00:00On va s'arrêter là parce qu'il y a un Noël particulier qui est organisé ce soir, c'est sur l'autoroute A64,
00:05avec ces agriculteurs qui n'ont pas voulu lever le barrage et qui vont donc passer le réveillon sur place.
00:11Il y a donc une messe de Noël qui est organisée, nous sommes avec l'abbé Jean-Baptiste.
00:15Bonsoir, c'est vous qui allez notamment célébrer cette messe, vous ne serez pas tout seul, il y aura d'autres prêtres, c'est ça ?
00:22C'est ça, on sera avec le curé du lieu, le père Jean-Marie, on sera deux.
00:28Et un diacre aussi certainement.
00:30L'hôpiteau qui a été mise en place pour abriter la nourriture des manifestants, alors pourquoi célébrer cette messe de Noël ?
00:36Pourquoi avez-vous dit oui, vous ?
00:39Pourquoi on a dit oui ? Parce que déjà on nous l'a demandé, qu'on doit répondre à cette demande.
00:45Et puis bon, je dois avouer que j'ai de la famille et des amis qui sont aussi dans le milieu paysan,
00:50et que je tenais à avoir ce combat un peu me tient à cœur, cette mise à l'écoute des paysans me tient à cœur.
01:00Comment s'est fait le contact ? Alors vous êtes l'abbé de Carbone à Caser et le barrage a mis en place à Carbone par Jérôme Baye notamment et ses amis.
01:11Comment s'est fait le contact, le lien ? C'est vous qui vous êtes proposé ou ils sont venus vous voir, les agriculteurs ?
01:15Pas du tout, je rejoignais le barrage après une réunion pour retrouver un de mes cousins et quelques amis.
01:28Et puis là tout d'un coup on me demande si c'est possible de célébrer la messe.
01:34Et bon j'ai dit, comme je ne suis pas le responsable de la paroisse, j'ai dit que j'en parlerai avec mon curé.
01:39Et effectivement, dès qu'on en a parlé avec le curé, c'était tout de suite très bien reçu.
01:46Et donc c'est comme ça que ça s'est fait et puis ça s'est organisé petit à petit.
01:51Mais pardon, mais célébrer une messe sur autoroute, j'imagine que c'est une première pour vous.
01:58C'est une première pour moi, d'autant que j'ai été ordonné prêtre il n'y a pas très longtemps, il y a six mois.
02:03Alors, donc forcément, oui, oui, c'est pas courant disons, c'est pas courant et c'est beau de porter le Christ en fait,
02:10que la communauté chrétienne se déplace et de porter le Christ au milieu des gens, de ceux qui notamment souffrent et qui sont dans la détresse.
02:18Mais vous êtes solidaire de leur combat ?
02:22Solidaire de leur combat, en tout cas nous on a, c'est des gens qui souffrent et l'église a toujours eu cette option préférentielle pour les pauvres.
02:29Alors, le dernier concile Vatican II nous le rappelle, donc voilà, et les papes jusqu'à maintenant l'ont rappelé avec beaucoup de force.
02:39Donc c'est un combat qui effectivement nous tient à cœur, oui.
02:44Mais quel message vous avez envie de...
02:46Le combat en tout cas pour les pauvres.
02:47Oui, quel message vous avez envie de faire passer justement ce soir sur cette autoroute à 64 ?
02:53Mais il n'y a pas vraiment de message politique, c'est juste qu'on vous, nous on leur apporte, on apporte le Christ.
02:58En fait, il n'y a pas de message politique, c'est un message vraiment ecclésial, c'est un message d'espérance, c'est un message de joie.
03:08La communauté chrétienne se rassemble et nous accueillons aussi ceux qui sont ici, sur le blocage.
03:15Et en fait, c'est tout simplement ça, c'est porter le Christ au milieu des gens.
03:20C'est tout simplement ça, au-delà des considérations politiques.
03:24Oui, vous ne voulez pas être récupéré politiquement, je comprends bien.
03:27De toute façon, l'Église n'a pas besoin d'être récupéré politiquement, on n'est pas là pour faire de la politique.
03:35On est là pour exercer les vertus théologales, foi, espérance et charité, et communiquer tout cela aux gens, finalement.
03:42Et vous dînez ensemble, ensuite avec les agriculteurs, il y a un dîner de Noël de prévu ?
03:46Parce que j'ai le menu, si vous voulez, je crois qu'on va faire tourner de la biche, et il y aura du foie gras aussi.
03:52Certainement, ce sera peut-être avec beaucoup de plaisir que je prendrai part aux festivités.
04:01Après, la table de l'Eucharistie, on prendra part à la table, disons, matérielle et aux festins gaulois, disons.
04:10– Bon, on va demander à Jérôme Baye de vous rajouter un couvert.
04:15Merci, merci, Abbé Jean-Baptiste, merci d'avoir été avec nous.
04:19Et donc, la messe célébrée ce soir, messe de Noël, pour les agriculteurs qui bloquent sur l'autoroute à 64.
