- il y a 7 mois
Première ZAC (zone d'aménagement concerté) de France, Grigny est l'endroit idéal pour décrire la manière dont la France a transformé son rêve de périphérie heureuse en un cauchemar urbain paupérisé. L'ambition du film est d'y laisser la caméra tout au long du récit, pour en découvrir les habitants et les dédales d'hier et d'aujourd'hui, et répondre aux questions essentielles : Quel était le projet originel ? Pourquoi a-t-il dérapé ? Que s'y passe-t-il aujourd'hui ? Quel est le projet pour demain ? Détruire, pourquoi ? Recons-truire, où, quand, comment, et pour qui ?
Des habitants, aux architectes en passant par la ville de Grigny, le maire, le préfet, les bail-leurs et l'Anru, le film examine et décrypte les conséquences de ce qui s'est joué à Grigny, de la politique de logement de l'Etat.
Nous voyons à l'oeuvre à travers le décryptage de l'histoire de Grigny comment l'État a participé et participe encore à la fabrique de l'exclusion sociale. Année de Production :
Des habitants, aux architectes en passant par la ville de Grigny, le maire, le préfet, les bail-leurs et l'Anru, le film examine et décrypte les conséquences de ce qui s'est joué à Grigny, de la politique de logement de l'Etat.
Nous voyons à l'oeuvre à travers le décryptage de l'histoire de Grigny comment l'État a participé et participe encore à la fabrique de l'exclusion sociale. Année de Production :
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00:30C'était un mercredi après-midi.
00:35Ce jour-là, mon père est parti faire les courses.
00:41Mon père a ouvert la porte de l'ascenseur.
00:47La cabine n'était pas là.
00:52Il a tenté de rentrer, il est tombé.
00:56Et il est décédé.
00:57A Grigny, le mal-logement tue.
01:03A 25 km au sud de Paris, cette commune a longtemps été la ville la plus pauvre de France.
01:12Tout pourtant aurait pu en être autrement.
01:14La Grande-Borne, entreprise en octobre 1967 par l'Office public d'HLM, sur les plans de l'architecte Émile Aillot, a commencé à vivre en août 1971.
01:27La Grande-Borne, 4 000 logements, 18 000 habitants.
01:36Évidemment, construire 100 logements pour des HLM n'a pas grand intérêt.
01:42En construire 3 000 devient un univers que l'on manipule et que l'on forme.
01:47On m'a dit même, mais pourquoi Émile Aillot ?
01:50Tu es donc un dieu que tu as...
01:51Ça a été imprimé.
01:53Tu es donc un dieu que d'avoir fait une ville.
01:59Monsieur Aillot, l'architecte, nous a dit que c'était la cité du bonheur, la cité des enfants.
02:02Quelle horreur !
02:03La Grande-Borne, c'est un pays de voyous, ça.
02:06Les jeunes sont obligés de venir voyous.
02:08Ils mettent le feu un peu partout dans les halls, ils déchirent tout, ils cassent tout.
02:14Ce discours, je l'entends depuis toujours.
02:17Habitant d'une commune voisine de Grigny, j'emprunte depuis 30 ans sa station de RER.
02:24Abandon, violence, clichés.
02:27Grigny cristallise les mots de la banlieue française.
02:30Pourtant, cette commune est avant tout la victime de l'urbanisme autoritaire,
02:35d'un état coupable et d'un promoteur cupide.
02:41Je crois que les plus grands cas, malheureusement, c'est les tentatives de suicide.
02:46La femme qui se retrouve seule du matin au soir dans cette cité où la vie n'existe pas,
02:53je crois que c'est quand même assez dur.
02:56On dit qu'il y en a quatre par semaine, c'est vrai ?
02:58En moyenne ?
02:59Oui, c'est vrai.
03:00C'est vrai.
03:01Pour moi, cette cité, si l'on peut dire, c'est les bidonvilles de l'an 2000.
03:20Au début des années 60, Grigny, c'est pratiquement la campagne.
03:23C'est à peine 3 000 habitants, à 25 kilomètres de Paris, il y a des champs d'un côté, il y a les lacs de l'Essonne de l'autre.
03:30C'est un cadre absolument merveilleux, très calme et la ville ne s'attend absolument pas à ce qui va lui tomber dessus.
03:37Grigny, à première, top !
03:40La région parisienne est dans une situation très critique au niveau du logement.
03:46Donc il faut construire très vite à peu près 100 000 logements en région parisienne par an.
03:51Le ministre de l'équipement de l'époque supprime des centaines de pages de réglementation.
03:57Il supprime le permis de construire fin 68.
04:00Il essaye de faire en sorte qu'on construise plus et moins cher.
04:03Il va y arriver, mais à quel prix ?
04:05On a donc d'un côté la Grande-Borne, 3 600 logements, de l'autre Grigny 2, 5 800 logements.
04:12Énorme projet, deux grands projets qui tombent sur cette petite ville qui va passer de 2 800, 3 000 habitants à 27 000 en moins de 10 ans.
04:23En 1968, le programme de la Grande-Borne est attribué à un seul promoteur immobilier, Francis Bouygues, sans appel d'offres.
04:31Une procédure supprimée par le ministre de l'époque, Albin Chalandon.
04:35Cette année, baissons ceci et maintenant, avec des bâtiments plus bas.
04:43Le projet est attribué à un seul architecte, Émile Ayot, qui a des idées très originales.
04:49Il veut faire autre chose que tous ces quartiers monotones de tours et de bars.
04:55Il faut que ce soit bien fermé, surtout.
04:59Lui, il veut une ville à hauteur d'enfants, avec des jeux, avec des œuvres d'art,
05:03avec des petites ruelles piétonnières, avec un plan un petit peu labyrinthique, un petit peu comme dans les villes anciennes.
05:11C'est son modèle.
05:13Il a quelque chose d'un coquillage, il a quelque chose de coquillère,
05:17qui me semble être l'abri le plus sûr et le plus rassurant pour les individus.
05:25Le problème, c'est que pour baisser les prix, le constructeur va utiliser la préfabrication.
05:34Et le résultat, c'est que ces panneaux de façade ne seront pas étanches.
05:38Et quand les habitants arriveront à partir de la fin 68, début 69,
05:42ils vont s'apercevoir que leur logement fuit.
05:44Et Grigny, finalement, va être en chantier de façon quasi permanente pour régler ce problème jusqu'à aujourd'hui.
05:50Oui, oui, oui, c'est la grande borne, puis je ne suis pas contente de mes propriétaires.
05:54Pourquoi, madame ?
05:55Ah, ben parce qu'on a des logements à effet, tout humide et puis tout.
05:58Quand vous voyez ce type de fissure un peu partout,
06:01je n'ai pas l'impression qu'on doit garder longtemps la chaleur dans les appartements.
06:04Il y en a 18 ans qui ont été recensés, avec des dégâts à des degrés très différents.
06:11Ils ont attendu 23 ans pour obtenir cet HLM.
06:15Quand on a enfin ce logement tant espéré, que faire à la grande borne ?
06:20Les amis, on les a perdus en se transplantant dans cette cité neuve où personne ne se parle.
06:27Le cinéma, il n'y en a pas.
06:29La maison de jeunes, nul ne sait quand elle ouvrira.
06:33La gare de Juvisy est à 8 km, pas de quart le dimanche, ni le soir, après 9 heures.
06:38Ça va être la catastrophe parce qu'il n'y a pas assez d'école pour tout le monde.
06:41Il n'y a pas de collège non plus.
06:42La société d'Amérique est obligée de le construire et de le financer en s'endettant.
06:47Elle n'arrête pas de s'endetter.
06:49Ça plombe les finances municipales.
06:51Et dès 1971, elle est obligée de se mettre en déficit.
