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  • il y a 7 mois

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Transcription
00:00Le tsunami blanc, c'est la formule choc qui est en une du parisien.
00:04Aujourd'hui en France, ce matin, le quotidien s'intéresse à l'explosion de la consommation de cocaïne dans l'Hexagone.
00:11Elle a triplé entre 2010 et 2023.
00:14Il y a quelques semaines, l'Office anti-stupéfiant indiquait que 2024 avait été une année record en matière de saisie de cocaïne en France,
00:22avec 53 tonnes de cocaïne saisie.
00:24Cette drogue qui concernait les milieux artistiques, festifs, est désormais consommée par toutes les catégories de français.
00:31Conséquence notamment de la baisse de son prix et d'une société qui en demande toujours plus.
00:36Dans la restauration, encore les transports routiers, le médical, beaucoup d'usagers avouent en consommer pour, je cite, tenir.
00:43Pour en parler, nous sommes donc, on l'a dit, en studio avec l'essaiiste Sabrina Medjeber
00:48et en ligne avec le professeur Laurent Carilla, addictologue, médecin, professeur d'addictologie et de psychiatrie à l'université Paris-Saclay.
00:57Bonjour.
00:58Bonjour.
00:59Merci d'être avec nous.
01:00Deux millions de Français disent consommer.
01:03Quels sont les profils des gens qui viennent vous demander de l'aide et qui ont basculé dans l'addiction à la cocaïne ces deux dernières années ?
01:12C'est tout le monde.
01:13C'est du tout venant, en fait.
01:14En 2009, j'avais déjà écrit un livre qui s'appelait « La cocaïne, tout le monde en prend ».
01:18C'était un titre un peu choc, mais déjà on voyait un peu ce changement de la cartographie de consommation de la cocaïne
01:25qui ne concernait plus du tout le milieu aisé, les milieux artistiques, etc.
01:31C'était du chômeur au PDG en passant par les jeunes.
01:34Enfin, il y avait tout le monde, quoi.
01:36Pourquoi cette drogue ne fait plus peur ?
01:39Elle fait plus peur parce qu'elle s'est démocratisée complètement, elle s'est un peu banalisée.
01:43Il y a ce côté, au départ, un peu glamour du truc.
01:47Il y a le côté dopant, pour certains.
01:49Il y a plein de côtés, en fait, on va dire très positifs, entre guillemets,
01:54qui font que c'est une des drogues les plus sournoises, en fait, qui existe avec le tabac.
01:58Alors, peut-être nous expliquer ce que cela fait sur l'organisme, très précisément.
02:05En fait, c'est une drogue stimulante, la cocaïne.
02:06Donc, ce qui dit stimulant, dit « tout est accéléré ».
02:09Donc, les pensées, le physique, l'excitation sexuelle, on dort moins, on dort moins.
02:15C'est un peu comme un épisode maniaque dans un trouble bipolaire, en fait.
02:19Donc, on est archi-excité de partout.
02:22Et ce qui dit stimulant, dit « ça monte », mais aussi ça descend quand les effets de la substance se dissipent.
02:28Et donc, à l'inverse, quand les effets de la substance se dissipent,
02:31on est plutôt dans un tableau d'allure dépressive,
02:33avec des signes complètement inversés.
02:34On est triste, on n'a envie de rien, on a envie de consommer,
02:37on dort beaucoup, on mange beaucoup, etc.
02:39Est-ce qu'il y a aussi des risques à long terme de la consommation de cocaïne ?
02:44Avant de dire « risque à long terme », moi, j'envoie toujours ce signal qui est assez fort.
02:49C'est-à-dire que vous consommiez une ligne, deux lignes, dix lignes ou dix mille lignes de cocaïne,
02:54il y a un risque multiplié par 24 une heure après de faire un accident cardiaque.
02:58Donc, si vous voulez, il y a des risques même dans l'immédiateté.
03:00Et à long terme, bien évidemment, oui, il y a des risques cardiaques,
03:04avec des syndromes coronariens, des troubles du rythme du cœur,
03:06il y a des risques d'AVC, il y a des risques de crise d'épilepsie,
03:10il y a tout un tas de complications physiques,
03:11et il y a des complications psychiatriques propres à la cocaïne,
03:14comme les épisodes délirants, comme les tentatives de suicide,
03:18comme les dépressions, comme les crises d'angoisse.
03:21Donc, on est vraiment dans un...
03:22Je vous dis, c'est une drogue très sordoise, en fait.
03:24Alors, on le disait, elle s'est démocratisée,
03:27elle ne touche plus forcément que les milieux artistiques ou les milieux festifs.
03:33Certains disent en prendre simplement pour tenir leur travail,
03:37et beaucoup d'usagers disent aussi maîtriser la prise de la cocaïne
03:41et arriver à limiter cette prise.
03:44Est-ce qu'il est possible, justement, d'éviter l'addiction à la cocaïne ?
03:48Cela semble assez compliqué.
03:51Alors, moi, je les appelle les « je gère »,
03:53ceux qui disent ça, je maîtrise ma conso.
03:55Donc, quand on les interroge sur d'autres consommations
03:58et qu'on leur parle de cocaïne,
04:00ils disent « la cocaïne, je gère », etc.
