Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 7 mois
Mariam Pirzadeh, journaliste à France 24 et ancienne correspondante à Téhéran et Chirinne Ardakani, avocate Franco-Iranienne, présidente de l'ONG "Iran Justice" décryptent la situation en Iran, après trois semaines de manifestations et une très violente répression du régime contre la population. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-du-we-du-samedi-17-janvier-2026-3680185

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Où en sont la révolte et la mobilisation en Iran ?
00:03Trois semaines de manifestations, une répression d'une violence absolument inouïe,
00:09plus de 3000 morts depuis le début des manifestations
00:12et beaucoup de questions encore sur ce qui se passe sur place
00:16dans ce grand pays de 93 millions d'habitants
00:19où la moitié de la population a moins de 30 ans.
00:23Comment imaginer l'avenir de l'aspiration à la liberté des Iraniens ?
00:27Grand entretien ce matin avec Marion Lourdes
00:30que nous consacrons à la situation politique en Iran
00:34et que les répressions sanglantes se poursuivent
00:38avec deux invités, deux spécialistes de l'Iran.
00:41L'une est journaliste à France 24, ancienne correspondante à Téhéran.
00:46L'autre est avocate militante des droits humains et présidente de l'ONG Iran-Justice.
00:52Myriam Pirzadeh, Shirin Ardakhani, bonjour à toutes les deux.
00:55Bonjour.
00:56Et bienvenue, nos auditeurs peuvent dialoguer avec vous au 01 45 24 7000
01:01ou sur l'application Radio France.
01:03Et il y a déjà de nombreuses questions d'auditeurs sur l'application.
01:07Mais on va d'abord partir de ce qu'on entendait dans le journal de 8h,
01:12de ces témoignages glaçants d'Iraniens au micro de Marie-Pierre Véraud
01:16où le sentiment qui dominait était la peur,
01:22la peur qu'on entendait à travers différentes voix.
01:25La mobilisation, est-ce qu'elle a été étouffée par le régime ?
01:29C'est ce que semblent indiquer des dépêches qui viennent de tomber à Téhéran.
01:34Des habitants ont déclaré que la capitale était calme depuis quatre jours.
01:37Ils font un tas de drones qui survolent la ville.
01:40Pas de manifestation hier ou jeudi.
01:44Est-ce qu'on peut dire aujourd'hui, oui, que cette mobilisation est étouffée ?
01:48Qui veut prendre la parole pour commencer, Myriam Pierzadé ?
01:51Oui, alors, effectivement, on constate des chars dans plusieurs villes d'Iran.
01:57En fait, il faut dire une chose, la République islamique a déclaré la guerre à son peuple,
02:01a déclaré la guerre à sa population.
02:02Donc, effectivement, on voit des chars, on voit des hommes armés qui circulent.
02:07C'est quasiment la loi martiale qui est en cours actuellement sur tout le pays.
02:11Coupure d'Internet depuis neuf jours, c'est du jamais vu.
02:14Jamais vu.
02:14C'est-à-dire qu'ils n'ont pas accès.
02:16Ils ont coupé 92 millions de personnes du monde.
02:19Ce qui fait que des Iraniens de Téhéran, par exemple, ne savent pas ce qui s'est passé
02:23dans le nord du pays, à Rashid, par exemple, où il y a eu au moins 400 morts visiblement
02:30dans le bazar, avec le bazar qui aurait été incendié.
02:34Effectivement, une répression extrêmement importante.
02:36On parle de 3000 morts là, parce que ce sont les chiffres des ONG,
02:39ce serait en réalité beaucoup plus, puisqu'il y a une phrase que toutes les personnes
02:43avec qui j'arrive à entrer en contact me disent, c'est
02:46« On connaît tous quelqu'un qui est mort ».
02:48Il y a forcément quelqu'un.
02:49On connaît tous quelqu'un qui est mort.
02:50On connaît tous quelqu'un qui est mort.
02:52Moi, j'ai pu m'entretenir avec un Iranien qui a réussi à sortir du pays il y a trois
02:59jours et qui a manifesté jeudi et vendredi.
03:02Il m'a dit « On était des millions dans la rue.
03:03On était des millions ».