06:55Au plus haut niveau de l'État, on est au courant du fiasco en cours.
06:59En 1974, le ministère de l'Intérieur considère que Grigny a été plus violée que consentante.
07:05« Dans mes bonnes gens de Grigny, demain sera un autre jour. »
07:2050 ans plus tard, la plupart des commerces sont fermés.
07:32Grigny, 28 000 habitants et pas un seul supermarché.
07:36« Bonjour, bonjour. Ça va du doucement ? Ça se passe bien ? Comme l'habitude ? Super. Ça va ? »
07:53« Je ne veux pas ruver. Je ne veux pas ruver. »
07:56« L'idée d'ici, c'est que les mamans, qu'elles viennent faire un peu du sport.
08:02Elles sortent de la maison, boivent autre chose.
08:04Au lieu d'être enfermés, changer, discuter entre eux.
08:10Voilà, convivialité. »
08:12« C'est bien, mais il faut fraîcher les genoux. Voilà, il vient.
08:15Tu ne penses pas. Il faut partir avec les pieds. Voilà, tu reviens. »
08:19« C'est une ancienne pharmacie et on l'a transformée en salle de sport. »
08:26« C'est le seul lieu qui est accessible à ses habitants, en termes de sport, on va dire. »
08:31« Vas-y ! »
08:33« C'est stop ! »
08:36« On va aller plus vite jusqu'à 10. »
08:39« 1, 2, 3, 1. »
08:41« Les dames, elles viennent de tous les quartiers de la ville de Grigny. »
08:45« Hier, j'ai une dame, elle est née en 1936. »
08:48« Elle est venue pour faire du sport. »
08:50« Elle habite où ? »
08:51« Elle habite juste à côté. »
08:53« Juste à côté dans les bâtiments, là. »
08:56« Et la dame qui est derrière vous aussi, elle a un certain âge. »
09:00« Il y a une grande variété d'âges. »
09:02« Le sport n'est pas essentiellement pour les jeunes, c'est pour tout le monde. »
09:08« Bravo ! »
09:10« Quelle que soit ta couleur, ton âge, toutes tes difficultés, on est là. »
09:15« Du moment qu'on fait le sport, on papote. »
09:18« Ça nous fait oublier des problèmes. »
09:20« Depuis 91, je suis agréguée. »
09:22« Et si tout va bien, je vais mourir là. »
09:25« Ah oui, je ne vais pas changer mon quartier. »
09:27« Ah, nulle part ! »
09:29« Partez ! »
09:30« Partez ! »
09:32« Des filles ! »
09:34« Des filles ! »
09:35« Allez, venez ! »
09:37« En maternelle, on poussait des roues de voiture. »
09:40« On sent, on tomait du tout. »
09:42« Dans la tête la première dans le Bacassab. »
09:44« Comme son nom muslim, il n'est pas même vu pétacar. »
09:46« C'est lent, même dans un sport, qu'il venait d'apprendre sur le tas. »
09:48« Pein en main, devant ta part. »
09:50« Je m'appelle Boacar Sakanoko. »
09:52« J'ai grandi à Grigny à la Grande-Borne. »
09:54« Moi, j'ai vécu ici de 1981 à 2013. »
10:00« Ici, là. »
10:01« Mon gars. »
10:02« C'est bon, quoi ? »
10:03« Au revoir. »
10:04« Qu'est-ce que se passe ? »
10:05« Tranquille. »
10:06« Pépère. »
10:07« Mon ancien ! »
10:08« Oh ! »
10:09« Oh ! »
10:10« Ramzi ! »
10:11« Ramzi, ouais ! »
10:12« Allez, déménagez maintenant ! »
10:13« Ramzi ! »
10:14« Mes souvenirs, là, tu vois, c'est là où on jouait avec mes cousins,
10:19lorsque tous mes cousins venaient. »
10:21« Très souriant, il y avait des gens chez moi. »
10:23« Les gens du quartier se fréquentaient. »
10:25« Les portes, elles étaient carrément ouvertes. »
10:26« Parce qu'il y avait des poignées à l'extérieur des portes. »
10:28« Du coup, les gens rentraient. »
10:30« Ils pouvaient s'asseoir, discuter, manger. »
10:32« C'était les années 80. »
10:34« Il n'y avait pas autant de maghrébins et de noirs. »
10:37« C'était une majorité de blancs. »
10:39« Je me souviens qu'au premier étage, à l'époque, il y avait un certain Dominique et sa famille. »
10:42« Je pense que c'était un bouson noir. »
10:44« Il avait un bouson noir et il réparait des motos juste en bas. »
10:48« Il m'avait l'air assez robuste, en tout cas à l'époque, avec mes yeux d'enfant. »
10:52« Même si tout n'était pas rose, mais la vie était belle tout de même. »
10:58« Booba est un ancien rappeur. »
11:02« Nous partageons la même envie de parler autrement de la grande borne. »
11:06« Dire ce qu'elle a été. »
11:07« Ce que c'est que d'y vivre. »
11:10« Depuis 2016, il anime sur YouTube une émission appelée « Disons-nous les choses. » »
11:15« Les bails, les airs, jambes, on dit mogo, pas mogo, on dit floco, pas floco. »
11:19« Disons-nous les choses aujourd'hui, je suis entouré. »
11:21« Avec de sacrés hommes. »
11:23« Aujourd'hui, on parle d'un sujet qui dérange, qui questionne, mais qui concerne tout le monde. »
11:27« Aller chez le psy, ça peut sauver des vies. »
11:30« Mais pourquoi est-ce encore tabou ? »
11:32« Pourquoi, surtout, dans les quartiers populaires, c'est souvent perçu comme un truc de riche, de fragile ou pire, de fou ? »
11:39« Santé mentale, quartier, virilité, stigmatisation, accès aux soins. »
11:44« On va essayer de tout mettre sur la table. »
11:46« Parler à quelqu'un en dehors du cocon familial ? »
11:50« Mais c'est un non-non chez les familles renois, tu vois. »
11:53« Tu ne parles pas de nos problèmes. »
11:55« Aujourd'hui, il y a un certain nombre de jeunes dans les quartiers qui ne sont pas forcément sur la bonne route. »
12:01« Et dans les statistiques, on sait qu'aujourd'hui, dans les études, les filles réussissent mieux que les garçons. »
12:07« Les femmes sont-elles en train de sauver les quartiers aujourd'hui ? »
12:11« Je pense que les femmes, elles peuvent être un symbole de paix. »
12:15« Moi, je passe dans la rue, en tout cas, je vois deux jeunes en train de se battre. »
12:18« Tu t'interpeuses. »
12:20« Je suis mère, ça pourrait être mon enfant, ça pourrait être mon neveu, ça pourrait être mon cousin. »
12:24« Et puis, ça fait mal de voir que les enfants se battent comme ça. »
12:27« À trois, on dit « Every Femme d'Espoir. » Merci. »
12:31« Un, deux, trois. »
12:33« Every Femme d'Espoir. »
12:35« Les gens s'expriment sur leur ressenti, expriment leur avis. »
12:40« Nous aussi, on a créé ce format-là, c'est parce qu'à un moment donné, il y a une partie de la population qui n'a aucun endroit où s'exprimer. »
12:50« Le dos, il est toujours solide. »
13:00« C'est toi, mon frère. »
13:02« Moi, je suis un mec fatigué. »
13:03« Ça va ou quoi ? »
13:04« Ça se passe ? »
13:05« Quand j'ai commencé à bouger un peu, moi aussi, tout ce qui est les bagarres, les choses un peu, voilà, malheureusement, dans lesquelles parfois on peut tomber dans les quartiers en tant que garçon, il n'a pas hésité à me recadrer, mais avec bienveillance, ça a été un des premiers à me donner cette notion de voir loin et d'aspirer à autre chose que les bagarres et tout ce qui va avec. »
13:29« Vas-y, tu fais quoi, là ? »
13:31« Ta gueule, ta gueule, ferme ta gueule ! »
13:32« Tu me laisses faire mon travail, t'as compris ? »
13:34« Tu vas faire le cahier dans ta cité, là ? »
13:37« Espèce de baltringue, va, qu'est-ce qu'il y a ? »
13:40« Fais le malin devant tes potes, là ! »
13:47« Tu vas me dire qu'est-ce qui a jeté le micro-ondes sur mon collègue ? »
13:49« Ferme ta gueule ! »
13:50« C'est qui ? »
13:51« Je sais pas. »
13:52« Ouais, c'est ça, fais le malin avec moi. »
13:54« Fais le malin. »
13:55« Baisse tes yeux, là. »
13:56« Baisse tes yeux. »
13:58« À Grigny, comme d'autres endroits,
14:03on a pas mal d'affaires de violences policières
14:06qui étaient en train de vraiment exploser à droite à gauche.
