00:01Europe 1 Soir, 19h, 21h, Pierre de Villeneuve.
00:04Jusqu'à 21h, toujours avec Hélène Rouet du JDD, Jean-Michel Salvatore, chroniqueur politique et communicant,
00:10nous a rejoint comme tous les mercredis soir, Ksenia Fedorova.
00:13Bonsoir Ksenia, on va parler du Groenland d'abord avec les intentions de Trump qui doivent être prises très au sérieux.
00:20C'est Sébastien Lecornu qui l'a dit tout à l'heure devant l'Assemblée Nationale, on écoute le Premier Ministre.
00:27Les intentions de l'administration Trump sont sérieuses, elles doivent désormais être prises très au sérieux.
00:35Nous ne devons absolument pas sous-estimer la parole du président américain.
00:40Un peu plus tôt dans la journée, c'est Maude Bréjean, la porte-parole du gouvernement,
00:44qui a rapporté les mots d'Emmanuel Macron en Conseil des ministres sur la situation au Groenland.
00:49Sur le Groenland, et là il s'agit des mots du président de la République,
00:53« Nous ne sous-estimons pas les déclarations sur le Groenland.
00:57Si la souveraineté d'un pays européen et allié était touchée, les conséquences en cascade seraient inédites.
01:04Et la France suit la situation avec la plus grande attention
01:07et inscrira son action en pleine solidarité avec le Danemark et sa souveraineté. »
01:12Voilà, et sans des suivis, deux annonces importantes.
01:16La première, elle annonce, c'est la France, qui ouvrira un consulat au Groenland le 6 février prochain.
01:23La France ouvrira cela.
01:25Le chef de la diplomatie française l'indique.
01:27Un signal politique alors que ce territoire autonome danois est convoité par Donald Trump.
01:34L'absusse, j'espère, par révélateur.
01:36Et puis la Suède qui va envoyer du personnel militaire au Groenland à la demande du Danemark
01:41pour participer au renforcement de la sécurité du territoire autonome promis par Copenhague.
01:48Que penser de cette situation ?
01:51C'est un peu comme sur un échiquier, les pions avancent en fait, Jean-Michel.
01:56On a l'impression que la question ce n'est pas de savoir si les Etats-Unis vont mettre la main sur le Groenland,
02:01mais quand ? Parce que là, il y a une déclaration par jour.
02:04Et ce qui change quand même, c'est qu'on sent que les Européens s'y préparent.
02:09On sent que dans les déclarations d'Emmanuel Macron au Conseil des ministres
02:13et dans les déclarations de Sébastien Lecornu à l'Assemblée,
02:16on voit bien qu'ils ont enterriné le fait que c'était inévitable.
02:21Et ce qui est assez piteux, je trouve, c'est la hauteur de la réaction.
02:25Parce que finalement, déjà annoncer qu'on va installer un consulat, c'est assez dérisoire.
02:33Et puis, bomber le torse alors que la France n'a toujours pas...
02:37La décision d'ouvrir un consulat avait été prise l'été dernier, a rappelé Jean-Noël Barraud.
02:42Et la déclaration sur les conséquences en cascade inédite, c'est vrai que ça peut faire sourire,
02:46dans la mesure où on a un gouvernement qui n'a toujours pas réussi à faire voter un budget,
02:51ni même un budget avec un effort militaire conséquent.
02:55Donc, on sent quand même qu'il y a une certaine gesticulation du côté des Européens
02:59et une résolution très forte du côté de Donald Trump.
03:03Xenia Fedorova.
03:05L'ouverture des consulats, je pense que même si c'était prévu avant,
03:09en tous les cas, il s'agit d'une diplomatie symbolique
03:13qui compense une absence stratégique, mon ami.
03:18Donc, je pense que pour la France aujourd'hui, ce qui est intéressant,
03:22c'est que la France s'est alliée déjà avec les unions établies.