03:05Et il a vu la répression de ses yeux.
03:07Il a vu 12 personnes être tuées devant ses yeux avec des mitraillettes, des kalachnikovs,
03:11des fusils d'assaut.
03:12Donc ce sont des armes de guerre qui sont utilisées contre les Iraniens.
03:15Donc forcément, la mobilisation dans ces cas-là s'éteint, puisque jeudi et vendredi
03:21derniers, il y avait des mamans avec des poussettes qui étaient dans les rues.
03:24Il y avait des personnes âgées, des personnes qui ont faim en fait, qui n'arrivent plus
03:27à vivre, qui n'arrivent plus à manger.
03:28Donc quand on voit qu'on leur tire dessus, elles rentrent.
03:31Les jeunes ont réussi à tenir un petit peu, trois, quatre jours encore.
03:34Et en fait, vu qu'il y a un blackout, et vous savez, là on reçoit seulement des
03:39vidéos de manifestations de jeudi 8 janvier.
03:41Tellement il y a un décalage.
03:43Donc aujourd'hui...
03:44C'est le jour de la coupure en fait.
03:45Le jour de la coupure, exactement.
03:46Donc aujourd'hui, on ne sait pas ce qui se passe à l'intérieur de l'Iran.
03:49Parce que manifester, c'est risquer sa vie que l'on descende dans la rue à Téhéran
03:52ou dans une autre ville.
03:54C'est ce que vous disent ceux que vous avez pu joindre.
03:57Vous avez notamment partagé le récit d'un homme qui est revenu d'Iran jeudi et qui
04:00vous a dit « L'un de mes amis a perdu ses trois enfants, 17, 20.
04:04Et 23 ans, des camions bennes déversent les corps dans les morgues devant les parents
04:10qui cherchent les leurs ».
04:11Question que je vous adresse, Chirine Ardakani.
04:16Est-ce que vous avez le sentiment que la mobilisation est également étouffée par le régime ?
04:21Est-ce que vous partagez, alors non pas ce constat, mais cette idée qui circule, cette
04:27petite musique qui circule dans cette tragédie qui se déroule à huis clos ?
04:33C'est le propre de la terreur que détouffait le cri des peuples légitimes en lutte, comme
04:39le peuple iranien qui, avec beaucoup de dignité et de courage face à la force du monde, a
04:45démontré qu'il était tout entier en prise avec ce combat et que c'est un combat à mort,
04:51la liberté ou la mort véritablement.
04:54Et la séquence qu'on voit, c'est véritablement l'ADN de la République islamique d'Iran.
04:58C'est la cruauté, c'est le sadisme, parce qu'il n'y a pas que les assassinats des manifestants.
05:04Mariam Pierzade l'a dit, c'est une guerre qui a été déclarée au peuple.
05:08Mais il y a aussi la mise en scène macabre de ces corps.
05:12Nous avons vu que l'acte 2 de la répression, c'est les aveux forcés.
05:17Par exemple, depuis quelques jours, à la télévision d'État, non content d'avoir tiré sur les manifestants,
05:23désormais, le régime iranien oblige les familles des endeuillés, alors même que les corps sont encore chauds,
05:29d'aller à la télévision d'État et faire des déclarations dictées par le régime
05:34pour dire que les manifestants, en définitive, étaient soit des émeutiers,
05:37soit des membres des gardiens de la Révolution pour confisquer les mémoires.
05:42Et on a vu, par exemple, des chantages insupportables aux dépouilles,
05:46c'est-à-dire que le régime, l'administration, ne rend pas les corps,
05:50ou alors les rend avec des taxes très importantes.
05:53Et il faut que les familles, pour récupérer les dépouilles, doivent payer.
06:00Et donc, quand je dis que c'est la terreur, c'est aussi le fait de briser et d'humilier.
06:05Et au fond, le message, c'est, voici le prix que vous allez payer désormais,
06:09et on va vous punir pour avoir osé braver le pavé.
06:13Donc, il y a là une séquence cruelle, mais aussi sadique.
06:17Et la loi martiale, effectivement, qui a été décrétée, nous rappelle ce qui s'est produit en 1980.
