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  • il y a 7 mois
Tous les jours, une personnalité s'invite dans le monde d'Élodie Suigo. Mardi 13 janvier 2026, le comédien Pierre Arditi. Il publie son autobiographie, "Le souvenir de presque tout", aux éditions du Cherche-Midi.

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Transcription
00:00Bonjour Pierre Arditi.
00:01Bonjour.
00:02Vous êtes cet acteur de théâtre et de cinéma qui nous accompagne depuis quelques décennies.
00:0660 ans.
00:07Qu'on se le dise, ce métier d'acteur était fait pour vous.
00:09C'est d'ailleurs votre père, un peintre et décorateur de théâtre communiste d'origine juive gréco-espagnol né à Marseille qui vous a initié.
00:16Il vous a même appris à vous émerveiller très jeune et très tôt en vous emmenant voir des spectacles dans ce lieu devenu magique à vos yeux, le théâtre.
00:23Et comme la vie est parfois étrange, vous avez mis du temps à comprendre ou à accepter que les planches n'attendaient que vous.
00:27Il aura donc fallu attendre que vous viviez un chagrin d'amour et que vous ayez envie d'en finir avec la vie pour que vous acceptiez de les fouler, ces planches, et de les épouser pour le meilleur et rarement pour le pire.
00:39Avec en prime le plaisir d'apparaître sur petit et grand écran avec des collaborations extraordinaires.
00:43Je pense évidemment à Alain Rennais qui a marqué votre vie, Claude Lelouch, Bruno Podalides, Pascal Thomas, Bertrand Blier ou encore Gérard Roury, je ne vais pas tous les citer.
00:52Vous faites partie aussi de nos vies grâce à cette voix qui tantôt nous rassure, tantôt nous rappelle quelques-uns de nos héros.
00:58Je pense à Superman, à Christopher Reeves ou encore à Dustin Hoffman, Tom Conti, Christopher Walken.
01:04Car oui, vous êtes, et beaucoup ne le savent pas encore, la voix française de ces acteurs.
01:09Vous venez de publier le souvenir de presque tous aux éditions du Cherche-Midi.
01:12C'est évidemment un ouvrage autobiographique.
01:15Vous nous livrez quelques-uns de vos souvenirs gravés dans votre mémoire.
01:18Et à sa lecture, quand on referme le livre, on est surpris de découvrir qui se cache derrière ce comédien qu'on pensait connaître,
01:24mais qui finalement a toujours gardé un jardin secret et une forme de pudeur incroyable.
01:28Et une question nous taraude sur cet ouvrage qui est une ode à la vie.
01:33C'est qu'est-ce qui fait que nous gardons en mémoire certains moments passés dans nos vies ?
01:38Comment fabrique-t-on les souvenirs qui restent ?
01:40Qu'est-ce qui fait que notre cerveau retient des passages, des émotions, des images et en efface d'autres ?
01:47On a voyé l'état dans lequel ça me met, ce que vous me demandez.
01:53Qu'est-ce qui fait qu'on retient certaines choses ?
01:55D'abord, probablement parce qu'elles ont été vitales dans nos vies, dans nos vies passées en tout cas.
02:02J'allais dire présentes.
02:04Elles sont présentes parce qu'elles ne sont pas complètement passées.
02:07En particulier, par exemple, mon père, ma mère, ma sœur,
02:11ce sont des gens absolument vitaux dans mon existence,
02:15qui sont d'ailleurs toujours présents.
02:16Ma sœur, évidemment, elle est vivante.
02:18Mais mon père et ma mère, je leur parle tous les jours.
02:21Qu'est-ce qui fait qu'on les retient ?
02:23En ce qui me concerne, moi, c'est qu'ils m'ont fabriqué.
02:25Donc, quand quelque chose va ou quand quelque chose ne va pas,
02:30ils remontent à la surface immédiatement, et l'un et l'autre.
02:35Et puis, qu'est-ce qui fait qu'on se souvient ?