04:24Nous sommes avec Thierry Léon, qui est responsable de la coordination rurale au Pays Basque,
04:28et éleveur à Guiches, précisément, près de Bayonne.
04:32– Bonsoir, on voit que les messages de soutien, les gestes de solidarité, viennent de toutes parts, même de l'Église.
04:41– Oui, bonsoir. Oui, tout à fait, on est très soutenus par la population, de manière générale.
04:48Et voilà, c'est la force de notre mouvement, d'ailleurs.
04:50– Hier, le président Macron a reçu les forces syndicales,
04:55ils étaient tous réunis autour du président de la République.
04:58Est-ce que ça a fait avancer les choses ? Vous avez un retour ?
05:01– Non, pas vraiment. Nous, on attend la fin d'un protocole qu'on considère ridicule,
05:08qui n'a aucun sens, même scientifique, puisque je vous rappelle quand même
05:12qu'on abat des bêtes qui ne sont pas malades, on abat des bêtes saines.
05:17Et le protocole, jusqu'à il n'y a pas longtemps, Mme Genevard l'appelait le protocole du dépeuplement.
05:24– D'accord, mais ce protocole continue d'être appliqué.
05:27Il y a eu un cas en Haute-Garonne, on a abattu le troupeau.
05:29– Et c'est bien ça le problème. Nous, on veut quitter l'autoroute
05:33avec la fin du protocole d'abattage total, puisque maintenant,
05:36on a commencé à vacciner, et quand on aura obtenu un certain seuil
05:40ou un certain taux de vaccination, il nous paraît clair et net
05:44qu'on pourra passer, selon les zones, donc selon les zones vétérinaires
05:48ou selon les zones, on pourra passer à un autre protocole
05:52qui n'est plus l'abattage total, mais un abattage sélectif, un autre protocole.
05:56– Oui, mais pour cela, il faudrait vacciner tous les troupeaux,
06:00c'est-à-dire des millions de bêtes.
06:02– Non, par zone, je vous dis.
06:04– Par zone, c'est-à-dire ?
06:05– Et c'est-à-dire, par exemple…
06:07– Parce que pour l'instant, c'est le sud-ouest qu'on vaccine.
06:10– D'abord, le sud-ouest, c'est-à-dire le cordon, ce qu'ils appellent ça,
06:14le cordon sanitaire.
06:15Mais ensuite, si la maladie remonte dans le nord de la France,
06:19on commence à vacciner, et quand on atteint un certain seuil,
06:23on change le protocole aussi.
06:27– D'accord, Thierry Léon, mais pour l'instant,
06:29le gouvernement ne change pas de protocole.
06:32Le gouvernement vous écoute, va sans doute annoncer des mesures,
06:36mais sur le protocole tel qu'il a été défini avec les scientifiques,
06:41le gouvernement ne veut pas bouger.
06:43– Oui, mais nous non plus.
06:45– Donc vous resterez sur place ?
06:48– Oui.
06:49– Vous êtes les irréductibles ?
06:51– Non, mais on pense que la mobilisation se renforcera dès le 26.
06:57– Donc là, bien sûr…
06:59– Après Noël ?
07:00– Mais même si elle est forte, nous aussi on a une messe de prévue,
07:04avec un prêtre qui vient de Biarritz,
07:06et on va faire donc une messe.
07:09Et par contre, on n'a pas prévu d'action coup de poing ce soir.
07:13On considère que les gendarmes, ils n'y sont pour rien dans cette affaire,
07:17ils la subissent comme nous, donc ils ont besoin de repos.
07:20On s'est engagé avec monsieur le préfet des Pyrénées-Atlantiques
07:23de laisser tomber les actions ce soir et demain,
07:27afin que les gendarmes puissent aller réveillonner avec leurs familles.
07:32– D'accord, mais le président Macron a tenté d'apporter des garanties hier au syndicat,
07:39notamment sur le Mercosur qui fait partie aussi de l'une de vos revendications,
07:43la non-signature du Mercosur par la France.
07:45Pour l'instant, le président Macron est plutôt de votre côté en disant
07:49pas question d'appliquer cet accord avec l'Amérique latine
07:53s'il n'y a pas d'autres mesures qui renforcent les contrôles,
07:58notamment des produits agricoles et qui protègent les agriculteurs françaises.
08:01Est-ce que vous pensez que le président Macron sera avec vous jusqu'au bout ?
08:07– Non, je ne crois pas.
08:09Nous, on parle du protocole d'NC.
08:11C'est le modèle agricole français qui est en tournant.
08:14C'est l'exploitation familiale,
08:16ou c'est la signature de traité des libre-échange,
08:20et on va chercher les produits agricoles sur la mondialisation.
08:23Donc pour nous, le Mercosur, il sera signé,
08:27et ça mettra peut-être du temps, mais le Mercosur sera signé.
08:30Il sera peint en jaune, en vert ou en bleu,
08:33mais on va d'abord signer.
08:34Je ne sais pas si j'ai été clair.