06:23Je rappelle que la Révolution iranienne intervient en 1979.
06:27Un an après, on a ces images, vous vous souvenez, de ce film d'animation de Marjan Satrapi,
06:34où on voit ces gardes armés, partout, en mitraillette, qui font régner la terreur dans les rues.
06:39Et bien, aujourd'hui, c'est précisément ces images auxquelles sont soumises les Iraniens.
06:44Donc, Mariam Piazzaté, on a les images dont parle Chirine Ardakani.
06:46On sait qu'il y a eu 3000 morts au moins, et que c'est sans doute beaucoup plus.
06:51Il y a eu 10 000 arrestations.
06:53Est-ce que ça veut dire que c'est la fin ?
06:55Ou est-ce qu'au fond, comme semble le dire beaucoup de personnalités,
06:57par exemple, le réalisateur Jafar Panay, il dit que le régime est déjà mort.
07:01Il y a Golshifte Farhani, l'actrice qui a fait une tribune dans Le Monde,
07:04qui dit de toute façon, en fait, c'est dans notre ADN, la résistance à la dictature.
07:09Donc, est-ce que c'est la fin ou non ?
07:11Est-ce que c'est la fin du régime actuellement ?
07:13Ou est-ce que c'est la fin des manifestations ?
07:15Vous savez, la colère à l'intérieur de chaque Iranien,
07:18de ces 92 millions de personnes qui vivent là-bas,
07:20elle est là et elle va encore plus s'accentuer.
07:22Donc, même si le mouvement s'arrête aujourd'hui, il va reprendre dans quelques mois,
07:25il reprendra, il reprendra.
07:26Parce que les manifestations, quand on regarde bien,
07:28on ne va pas remonter jusqu'au début des manifestations 2009,
07:30parce que c'était autre chose, c'était plutôt politique.
07:33Mais il y avait quand même 3 millions de personnes à Téhéran.
07:352017, 2018, 2020, 2022, 2023, 2024,
07:39quasiment chaque année, les Iraniens sont descendus dans la rue.
07:41Mais vous diriez que c'est un mouvement sans précédent depuis 1979,
07:45depuis la révolution islamique ?
07:46Moi, je pense qu'on est face à un début de révolution.
07:50Je le pense parce qu'en fait, la colère qui est là,
07:53elle ne va pas partir, elle va s'accentuer.
07:55Quand, effectivement, on vous demande de payer 2700 euros par balle dans le corps de votre fille,
08:00que vous allez chercher à la mort, que c'est le récit que j'ai eu,
08:023 balles, elle a eu 3 balles dans son corps,
08:06vous calculez, ça fait pratiquement plus de 10 000 euros.
08:08Ces gens-là qui manifestent, ils n'ont pas 10 000 euros, justement.
08:11Donc, les gens se cotisent pour pouvoir payer les balles, mais ça n'arrive pas.
08:14Donc, la colère, elle va être encore plus forte.
08:16Vous savez, dans les portables des Iraniens à l'intérieur de l'Iran, il y a des vidéos.
08:20Quand Internet va être remis, on va voir l'ampleur de la répression.
08:26Aujourd'hui, ce régime, il tient effectivement par la terreur, par les exécutions, par les arrestations.
08:31Et il ne va pas pouvoir tenir longtemps, en fait.
08:33Il n'a plus de légitimité.
08:34Aujourd'hui, il y a une infime minorité de personnes qui le soutiennent encore.
08:40Juste un exemple.
08:41Dans les manifestations à Téhéran et dans le reste du pays,
08:43on m'a dit avoir vu des femmes en tchador.
08:46Donc, des femmes qui sont plutôt soutien au régime.
08:48Très voilées, c'est un voile noir, en fait, qui montre la religiosité très forte d'une femme criée
08:52« Jovi Tcha », « Longue vie au roi ».
08:54Donc, là, effectivement, on entend des choses.
08:56On voit des choses qu'on n'a jamais vues en 47 ans.
08:59Mais, Chérie Nardakani, c'est vrai qu'on voit souvent revenir quand même ces mouvements.
09:02Le dernier en date, c'était « Femmes, vie, liberté », c'était en 2022.
09:05Là, il y en a un qui est encore plus fort.
