- il y a 8 mois
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00:00Et alors je crois qu'il y a peu de gens qui m'impressionnent plus que les navigateurs.
00:04Et alors là, ce matin, j'ai la chance de recevoir l'un des plus grands.
00:07Il a traversé 50 fois l'Atlantique, tourné 4 fois autour du monde,
00:11remporté des courses mythiques comme la Transat anglaise, la Route du Rhum
00:16ou encore la Transat Jacques Vabre.
00:17Bonjour Loïc Perrault.
00:19Bonjour à toutes et à tous.
00:20Merci d'être avec nous ce matin.
00:23Et en plus, je n'ai pas précisé que cette Route du Rhum que vous avez remportée,
00:26vous l'avez gagnée à 54 ans.
00:28Ah oui.
00:28Un âge où vous dites vous-même, en général, les skippers solitaires ont raccroché les bottes.
00:32Bon, vous, vous n'avez toujours pas raccroché les bottes.
00:34Et ceci dit, le vainqueur suivant, 4 ans plus tard, était encore un peu plus âgé,
00:37c'est Francis Joyon, sur le même bateau d'ailleurs.
00:40Et vous, vous continuez à naviguer ?
00:41Bien sûr. Alors je fais moins de solitaires, moins de tours du monde,
00:44enfin plus du tout, même déjà, pour être très franc.
00:46Moi aussi, j'ai fait la Route du Rhum.
00:47Oui, c'était pas la route.
00:49Ça se voit.
00:51Il y a quelques séquelles, il faut faire attention.
00:53Ça se voit dans votre foi.
00:55Allez, bim.
00:56Allez, bim.
00:56Et bien sûr, je continue à naviguer, mais vous savez, sur l'eau, on peut s'exprimer à tout âge.
01:01On en est tous la preuve.
01:03Et pas toujours en solitaire, ça peut être en équipage entre 3 bouées ou entre 3 continents.
01:08Donc je navigue beaucoup sur des bateaux de propriétaires en Méditerranée.
01:11D'accord. Et la compétition ?
01:12Et donc en compétition.
01:13Ah oui, donc en compétition.
01:15De très très haut niveau.
01:16Mais globalement, la compétition aux voiles, c'est pas seulement celle qu'on voit dans le journal.
01:19C'est surtout ça ce qui est intéressant.
01:21C'est vrai qu'en France, on est bien nourri par nos belles histoires depuis un demi-siècle.
01:24Mais essentiellement, de voiles solitaires, de transats, d'être dans le monde.
01:27Mais il n'y a pas que ça.
01:28La voile, c'est beaucoup plus large.
01:30Et on peut, je le disais, s'exprimer à toute âge.
01:32Quelle que soit la taille du bateau, quelle que soit la vitesse, c'est pas ça le problème.
01:35Il y a un championnat du monde de voiles, par exemple, comme de la Formule 1 ?
01:38Alors, c'est exactement le grand sujet.
01:40A chaque fois que j'exprime, vous venez de dire Formule 1 d'un côté et voile de l'autre.
01:44Mais vous n'avez pas dit voiture.
01:45Vous avez bien dit Formule 1.
01:46La voile, c'est aussi large que la voiture.
01:49Oui, d'accord.
01:49Il y a de la Formule 1, il y a de la moto, il y a du karting, il y a de tout.
01:52Et on est beaucoup de pilotes à s'exprimer sur plein de supports différents, contrairement au sport mécanique.
01:56Et alors, vous avez voulu coucher sur le papier votre passion pour la voile.
02:00Ça vous a pris du temps, deux ans et demi.
02:02Parce que vous avez beaucoup de choses à dire, Loïc Perron.
02:05Et alors, le résultat, il est magnifique.
02:06Vous publiez votre dictionnaire amour illustré de la voile.
02:09C'est aux éditions Plongrund, illustré, donc avec de magnifiques photos.
02:14Beaucoup de photos personnelles, même des photos de famille.
