00:00Le repas matin, 6h-9h, Jacques Serret, qui reçoit ce jour à 8h10 le vice-président de la commission des finances à l'Assemblée Nationale et le député socialiste de l'heure, Philippe Brun.
00:12Bonjour Philippe Brun.
00:13Bonjour Jacques Serret.
00:14Philippe Brun, l'annonce du décès de Brigitte Bardot hier à l'âge de 91 ans suscite une grande émotion dans le pays,
00:20mais sa disparition fait aussi rejaillir beaucoup de critiques de la part d'une partie de la gauche.
00:25Est-ce que vous faites partie de cette gauche qui, en cette période de deuil, dommage, ose s'en prendre à l'icône Bardot ?
00:33Non, je crois que ce n'est pas le moment de le faire. Brigitte Bardot était une très grande figure, un symbole de liberté, de rébellion, de passion,
00:41qui a incarné aussi notre pays à l'étranger, figure d'une époque.
00:46Évidemment, nous regrettons sa disparition. Quant à ses engagements politiques, il sera bien temps, dans quelques jours, quelques semaines,
00:54d'en parler, mais ce n'était pas une femme politique. Moi, je fais de la politique avec des gens qui s'engagent en politique.
01:00Alors, nous pleurons une légende du siècle, c'est ainsi qu'a réagi Emmanuel Macron.
01:04Le communiste Fabien Roussel a lui aussi rendu hommage sur ses réseaux à Brigitte Bardot.
01:08En revanche, aucune réaction de Jean-Luc Mélenchon, ni même d'Olivier Faure pour saluer la mémoire de bébé.
01:15Pourquoi le premier secrétaire de votre parti, le Parti Socialiste, n'a toujours pas réagi, selon vous ?
01:20Écoutez, en tout cas, je réagis à votre micro. Nous regrettons, évidemment, cette disparition.
01:26Nous disons à quel point Brigitte Bardot a apporté au rayonnement de la France à l'étranger.
01:30Nous disons quelle grande actrice elle a été.
01:33Et nous disons à quel point cette perte, évidemment, résonne dans de nombreux foyers français.
01:39Voilà.
01:39Il n'y a pas de gêne au sein du Parti Socialiste ?
01:41Non, il n'y a pas de gêne à avoir.
01:43Nous connaissons à la fois son parcours, nous connaissons aussi ses condamnations,
01:48nous réprouvons, évidemment, son engagement politique, mais on n'est pas là pour faire de la politique.
01:52On parle du décès d'une très grande actrice.
01:54Si Brigitte Bardot est connue aujourd'hui, c'est parce que c'est une grande actrice,
01:57pas parce qu'elle était engagée en politique.
02:00Ce matin, Éric Ciotti demande solennellement au président Macron d'organiser un hommage national à Brigitte Bardot.
02:08Est-ce que c'est quelque chose que vous souhaiteriez également ?
02:10Pourquoi pas ? On l'a fait pour d'autres figures.
02:14On l'a fait pour, notamment, Johnny Hallyday.
02:17Si le président de la République le décidait, je ne vois pas pourquoi il faudrait s'y opposer.
02:21Très grande figure qui a marqué l'histoire, qui est connue dans le monde entier.
02:26Si le président de la République en décidait, je ne vois pas pourquoi il faudrait s'y opposer.
02:30J'aimerais revenir avec vous, Philippe Brun, également, sur ce qui s'est passé vendredi après-midi,
02:34dans le métro, sur la ligne 3, en plein centre de Paris.
02:37Un homme armé d'un couteau a attaqué trois femmes.
02:40Alors, il s'avère que cet individu n'avait rien à faire sur notre sol.
02:43De nationalité malienne, en situation irrégulière, il avait déjà été condamné l'an dernier pour vol aggravé et agression sexuelle.
02:50Il était sorti de prison en juillet.
02:52Il avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire,
02:54peu placé en centre de rétention administrative pendant 90 jours,
02:57avant de ressortir libre avec assignation à résidence.
03:01En août dernier, le Conseil constitutionnel avait censuré l'allongement à 210 jours de la durée de rétention pour les étrangers dangereux.
03:11Cet étranger, cet individu n'avait donc pas resté plus de 90 jours en cras.