09:08Qu'est-ce qui peut faire, au fond, basculer ?
09:10Est-ce que ça aurait pu être, par exemple, la pression des États-Unis
09:13qui ont commencé à menacer de frappe le régime iranien
09:17et qui ont finalement reculé en disant « Ils n'ont pas exécuté les 800 personnes qu'ils devaient exécuter ».
09:22Ce serait quoi ce qui ferait basculer, au fond ?
09:25Moi, je crois que ce qui ferait basculer ces forces vives de la résistance,
09:28à la fois populaires, mais surtout des forces vives de l'opposition,
09:31parce qu'on entend très souvent le récit qui viendrait dire
09:34« Mais au fond, il n'y a pas d'opposition en Iran ».
09:36Je pense que ce récit est erroné.
09:37Il y a des oppositions qui sont les forces vives, on l'a dit.
09:41Il y a des étudiants, il y a des mouvements, les mouvements féministes par ailleurs,
09:45qui se sont beaucoup mobilisés sur « Femmes et Liberté ».
09:47C'était parti des commerçants aussi ?
09:48Oui, mais pas que.
09:50Je veux dire, les commerçants, d'ailleurs, traditionnellement,
09:52ils étaient plutôt favorables.
09:53En réalité, au régime, c'est plutôt des conservateurs.
09:56Ils sont pieux, ils sont plutôt religieux.
09:58Donc, ils se sont agrégés à la contestation.
10:00Mais le mouvement le plus mobilisé, ça a été celui, quand même, en septembre 2022,
10:07à l'issue de la mort de Gina Massahamini, qui avait mis la jeunesse dans la rue.
10:10Parce que n'oublions pas que les mouvements révolutionnaires,
10:12quand ils deviennent victorieux, c'est quand les jeunes décident de rompre les émissions.
10:15Je le disais, c'est la moitié de la population qui a moins de 30 ans.
10:19Un quart a moins de 14 ans.
10:22C'est un peuple jeune, extrêmement jeune.
10:25Tout à fait.
10:25Et c'est précisément la jeunesse qui conduit ces mobilisations-là,
10:28qui a été pour la première fois, d'ailleurs, rejointe par les générations,
10:32qu'on disait, générations grises.
10:33Celles qui n'étaient pas massivement descendues dans les rues en 2022.
10:37Donc, c'est précisément là que le bas blesse.
10:39Mais pour revenir à votre question sur, finalement,
10:42est-ce que Donald Trump, si je comprends bien, serait un sauveur suprême pour l'Iran ?
10:46Moi, je ne crois pas que Donald Trump soit un sauveur pour l'Iran.
10:49D'une part, parce qu'il l'a démontré sur les 48 dernières heures,
10:52après avoir nourri les espoirs sincères des Iraniens
10:55qui appellent véritablement en détresse
10:57et qui ont besoin de l'aide extérieure.
11:00Mais il faut voir quelle aide et de la part de qui.
11:02Parce que Donald Trump a repris à son compte
11:04dans sa conférence de presse il y a 48 heures
11:06les éléments de langage, évidemment, abject de la République islamique d'Iran
11:10en disant que, finalement, le massacre avait cessé,
11:13que les exécutions, il a parlé de 800 exécutions,
11:17avaient été interrompues et que, finalement, si on entend bien...
11:20C'était grâce à lui ?
11:22Mais il avait aussi envisagé des options très musclées contre l'Iran.
11:24Donc c'est vrai que son discours est contradictoire à Donald Trump.
11:27Oui, mais parce que son discours, je crois, en fait,
11:29sert les intérêts qui sont les siens.
11:31Il a démontré, d'ailleurs, que sa politique étrangère
11:33était une politique transactionnelle.
11:36Je crois qu'il n'est pas sincère avec les Iraniens,
11:38mais qu'en revanche, les Iraniens ont indubitablement
11:41besoin de l'intervention de ceux qui sont les alliés sincères.
11:45Et la voix de l'Europe, aujourd'hui, à mon sens, est insatisfaisante.
