00:00Nous avons joint la communication du groupe Orange.
00:03Elle nous confirme que la direction travaille sur un possible départ du site de Saint-Mauron.
00:07La recherche d'un nouveau site et donc d'un déménagement est une option.
00:12Nous envisageons différents scénarios avec toujours comme boussole la sécurité de nos salariés.
00:18Aucun lieu n'est encore défini mais il n'y a par contre aucune volonté de quitter Marseille.
00:23Lundi matin, quatre impacts de balles ont été découverts sur la façade de l'établissement.
00:27Pour ce représentant syndical, la situation ne laisse plus le choix.
00:32C'est une très bonne nouvelle.
00:33Depuis le début, nous demandons le déménagement du secteur tertiaire.
00:36Maintenant, après les mots, il faut passer aux actes.
00:39On espère qu'une communication sera faite aux salariés prochainement.
00:43Un déménagement concernerait près de 750 salariés.
00:46En revanche, dans l'immédiat, les équipes techniques devront rester sur place.
00:50Il y a un socle technique avec de nombreux serveurs et il y a besoin d'une maintenance sur ce site.
00:56C'est très compliqué de délocaliser ce service.
00:59Selon nos informations, le déménagement pourrait prendre plusieurs mois avant d'être officialisé.
01:04En attendant, des salariés ont été redirigés vers d'autres sites de l'opérateur télécom à Marseille,
01:09tandis que d'autres poursuivent en télétravail.
01:12Et on en parle avec Sébastien Crozier. Bonjour.
01:14Bonjour.
01:14Soyez le bienvenu. Vous êtes le président de la CFE CGC chez Orange.
01:19Est-ce que vous diriez que vos collègues, qui ne sont plus sur ce site pour des raisons de sécurité,
01:27si d'aventure ils y revenaient, seraient directement en danger ?
01:33Ça fait quatre ans que nous avons alerté la direction sur la question de la localisation des emplois tertiaires à Marseille,
01:44puisqu'il y avait une volonté de les regrouper.
01:48Et le choix de ce site avait déjà été dénoncé comme étant hasardeux.
01:53Hasardeux pour plusieurs raisons.
01:54Parce que d'une part, c'est un site qui a été historiquement construit pour être un bâtiment technique avant tout.
01:59Et effectivement, son caractère à la fois stratégique pour la ville et on va dire non déménageable,
02:06fait qu'il restera un site technique.
02:08Et donc, ce n'est absolument pas du tout un site adapté pour faire du tertiaire, des locaux, des bureaux.
02:14Et le deuxième élément, c'est qu'il se trouve dans une zone qui est compliquée.
02:18Entre le centre-ville de Marseille et qui fait la jonction entre le centre-ville et les quartiers nord de Marseille.
02:22Oui, d'une façon générale.
02:23Et qui abrite de nombreux points de deal.
02:25C'est-à-dire que les bâtiments sont situés au milieu, schématiquement, du trafic de drogue, d'un point de trafic de drogue à Marseille.
02:31C'est un site technique qui n'est pas dans un environnement de bureau ou d'un ensemble de bureaux.
02:36Donc, c'est dans un quartier d'habitation où malheureusement, l'ordre républicain est en panne depuis de nombreuses années.
02:45Vous diriez que vos collègues sont en danger.
02:48Est-ce que vous relayez ici même ce matin la parole de certains ou certaines d'entre eux qui ont peur aujourd'hui ?
02:54Alors, je pense que le sentiment d'insécurité a été très gravement augmenté par les impacts de balles qui ont eu lieu sur le bâtiment.
03:07Un certain nombre de personnes appréhendent de venir sur ce site parce que les conditions d'accès sont rendues très difficiles.
03:19Le métro, il y a des tags qui permettent de connaître telle ou telle composante de drogue qu'on peut acheter et qui sont fléchées.
03:29Il y a effectivement du deal.
03:31Il y a une présence policière qui est largement insuffisante.
03:34Et donc, effectivement, il y a un sentiment d'insécurité, de danger difficile de le dire.
03:41Avec des impacts de balles relevés ici et là sur certaines...
03:44J'entends la question qui est posée, c'est est-ce que c'était une volonté d'expliquer à Orange qu'il fallait qu'il sorte du quartier ?
03:55C'est une vraie question.
03:57C'est un message pour vous, cette rafale-là, constatée cette semaine, au retour des vacances de Noël ?
04:02Ce qui est un terrible message, c'est l'incapacité de notre République à faire que l'ensemble des citoyens soient protégés
04:09et que nous vivions dans un univers de sécurité.
04:13Mais c'est aussi un terrible message de l'impuissance ou de l'incapacité, plutôt que de l'incapacité,
04:19de nos dirigeants politiques, de nos dirigeants économiques,
04:21à procurer un emploi qui puisse venir en concurrence du trafic de drogue.
04:26Dans ce quartier-là, si la drogue est aussi présente, c'est parce que le taux de chômage est à son maximum.
04:32Orange n'a fait que localiser des emplois, sans proposer à aucun habitant de ce quartier de venir travailler sur ce site.
04:43Donc on a, entre guillemets, créé un site qui n'est absolument pas du tout inséré dans la cité.
04:52On a des exemples.
04:52Et adapté géographiquement.
04:54Nous sommes justement en direct avec Bruno Bartoschetti.
04:57Bonjour, vous êtes secrétaire nationale de la zone sud du syndicat policier Unité.
05:00Vous connaissez très bien le secteur, pour dire les choses clairement.