14:08Je me suis dit, je vais faire un film là-dessus,
14:10proposer mon constat, parce que la plupart des...
14:12Moi, je trouve, la plupart des films qui abordaient ce sujet,
14:16c'était soit édulcoré ou politiquement correct.
14:19Et je me suis dit, on va raconter notre version à nous.
14:22Et on a été pris à Cannes en 2019
14:24pour faire la première partie de la quinzaine des réalisateurs.
14:36C'est un peu sinistre quand même.
14:38Mais bon, voilà, c'est ici que je grandis.
14:40Sinistre, c'est ça, l'impression que ça te fait ?
14:42Ben, regardez, non, c'est sombre, non ?
14:46Mais j'ai passé de très bons moments ici.
14:49Surtout sur les montagnes de pierre, là.
14:51Je montais là, et clac, et après l'autre...
14:54Eh putain !
14:55On était fous, on était fous de faire ça.
14:57Tu prends des cartons, tu descends...
15:01On se faisait mal aux fesses !
15:03On était fous, nous, à l'époque.
15:07C'est une prison assez louverte, on a été.
15:09Soi-disant, voilà, la cité pour les enfants.
15:13Et lorsque il a été interviewé,
15:15dans un média à l'époque, on lui pose la question.
15:19Est-ce que vous habiteriez dans ces lieux-là ?
15:22Il dit non.
15:24Je ne suis pas, ni à l'âge, ni à l'État,
15:27d'habiter des HLM.
15:29Il est certain, il est certain,
15:31que si j'avais l'âge et l'obligation d'habiter un HLM,
15:34c'est-à-dire, évidemment, de n'avoir aucun revenu,
15:39certainement, certainement, j'habiterais là passionnément.
15:45Au final, tout ceci est déshumanisant.
15:47Au-delà du discours initial,
15:50quand on s'en va dans d'autres milieux et dans d'autres lieux,
15:53on voit l'horizon.
15:54Mais on ne voit rien du tout.
15:56Alors, madame de messieurs, vous la regrettez, votre grande borne ?
15:58Non, je ne la regrette pas du tout.
16:00Pourquoi ?
16:01Parce que lui ne me plaît pas.
16:02Alors, c'est beau.
16:04C'est pas beau ?
16:05Toutes ces couleurs.
16:07Vous allez où ?
16:08Sur Rennes.
16:09En pavillon.
16:11Et au moins, mes enfants seront beaucoup mieux.
16:15Quand ils le peuvent, les habitants quittent la grande borne.
16:17Les plus modestes restent.
16:19Les parents de Bouba, eux, n'ont jamais obtenu de prêt bancaire pour s'installer ailleurs.
16:25On a placé des gens ici selon leurs conditions sociales et aussi par rapport à leur origine ethnique.
16:37À l'époque, lorsque tu étais au Square, il y avait majoritairement des Tunisiens et des Portugais.
16:42Ici, majoritairement des Antillais, en tout cas dans les années 90.
16:46C'est pour ça que lorsque j'entends des hommes et des femmes politiques parler de communautarisme,
16:52je dirais juste que si communautarisme il y a, c'est vous qui l'avez créé et vous continuez à l'entretenir.
16:59Regarde, attends, regarde, t'as pas envie de vivre là toi ?
17:16Quand je revenais c'était une pelouse de 3 cm de...
17:20C'est exceptionnel. Là je le connais un peu plus.
17:25Le 10 juin 2025, le président de l'Agence nationale pour la rénovation urbaine, l'ANRU, et Philippe Riau, le maire de Grigny, inspectent les derniers aménagements à la Grande-Borne.
17:38Là, ça fait partie des 300 qui sont quasiment terminés.
17:41Ce qui est fait est remarquable et il y a tout ce qui reste à fait.
17:45Depuis 2007, cette agence d'État tente d'organiser la rénovation urbaine.
17:50À Grigny, près de 300 millions d'euros ont été dépensés.
17:53Mais à la Grande-Borne, des quartiers entiers attendent encore leur réhabilitation, comme ce quartier, celui de Boubass à Kanoko.
18:01Là, on va couper les nouilles, là, un petit peu, une ou deux cages d'escalier.
18:05Et c'est déjà vide, là ?
18:06C'est en train de... Non, pas là.
18:09Non, parce qu'une fois coupée, je trouve qu'effectivement...
18:12La nouille est plus digeste ?
18:14Oui, elle est beaucoup plus digeste, je trouve, et surtout, ça marche, quoi, ça peut fonctionner.
18:19L'ANRU coordonne les multiples acteurs de la politique de la ville.
18:23Mais en France, la rénovation urbaine est financée d'abord par les entreprises, à travers l'organisme Action Logement.
18:31L'État n'en finance que 10%.
18:32Bonjour.
18:35Bonjour.
18:36Une des pharmaciennes du quartier.
18:37Ah, enchantée.
18:38Voilà.
18:39Engagée dans le quartier depuis très longtemps.
18:43Vous avez combien de médecins dans le quartier ?
18:45Des prescripteurs.
18:46Trop peu, actuellement.
18:48On va à l'extérieur du quartier, des patients vont à l'extérieur, ou non, pas de médecin traitant, pour beaucoup.
18:54Donc on a une cabine de téléconsultation, mais malheureusement, ça ne remplace absolument pas tout.
18:58C'est un peu de la médecine de France.
19:00Donc voilà.
19:06Qu'est-ce qu'il y avait là au rez-de-chaussée ou au pseudo-race ?
19:08Ça, c'est les commerces.
19:10Il y avait des commerces ?
19:10Les commerces qui étaient en fait...
19:12Tournés de l'autre côté, là ?
19:13Ouais, à l'intérieur, ce qui était la mort assurée, en fait.
19:16Bah oui.
19:22Voilà, la grande borne du siècle dernier.
19:24La fêté des enfants.
19:28Ça cache un peu la misère sociale, mais ce sont de très belles photos.
19:33Mais à l'époque, on était contents d'arriver.
19:35Bien sûr.
19:35Je le rappelle toujours, la grande borne, mais c'est la fin de la vie d'envie là-bas.
19:43On déplace les populations.
19:45Les populations du 13e.
19:46Là, c'est...
19:47Oui, les deux petites filles, c'est des jeunes portugaises qui viennent du 13e arrondi.
19:54Ah ouais ?
19:54Effectivement, sans doute, là où l'enrue peut encore s'améliorer pour les années qui viennent,
20:00c'est l'articulation avec le volet social.
20:01Donc parfois, on a rénové, mais finalement, on n'a pas été assez loin dans l'accompagnement
20:07social des populations, l'ambition éducative, l'ambition d'insertion professionnelle, voire
20:14même parfois l'ambition de tranquillité publique et de sécurité.
20:17Patrice Vergritte le concède lui-même.