03:16Avec le recul, est-ce que vous regrettez cette décision des sages ?
03:22Est-ce que vous ne regrettez pas aussi la position du Parti Socialiste qui s'était opposé à l'époque à l'allongement de cette durée de rétention ?
03:29J'encore là, on touche du doigt toute l'inficacité de la politique mise en œuvre depuis deux ou trois ans.
03:35On a 130 000 au QTF en France, qu'on n'exécute pas, dont 10 000 étrangers dangereux, comme ce monsieur, que l'on n'exécute pas.
03:44Et pendant ce temps-là, Bruno Rotaio a fait un tweet hier en disant « je me félicite, on a augmenté de 54% les refus de régularisation par le travail ».
03:53C'est-à-dire que d'un côté, on harcèle juridiquement les gens qui travaillent, sont bien intégrés,
03:58travaillent dans nos restaurants, dans nos champs, sur les chantiers,
04:02et dans le même temps, on laisse en liberté des gens dangereux.
04:06Cette histoire d'allongement de la rétention, on peut allonger la rétention.
04:09Ça a été censuré par le Conseil constitutionnel sur le fondement, en vérité, pour une question de procédure.
04:14Mais imaginons qu'on l'ait allongé.
04:17S'il n'y avait pas de laissé-passer consulaire, le monsieur serait sorti au bout de 210 jours.
04:21Il aurait toujours été aussi dangereux.
04:22Et sa situation n'aurait pas été réglée tant que le Mali n'avait pas répondu à la question.
04:27On s'aurait peut-être retardé son passage à l'acte ?
04:29Peut-être, on s'aurait fait quelques jours plus tard.
04:31Le sujet des étrangers dangereux dans notre pays qui ne sont pas renvoyés,
04:35c'est le sujet principal aujourd'hui, ministre de l'Intérieur.
04:37Mais vous êtes d'accord qu'allonger la durée de rétention,
04:39ça permet d'en avoir un peu moins dans la nature au moment T ?
04:42Oui, après, ils sont au moment T plus 10.
04:44Donc à quoi ça sert que ce moment T plus 10 soit au moment T ?
04:46Le problème, c'est qu'il y a des gens dangereux qui restent sur le territoire français,
04:49qui n'ont rien à y faire.
04:50On passe notre temps à embêter des gens qui, eux, travaillent, sont bien intégrés,
04:54ont un logement, une famille, des enfants qui travaillent bien à l'école.
04:56Et on décide de laisser en liberté.
04:59Il y en a 10 000 aujourd'hui, il y en a 10 000 étrangers dangereux
05:01qui ont fait loger d'une obligation de quitter le territoire français
05:04et il n'y a pas d'expulsion, pas d'éloignement.
05:07Moi je dis, ministre de l'Intérieur, il doit se concentrer sur ces 10 000-là.
05:10Il doit négocier avec les pays d'origine...
05:11Est-ce que vous dites, en attendant l'expulsion,
05:13est-ce qu'il ne faut pas les mettre hors d'état de nuire, les enfermer ?
05:16C'est ce que souhaite une partie des Français aujourd'hui ?
05:18Et puis la déclaration d'ordre-là me dit, citoyen,
05:20on n'enferme pas quelqu'un sans raison.
05:21Si ce monsieur est dangereux et qu'il a commis un certain nombre de méfaits,
05:26il doit être emprisonné, c'était le cas avant.
05:29S'il est libéré, il faut des mesures d'accompagnement et de surveillance.
05:33S'il est particulièrement dangereux, il était assigné à résidence.
05:37Quel a été le contrôle de son assignation à résidence ?
05:39Bref, si ce monsieur était dérangé psychologiquement et avoir un suivi,
05:44est-il normal qu'on laisse ces 10 000 étrangers
05:46qui ont commis un trou à l'ordre public,
05:47qui sortent de prison, qui sont des gens dangereux ?
05:50Est-il normal qu'on les laisse sur les territoires français
05:52et qu'on ne les expulse pas ?
05:53Quand dans le même temps, les expulsions qu'on fait,
05:55c'est des braves familles de gens qui travaillent durs.
05:57Moi je dis aujourd'hui, la politique d'immigration,
06:00elle marche sur la tête.