04:01Mais on sait qu'à long terme, les « je gère »,
04:05vont faire des troubles cognitifs de mémoire, d'attention, concentration.
04:09Au bout d'un an, deux ans, il y a des études qui le montrent.
04:12Donc, on ne peut pas maîtriser ce type de consommation.
04:14Il y en a certains qui...
04:16C'est comme pour toutes les substances.
04:17Il y a des gens, on ne va jamais les voir,
04:20et ils n'auront jamais aucun problème
04:22parce qu'ils consomment un tout petit peu.
04:23Mais, si vous voulez, la cocaïne, le risque...
04:28Enfin, la première année de consommation,
04:29il y en a 5% qui vont devenir dépendants
04:31et à long terme, ça va faire 20%.
04:33Donc, c'est quand même beaucoup.
04:34Sabrina Madjeber avait une question pour vous.
04:36Oui, bonjour docteur.
04:38Bonjour madame.
04:38J'ai entendu qu'effectivement,
04:40l'habitude de consommation était interclassiste
04:43et intergénérationnelle
04:45et qu'elle pose donc des problèmes pathologiques,
04:48comme vous l'avez souligné,
04:49de troubles schizoïdes, etc.
04:51Et lorsque j'entends le président de la République
04:53à Marseille dire qu'il faut pénaliser le consommateur,
04:58vous, en tant que spécialiste,
05:00quelle serait la première politique de santé publique
05:03à mettre en œuvre
05:05contre, justement, les usagers,
05:09les consommateurs de cocaïne,
05:10sachant qu'il y a le pendant dépressif
05:12et le pendant addictif ?
05:15On sait très bien que pénaliser,
05:17ça résout rien.
05:19On le voit pour plein de choses.
05:20On le voit pour le cannabis,
05:22on l'a vu pour l'alcool,
05:23on l'a vu pour plein de choses.
05:25La prohibition, ça ne marche absolument pas.
05:27Il faut que le gouvernement nous donne plus d'argent
05:29pour faire plus de prévention,
05:30plus de recherche
05:31et aussi avoir plus d'argent
05:33pour avoir plus de soignants dans les hôpitaux.
05:35Très bien.
05:37Laurent Carilla, on parle à juste titre
05:39sur cette antenne des ravages
05:41que fait le narcotrafic un peu partout en France
05:43avec des règlements de comptes,
05:45une angoisse du quotidien
05:46dans certains quartiers
05:48où il est devenu quasi impossible de vivre.
05:51Est-ce que les consommateurs que vous rencontrez
05:52ont conscience d'alimenter cette industrie ?
05:55Est-ce qu'il y a une possibilité
05:57de prise de conscience collective
05:58chez ces consommateurs
06:00que j'appellerais consommateurs lambda ?
06:03Oui, mais les consommateurs lambda,
06:04ce sont des consommateurs qui sont malades.
06:06L'immense majorité sont malades.
06:08Ils ont une addiction
06:09qui est de maladie chronique.
06:11Donc vous imaginez bien
06:11qu'eux, ils sont bien au courant
06:14que déjà la drogue,
06:15ça leur pose un problème,
06:17qu'il faudrait qu'ils arrêtent,
06:19mais c'est impossible.
06:19Ils ont tout déréglé dans leur cerveau
06:21et ils sont bien conscients
06:23qu'il y a un trafic,
06:24ils vont voir des dealers,
06:25le fond de vingt ans,
06:26on peut aussi se faire livrer en Uber.
06:27Il y a une ubérisation,
06:30la livraison quand même.
06:32On peut se faire livrer dans la boîte aux lettres.
06:33Donc tout ça, bien évidemment,
06:36ils en ont conscience,
06:37mais je crois que c'est deux choses différentes,
06:39l'histoire de narcotrafic
06:40et l'histoire de maladie en fait.
06:42Donc c'est extrêmement difficile
06:44de dire à quelqu'un qui est malade,
06:46qui vient nous voir en consultation,
06:47vous êtes au courant
06:48que vous alimentez le narcotrafic.
06:51Dernière question, pardon,
06:52est-ce qu'ils viennent vous voir
06:54trop tard selon vous ?
06:55Oui.
06:55Trop tard, c'est-à-dire ?
06:58C'est-à-dire un moment
06:59où l'addiction est vraiment difficile à gérer ?
07:02On a tous les tableaux,
07:03mais l'immense majorité des cas,
07:05oui, ils viennent,
07:06il y a un retard au traitement
07:07chez tous les malades qui ont une addiction.
07:09Ce n'est pas que pour la cocaïne,
07:10c'est valable pour le cannabis,
07:12c'est valable pour les médicaments opioïdes,
07:15pour toutes les substances
07:16et même pour les addictions comportementales,
07:18si vous voulez.
07:18Ils viennent quand il y a un problème
07:20ou ils viennent adressés par un médecin
07:22ou par les urgences
07:23ou adressés par le conjoint,
07:24la conjointe,
07:25les grands-parents, etc.
07:26Merci professeur Laurent Carilla
07:28d'avoir pris le temps de nous parler,
07:30de nous éclairer
07:32sur ce tsunami blanc
07:34qui déferle sur la France
07:35et dont on n'a pas fini de parler.
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