20:20Les tentatives de rénover l'urbain n'ont pas suffi à résorber les inégalités sociales
20:24et à enrayer la spirale de paupérisation des quartiers.
20:27Les pouvoirs publics tentent pourtant de désenclaver la Grande Borne en l'ouvrant vers l'extérieur.
20:34En 2016, 45 ans après sa construction, une route traverse enfin la Grande Borne, jusqu'ici
20:40interdite aux voitures.
20:42Pour cela, l'enrue a tranché dans le vif et détruit près de 400 logements.
20:48Un bus relie désormais les habitants au reste de Grigny.
20:52D'autres démolitions sont encore à venir.
20:54Il y a eu le dogme de la démolition, on l'a senti sur le terrain, je l'ai ressenti fortement.
21:00Si on ne démolissait pas, effectivement, on ne pouvait pas être en rue.
21:07Le quartier emblématique de la Grande Borne, appelé les Places Hautes, est en cours de démolition.
21:14A terme, il sera entièrement rasé.
21:17Un traitement de choc pour ce quartier où le narcotrafic s'est peu à peu enraciné.
21:21Les trafiquants profitent à la fois de la paupérisation de la Grande Borne et de l'accès rapide
21:26à l'autoroute A6.
21:30T'as vu quand le panneau est tombé tout d'un coup ?
21:33T'as toute la terre qui tremble.
21:35Bon ben voilà, tu comprends qu'il se passe vraiment quelque chose.
21:37L'espace public, c'est une agora.
21:43Ici, une fois que les différents commerces ont fermé, vous perdez cette notion d'agora.
21:48Et c'est là où le trafic peut s'installer très très facilement.
21:54Il y a quand même un traumatisme pour les habitants.
21:58En fait, rénovation urbaine pour les habitants, ça veut dire on va démolir chez moi.
22:00On va démolir en bas de chez moi.
22:01Il suffit de regarder ce qu'il y a écrit là-bas.
22:10Au fur et à mesure des échanges avec les acteurs, on comprend qu'il faut démolir.
22:14Alors, pourquoi pas ?
22:16Moi, j'ai toujours un petit peu du mal avec cette logique de la tabula rasa,
22:20surtout pour les archers qui vont intervenir après.
22:23C'est-à-dire que finalement, ils n'ont plus grand-chose à quoi se raccrocher
22:26pour fabriquer leurs projets.
22:28Et donc, on a quand même le risque de refaire des quartiers à partir de rien
22:31et retomber dans les travers des grands ensembles des années 70.
22:35Un petit peu caché sous l'espace public, on est à côté des parkings,
22:58on n'est pas vraiment dans le cinéma de la grande visibilité.
23:00Ce n'est pas le grand Rex avec son enseigne géante, non.
23:03Ici, les équipements, voilà, ils servent à quelque chose.
23:07On n'a pas besoin de les mettre spécialement en valeur.
23:09Donc, c'est un petit peu particulier.
23:10Enfin, c'est quand même beaucoup d'émotion.
23:13Bon, il a fermé il y a quand même plus de 30 ans.
23:16Mais, bon, voilà, savoir qu'on n'a pas pu, dans le projet, le réintégrer,
23:20c'était quand même un peu une tristesse, quoi.
23:23Donc, voilà, il va être démoli comme le reste.
23:30L'État a créé lui-même ce qu'il répare aujourd'hui.
23:48Donc, oui, bien évidemment qu'il y a un devoir politique de réparation.
23:52Et que ce soit les habitants, que ce soit les responsables politiques,
23:57de quelle couleur politique que ce soit, doivent porter ce droit à réparation.
24:02À Grigny, l'État sous-traite la gestion de la grande borne à un acteur privé.
24:07Les loyers des logements sociaux sont directement encaissés par ce bailleur.
24:12Son chiffre d'affaires annuel est de 211 millions d'euros.
24:15Ce bailleur n'a pas géré la grande borne pendant des années.
24:21L'argent ramené dans les caisses de ce bailleur
24:24n'ont pas été réinjectés dans la grande borne.
24:29Pendant plusieurs décennies,
24:31le cash flow du groupe a été assuré
24:35par ce grand ensemble.
24:37Nicolas Debenay est le directeur immobilier du bailleur
24:46les résidences Yvelines-Essen.
24:50Putain, quelle merdée ici.
24:54C'est sympa, c'est vivant aujourd'hui.
24:58Vous voulez vraiment traverser là ?
24:59Putain, c'est la première fois que je vais le faire.
25:01C'est pas l'endroit le plus chic de la grande borne,
25:04je me le dis tout de suite.
25:04Il affirme avoir investi 150 millions d'euros
25:09pour entretenir la grande borne.
25:13La grande borne, c'est 10% de notre patrimoine.
25:16Donc on doit aussi répartir, on va dire,
25:18nos forces techniques et financières
25:20sur l'ensemble de notre patrimoine.
25:23Donc vous comprenez que si je réhabilite les 3000
25:25et que je concentre mon affaire ici,
25:27d'autres secteurs seront lésés.
25:28Donc c'est juste un équilibre territorial
25:30plus que financier.
25:33L'ANRU...
25:34Ça marche pas ?
25:34Ils vous disent, c'est pas comme ça qu'il faudrait faire.
25:36Il faudrait faire un peu plus comme ça,
25:37un peu moins comme ça.
25:38Et puis c'est pas là qu'il faut démolir.
25:40C'est quand même l'ANRU
25:41qui m'a forcé à démolir la totalité des places hôtes.
25:43À la base, il y a une partie qu'on voulait sauver
25:45parce qu'elle n'était pas sur une structure de dalles.
25:49Pourquoi ?
25:50Parce que c'était bien de tout démolir.
25:52Bon ben, on a fini par dire au plus,
25:53vous voulez tout démolir,
25:54si vous payez tout, allez-y,
25:55mais c'était pas essentiel au projet.
25:57Ici, là, tout est réhabité
26:02sauf cette cage d'escalier qui est démolie.
26:04Là, c'est pareil.
26:05Démolir cette cage d'escalier
26:06ne représente que peu d'intérêt.
26:08Soi-disant, c'est pour faire une traversée
26:10éventuelle de voitures qui vont passer
26:12qui ne passeront jamais.
26:13Et donc là, on va embêter les gens
26:14pour 10 logements.
26:16Ça coûte très cher.
26:17Et la plus-value, elle n'existe pas.
26:19Et ça ne résout zéro problème de peuplement
26:20parce que j'enlève 10 logements
26:21sur 300 logements.
26:23Donc on ne résout rien du tout.
26:26Quand on réfléchit à tout ça,
26:28c'est qu'en gros, il y a une famille
26:29qui peut s'installer,
26:30habiter presque la majeure partie
26:32de sa vie à la Grande-Borne
26:33et ne jamais connaître
26:34de réhabilitation dans sa tranche.
26:37Oui, tout à fait.
26:39On a retenu les leçons.
26:41On va essayer d'amener cette qualité.
26:43Ils ont droit à cette qualité, les gens.
26:45Et je pense que ça a longtemps été négligé.
26:46Vous voyez, quand on fait ça,
26:47on pensait que c'est de la qualité, ça.
26:49C'est de la tartine.
26:5050 ans après la construction
26:56de la Grande-Borne,
26:57le temps de la rénovation
26:58n'est toujours pas celui des habitants.
27:06En face de la Grande-Borne,
27:07de l'autre côté de l'autoroute A6,
27:09s'étend Grigny 2.
27:12Un immense projet immobilier privé
27:14bâti sans permis de construire.
27:16Pour la deuxième fois,
27:17dans la même ville,
27:18l'État a failli.
27:20Au début des années 70,
27:23Grigny 2 attire en masse
27:24une population plus aisée.