02:16C'est aussi en partie une autobiographie, ce livre.
02:19Oui, ça ressemble à ça.
02:20À un moment, on aime bien écrire ses mémoires.
02:22Ne serait-ce que pour mes propres enfants, en fait.
02:24Bien sûr, c'est normal.
02:25Pour qu'ils puissent lire un petit peu ce que je ne leur ai pas dit.
02:28Souvent, c'est bizarre.
02:29D'ailleurs, le marin a besoin de faire des phrases.
02:31Peut-être c'est ce que disait Odia, ou faisait dire Odia.
02:33Mais on est relativement discret, bizarrement, quand on est sur l'eau.
02:36Et encore plus quand on arrive.
02:38C'est difficile de raconter.
02:40C'est un sport long.
02:41Vous savez, vous faites un tour du monde.
02:42Moi, mon premier Vendée Globe, ça a duré 110 jours.
02:44Donc, 110 jours à raconter en une seule journée quand on arrive, c'est assez complexe.
02:48C'est compliqué.
02:48D'autant plus que les moyens de communication de l'époque étaient un peu limités.
02:52Donc, à l'époque, j'avais fait un journal de bord, mais en images d'ailleurs, en vidéos,
02:56où j'avais capté, mais gardé pour moi, puisqu'on ne pouvait pas les transmettre, bien entendu.
03:00Le sauvetage de poupons, la naissance de ma fille quand j'étais au large.
03:03Enfin, il y avait pas mal d'histoire.
03:04Et puis, c'est un sport de silence, votre sport quand même.
03:06Alors, les engins, les outils sont très bruyants, mais on ne cherche que le silence.
03:11Et bizarrement, ceci dit, le silence, c'est souvent un signe de danger.
03:14Ah, c'est pas mon signe.
03:15Non.
03:16Alors, ça, je l'explique de temps en temps.
03:17Quand on est sur un trimaran, vous voyez les bateaux à trois coques, là,
03:20ce sont des bateaux qui peuvent chavirer en dix secondes, qui peuvent se retourner en dix secondes, vraiment.
03:24C'est un bateau de course, une fois de plus, on est vraiment formule 1 des mers.
03:27Et ça veut bien dire que quand on commence à s'élever au-dessus de l'eau, là, il n'y a plus de bruit.
03:31Puisque la coque centrale est hors de l'eau, elle ne tape plus dans l'eau, et là, c'est très bruyant.
03:36Et très étonnamment, c'est justement le silence qui nous réveille, ou qui nous fait sursauter un petit peu,
03:39et qui fait qu'on choque un peu les voiles, on lâche un peu les voiles pour ne pas chavirer.
03:43Et alors, on apprend beaucoup de choses sur vous dans ce livre.
03:45Alors, vous êtes né à Nantes, Loïc Perron, la mer, c'est vraiment une histoire de famille,
03:50parce que vous avez deux frères navigateurs, Stéphane et Bruno.
03:53Vous, vous êtes celui du milieu, Loïc.
03:55Donc, j'imagine que vous avez appris la voile tous les trois ensemble, c'était ça le principe.
03:59Il y a une superbe photo, d'ailleurs, de vous trois, qui tattent de 1987,
04:03à l'arrivée d'un duel transatlantique en solitaire à Brest.
04:06Parce qu'il y a eu de la compétition aussi, entre vous.
04:07Beaucoup. Alors, il y a eu la compétition.
04:09On a d'abord navigué grâce à nos parents.
04:11On avait un papa capitaine au long cours, commandant de super pétroliers,
04:15qui était construit à Saint-Nazaire.
04:16Il a été, sur la fin de sa carrière, commandant d'un des quatre plus gros pétroliers du monde.
04:19Des trucs qui faisaient 414 mètres de long, je me souviens exactement de la taille.
04:2232 mètres de tirant de haut, vous vous rendez compte ce que ça fait ?