11:48Nous n'avons pas entendu d'action coordonnée des Européens
11:52qui semblent eux-mêmes se vouer à un saint qui serait Donald Trump,
11:56qui tweet au gré de ses humeurs
11:58et qui tient, finalement, entre ses mains le destin d'un peuple.
12:02Ce n'est évidemment pas acceptable.
12:04Il faut que les Européens portent secours et assistance aux Iraniens.
12:08On a entendu une séquence.
12:10Qu'est-ce que c'est qui s'est passé il y a quelques jours ?
12:12Ce sont des crimes contre l'humanité.
12:13Le fait que des forces armées tirent à l'aveugle sur des milliers de civils non combattants et désarmés,
12:20ce sont des crimes contre l'humanité.
12:22Et il faut donc que les Européens portent aujourd'hui assistance et secours.
12:26On manque de tout en Iran.
12:27Oui, on va y venir parce que la situation économique est catastrophique,
12:30mais c'est vrai qu'il n'y a eu aucune mesure forte.
12:32Par exemple, geler les avoirs de ceux qui répriment,
12:35inscrire les gardiens de la Révolution dans la liste des organisations terroristes, par exemple.
12:40Mais j'aimerais qu'on parle d'un homme dont le nom revient régulièrement et vous souriez
12:45parce que c'est vrai que c'est étonnant de voir le nom qui symbolise celui d'un régime terrifiant
12:54qui a mené à la Révolution en 1979.
12:57C'est celui de Reza Palavi qui est le fils du chat en exil depuis plus d'une quarantaine d'années.
13:04Mais est-ce qu'aujourd'hui, c'est le plus petit commun dénominateur
13:08qui pourrait, d'une manière ou d'une autre, réunir les Iraniens,
13:13permettre de penser à une transition à venir ?
13:17Écoutez...
13:18Chérie Nardakani et puis Myriam Perzalé.
13:20En 1979, les Iraniens ont fait une révolution qui, au départ, n'était pas islamique.
13:25C'était une révolution contre le dictateur Palavi, père, qui a instigué la police politique de Savak,
13:33à qui on doit la prison d'Evin et où tous les dissidents, à l'époque, en milliers et en milliers étaient.
13:39Et Reza Palavi, aujourd'hui, qui est son fils, qui aura sans doute peut-être un rôle à jouer dans un avenir,
13:44considère qu'il peut être un recours.
13:48Ce n'est pas une personnalité fédératrice, aujourd'hui, dans l'ensemble de la population iranienne.
13:53Et je crois que, sans inventaire des crimes passés et sans mémoire collective,
13:59il ne peut jamais jaillir une démocratie tout à fait souhaitable.
14:03Mariam ?
14:03Alors, je pense qu'effectivement, j'étais assez surprise d'entendre son nom depuis 2022,
14:09les manifestations Femmes Ville Liberté.
14:11Là, son nom a été encore plus scandé.
14:12Moi, j'attendais de voir, je dis 8 janvier, puisqu'il avait lancé un appel à manifester.
14:16Effectivement, c'est, pour l'instant, le seul nom qui est scandé.
14:18Mais attention, pas partout.
14:19Dans les grandes villes, il est dans les villes kurdes, par exemple.
14:22Chez les minorités, il ne l'est pas scandée.
14:24Au contraire, c'est le slogan, ni roi, ni guide.
14:28Donc, effectivement, il ne fédère pas tout le monde.
14:31Je pense qu'aujourd'hui, si on faisait un sondage parmi la population iranienne,
14:35je ne suis pas sûre que tout le monde serait pour le retour de Reza Palavi.
14:38Par exemple, je prends l'attente de Nika Chakarami,
14:41qui a été tuée pendant les manifestations de Femmes Ville Liberté.
14:44Elle avait 16 ans, dans des circonstances atroces.
14:48Son corps a été retrouvé au bout de 10 jours.
14:50Sa tante, qui est vraiment très active contre le régime,
14:55même elle, elle dit, je suis républicaine, je ne veux pas le retour de Reza Palavi.
14:58Mais aujourd'hui, il faut entendre quelque chose.
15:00Les Iraniens qui vivent à l'intérieur de l'Iran, c'est eux qui priment aujourd'hui.
15:03C'est eux qui priment aujourd'hui.