27:26C'était la piscine privée de Grigny 2.
27:32C'est les habitants qui habitaient Grigny 2
27:34avaient une petite carte pour rentrer.
27:37Nous avions à l'époque un café
27:40qui donnait directement sur la piscine.
27:43Alors c'était très agréable
27:45d'être là avec ses copains,
27:47assis,
27:48on se chamaillait les uns les autres,
27:51on était assis,
27:52on s'avançait ici vers la piscine
27:55pour faire un plongeon.
27:58Et puis les vacances scolaires,
27:59juillet-août,
28:00c'était pas dérangeant
28:01de les passer ici.
28:02C'était vraiment un cadre de vie idyllique.
28:05C'était vraiment le point culminant
28:07de la grande période de Grigny 2.
28:12Une nouvelle banlieue
28:13est peut-être en train de naître.
28:16Ici, à quelques kilomètres de Paris,
28:18à Grigny,
28:19a démarré une très intéressante formule.
28:21En trois semaines,
28:22tous les appartements proposés
28:24étaient vendus.
28:26En 1973,
28:27deux ans après la grande borne,
28:29Grigny 2 sort de terre.
28:31A l'époque,
28:32c'est la banlieue française
28:33telle qu'on la rêve.
28:34Piscine,
28:35lac,
28:36cuisine équipée,
28:37galerie marchande,
28:38un nouveau style de vie.
28:39Tout le confort moderne
28:40à 15 minutes de Paris.
28:43Avec 5000 logements,
28:44c'est la plus grande copropriété de France.
28:49Eh bien, nous,
28:50notre appartement nous a compté...
28:51C'est un 4 pièces
28:52qui a coûté 60 000 francs.
28:54Environ, oui.
28:55Ça fait 6 millions, tiens.
28:57Oui, c'est ça.
28:58Dans la formule que vous avez choisie,
29:00est-ce que vous avez une possibilité
29:01de paiement mensuel ?
29:03Bien sûr, monsieur,
29:04nous avons pris notre appartement
29:06payable sur 20 ans.
29:08Oui, alors,
29:08est-ce que ça vous fait
29:09des mensualités
29:10nettement supérieures
29:11à votre loyer actuel ?
29:12Non, ça fait des mensualités
29:14identiques au loyer actuel.
29:18Mais l'euphorie
29:19est de courte durée.
29:21À la fin des années 70,
29:23les équipements scolaires
29:24et médicaux
29:24ne sont toujours pas là
29:25en nombre suffisant.
29:27Le rêve de Grigny 2
29:29est un mirage.
29:31Déçu,
29:32des centaines de propriétaires
29:33quittent Grigny.
29:35Une nouvelle population,
29:36beaucoup moins fortunée,
29:37la remplace.
29:40Mal entretenu par un syndic
29:41qui gère seul
29:42cette énorme copropriété,
29:44les logements se déprécient.
29:47Comme à la Grande Borne,
29:48les commerces ferment,
29:50Grigny devient une machine
29:51à appauvrir ses habitants.
29:56La moitié de la population
29:57vit désormais
29:58sous le seuil de pauvreté.
30:00Les marchands de sommeil
30:01en profitent.
30:03Ils rachètent
30:04les appartements à bas prix
30:05pour les louer à prix d'or.
30:12Je suis Diaouni Fulematou,
30:14j'ai 42 ans,
30:15j'habite à Grigny.
30:17Comment je suis arrivée,
30:19c'était pour un studio.
30:22Mais après,
30:22je me suis rendue compte
30:23qu'en fait,
30:24c'était un grand appartement
30:27de cinq pièces
30:28qui était à la découpe.
30:30Ils louaient le salon
30:31à part,
30:32comme une chambre.
30:34Les autres chambres aussi
30:35étaient louées séparément.
30:38Tout le monde se partageait
30:39les salles de bain,
30:39les toilettes et la cuisine.
30:44Il y avait au moins
30:45une quinzaine de personnes
30:46parce que déjà moi,
30:46avec mes filles,
30:47on était trois.
30:48Il y avait une chambre
30:49où il y avait un monsieur
30:49avec sa femme et un enfant.
30:52Il y avait une autre chambre
30:52où il y avait une dame
30:53avec son fils.
30:54Et l'autre chambre,
30:55il y avait des jeunes célibataires
30:57qui étaient au moins
30:58à quatre personnes
30:59dans la chambre.
31:00Moi,
31:01pour la partie que je louais,
31:02je payais 630 euros.
31:05C'était vraiment insalubre.
31:07Il y avait des punaises
31:08du lit.
31:09Il y avait des cafards.
31:11Je me suis sentie
31:12à un moment donné
31:13vraiment avec mes filles
31:14en danger.
31:14Sans autre solution
31:17pour se loger,
31:18Madame Diaouné
31:18restera quatre ans
31:19dans cet appartement insalubre.
31:23Son propriétaire,
31:24Dominique F.,
31:25poursuivie en justice,
31:26possède 40 appartements
31:28dans Grigny 2.
31:30On a subi
31:31beaucoup d'injustices.
31:32Moi, franchement,
31:33j'aimerais que la justice
31:34soit rendue,
31:35c'est-à-dire
31:35être déjà reconnue
31:37comme victime.
31:38Des victimes,
31:46il y en aura d'autres.
31:48L'État et la région
31:48Île-de-France
31:49ne prennent toujours pas
31:50la mesure du désastre
31:51en cours.
31:53Les plans dits de sauvegarde
31:54ne sont pas suffisants.
31:56En 2017,
31:57un incendie réduit
31:58en cendres 60 appartements
32:00et met à la rue
32:01252 personnes.
32:03Quatre ans plus tard,
32:04l'État réagit.
32:06Il met en place
32:06un plan de travaux d'urgence.
32:08Mais n'est-il pas
32:09déjà trop tard ?
32:11Malgré ces travaux,
32:14les drames se succèdent.
32:16En 2023,
32:16Solange,
32:17une fillette de 9 ans,
32:19meurt dans un incendie.
32:21La même année,
32:21l'ascenseur d'un immeuble
32:22lâche.
32:30On habite au 12e,
32:31oui.
32:32Les ascenseurs
32:33ont eu beaucoup de problèmes.
32:34De mémoire,
32:35juste avant
32:36le décès de mon père,
32:38ils ont été
32:38en arrêt
32:38pendant trois mois.
32:40Mon père était sorti
32:41faire les courses
32:42sur les alentours
32:43de midi,
32:43midi 30.
32:44Et ma mère
32:45étant inquiète
32:46de ne pas le voir revenir,
32:47elle m'appelle
32:48et me dit
32:48« Écoute,
32:49ton père n'est pas revenu,
32:50ça m'inquiète. »
32:51On pense à ce moment-là
32:52que mon père
32:52est coincé dans l'ascenseur
32:54puisque les pannes
32:55d'ascenseur
32:55sont fréquentes.
32:57Très vite,
32:58on se rend compte
32:58qu'il est en bas.
33:01Il a ouvert la porte
33:02de l'ascenseur
33:03qui était donc déverrouillée.
33:05et donc il est tombé
33:06dans le vide
33:06dans la cage d'ascenseur.
33:09Cette porte,
33:10pourquoi elle était ouverte,
33:11on n'en a aucune idée.
33:14Ça a été classé sans suite.
33:16Je ne comprends pas.
33:18Je suis dans une incompréhension
33:20complète
33:20sur ce classement sans suite.
33:23Et j'attends
33:24j'attends des explications,
33:28j'attends quelque chose
33:29de cohérent
33:32car ça ne l'est pas.
33:36L'affaire a été classée sans suite
33:38car selon le parquet d'Evry,
33:40l'enquête n'a pas permis
33:41de démontrer une faute
33:42à l'origine du décès.