03:27Et ce qui m'étonne, c'est que la France ne prend pas les pas de parler
03:32avec les nations extérieures de cette alliance qui est déjà établie.
03:35Donc, il me semble que les dirigeants de la France aujourd'hui,
03:41ils prennent un schéma assez sécurisé, si on peut dire,
03:46et ne sortent pas de cette alliance et ne comportent pas dans une façon plutôt souveraine.
03:52Pour vous poser la question autrement,
03:54qu'est-ce que vous n'aurez pas étonné de la part de la France ?
03:58Qu'est-ce que vous auriez applaudi, d'ailleurs, comme geste de la France
04:02face à cette situation du Groenland ?
04:04De Groenland ?
04:05Je pense que la France ne peut pas vraiment faire grand-chose.
04:09On ne peut pas dire que la France peut s'imposer aujourd'hui
04:12pour dire non à Donald Trump ou aux Etats-Unis.
04:16Pourquoi ? Par sa faiblesse militaire, économique, politique ?
04:19Ce n'est pas la faute de la France.
04:21Franchement, les Etats-Unis, c'est une puissance,
04:24les plus grandes puissances, on peut dire, aujourd'hui, dans le monde.
04:28Donc, c'est difficile de dire non.
04:30C'est triste à dire, ça, quand on a connu la France du général de Gaulle.
04:33On a la dissuasion nucléaire, on a...
04:37Mais le général de Villiers, lui, avance un argument que je trouve assez intéressant.
04:43Il dit, en fait, de toute façon, les Russes et les Chinois
04:48ont une vraie tentation de mettre la main sur le Groenland.
04:51Et donc, en fait, il faut choisir.
04:53Pour les Européens, il faut choisir.
04:54Est-ce qu'il vaut mieux que ce soit un Américain
04:57ou est-ce qu'il vaut mieux que ce soit une alliance
04:59entre les Chinois et les Russes ?
05:03Et c'est vrai qu'à partir du moment où les Américains y sont déjà,
05:06depuis le fameux accord de 1951,
05:08ils ont fait quasiment la moitié du boulot.
05:11Donc, voilà.
05:12Je trouve que la réaction, en fait, du général de Villiers
05:14est quand même assez intéressante.
05:15Et elle marque à quel point, finalement,
05:17la géopolitique est en train de complètement modifier
05:20les équilibres du monde et les certitudes européennes.
05:24Je pense que la justification de Donald Trump
05:26de dire qu'il veut prendre Groenland
05:29parce que si ce n'est pas les États-Unis,
05:31ce sera les Chinois et les Russes,
05:32ce n'est pas vrai.
05:35Parce que je ne vois pas la Chine envahir
05:38ou acheter Groenland ni la Russie.
05:40Il s'agit des ressources, des terres rares,
05:43des ressources énergétiques qui sont essentielles
05:46pour Donald Trump.
05:47Donc, pour lui, c'est une stratégie...
05:48Et elles ne sont pas essentielles pour la Chine ou pour la Russie ?
05:50Parce qu'essentiel, mais il y a quand même suffisamment
05:53en Chine, en Russie.
05:55C'est une question de future influence et puissance.
06:00Ce sont les réserves pour le futur.
06:01Ce ne sont pas les réserves qui ont besoin aujourd'hui.
06:04Sauf que, bon, on peut dire les terres rares,
06:07c'est très important parce que la Chine
06:08a mis les limitations pour l'exportation de terres rares
06:11qui sont absolument essentielles pour les États-Unis,
06:14pour l'industrie militaire aussi.
06:16mais, en fait, je pense que c'est juste une justification.
06:21Après, il y a l'Arctique,
06:23qui, aujourd'hui, il y a une forte présence de la Russie en Arctique
06:26et une puissance assez faible des États-Unis.
06:29Donc, je pense que ça fait aussi une part...
06:31C'est une part stratégique pour surveiller.
06:35C'est des questions de...
06:37De géostratégie.