06:01Donc concentrons-nous aujourd'hui sur les étrangers dangereux
06:04et exécutons enfin ces obligations de quitter le territoire français.
06:07Par exemple, il y a 14 pays européens, dont l'Allemagne, la Belgique,
06:11qui appliquent un délai de rétention de 18 mois,
06:13quand en France, c'est 90 jours.
06:16Oui, alors après, on est le pays d'Europe
06:18qui a le plus grand nombre de places en cras.
06:21On a aussi le pays d'Europe qui, en chiffres,
06:22fait le plus éloignant.
06:23Je rappelle que quelqu'un qui arrive en centre de rétention,
06:2640% d'entre eux sont effectivement éloignés.
06:29Donc on peut discuter de la durée.
06:30Franchement, ce n'est pas un casus belli.
06:32Le vrai sujet, je le rappelle, c'est que,
06:33quand bien même il y avait cette durée,
06:35s'il n'y avait pas de réponse du Mali,
06:36il n'y avait aucune réponse du Mali,
06:38de toute façon, il serait sorti au bout des 210 jours,
06:40300 jours, 400 jours, comme vous voulez.
06:42Il faut prendre des mesures contre les pays
06:43qui ne reprennent pas le ressortissant.
06:44En tout cas, il faut une vraie pression diplomatique
06:46qui soit faite.
06:47Là aussi, ça doit être une priorité.
06:48On a beaucoup parlé de l'Algérie,
06:49à tort d'ailleurs.
06:50L'Algérie, c'est que l'année dernière,
06:52ça représentait de 1 500 éloignements.
06:54Je rappelle, par exemple, l'Albanie,
06:55c'était 1 600 éloignements.
06:57La Géorgie, 1 500 éloignements.
06:59On parle moins de ces pays-là.
07:01Il faut évidemment une pression diplomatique
07:03qui soit forte.
07:03Et il faut aussi des mesures de surveillance
07:05pour les étrangers dangereux, je le dis.
07:08Il y en a 10 000 aujourd'hui sur notre sol
07:09qui ne sont pas renvoyés.
07:11Il faut qu'il y ait un suivi psychologique,
07:13notamment pour ceux qui sont concernés.
07:14Philippe Brin, député socialiste de l'heure,
07:16vous êtes aussi vice-président
07:18de la Commission des finances
07:19à l'Assemblée nationale.
07:20On va parler du budget de l'État,
07:21si vous le voulez bien.
07:22Comment voyez-vous les choses
07:23pour la rentrée 2026, justement,
07:25par rapport au blocage budgétaire ?
07:27Est-ce que Sébastien Lecornu, par exemple,
07:29va devoir dégainer le fameux article 49.3 ?
07:32On ne va pas vraiment parler de blocage.
07:33Il y a eu l'adoption 149.3,
07:36et c'est quand même la première fois
07:37depuis 2022 du budget de la Sécurité sociale,
07:40dont je rappelle que les montants
07:41sont supérieurs à ceux du budget de l'État.
07:43qui est en discussion aujourd'hui.
07:44Mais sur le budget de l'État,
07:44le budget de la Sécurité sociale,
07:45on est à plus de 800 milliards d'euros.
07:47Le budget de l'État,
07:48on est à un peu plus de 400 milliards d'euros.
07:51Donc le budget de la Sécurité sociale,
07:51il a été adopté 149.3 grâce à un compromis
07:54que nous avons trouvé.
07:55Il n'y a pas de blocage.
07:55Ensuite, pour le budget de l'État,
07:57on avait commencé à trouver un compromis,
08:00et nous sommes arrivés en commission mixte paritaire.
08:02Vous savez, c'est la réunion
08:02entre les députés et les sénateurs.
08:04Oui, mais ça n'a pas fonctionné.
08:05Et au bout d'un quart d'heure,
08:06le rapporteur général du budget du Sénat,
08:08à la demande de Bruno Retailleau,
08:09a dit que la réunion est terminée.
08:11Nous ne souhaitons pas discuter.
08:12C'est donc Bruno Retailleau
08:13qui a décidé de prendre en otage
08:15le budget de la France.
08:16On a donc dû faire une loi spéciale.