33:45On a clairement des gens
33:46qui se déresponsabilisent
33:48de tout
33:48et pas seulement
33:49du décès de mon père
33:51mais du quotidien,
33:52de tout le monde,
33:52des répercussions
33:54que ça a sur tout le monde.
34:00Dire que je pouvais courir,
34:02maintenant je ne peux plus courir.
34:03Maintenant je suis bloquée.
34:04Et finalement tu ne marches
34:05pas si mal que ça.
34:06Non mais quand tu vas faire
34:07trop de machin,
34:10je ne peux plus, ça y est.
34:11La douleur se déclenche.
34:13Il ne faut pas que je fasse
34:13trop de marche.
34:15Je m'appelle Gosponétique Neuven.
34:17J'habite Grigny 2
34:18depuis la construction
34:20de Grigny 2, 1974.
34:22Alors ici je vous montre
34:24juste une porte anti-squat
34:26qui empêche maintenant
34:28tout accès dans les caves.
34:30Évidemment tous les copropriétaires
34:31qui ont une cave
34:32n'ont plus accès du tout
34:33à quoi que ce soit.
34:35Je vous montre juste
34:36un étage parmi d'autres
34:37mais ça reflète tous les étages.
34:39Tous les étages sont à peu près
34:40dans le même état d'élabrement.
34:43Donc les gens se branchent
34:45directement comme s'ils étaient
34:46chez eux pour recevoir l'eau.
34:49Ici c'est donc les canalisations d'eau.
34:52Ici c'est un étage de squat.
34:54À mon avis c'est du squat.
34:56C'était différent d'aujourd'hui
34:58parce que déjà d'une part
35:00sur le plan de l'entretien
35:01sur le plan de la qualité de vie
35:03ça n'a plus rien à voir.
35:06Car aujourd'hui il y a quand même
35:06un grand problème
35:07c'est que tout le monde rentre
35:08comme il veut dans la copropriété.
35:10Il n'y a pas de bonne vigie
35:11qu'on s'installe, on squatte,
35:13on met un lit dans un étage,
35:15on dort, on fait ses besoins
35:16dans les escaliers,
35:18tout le monde rentre
35:18comme l'a envie.
35:20On n'a plus envie de vivre ici.
35:22Personne n'a envie de vivre ici.
35:27Quand on obtient les travaux d'urgence,
35:2944 millions,
35:30on y travaille pendant deux ans
35:31avec le préfet
35:32pour obtenir ça.
35:35Parce qu'il comprend
35:36que si on n'a pas ça,
35:38ça ne fonctionne pas.
35:39Et ce que l'on a vécu
35:40après les décès
35:40aurait pu être multiplié
35:44par deux, trois, quatre, cinq.
35:45Il y a des travaux
35:46qui ont été bien menés
35:47et il y a des travaux
35:48qui ont été menés
35:49pas très bien.
35:53À Grigny 2,
35:54c'est l'établissement public
35:55foncier d'Île-de-France,
35:57l'EPFIF,
35:57qui est à la manœuvre.
35:59C'est l'outil de l'État
36:00pour tenter de redresser
36:01cette immense copropriété.
36:04Moi, je maintiens
36:05que la situation
36:07après les travaux
36:08est pire qu'avant les travaux
36:09parce qu'ils ont été
36:10totalement interrompus
36:11mais aussi mal faits.
36:13C'est-à-dire qu'on change
36:14des portes
36:14alors qu'il y en a
36:15des inondations.
36:16Donc les portes sont gonflées,
36:17les peintures qui ont été faites
36:18sont à refaire.
36:20C'est ni fait ni à faire.
36:21Donc on peut réellement
36:22se poser la question
36:23où sont partis
36:24et qui a profité réellement,
36:27quels sont les intervenants
36:28qui ont profité réellement
36:29de cette manne financière
36:30de ce plan de sauvegarde.
36:34Jusqu'à la fin des années 2010,
36:36malgré son État,
36:37Grigny 2 continue d'attirer
36:38une population en quête
36:40de verdure
36:40à un prix accessible.
36:45J'achète,
36:46je signe la promesse de vente
36:47le jour de mon anniversaire
36:49en 2016.
36:51Franchement,
36:52habiter 20 minutes de Paris
36:53dans un environnement pareil,
36:56au prix où je l'ai acheté,
36:58j'ai acheté 50 000 euros
36:59cet appartement.
37:00Et 50 000 euros,
37:02même si je vais avoir
37:0320 000 ou 30 000 euros
37:05de travaux,
37:05j'ai quand même 60 mètres carrés
37:07avec une vue imprenable
37:10et un endroit
37:10qui est beau, quoi.
37:15Je vais à l'Assemblée Générale,
37:17je ne comprends rien,
37:18mais je vois
37:19qu'il se passe
37:20des choses pas nettes.
37:21On se rend compte
37:22que le ménage n'est pas fait,
37:24les ascensoris ne viennent pas.
37:26On paye des entretiens
37:28d'ascenseurs,
37:28mais on ne les voit pas.
37:30On paye des entretiens
37:31d'incendies,
37:33d'extincteurs et tout ça,
37:34mais il y a des extincteurs
37:35qui ne sont pas entretenus
37:36depuis plus de 20 ans.
37:38Mais les charges augmentent
37:39sans arrêt,
37:40de plus en plus,
37:4120 % d'augmentation
37:42en plus d'un an
37:43et pas d'explication
37:44parce que je ne vois rien.
37:46Au contraire,
37:46je vois ma copropriété
37:47qui se casse la gueule.
37:49Je vois ma copropriété
37:50avec des impayés
37:51de plus en plus énormes.
37:53Et puis la deuxième question,
37:54c'est sur les impayés,
37:55pardonnez-moi,
37:56je termine sur les impayés.
37:58Malgré la mise
37:59en redressement
38:00de la copropriété,
38:01les problèmes demeurent.
38:02La dette de certains immeubles
38:03continue de se creuser
38:05et se compte
38:05en millions d'euros.
38:06Mais ils s'en foutent,
38:09c'est de l'enfumage.
38:11Ils répondent pas,
38:12ils répondent pas.
38:14À chaque fois
38:14que je viens
38:15dans une réunion comme ça,
38:16ça termine comme ça.
38:17Ça m'énerve,
38:17je ne sais pas garder mon calme,
38:19tellement ça m'énerve.
38:25Le narcotrafic, lui,
38:27s'est fait une place
38:28au cœur de la cité
38:29où des milieux
38:29de parkings souterrains
38:30sont désormais condamnés.
38:39Grigny pourra pas
38:40s'en sortir seul.
38:41J'aimerais bien
38:41qu'on s'en sorte seul,
38:42qu'on ait les moyens
38:43de faire seul.
38:45Or, ce n'est pas le cas.
38:46Le défi de Grigny 2,
38:48c'est de redresser
38:485 000 logements, en fait.
38:515 000.
38:523 700 en rénovation
38:54et décision,
38:56proposition est faite
38:57par l'État
38:57de faire 1 500 démolitions.
39:01Nous refusons ce 1 500
39:03et nous arrivons
39:04à un chiffre de 900.
39:07Démolir encore
39:07plutôt que réhabiliter.
39:10Pourtant, malgré les drames
39:11et le manque d'entretien,
39:12le potentiel de Grigny 2
39:13est toujours là.
39:15L'architecte Xavier Lozral
39:16a été chargé d'établir
39:18les premiers plans
39:19pour le futur de Grigny 2.
39:21Lui ne souhaitait pas démolir.
39:24Quand on parle de Grigny,
39:27ce n'est pas tout à fait
39:27pour décrire
39:28ce type d'environnement.
39:30Les Grigny 2,
39:31c'est ce type d'espace
39:32qui arrive à concilier
39:34une certaine densité.
