez des réseaux sociaux
20:28dans le documentaire.
20:28Vous dites que la politique est mortelle,
20:30notamment à cause des réseaux sociaux.
20:31Alors, les réseaux sociaux ne la promeuvent pas,
20:33ils la baissent plutôt,
20:34enfin, à mes yeux, c'est certain.
20:36Mais à l'époque, c'était aussi une question de stature
20:39de ceux qui incarnaient la politique.
20:41Non, mais nos civilisations sont mortelles,
20:43disait Paul Valéry.
20:44Et en l'occurrence, dans le documentaire,
20:46vous dites oui, la politique est mortelle.
20:48Bien sûr.
20:49Elle est mortelle,
20:50mais elle est en danger de mort aujourd'hui ?
20:52Elle est mortelle,
20:52mais elle a toujours une vie de plus.
20:54Oui ?
20:55Oui, c'est-à-dire qu'elle est mortelle,
20:56mais comme elle est inévitable,
20:58elle renaît.
20:59Alors, elle a des bonnes périodes
21:01et des mauvaises périodes.
21:02Et c'est sûr qu'on est...
21:03Il est sûr que nous ne sommes pas
21:05dans une des meilleures périodes.
21:06D'accord.
21:07Il faut dire un mot,
21:09puisque vous êtes interviewé ouverte,
21:11et vous êtes également écrivain,
21:12quasiment historien,
21:14puisque vous n'avez cessé d'écrire
21:16au cours de ces 60 ans de carrière.
21:19Vous allez donc publier un livre
21:21qui va paraître la semaine prochaine,
21:23les politiques portraits et croquis.
21:25Vous n'en finissez pas
21:26de faire ce travail-là,
21:29d'essayer de les comprendre
21:31de l'intérieur,
21:31quasiment psychologiquement ?
21:33J'essaye d'alterner des livres
21:36qui sont plutôt des essais politiques
21:37et des livres qui sont plutôt
21:39des portraits politiques.
21:41Des caractères,
21:42comme dirait la brouillère.
21:43Oui, exactement.
21:44Je ne me mets pas à sa hauteur,
21:47bien entendu.
21:48Mais j'ai fait un certain nombre
21:50de livres, effectivement,
21:51de portraits.
21:53D'abord, c'est un exercice
21:54très amusant, le portrait.
21:56Ensuite, c'est un exercice littéraire
21:58et je manque un peu
21:59d'exercice littéraire
22:00dans la vie quotidienne.
22:02Donc, je suis heureux
22:03d'écrire un livre comme ça.
22:05Et puis, c'est un défouloir formidable.
22:07Parce que je dis ce que je pense
22:09de tous les politiques en exercice
22:11dont j'ai eu envie de parler.
22:13Donc, il y a un bonheur
22:15à avoir eu cette carrière.
22:16D'une certaine manière,
22:18c'est un défouloir.
22:19Dernière question,
22:20vous êtes Sineur ou Alcaraz
22:21puisque vous êtes l'un
22:22des plus grands passionnés
22:22de tennis que connaissent la France ?
22:24Je suis Alcaraz de loin.
22:26Non pas parce qu'il est
22:27forcément meilleur,
22:29mais parce qu'il est
22:30tellement plus amusant.
22:32C'est vraiment d'un côté
22:33le tennis latin
22:34contre de l'autre
22:35le tennis germanique.
22:37Voilà, et on aurait
22:37tellement de choses à vous dire.
22:38Selon les stéréotypes.
22:40Et beaucoup de sujets encore
22:42à aborder avec vous.
22:43Mais je recommande chaleureusement
22:44en tout cas de regarder ce soir
22:46France 5 à 23h,
22:48Alain Duhamel,
22:49la retraite ?
22:50Moi jamais !
22:51Il y a un point d'exclamation
22:52et de nombreux auditeurs
22:54vous disent
22:55j'aime encore et toujours
22:56sa lecture de l'actualité,
22:57sa distanciation
22:58face à ses interlocuteurs.
22:59C'est Cyril qui vous dit
23:00merci monsieur Duhamel,
23:02merci Alain Duhamel.
23:04Et donc,
23:05les politiques,
23:06portraits et croquis,
23:07ça sort la semaine prochaine
23:08aux éditions de l'Observatoire.
23:09Bon dimanche !
23:10Bonne journée !