04:2432 mètres sous l'eau, quand il ramenait du pétrole de là où il m'avait.
04:28Un immeuble de 12 étages.
04:29Un immeuble de 12 étages, quoi.
04:31Ah oui, alors ça, c'était beaucoup plus tard.
04:32Ça revire moins, heureusement.
04:33Donc, on était impressionnés par le papa commandant,
04:35mais qui lui-même avait une passion, c'était quand il débarquait de ses usines flottantes,
04:39il nous embarquait sur des petits bateaux de croisière.
04:41Donc, tout petit, on est tombés dedans.
04:42Étonnamment, les trois frangins ont voulu en faire carrière,
04:46et ont presque réussi à en vivre, en tout cas, de cette passion.
04:49Et on a d'abord navigué ensemble avec Boulot.
04:51Même si ça n'a pas été simple, parce que votre père, il n'aimait pas trop cette idée-là.
04:53Pour lui, la voile, c'était un hobby, quoi.
04:55Il ne voulait pas que vous vous en fassiez un métier.
04:58À tel point qu'il nous a virés à tour de rôle, à coups de pieds au cul.
05:01En fait, on a eu le choix entre continuer des études normales,
05:04ou aller faire du bateau, et sans soutien parental.
05:06Donc, à 18 ans, moi, je me suis retrouvé avec ma mobilette,
05:08et pas de soutien familial.
05:10C'était un choix.
05:11C'était un deal proposé par le commandant en question,
05:14et qui a été accepté.
05:16C'était un risque à prendre, bien sûr,
05:17parce que dans les années 80, ou moins 70,
05:20ce n'est pas facile d'imaginer.
05:21La voile d'aujourd'hui est beaucoup plus écrite, un peu installée,
05:24mais à l'époque, les gros marins, c'est évidemment les tabarliers,
05:27les carceaux-zons et les pageaux,
05:28mais derrière, les petits jeunes à 18 ans...
05:30Il n'y a pas tant d'exemple que ça, oui.
05:32Mais d'ailleurs, c'est un truc dans votre famille, ça,
05:33vous êtes cinq enfants, parce que vous avez aussi deux sœurs,
05:36aucun des cinq n'a décroché le bac.
05:38Ah oui, ça, c'est une histoire que je racontais assez souvent,
05:40mais je vous rends compte qu'il y a des dresses familiales, quand même.
05:43Mais c'était la preuve aussi qu'on ne donnait pas aussi facilement qu'aujourd'hui,
05:46peut-être, parce que c'est un peu la catastrophe, peut-être.
05:50Mais on savait dire aussi que sans le bac, on peut se débrouiller.
05:52Oui, voilà, exactement.
05:53Mais on a tous, les trois brothers, justement, dont on voit l'image,
05:56ça, c'était à l'arrivée à Brest,
05:58et avec Bruno, mon frère est né,
06:00on a d'abord navigué ensemble, puis on a navigué l'un contre l'autre,
06:02et on s'est retrouvé un jour, dans ces années-là,
06:05à faire un duel en solitaire sur l'Atlantique,
06:07rejoint par le troisième frangin,
06:09qui, lui, à l'époque où on naviguait en dériveur,
06:11ne pouvait pas sur les dériveurs, souvent on n'est que deux.
06:13Donc le petit troisième, Stéphane, s'est spécialisé dans la planche à voile.
06:15Lui, il était un immense champion de planche à voile,
06:17il a fait des records de 24 heures.
06:19Il a traversé l'Atlantique.
06:20Il a traversé l'Atlantique en solitaire, en planche.
06:23Je trouve ça ahurissant.
06:25Une grosse planche dans laquelle vous dormez.
06:26Oui, voilà, c'est une sorte de cercueil flottant,
06:29mais c'était assez impressionnant.
06:30Et puis ensuite, il était dans cet immeuble ici,
06:33à l'époque, il a travaillé pendant une douzaine d'années pour Canal+.