39:36Vous voyez les immeubles autour,
39:37mais en même temps,
39:38un cadre arboré,
39:40végétal,
39:41équipé ici.
39:42Les jeux d'enfants
39:42ont été récemment remis en place.
39:45Voilà, qui a des qualités
39:46évidentes.
39:54Là, cet immeuble
39:56a vocation à être démoli.
39:59C'est une architecture
40:00qui est simple,
40:01assez efficace.
40:02Je pense qu'aujourd'hui,
40:04on reproduirait des choses
40:05qui pourraient être
40:06assez ressemblantes à cela.
40:08Et un des enjeux
40:09du projet urbain,
40:10tel que l'on va l'a proposé,
40:12c'est de connecter
40:13tous ces éléments de paysage
40:14et d'en puissent profiter
40:16aussi les habitants du quartier.
40:18Tout ça,
40:22tout ce bâtiment
40:22va partir.
40:23Parmi nos propositions,
40:24on proposait
40:25de réoccuper
40:26certains rez-de-chaussée.
40:27Vous voyez ici,
40:28par exemple,
40:28un rez-de-chaussée.
40:30Bon,
40:30il n'est pas
40:32en soi moche,
40:34mais par contre,
40:35il est clair
40:36qu'il n'est pas habitable.
40:37Donc,
40:38personne n'a envie
40:38d'habiter là.
40:39Et systématiquement,
40:40vous vous rendrez compte
40:41que tous les rez-de-chaussée
40:42sont soit fermés,
40:44voilà,
40:44les volets sont tirés,
40:46soit dégradés,
40:46quoi.
40:47Alors qu'on pourrait
40:48très bien installer
40:49les équipements
40:50qui se trouvent là,
40:50en plein milieu
40:51de cet espace,
40:52dans les rez-de-chaussée
40:53des bâtiments.
41:00Il est clair
41:01que Green E2,
41:02c'est aussi
41:02un sujet d'image.
41:04Nous,
41:04on proposait
41:05une façon
41:06de transformer,
41:07de faire évoluer
41:07cette image
41:08par une réhabilitation.
41:10Un choix a été fait
41:11de transformer
41:11cette image
41:12par la reconstruction
41:13de cet immeuble.
41:14Qui choisit
41:14de démolir,
41:15au final ?
41:16Qui a la décision ?
41:17Alors là,
41:18Joker,
41:19je ne répondrai pas
41:21à la question.
41:25À Green E2,
41:26l'établissement public foncier
41:27a pris la décision
41:28de démolir.
41:30927 logements
41:31seront détruits
41:32pour être reconstruits
41:33à 100 mètres de là,
41:34en lieu et place
41:35du centre commercial.
41:36de démolir.
41:39Ça paraît
41:39complètement absurde
41:40de venir démolir
41:41pour reconstruire.
41:43Ici,
41:43on est à Grigny-Centre,
41:44RERD,
41:4545 minutes de Gare de Lyon.
41:47C'est quand même
41:47l'endroit le plus connecté
41:49à l'échelle
41:49de tout Grigny.
41:51Donc,
41:51est-ce que c'est
41:52à cet endroit
41:53qu'il faut démolir ?
41:55C'est quand même
41:56plutôt les pifs
41:57qui décident.
41:59Comment les pifs décident ?
42:00C'est relativement opaque.
42:02C'est pour ça
42:02qu'on n'a pas pu
42:03vraiment s'intégrer
42:03dans le partenariat.
42:05Alors,
42:05de là à dire
42:07qu'ils étaient dogmatiques,
42:09c'est probablement
42:10trop fort.
42:11Mais il y avait
42:13cette même vision
42:15de la démolition
42:18pour régler
42:19les problèmes sociaux.
42:25Je m'appelle Clarence,
42:30j'ai 63 ans,
42:32j'habite à Grigny-2
42:33et je suis propriétaire
42:34dans un immeuble
42:36qu'on va démolir.
42:38Je suis arrivée en 2008,
42:39mais je l'ai acheté,
42:41l'appartement.
42:42Tu l'avais acheté combien ?
42:43100 000 euros
42:44que je l'ai acheté.
42:46Alors,
42:46je voulais être
42:47propriétaire quand même
42:49pour quand je prendrai
42:50ma retraite,
42:51que je sois tranquille.
42:53L'immeuble était,
42:54comment dirais-je,
42:55présentable.
42:57Il y avait les codes,
42:58tout ça,
42:58pour entrer,
42:59tout ça.
43:00Ça fermait,
43:00n'importe qui
43:01ne pouvait pas rentrer.
43:02Et au fil du temps,
43:04l'immeuble a été dégradé.
43:07Pour le moment,
43:08je vivais seule,
43:09j'avais mon compagnon
43:11avec moi,
43:11il y avait mon fils.
43:14Mais là,
43:14ils ne sont plus là.
43:16Ils ne sont plus là.
43:17Ils sont décédés.
43:21Ils m'ont fait
43:21une proposition,
43:23l'aide-fif,
43:23pour l'acheter
43:24dans mes mains,
43:2548 000 euros.
43:27Là,
43:27j'ai dit que,
43:28vu que j'ai un crédit
43:28toujours,
43:29alors moi,
43:30je ne peux pas accepter.
43:31Alors,
43:31je suis en train de lutter
43:32devant un avocat,
43:34de façon à me donner
43:34un prix décent.
43:39Depuis trois ans,
43:40Clarence attend donc
43:41une nouvelle offre.
43:43Un juge doit venir
43:43chez elle
43:44pour évaluer l'appartement.
43:45Elle risque désormais
43:46de tout perdre.
43:47si je me mets en location
43:50et puis j'aurai toujours
43:52la dette de l'appartement
43:54à payer,
43:55je serai obligée
43:55d'être endettée.
43:57Je serai obligée
43:58de partir
43:58parce que c'est
43:59l'expropriation.
44:02Pour contraindre
44:02les propriétaires
44:03à vendre leur appartement,
44:05l'établissement public foncier
44:06a sollicité un décret
44:08auprès du ministère
44:09du logement
44:09pour faciliter
44:10l'expropriation.
44:13Expropriation,
44:13ce n'est pas expulsion.
44:14et donc son décret
44:15n'a pas du tout
44:16pour objet
44:17d'expulser les gens.
44:18Pas du tout.
44:19Ce décret,
44:19à quoi il sert ?
44:21Il sert en fait
44:22à l'EPF
44:23de prendre en gestion
44:25des appartements
44:26sans attendre
44:28l'audience judiciaire
44:29parce qu'on sait
44:30que les calendriers
44:31du tribunal
44:32peuvent se décaler
44:33en fonction
44:34des moyens disponibles
44:36au tribunal.
44:36Pourquoi on démolit
44:37à Grigny 2 ?
44:38On démolit
44:38dans certains immeubles
44:39qui sont dans des situations
44:41de faillite
44:41depuis des années.
44:42Trop de travaux à faire,
44:43des propriétaires
44:45qui n'arrivent plus
44:46à payer les charges
44:47pour l'entretien
44:48des immeubles
44:49et des dettes massives
44:50sur ces appartements.
44:52À travers l'EPFIF,
44:53l'État intervient
44:54enfin massivement
44:55à Grigny 2.
44:56Sept plans de sauvegarde
44:58ont déjà été signés.
45:00Plus de 800 millions d'euros
45:01seront investis.
45:03C'est le plus gros projet
45:04de rénovation de France.
45:06L'issue néanmoins
45:07demeure incertaine.
45:08Nul ne sait
45:09quand les immeubles
45:10seront détruits
45:10puis reconstruits.
45:11Pour quel bilan écologique,
45:14social, urbain ?
45:16L'horizon,
45:17fixé en 2040,
45:18prend toute l'entreprise
45:19lointaine
45:20pour les habitants.