02:40On se souvient des choses, parfois, quand elles vous ont fait du bien,
02:44mais aussi quand elles vous ont fait du mal.
02:46Et quelquefois, d'ailleurs, ce mal finit par devenir un bien.
02:49C'est mon père qui m'avait dit, tu verras,
02:50toutes ces choses qui, parfois, t'es plus blessé,
02:57pas plus, tout simplement,
02:59eh bien, tu verras avec le temps, ce sera tendrissant.
03:03Et il avait absolument raison.
03:04Vous avouez que ce qui vous tient en vie, effectivement,
03:06que le seul remède et le seul antidote à cet adieu qui approche
03:09se trouve au théâtre.
03:11Oui.
03:11Parce qu'effectivement, lorsque la vie semble s'arrêter,
03:14vous savez qu'elle recommencera demain et encore après demain.
03:17et que, par conséquent, vous avez...
03:21Même si vous avez l'air de mourir, le public continuera à applaudir.
03:24Oui.
03:25Un acteur qui a l'air de mourir en scène,
03:27il se relève et les gens applaudissent,
03:28en principe, quand il a été bon.
03:31C'est ça la force du théâtre pour vous ?
03:32Parce que le théâtre...
03:33La mort n'existe pas.
03:35Ça n'existe pas.
03:36Je passe ma vie à jouer des vies qui ne sont pas les miennes
03:38et qui sont tout de même un peu les miennes.
03:40Comme je viens de le dire.
03:42La fin n'existe pas.
03:44Elle existera.
03:44À un moment donné, je ne rentrerai plus en scène.
03:46Et ça s'arrêtera dans un silence apparemment éternel.
03:51Moi, je suis un athée, un mystique, mais un athée quand même.
03:54Donc, je ne crois pas en ce qui se passe en haut,
03:57sauf pour ceux que j'aime.
03:59Je me dis, peut-être qu'ils voient.
04:01Voilà.
04:01Donc, encore une fois, le théâtre, c'est un art de la réunion.
04:06Vous comprenez ?
04:07Autant le cinéma, que je respecte et que j'aime, j'en fais,
04:11est un art de la séparation.
04:13Parce que vous ne décidez pas de ce que les gens vont voir de vous.
04:17C'est le metteur en scène qui décide de ça.
04:19Donc, on est séparé.
04:21On fait l'amour par correspondance.
04:23Au théâtre, on fait l'amour dans son lit.
04:24C'est comme ça.
04:26Donc, si vous voulez, comment dire ?
04:29Oui, c'est un lieu où on ne meurt pas.
04:35On traverse les vies et on a l'impression que c'est infini.
04:38Donc, ça masque le fameux butoir.
04:42Y compris quand ce qu'on incarne ne marche pas.
04:46Il peut y avoir une déception.
04:48Mais on se dit, ce n'est pas grave.
04:49J'ai l'air de mourir, mais demain matin, je fais autre chose.
04:52Vous dites quelque chose de terrible en parlant de la disparition de vos parents.
04:56S'ils nous mettent au monde, nos parents, nous, nous les mettons à mort.
05:00C'est terrible.
05:02Oui.
05:03Oui, je sais que c'est terrible.
05:06Mais c'est comme ça.
05:07Voilà.
05:08C'est qu'à un moment donné, ils vieillissent.
05:12Ils avancent dans le temps.
05:14Petit à petit, ils s'effacent.
05:16Nous prenons la place.
05:18C'est nous qui prenons la place, les forces, les forces de la vie.
05:22Leurs forces, petit à petit, s'éteignent.
05:26Ils partent.
05:27Et on prend la place.
05:28Donc, au fond, d'une certaine manière, arrivant dans leur vie, nous sommes leurs assassins.
05:34C'est comme ça.
05:35C'est comme ça.
05:36À un certain moment, d'ailleurs, je suis devenu le père de mon père, qui avait la maladie de l'Alzheimer, très tard, 98 ans.
05:46Et je suis devenu son père.
05:48Ça n'est pas normal, mais ça peut faire partie de nos rôles, parfois.