06:35Ah oui, mais vous-même, tous les trois,
06:37vous avez traversé l'Atlantique comme ça, en planche à voile.
06:41Oui.
06:41Vous avez fait ça aussi en espèce de relais, quoi.
06:44Alors, il y avait quatre vélis planchistes,
06:45à l'époque, c'était vraiment les vraies planches à voile,
06:47avec des babouins, on les surnommait les babouins,
06:49suspendus au wishbone, comme ça,
06:50et j'ai remplacé l'un des quatre qui s'étaient blessés.
06:52Ça, c'était intéressant.
06:53Et on avait un catamaran qui servait de Saint-Bernard,
06:56avec mon grand frère Bruno,
06:57et cette planche à voile normale,
06:59il se relayait à bord pendant nuit et jour.
07:03C'était une galère de dingue.
07:04Mais je crois que ça ressemble à l'enfer, tout simplement.
07:06Non, pas du tout.
07:08Mais non, l'enfer, c'est quand on ne choisit pas.
07:10Là, on choisit nos modes de souffrance.
07:12On ne s'en plaint pas.
07:13Mais ça fait partie des histoires assez dingues de votre vie, Loïc Perrault.
07:16On va en raconter quelques autres pages dans un instant.
07:19On va continuer à explorer votre parcours
07:21et ce dictionnaire amoureux illustré de la voile.
07:23On revient tout de suite sur Europe 1.
07:25Vous écoutez Culture Média sur Europe 1,
07:2710h-11h30 avec Thomas Hill.
07:29Et ce matin, Thomas, vous recevez le navigateur Loïc Perrault
07:32pour son dictionnaire amoureux illustré de la voile.
07:35De là à dire que c'est le cadeau dont on rêve au pied du sapin.
07:38C'est pas mal.
07:39C'est pas mal.
07:39Et c'est, on vous le dit ce matin,
07:41et c'est disponible aux éditions Plan Grund.
07:43Avec des histoires folles, comme à 19 ans,
07:45Loïc Perrault, vous courez la mini-transat.
07:47Alors, on dit mini-transat,
07:48ça ne veut pas dire qu'on traverse la moitié de l'Atlantique.
07:52C'est des petits bateaux.
07:53Ce sont des bateaux de 6,50 m.
07:546,50 m.
07:55C'est une course inventée par un Anglais
07:57qui ressemblait à Woody Allen,
07:59un mec qui s'appelait Bob Salmon,
08:00qui courait lui-même cette course.
08:01D'ailleurs, il donnait le départ.
08:03Quand je l'ai faite en 79, j'ai 19 ans.
08:04On partait d'Angleterre à l'époque.
08:06Vous êtes le plus jeune.
08:07Et j'étais le plus jeune concurrent
08:08sur un petit bateau récupéré dans un chantier pourri.
08:11Enfin bon, un début d'aventure assez génial.
08:14C'est vrai que c'est le point de passage un peu obligé
08:15pour les marins plutôt français.
08:17Il faut passer par la mini-transat.
08:19C'est vraiment l'équivalent du karting pour la F1.
08:22Parce que c'est abordable, évidemment, financièrement.
08:25À l'époque, c'était assez compliqué
08:27déjà de trouver des bateaux qui...
08:29Il n'y avait pas de prototype, il n'y avait rien.
08:30On récupérait des petites poubelles dans les chantiers.
08:32Mais au moins...
08:33Et puis à l'époque, surtout, en solitaire,
08:34on se retrouvait avec un sextant.
08:36Il n'y avait pas d'alléviateur par satellite.
08:37Il n'y avait pas de pilote électrique.
08:39Il y avait juste une grosse radio VHF
08:41qui est l'équivalent d'un Tokugoki aujourd'hui
08:43qui permettait d'avoir des conversations
08:45avec des cargos éventuellement.
08:46Ce qui m'a aidé à me repérer sur l'eau
08:47parce que j'étais complètement paumé.