45:21« Grigny, grigny, grigny,
45:23est-ce que ça va ce soir ? »
45:25« Grigny, grigny,
45:26on ne l'entend pas ce soir ? »
45:27« Est-ce qu'on est là ce soir ? »
45:29« On m'a dit
45:30que la France c'est chaud.
45:30Est-ce que la France c'est chaud ou pas ? »
45:32« Depuis 15 ans,
45:38Booba Sakanoko et ses amis
45:39tentent de changer
45:40l'image de Grigny.
45:42Ils organisent mon festival,
45:43un des premiers festivals
45:44de rap en France.
45:4515 000 personnes
45:46sont venues pour cette édition.
45:48« Franchement,
45:49t'es une légende. »
45:50« Non, mon frère. »
45:51« Je te jure que t'es une légende. »
45:52« Non, du tout. »
45:53« Tu te rends pas compte,
45:53t'es modeste. »
45:54« Oh, je suis choqué. »
45:55« Oh, mon frère. »
45:56« On a une mauvaise vision. »
45:57« Ça fait plaisir
45:58que tu parles de Grigny,
45:59que tu montres,
45:59que tu mettes en lumière
46:00la vraie valeur de Grigny. »
46:01« Merci beaucoup. »
46:03« Merci à toi, mon frère. »
46:05« On en sent. »
46:06« Ça va ? »
46:07« On m'a demandé de venir voir
46:08parce qu'il y a un petit problème. »
46:09« Qu'est-ce qu'il se passe ? »
46:09« En fait, il y a deux pantalons,
46:11ils devaient monter sur scène avec moi,
46:12mais ils n'ont pas eu les bracelets. »
46:13« Comment ils s'appellent ? »
46:14« C'est quoi votre groupe déjà ? »
46:15« CDG. »
46:16« Ah, c'est vous CDG, d'accord. »
46:16« Parce que moi, je veux faire un de toi. »
46:18« C'est le fils. »
46:19« C'est ça. »
46:20« C'est mon grand. »
46:22« Je vais voir avec tonton tout à l'heure. »
46:24« D'accord. »
46:24« Il y en a deux qui devaient monter avec vous ? »
46:25« Oui, deux. »
46:26« Je vais voir avec le. »
46:26« Je suis en courant. »
46:27« Je ne vous garantis pas,
46:30mais je vais essayer quand même. »
46:31« Merci. »
46:31« Vas-y. »
46:33« Les gens, quand ils viennent au festival,
46:35ils se rendent compte que c'est très familial.
46:36Tu peux venir à Grigny sans que... »
46:39« Moi, ça, Grigny, c'est vraiment
46:40un univers fantasmé, en vrai. »
46:43« Ça. »
46:43« Par beaucoup. »
46:43« C'est... »
46:45« Les gens se voient comme si on était
46:46dans Menace to Society,
46:48alors que pas du tout. »
46:49« Et vraiment, le but de ce festival,
46:50en vrai, c'était vraiment de dire
46:52« Vous pouvez venir. »
46:53« On sait qu'une famille avec cinq enfants
46:55ne peut pas se permettre de payer
46:56cinq fois 68 euros
46:58pour aller voir leurs artistes préférés. »
47:00« C'est pas possible. »
47:00« Donc on s'est dit, voilà. »
47:02« Si on a la possibilité de créer un événement
47:03où ces cinq enfants peuvent venir voir
47:06leurs artistes préférés,
47:07en plus, chez eux,
47:09ça valorise l'endroit où ils vivent. »
47:12« Donc, ils ont une forme
47:13de eux-mêmes valorisation personnelle. »
47:16« Voilà, ma ville, elle fait ça. »
47:17« Donc moi-même, je fais ça. »
47:19« D'où même le nom de mon festival,
47:20parce que ça leur appartient, en fait. »
47:21« Ça appartient à tout le monde,
47:22parce que la culture, ça appartient à tout le monde. »
47:25« Mais c'est pas parce qu'elle appartient
47:26à tout le monde qu'il faut oublier
47:27d'où est-ce qu'elle vient, en fait. »
47:29« J'entends rien, on répète. »
47:31« Énergie, énergie, énergie ! »
47:33« Et tu mets les mains bien dans les... »
47:38« À la une, à la deux, à la trois,
47:41on ne bouge plus ! »
47:43« Une escamonation ! »
47:45« Un centre-ville,
47:54c'est ce que nous sommes en train de construire,
47:58depuis tant d'années. »
48:00« Vous l'avez compris, aujourd'hui,
48:01on donne le coup d'envoi de cet équipement.
48:04Le permis de construire a été déposé.
48:07Le permis de construire a été accordé.
48:10Ce centre-ville, nous avons voulu,
48:11bien évidemment, des logements,
48:13des commerces.
48:15Nous avons souhaité que ce quartier,
48:17qui a pour objet de relier l'ensemble
48:19des quartiers de la ville,
48:20de Grigny 2, de la Grande-Borne et du village,
48:23comme vous avez fait aujourd'hui,
48:24que ce lieu central soit animé
48:26par un équipement culturel
48:28et non pas par un bâtiment administratif,
48:30pour qu'ils puissent vivre du lundi au dimanche,
48:33de 8h du matin jusqu'à 22h,
48:36et voire même plus tard.
48:37Eh bien, vous pouvez les applaudir
48:38et vous pouvez vous applaudir.
48:40Merci beaucoup ! »
48:43Il a fallu 50 ans
48:44pour que Grigny se dote enfin d'un centre-ville.
48:47De l'autre côté de l'autoroute,
48:48ce nouveau quartier doit permettre
48:50aux habitants de Grigny 2
48:51et de la Grande-Borne
48:52de se retrouver.
48:54Deux cités que la pauvreté a réunies
48:56dans une même faillite
48:57de la banlieue française.
49:00« Ce nouveau quartier,
49:01je le trouve vraiment très bien.
49:04Très bien.
49:05Je suis vraiment contente
49:06de ce nouveau quartier à Grigny.
49:10C'est important pour moi,
49:11il va y avoir un cinéma là
49:12dans pas longtemps,
49:14un magasin au marché frais.
49:16C'est vraiment bien pour les jeunes
49:19et le quartier,
49:20il sera encore plus valorisé.
49:24Il y a des beaux jours
49:25qui s'annoncent ici à Grigny
49:26parce que déjà,
49:27on n'avait pas le tram,
49:28on a le tram.
49:29Le 17 septembre 2025,
49:45dix ans après les faits,
49:46la cour d'appel étudie
49:47le cas de Dominique F.
49:49C'est le marchand de sommeil
49:50propriétaire de l'appartement insalubre
49:52où logeait Madame Diaounet.
49:54Philippe Rio a fait le déplacement,
49:56la mairie de Grigny
49:57veut se constituer partie civile.
49:58Le Thénardier de Grigny 2,
50:02un ingénieur
50:02dans une très grande entreprise
50:04de défense française,
50:06des revenus annuels
50:07extrêmement importants,
50:10d'un cadre supérieur
50:12et qui avait
50:14à peu près
50:16plus de 600 000 euros
50:18de revenus fonciers
50:20et immobiliers de Grigny 2.
50:23C'est une délinquance à col blanc,
50:24organisée,
50:25structurée,
50:27absolument bien accompagnée
50:29dans toutes les stratégies.
50:30Et donc,
50:31nous, on a pu le choper
50:33que sur 4 appartements
50:34sur 40.
50:35Mais sur le reste
50:35des appartements,
50:36bien évidemment,
50:37nous n'avons pas pu faire
50:39la démonstration
50:39que son système fonctionnait
50:41pour tous les logements.
50:42Donc, c'est effectivement
50:43très important, symbolique
50:45et on espère
50:45que justice se répète.
50:46Sous-titrage Société Radio-Canada
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