08:17Et là, on redémarre à l'Assemblée
08:19le 8 janvier.
08:20Et le 8 janvier,
08:21on va essayer de trouver un compromis.
08:23Et nous espérons l'adoption du budget
08:25à la mi-janvier.
08:26Donc pas de 49.3,
08:27vous ne souhaitez pas de 49.3 ?
08:29Écoutez, ce n'est pas notre problème.
08:30Ça, c'est le sujet du gouvernement,
08:32de faire passer son budget.
08:32C'est un peu votre problème,
08:33parce que ça faisait partie
08:33des conditions du Parti socialiste
08:34il y a quelques mois.
08:35Olivier Faure et Boris Vallaud
08:36ont dit que ce qui comptait pour nous,
08:38ce n'était pas la méthode de vote,
08:39mais le texte de compromis.
08:41Et donc, ils ont dit très clairement
08:42dans deux interviews,
08:42l'un dans le Parisien,
08:43l'autre dans Libération,
08:44que s'il y avait emploi du 49.3,
08:46notre censure,
08:47elle n'arriverait que si le texte
08:49n'était pas un texte de compromis.
08:50Nous, ce que nous demandons aujourd'hui,
08:51c'est de discuter
08:52pour obtenir ce texte de compromis.
08:54Il y aura des réunions
08:54dans cette semaine, d'ailleurs,
08:55entre Noël et le jour de l'an.
08:57Il faut un texte de compromis
08:58qui passe par 49.3,
08:59c'est ça l'idée ?
09:00C'est ce qui s'est passé l'année dernière.
09:02Avec François Bayrou,
09:03vous vous souvenez,
09:04au mois de février,
09:04tout était bloqué.
09:05On a débloqué la situation
09:07en négociant un texte
09:09qui ensuite est adopté par 49.3.
09:10Mais au moment où je vous parle,
09:12nous ne nous demandons pas le 49.3,
09:13ce n'est pas à nous de le demander,
09:14ce gouvernement,
09:15de savoir ce qu'il compte faire
09:16avec ce budget.
09:17Nous, nous pensons
09:18que ce budget peut être adopté
09:20sans 49.3.
09:21On a réussi à le faire,
09:21ce projet de loi de finances
09:22de fin de gestion.
09:26Ça n'a pas fait la une des médias.
09:27Mais bon,
09:28c'est un texte budgétaire
09:28qui est passé
09:29grâce à l'abstention
09:30des socialistes et des écologistes.
09:31Nous pensons
09:32que ce texte peut passer
09:33également en 49.3.
09:35Un dernier mot,
09:35Philippe Brun.
09:36Il y a un an,
09:37lorsque Emmanuel Macron
09:38a prononcé ses voeux aux Français,
09:39il promettait de redonner
09:40la parole aux Français
09:41via des questions,
09:42via un référendum.
09:44Vous regrettez
09:44qu'il n'ait pas tenu sa promesse ?
09:46Oui,
09:46je pense que le référendum
09:48est trop peu utilisé
09:49dans la vie politique française
09:51qu'un certain nombre de sujets
09:52pourraient être soumis
09:53au peuple souverain.
09:55La dernière fois
09:55que nous avons eu
09:56un référendum en France
09:57c'était en 2005,
09:58j'étais en quatrième,
09:58donc ça fait longtemps.
10:00Aujourd'hui,
10:00je pense qu'il faut
10:01mettre un certain nombre
10:02de sujets sur la table.
10:03Ça permettrait notamment
10:03de débloquer
10:04un certain nombre de sujets
10:05qui ont tendance
10:06à s'enliser
10:07à l'Assemblée nationale.
10:08Je pense à la question
10:09de la fin de vie,
10:09par exemple,
10:10qui est assez complexe,
10:13qui s'enlise au Sénat aujourd'hui.
10:15Il faudrait,
10:15je pense,
10:16le soumettre
10:16au peuple souverain
10:18qui est le seul juge.
10:19Philippe Brun,
10:20député socialiste de l'heure,
10:21merci beaucoup
10:22d'avoir accepté
10:22notre invitation ce matin
10:23sur Europe 1.
10:24Très bonne journée à vous.
10:25Merci à vous,
10:25bonne journée.
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