08:49Il n'y avait pas du tout les outils d'aujourd'hui.
08:50Non.
08:51Alors, ça n'enlève pas du tout
08:53de la valeur aux marins d'aujourd'hui.
08:54Mais c'est vrai que j'ai eu cette chance
08:55de passer par cette période-là,
08:57de vivre ces 40 dernières années
08:59où on a multiplié la vitesse de nos bateaux par 4,
09:02d'avoir été et acteur et spectateur
09:04de cette évolution ahurissante de la voile.
09:06Et pendant cette course,
09:07à un moment, vous avez été porté disparu ?
09:09Oui.
09:09Ah oui, j'ai fait naufrage.
09:10C'est un bon début pour démarrer dans la carrière.
09:13Mais il vaut mieux le faire
09:13avec un petit bateau de 6,50 mètres
09:15qu'avec un trimaran de 30 mètres.
09:16Évidemment, il vaut mieux commencer
09:17les bêtises jeunes.
09:18Ça évite d'en faire un peu moins...
09:20un peu plus tard.
09:21Et oui, au large des Canaries,
09:24enfin sur les cailloux des Canaries,
09:25je me suis réveillé.
09:26Je savais où j'étais en plus,
09:27en pleine nuit.
09:28J'étais un peu loin de tout le monde.
09:31Un pêcheur m'a recalé avec la radio.
09:33J'ai demandé un peu où j'étais.
09:34Oui, d'accord, bon,
09:35j'étais un petit peu trop
09:36du côté des côtes marocaines.
09:38Et je suis arrivé entre deux îles,
09:40si vous connaissez les Canaries,
09:41Alanzarote et Fuerte Wintoura.
09:43Deux nuits, superbes.
09:44Je devais aller à Grande-Canaria
09:45ou à Ténérife.
09:47Et puis le vent a tourné.
09:48Et comme les pilotes automatiques de l'époque,
09:50c'était des sortes de girouettes
09:51connectées au gouvernail,
09:53le vent a tourné.
09:54Moi, je me suis réveillé au pied
09:55d'une falaise noire en pleine nuit
09:57et j'ai failli couler.
09:58Vous avez eu peur ?
09:59Ah ben oui.
10:00Là quand même ?
10:00Oui, oui, quand même.
10:01Oui, il faut un peu d'adrénaline.
10:02Dans toute votre carrière,
10:03vous vous êtes vu mourir à un moment ?
10:05Pas vraiment.
10:07Non, des chavirages, oui.
10:09À la limite du chavirage,
10:10donc on se dit,
10:11mais on a toujours peur pour le bateau,
10:12pas forcément pour soi.
10:13Je pense que c'est un peu...
10:14Parce qu'il y a des endroits,
10:15il n'y a rien.
10:16Vous êtes à des milliers de kilomètres
10:17de toute terre.
10:18Un avion, on ne peut pas vous récupérer.
10:20un hélicoptère, il n'y a rien.
10:22La carte bleue ne sert à rien
10:24dans beaucoup d'endroits
10:25où les marins vont.
10:26Non, c'est vrai.
10:27Le fameux point némo,
10:28vous savez, on en parle souvent
10:29pendant le Vendée Globe,
10:30là c'est l'endroit où les marins,
10:32hommes et femmes,
10:32sont les plus éloignés
10:33des autres hommes,
10:34sauf de la station spatiale d'ailleurs,
10:36qui sont les plus proches.
10:36Là, c'est sympa.
10:37Il y a une ambiance à la fois hostile
10:40et justement une vérité de position.
10:43On sait que les seules personnes
10:45capables de nous aider éventuellement
10:46sont les autres concurrents d'une course,
10:48ce que j'ai fait d'ailleurs
10:48lors du premier Vendée Globe
10:49quand j'ai donné un coup de main
10:50à Philippe Poupon.