05:52Donc, oui, je n'ai pas souhaité leur mort, bien sûr, ni à l'un ni à l'autre.
06:00Ça m'a dévasté.
06:01Mais c'est simplement un fait mécanique.
06:04Vous vous livrez vraiment à cœur ouvert, Pierre Hardy.
06:07Il n'y a pas de masque.
06:10Il n'y a aucun masque.
06:10Non.
06:11Vous faites vraiment tomber.
06:12Vous fendez l'armure.
06:14Vous nous livrez aussi.
06:15Je n'en ai jamais eu l'armure.
06:17Oui, mais là, c'est particulier.
06:18Ça ne sert à rien de se protéger.
06:20C'est du temps perdu.
06:22Il ne faut pas se protéger.
06:23Sinon, vous passez à côté de tout et de tout le monde.
06:26Après, c'est des chocs de temps en temps.
06:27Mais si vous commencez à vous protéger, de ne pas regarder le monde autour,
06:31alors que vous avez décidé de choisir un métier qui implique que vous embrassiez le monde,
06:37il ne pourrait rien embrasser du tout.
06:39Vous dites que les choses ne changent pas.
06:42C'est nous qui changeons.
06:43Et c'est ce qui prouve que nous sommes vivants.
06:45C'est ça, ce livre ?
06:46C'est le fait de montrer que vous êtes vivant et que vous avez bien l'intention de le rester ?
06:51J'ai bien l'intention de le rester, oui.
06:53Tout ce qui me prouve que je suis encore vivant est bon à prendre.
07:00Ça remonte à l'enfance, justement, vers 7 ans.
07:05Quand on me force de faire des siestes,
07:08comment peut-on demander à un enfant de se coucher et de tourner le dos à la vie,
07:13alors que l'enfant est un mouvement en lui-même ?
07:18On ne peut pas lui dire « Allonge-toi et ferme les yeux », ça n'existe pas.
07:21Donc j'ai appris en m'allongeant et en fermant les yeux, puisque ma mère et ma grand-mère voulaient que je le fasse,
07:26en entendant le bruit de la vie autour,
07:32ça m'a permis d'imaginer, par des bruits familiers, ce qui se passait que je ne voyais pas.
07:37Et donc je le créais moi-même, je le recréais moi-même.
07:40Donc ça me prouvait que j'étais vivant, parce que dormir et fermer les yeux, c'est la mort pour moi.
07:46Donc depuis toujours, je dors très peu, un peu plus maintenant, parce que j'ai vieilli, mais quand même.
07:51Donc qu'est-ce qui me dit que je suis vivant ? Le bruit du monde autour.
07:55Voilà. Donc je ne peux pas.
07:58C'est la seule chose qui me rassure, au fond, finalement.
08:01Voilà. Il va bien arriver un jour où j'entendrai, n'y ne verrai plus rien.
08:04C'est vrai que ça revient tout le temps chez moi,
08:07mais y compris quand j'ai envie d'être tendre avec moi-même,
08:10ce qui ne m'arrive pas très souvent, mais quand même.
08:12Il y a des moments où je me dis « Tu es trop sévère avec toi, il n'y a pas de raison ».
08:15Bon. Voilà. Et puis si, il y a des raisons, c'est comme ça.
08:17Mais je ne peux pas...
08:21Vous l'avez lu, le livre. D'ailleurs, ça me fait très plaisir.
08:25Vous l'avez lu avec cette précision,
08:28parce que tout ce que vous me dites est très ancré dans ce que j'ai écrit.
08:33Et en plus, vous m'avez dit que c'était bien écrit.
08:35Alors ça, je suis encore plus content.
08:37Mais bon, je...
08:39Oui, c'est obsessionnel.
08:42Quelquefois, je le dis avec légèreté,
08:44quelques jours, quelques fois avec moins de légèreté.
08:46C'est comme ça.
08:48Le bien le plus précieux, c'est la vie.
08:51Qu'est-ce que vous désirez encore ? Vivre.
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