05:04Si je résume la situation qui paraît assez ubuesque, c'est que le site Orange dont on parle,
05:12qui est situé en plein cœur de Marseille, il est en fait situé en plein cœur d'une guerre des gangs,
05:19d'une guerre de narco-trafiquants.
05:21C'est bien ça ?
05:23Oui, bonjour.
05:23Oui, c'est tout à fait ça.
05:24Situé dans un quartier qui est le plus pauvre de France.
05:28Effectivement, le taux de chômage est très élevé.
05:30Vous avez un trafic de stupéfiants.
05:32Vous avez aussi une contrebande de cigarettes.
05:34Et donc, j'ai envie d'appuyer un petit peu plus sur les propos de votre invité.
05:39Ce n'est pas un sentiment d'insécurité.
05:40Lorsqu'on constate des impacts de balles, c'est qu'on est en insécurité.
05:45Est-ce que vous iriez travailler, vous, dans des locaux qui ont été criblés de balles la veille ?
05:50Ce n'est pas possible.
05:52Donc, en fait, il faut comprendre que c'est signé.
05:54Les narcotrafiquants veulent prendre en otage et ils y arrivent la population.
05:59Ils signent en bas à droite en disant, bon, écoutez, vous nous dérangez.
06:02Là, c'est notre secteur.
06:03Ça nous appartient.
06:04Vous dégagez.
06:04C'est un véritable affront à l'endroit, évidemment, de la République, à l'endroit de l'État.
06:09Et lorsqu'on parle de présence policière, eh bien, on fait de notre mieux avec les moyens qu'on a.
06:13C'est-à-dire qu'il nous manque facilement 500 policiers à Marseille.
06:16C'est un fait.
06:18Marseille est très, très étendue.
06:19On doit couvrir le terrain.
06:20Et là, en ce moment, l'État recule.
06:22C'est un échec de l'État.
06:24Je ne veux pas rentrer dans des polémiques politiques.
06:27Mais nous, c'est du factuel sur le terrain.
06:29Quand on travaille, eh bien, lorsqu'on fait notre bilan en fin de soirée ou en fin de journée,
06:34eh bien, on a constaté que, parfois, on n'a pas pu maîtriser certaines situations
06:39parce qu'on n'avait pas les moyens de couvrir certaines missions.
06:42Mais les salariés du campus Orange de Marseille dont on parle,
06:47actuellement, ils sont de nouveau priés de rester chez eux.
06:50Mais, en fait, que risquent-ils ?
06:52Ils risquent de se prendre une balle sortie d'un gros calibre, d'une arme de guerre.
06:59En fait, c'est ça, la réalité, aujourd'hui, à Marseille ?
07:02Vous savez, le trafic de stupéfiants, on le voit, malheureusement,
07:06entraîne des victimes innocentes ou collatérales dans le trafic de stupéfiants.
07:11Et pourquoi pas, malheureusement, toucher physiquement un employé d'Orange ?
07:16Lorsqu'on tire à balle réelle, eh bien, la volonté, c'est d'aller plus loin que dans la provocation.
07:21Et j'ai bien peur que si, malheureusement, on ne prend pas des mesures,
07:24alors là, il faut réfléchir sur les mesures à prendre.
07:28J'ai bien peur qu'un jour, ce sera une atteinte physique
07:30qui ne se traduira peut-être pas par un tir physique,
07:34mais peut-être une pression supplémentaire à l'endroit des employés.
07:39Il y a 700 employés, j'ai entendu, d'Orange.
07:42Je suis convaincu que si, malheureusement, on ne prend pas des mesures sérieuses,
07:46eh bien, on va arriver à ce type de situation.
07:49C'est fort probable.
07:50Les autorités ont pris des mesures ces dernières semaines face à la situation.
07:54La préfète de police déléguée à la sécurité a décidé à Marseille de renforcer la présence policière
07:59en augmentant les rondes, les patrouilles,
08:00en poursuivant la mise en place d'une garde statique aux heures d'entrée et de sortie du site.
08:04Là, il n'y a plus de garde statique parce que les locaux sont temporairement, en tout cas, fermés.
08:09Est-ce que vous considérez que c'est quoi ?
08:10C'est une forme de pansement, mais un peu léger, encore une fois, face à la situation ?
08:15La préfète, elle est remplie de bonnes volontés, comme tous les policiers à Marseille.
08:19Mais la préfète ne pourra pas sortir de son chapeau des effectifs que nous n'avons pas.
08:23Nous répondons à de nombreuses missions à Marseille.
08:26Marseille, c'est la deuxième ville de France.
08:28C'est très étendu, comme je vous disais.
08:30C'est cinq fois Lyon en matière de terrain à couvrir.
08:35Donc, on peut toujours se prioriser des missions.
08:39Si on n'a pas les effectifs, on ne pourra pas.
08:40Et je peux vous dire une chose, que la solution, ce n'est pas non plus.
08:43Et là aussi, ce serait un échec de mettre un quart de CRS, 24 heures sur 24, devant le site Orange.
08:48Ce qu'il faut, c'est avoir des effectifs de façon pérenne dans notre département et à Marseille
08:53pour pouvoir justement sécuriser cet endroit qui est très sensible.
08:56Et peut-être un plan d'urbanisation aussi me paraît nécessaire dans ce quartier,
09:00j'insiste bien, qui est vraiment très, très pauvre.
09:03C'est très difficile de vivre dans le quartier de Félix-Piat, Saint-Moron,
09:06enfin, tout ce qui compose le troisième arrondissement de Marseille.
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