06:38Oui, radars militaires, les ressources d'influence...
06:42Pour être au plus près d'un territoire
06:46qui est, en l'occurrence,
06:48pas ni annexé, ni régi,
06:51mais en tout cas, où la présence russe est là.
06:54Je voudrais qu'on écoute Donald Trump sur le Groenland.
06:57Si nous ne prenons pas le Groenland,
07:00la Russie ou la Chine le feront
07:01et je ne laisserai pas une telle chose arriver.
07:03Conclure à l'accord, c'est le plus facile,
07:05mais d'une manière ou d'une autre,
07:06nous allons avoir le Groenland.
07:08Nous parlons d'acquisition,
07:09pas d'une location à court terme.
07:11Si nous ne le faisons pas,
07:12la Russie ou la Chine prendront le Groenland
07:14et je ne les laisserai pas faire
07:15tant que je suis président.
07:16Nous avons des bases au Groenland,
07:17je peux mettre plus de soldats si j'en ai envie,
07:20mais nous avons besoin de plus que ça.
07:21On a besoin d'un titre de propriété.
07:25C'est assez marrant,
07:26la sémantique utilisée par Donald Trump.
07:29On a l'impression d'être dans le Queens
07:30avec les possessions des Trumps.
07:34C'est une sémantique immobilière.
07:35C'était son premier métier.
07:39Quand il travaillait pour son père
07:40et il allait récolter les loyers
07:42dans les HLM du Queens à New York.
07:43Il a dit beaucoup de choses
07:44sur la différence location-propriétaire
07:46et que lui en tout cas veut être propriétaire
07:48parce que de toute façon,
07:49on ne se bat jamais autant
07:50que lorsqu'on est propriétaire.
07:53Dans ce qui est intéressant de voir,
07:54on n'a a priori aucun doute
07:57sur le fait que Donald Trump
07:58est extrêmement motivé
07:59de devenir le propriétaire du Groenland.
08:02Ce qui est intéressant,
08:03c'est notamment les scénarios
08:04qui pourraient se dérouler,
08:06c'est-à-dire comment il va réussir ce coup-là.
08:10Le premier, on sait que l'administration américaine
08:12est en lien avec le mouvement indépendantiste groenlandais.
08:16Ce serait l'option qui favorise
08:18une indépendance du territoire
08:19qui ensuite, avec ce mouvement indépendantiste,
08:21ferait une association avec les États-Unis.
08:23Première option.
08:24Deuxième option, une acquisition.
08:26Et troisième option, la prise de contrôle,
08:28comme on l'a dit, par la force.
08:30Et en réalité, par la force,
08:32ce serait plutôt quelque chose d'assez logistique
08:34parce qu'on l'a déjà dit là ce soir,
08:36ils ont déjà une base là-bas.
08:38Et en fait, le contrôle de quelques aéroports,
08:40quelques ports de la région,
08:41en réalité, suffirait.
08:42Sauf que si on est dans ce cadre-là,
08:45et ça, c'est le général de Villiers
08:46qui l'a quand même rappelé hier soir,
08:48ça veut dire que selon la charte...
08:49Sur CNews.
08:49Sur CNews, c'est que la charte des Nations Unies,
08:52à ce moment-là, il y a l'article 5
08:53qui se met effectivement en vigueur.
08:56Et donc, ça veut dire que tous les pays de l'OTAN
08:57sont quand même censés venir au secours du Groenland
09:00qui est attaqué, a priori,
09:02précisément par un autre pays de l'OTAN.
09:03Donc, c'est là où ça devient très compliqué.
09:05Maintenant, j'ajoute quand même que,
09:07juste après cette phrase,
09:08Pierre de Villiers continue.
09:10Il dit, pour lui, en tout cas,
09:11il ne voit pas d'intérêt pour Donald Trump
09:13de faire une action militaire
09:14alors qu'il pourrait y arriver
09:15sans difficulté majeure.
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