15:04Et eux sont tellement désespérés.
15:06Moi, les récits que j'ai de personnes, avant la coupure et après la coupure,
15:10donc de personnes qui sont rentrées, c'est « Entendez-le, ils crient le nom de Palavi
15:14parce qu'ils n'ont que ça, en fait. Ils n'ont que ça. »
15:17Et ils se raccrochent à ce mince espoir.
15:19Mais effectivement, ces derniers jours, on a bien vu que Reza Palavi
15:22n'était pas une option crédible pour Donald Trump.
15:24Et là, ça a mis un peu un coup d'épée dans l'eau.
15:27Mais ils se raccrochent à quelqu'un qui a des connexions.
15:30Il faut entendre le désespoir très, très important des Iraniens aujourd'hui
15:34qui vivent à l'intérieur de l'Iran.
15:36Chérie Nardakani, justement, est-ce que ce n'était pas ça qui manque,
15:39qu'au fond, d'avoir une figure à laquelle se raccrocher ?
15:42Mariam Perzade disait que Reza Palavi n'est pas forcément
15:45l'alternative crédible au régime.
15:49Alors quoi ? Est-ce que ça pourrait être, par exemple,
15:51garder le président actuel Massoud Pézéchkian,
15:55mais sans le guide suprême ?
15:57Ou est-ce que ça pourrait être, vous êtes son avocate, Narges Mohamadi,
15:59est-ce que ça serait une figure qui pourrait fédérer des gens sur place ?
16:02Cette histoire, elle se répète.
16:04En 79, il y avait déjà des milliers et des milliers de prisonniers politiques
16:08et on sait que ce qui a fait la bascule dans la révolution,
16:11c'est que quatre mois avant l'arrivée de Roménie au pouvoir,
16:14il y a eu des milliers et des milliers de prisonniers politiques
16:15qui ont été libérés par le Shah d'Iran.
16:18Et c'est précisément eux qui sont allés prendre la tête des manifestations.
16:21Parce qu'aujourd'hui, finalement, si je devais simplifier et vulgariser...
16:24Avant la bascule dans la théocratie, il y a eu une véritable révolution,
16:28une aspiration démocratique en Iran.
16:30Il y avait des naïcs, il y avait des nationalistes,
16:31il y avait une gauche progressiste, il y avait aussi des royalistes.
16:34Et au fond, c'est de là que la révolution a été confisquée
16:36par un leader unique autoproclamé
16:39et une figure qui d'ailleurs a été imposée de l'étranger.
16:42Parce que Roménie était en exil et c'est précisément
16:44tous les médias internationaux qui, quelques mois avant,
16:47le présentaient comme la seule alternative hégémonique.
16:51Donc je crois que c'est les oppositions qui sont à l'intérieur du pays
16:53et c'est pour ça que précisément,
16:55il faut appeler à la libération des prisonniers politiques
16:58parce que ce sont eux qui font les révolutionnaires.
17:00Bien sûr. Alors il y a beaucoup de questions d'auditeurs
17:02et malheureusement, notre entretien arrive à sa fin.
17:05Beaucoup d'auditeurs, d'auditrices comme Michel, comme Nicolas
17:08qui se demandent pourquoi les Français, les Européens ne réagissent pas.
17:12Comment est-ce qu'ils pourraient réagir et ce qu'ils pourraient faire ?
17:15Et puis il y a cette question qu'on va laisser en suspens,
17:18mais celle de Jean-Louis.
17:19Comment expliquez-vous que la société iranienne
17:21fasse preuve encore aujourd'hui d'une vitalité culturelle,
17:24intellectuelle, certaine en particulier chez les jeunes et les femmes
17:29alors que le pays s'enfonce dans la répression et l'incertitude ?
17:33En tout cas, c'est une histoire qu'on continuera à observer de très près.
17:36Merci infiniment d'être venu sur France Inter
17:39pour nous aider à comprendre ce qui se joue en Iran.
17:43Merci à toutes les deux.
17:44Merci.
17:44Bonne journée.
17:45Bonne journée.
17:46Merci.
17:47Merci.
17:48Merci.
17:49Merci.
17:50Merci.
Commentaires

Recommandations