10:52Oui, ça c'est un épisode aussi en 89
10:54parce que vous participez
10:55à ce tout premier Vendée Globe,
10:56vous réalisez un exploit incroyable,
10:57on peut le dire,
10:58parce que vous terminez deuxième
11:00tout en sauvant la vie d'un concurrent.
11:03J'imagine que vous gardez encore
11:04un souvenir ému
11:06de votre arrivée au Sable d'Olonne, non ?
11:07Ah oui.
11:08D'autant, une fois de plus,
11:09à cette époque,
11:11alors ça fait un peu ancien combattant
11:12puisque tout va très vite,
11:13mais les moyens de communication
11:14n'étaient que des moyens de radio,
11:16le son.
11:17Ce qui montre bien
11:18la valeur ou le côté assez exceptionnel
11:22de ces épisodes de voile,
11:23on n'est pas obligé de gagner
11:24pour réussir,
11:25on n'est pas obligé
11:25de raconter tous les jours
11:27ou d'envoyer de l'image tous les jours
11:28pour faire frémir un petit peu.
11:31Moi, je dis souvent
11:31qu'on est loin des yeux
11:32mais près des cœurs
11:33quand on a la chance
11:34de naviguer,
11:34en France particulièrement,
11:36quand même,
11:37un pays est le seul
11:38qui valorise autant
11:39ces histoires de mer.
11:40C'est assez étonnant.
11:41C'est le pays vraiment le plus...
11:42à cause de Tabarly
11:44qui a gagné
11:44cette transat anglaise
11:46qui est devenue
11:46Laurent Pinstar d'ailleurs
11:47pendant quelques éditions
11:48et à cause de lui,
11:50dans les années 64
11:51ou 60,
11:52la France a découvert
11:52qu'on pouvait faire du bateau
11:53et qu'il y avait de l'aventure
11:54à vivre en mer
11:55et ce retour de Vendée Globe,
11:57les arrivées de Vendée Globe
11:59sont dingues,
11:59d'autant plus
12:00que ce fameux port
12:01des Sabes d'Olonne,
12:01vous savez,
12:02c'est une sorte de...
12:03une allée,
12:03alors les moritoris
12:04t'essalutantes
12:05quand on s'en va
12:06et puis les survivants
12:06reviennent.
12:08C'est assez étonnant.
12:09Mais alors j'ai appris
12:10dans votre livre
12:10Loïc Perron
12:11que la course en solitaire
12:12en fait c'est pas
12:13tout à fait légal.
12:15Non,
12:15alors et tant mieux
12:16j'oserais dire,
12:17les lois sont emmerdantes
12:18et le seul domaine
12:19de liberté encore
12:19reste peut-être la mer.
12:21Alors c'est vrai
12:21que c'est pas légal.
12:22Pourquoi ?
12:23Parce que la veille en mer
12:24est théoriquement obligatoire.
12:25Il doit toujours
12:26y avoir une personne à la barre.
12:28Les lois sont pas différentes
12:30en mer
12:30selon l'endroit du globe
12:31où vous êtes ?
12:32Non, non, non,
12:33partout en mer
12:34en fonction de...
12:35en tout cas les lois
12:35internationales
12:37de...
12:37ça s'appelle comment
12:38de collision
12:38pour éviter les collisions
12:39en mer
12:40c'est que la veille
12:42soit obligatoire.
12:42Ça veut dire que
12:43c'est pas toujours à la barre
12:44mais que quelqu'un
12:44doit surveiller.
12:45Il y a fort heureusement
12:47aujourd'hui des moyens
12:47maintenant de radar
12:48et de détection.
12:50Pilote automatique aussi ?
12:51Le pilote lui-même
12:52ne va pas détecter
12:53mais en tout cas
12:54on a des AIS par exemple
12:55des sortes de...
12:55les radios
12:56qui émettent en permanence
12:57la position des autres bateaux.