08:36– Ah bon ? Vous pensez qu'on va le signer ?
08:39– Oui, je pense qu'à plus ou moins long terme, il sera signé, oui.
08:42Et c'est normal.
08:43Aujourd'hui, l'économie mondiale, on est dans une économie mondiale.
08:46Sauf que nous, on ne veut plus qu'on ne tue des vaches qui ne sont même pas malades.
08:49Ça, c'est terminé.
08:51Les petites exploitations du Sud-Ouest, si vous faites du dépeuplement,
08:56elles ne peuvent plus, psychologiquement, financièrement, ne se rédiveront pas.
09:03– Néla Latrousse, cette réunion hier à l'Élysée,
09:08il n'y a pas eu de mesure concrète ?
09:10C'était quoi ? C'était pour calmer les choses,
09:12pour dire que la France était à l'écoute des agriculteurs ?
09:15On voit que pour l'instant, ils restent sceptiques, ces agriculteurs.
09:19– Oui, d'abord, c'est Emmanuel Macron qui re-rentre dans la mêlée.
09:22Sur le Mercosur, il a été extrêmement présent.
09:26C'est un traité qui inquiète les agriculteurs depuis un certain nombre d'années.
09:32La question avait même été évoquée lors du dernier Salon de l'Agriculture.
09:36Lors de la dernière grande crise de janvier 2024,
09:40on entendait déjà sur les barrages des agriculteurs expliquer que ça allait mal
09:43et qu'on allait en plus les plomber avec ce traité avec des pays d'Amérique du Sud.
09:50Donc, de ce point de vue-là, Emmanuel Macron,
09:53entre guillemets, j'allais dire, re-rentre dans la mêlée,
09:54dans le sens où il reçoit lui-même en disant,
09:56bon, écoutez, il y a eu un Conseil européen,
09:58il y a une échéance qui est celle du 12 janvier,
10:00fixée par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen,
10:03pour parafer ce traité, signer une forme d'accord, on va dire,
10:09avec les pays du Mercosur.
10:11Et donc, il avait besoin, pardon de l'expression, mais de mouiller la chemise.
10:15Surtout qu'effectivement, cette échéance-là percute une autre crise,
10:19et on a eu beaucoup, qui est celle de la dermatose nodulaire contagieuse.
10:24Hier, de ce que l'on comprend et de ce que nous racontent les organisations syndicales,
10:28effectivement, rien n'a été annoncé,
10:29mais Emmanuel Macron leur a promis qu'il continuait à se battre.
10:32Elles avaient été troublées par le mot qu'il avait pu évoquer au Brésil,
10:36lorsqu'il était en visite auprès du président Lula,
10:38et qu'il avait dit, constater des avancées positives,
10:41des avancées, pardon, dans les discussions.
10:44Effectivement, un certain nombre d'agriculteurs s'étaient sentis trahis,
10:46en un, oh, bah ça y est, la messe est dite, si vous me passez l'expression.
10:49Et donc, de ce point de vue-là, c'est d'abord les rassurer sur le fait
10:51que la France allait continuer à se battre.
10:55Vraisemblablement, un certain nombre d'entre eux sont ressortis
10:56en nous disant qu'Emmanuel Macron semblait convaincu
10:59de réussir à arracher dans les jours, les semaines qui restent,
11:03le dernier pas, c'est-à-dire un renforcement des mesures de sauvegarde,
11:08l'assurance qu'il n'y aurait pas de concurrence déloyale
11:10à l'égard des agriculteurs.
11:11Donc, on n'est pas pour l'instant sur la position du veto
11:13ou de la chaise vide comme certains essayaient de pousser.
11:18Puis, il y a le Premier ministre qui est aussi en second volet
11:21et qui, hier, juste après le rendez-vous des organisations syndicales
11:25avec le Président de la République, a pris la parole pour faire un point
11:28sur le budget, mais qui a aussi expliqué qu'à partir du 5 janvier,
11:31il recevait les agriculteurs, là précisément, sur la DNC,
11:35la dermatose nodulaire contagieuse.
11:37Donc, petite répartition des rôles.
11:38Mais aussi, un couple au sommet de l'État
11:43qui veut montrer aux agriculteurs qu'il n'est pas sourd
11:45et qu'il est effectivement très présent.
11:47L'objectif, c'est d'éviter que le mouvement reprenne
11:49avec ampleur au mois de janvier.
11:51En règle générale, et c'est ce qui s'était passé l'an dernier,
11:53quand un mouvement reprend ou prend avec ampleur,
11:56comme vous le dites, au mois de janvier,
11:58cela se traduit par un mouvement qui dure jusqu'au salon de l'agriculture,
12:01c'est-à-dire jusqu'au 20 février à peu près.
12:02Merci Néla Latrousse, merci également à Thierry Léon
12:05qui était avec nous en direct du Pays Basque
12:08et donc un Noël ce soir particulier
12:10pour ces agriculteurs mobilisés sur l'autoroute à 64.
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