12:58Donc globalement
12:58aujourd'hui
12:59tous les bateaux
13:00savent à peu près
13:00où ils sont.
13:01Il y a eu une période
13:02c'est vrai où c'était
13:03où il fallait faire
13:03un petit peu attention
13:04mais le solitaire
13:05a aucune envie
13:08Vous savez le plus grand danger
13:10de la mer
13:10c'est la terre
13:11et tout ce qui vient
13:12de la terre.
13:12Donc les eaux de bateau
13:13les billes de bois
13:14les fûts d'huile
13:15les conteneurs
13:16et les rochers bien entendu.
13:17Mais toute la difficulté
13:18à s'endormir
13:18moi je sais pas
13:19comment vous arrivez
13:20à vous endormir
13:20dans des conditions pareilles
13:21parce que la peur
13:22doit être présente en permanence
13:23la vigilance doit être présente.
13:24Des petites phases
13:24de 20 minutes ?
13:26Alors si possible
13:27c'est 20 minutes
13:2820 à 25
13:28ça dépend de la morphologie
13:29de la physiologie
13:30de chacun
13:31la grande difficulté
13:32n'est pas de dormir
13:33tout le monde sait
13:34fermer les yeux
13:34mais c'est l'endormissement
13:35le lâcher prise
13:37de lâcher prise
13:37sans trop lâcher non plus
13:39parce qu'il faut être
13:39à l'écoute permanente
13:40de ce bruit
13:41qui justement
13:42si ça devient du silence
13:43quand on est en trimarrance
13:43et qu'on est en train
13:44de chavirer
13:44il y a l'oreille interne
13:45qui va donner aussi
13:46de l'équilibre
13:47et puis surtout
13:48de lutter contre
13:50contre un phénomène
13:52on a peur
13:53de perdre du temps
13:54on est en compétition
13:54je vous le rappelle
13:55on est sur des bateaux
13:56qui sont extrêmement rapides
13:57bruyants
13:58stressants
13:58qui fait que
14:00c'est le pire endroit
14:01pour s'endormir
14:02théoriquement
14:02donc il faut déjà
14:02être un peu fatigué bien sûr
14:03sachant que le sommeil
14:05c'est une arme
14:05je le dis souvent
14:06c'est le grand philosophe
14:07Jason Bourne
14:08qui dit ça
14:08dans 24 heures
14:10la vengeance dans la peau
14:12exactement
14:13de Robert Ludlum
14:14bravo
14:15mais le sommeil
14:16est une arme
14:17pour le marin solitaire
14:17c'est vrai
14:18même en équipage
14:18et c'est l'endormissement
14:20donc il faut apprendre
14:21à un peu lâcher prise
14:23c'est un peu de la sophro
14:23qu'on fait sans le savoir
14:24moi je l'ai appris
14:25comme monsieur Jourdain
14:26qui faisait de la prose
14:27que je faisais de la sophro
14:28je l'ai su par un copain
14:30un hypnotiseur
14:31Danny Dan
14:32je ne sais pas si vous vous souvenez
14:33de ce nom
14:33c'était dans les années 80 peut-être
14:35je l'avais vu en boîte de nuit
14:36quand j'avais 18 ans
14:37à la boule
14:37au Pouligan
14:38et puis quelques années plus tard
14:40je suis allé le voir
14:40en disant
14:40mais est-ce que tu peux
14:41parce que je l'avais vu
14:42endormir des foules entières
14:43est-ce que tu peux m'aider
14:45à travailler le sommeil
14:46il m'a dit
14:46bah tu fais ça naturellement
14:47et puis il y a une autre arme
14:48sur les bateaux
14:49évidemment dans les compétitions
14:50c'est la nourriture
14:51et alors ça
14:53on a un spécialiste
14:54autour de cette arme
14:54je vois ça
14:55c'est Olivier Poulset
14:56et on en parle
14:57je vous rassure
14:57il n'y aura pas de biscuits de marins
14:58à tout de suite
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