00:00C'était nos vaches, c'était nos filles, elle faisait partie de la famille en fait.
00:04On nous a abattus 83 bébés, quoi.
00:06C'est la nouvelle hantise du monde agricole et elle tient en trois mots la dermatose nodulaire contagieuse, la DNC.
00:12Depuis la détection d'un premier foyer en France, dans une ferme savoyarde en juin dernier,
00:17cette maladie infectieuse fait des ravages dans les élevages,
00:20car la solution préconisée par les autorités est l'abattage total du troupeau dès le premier cas.
00:263000 animaux ont dû être euthanasiés jusqu'ici en France.
00:28Ce protocole ne fait pas du tout l'unanimité chez des agriculteurs,
00:31alors plusieurs d'entre eux manifestent aujourd'hui à Besançon, dans une région particulièrement touchée par ce virus.
00:36Qu'est-ce qu'on envoie comme message aux anciens qui ont trimé ?
00:39On leur dit tout ça, ça peut être balayé d'un jour, d'un revers de main,
00:43par une décision administrative et technocratique.
00:46Mon vie ne vale rien.
00:47C'est ça le message qu'on envoie à toutes ces familles, à toutes les enfants et les femmes qui sont derrière le statut d'exploitants.
00:54Vous avez peur pour votre cheptel aujourd'hui ?
00:57Oui, aujourd'hui on se lève avec la boule au ventre, on n'ose plus regarder nos animaux,
01:02de peur d'avoir un nodule apparaître et de se dire qu'on peut tout perdre en deux joues.
01:07Ça vous fait peur cette maladie ?
01:08Oui, assez quand même.
01:09C'est détruire simplement des élevages, des familles et puis tous les corps de métier qui tournent autour.
01:16On est tous pris à la gorge d'avoir cette maladie chez nous du jour au lendemain.
01:19Et la politique actuelle veut qu'on abatte entièrement le troupeau, alors qu'on pourrait peut-être faire différemment.
01:25L'ADN6 est donc une maladie infectieuse qui se transmet aux bovins, pas aux hommes, le plus souvent via des piqûres d'insectes.
01:31Les symptômes sont d'abord de la fièvre, puis des nodules sur la peau de l'animal.
01:35La mortalité peut atteindre 10% du troupeau, mais c'est aussi les séquelles pour les bêtes survivantes qui inquiètent,
01:40à savoir infertilité, amégrissement et une baisse importante de la production, en l'occurrence la lactation chez la vache.
01:48La maladie est relativement nouvelle en Europe.
01:50Historiquement, elle sévissait surtout en Afrique et au Moyen-Orient.
01:53Mais ces derniers mois, une centaine de foyers a été repérés par les autorités en France,
01:57surtout en Franche-Comté, dans les Alpes ou encore dans les Pyrénées.
02:00La circulation de ferme en ferme se fait par le transport d'animaux,
02:04parfois des transports illicites en dépit des directives sanitaires.
02:07Merci Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs les députés, Madame la députée Manon Meunier.
02:14Je suis là où je dois être, Madame la députée, c'est-à-dire à la tête d'un ministère
02:19dont l'objectif est de protéger les éleveurs et de protéger l'élevage bovin français.
02:26Et je voudrais dire que j'ai une pensée pour tous ces éleveurs qui ont vu leur cheptel abattu.
02:32J'en connais le drame intime que cela représente.
02:35Ces derniers mois, les abattages de troupeaux, appelés sobrement dépeuplement par les autorités,
02:40ont fait face à de fortes mobilisations.
02:42Ici dans le Doubs, il y a une famille qui incarne cette opposition, la famille Lhomme,
02:46qui tient une ferme à Pouillet français près de Besançon.
02:49Elle est présente aujourd'hui à ce rassemblement.
02:51Si nous sommes rassemblés ici, c'est pour dire non, non à l'injustice,
02:55nos décisions aveugles, non à la destruction de nos vies, de notre travail, de nos animaux.
02:59Début décembre, les services vétérinaires sont débarqués sur leur exploitation
03:03pour euthanasier les 83 vaches de la ferme après l'apparition de nodules sur l'une d'entre elles.
03:08Tout ça s'est fait dans une ambiance extrêmement tendue,
03:10avec des heures entre les gendarmes et des agriculteurs du coin venus soutenir la famille.
03:14N'hésitez pas à partager cette vidéo, parce que voilà, voilà comment on est traités en fait.
03:19Voilà, il y a des flics partout.
03:21Il y a des CRS qui ont encerclé la ferme.
03:23Et voilà, une petite bête.
03:27Regardez, comme elles ont l'air malades.
03:29Voilà.
03:31Et en fait, ils attendent.
03:32Asensin ! Asensin !
03:34Asensin !
03:35On va en faire un coup de d'apport.
03:38Il m'a dit qu'il faut en l'air.
03:42Allez, allez, allez !
03:44Ah putain !
03:45Allez, regardez les gars, ils sont fiers.
03:50Ils sont fiers de tout amener pour détruire de nos vêtes.
03:53Regardez ce carnage, mais on est où, là ?
04:01Comment vous qualifiez ce que vous avez vécu l'autre jour ?
04:03On n'a pas compris.
04:04Quand je suis sortie de chez moi et j'ai vu tous ces cars de CRS,
04:07tout le monde qui dit « mais en fait, on n'est pas des terroristes, quoi ! »
04:09La perte d'un cheptel, c'est quoi ?
04:11C'est la perte de combien d'années de travail ?
04:13C'est des générations, parce que là, mon mari est la quatrième génération à reprendre la ferme.
04:17Donc du coup, c'est un travail de quatre générations.
04:19Mais à côté de ça aussi, c'est des bêtes.
04:20C'était nos vaches, c'était nos filles, elle faisait partie de la famille, en fait.
04:25On nous a abattus, 83 bébés, quoi.
04:28Deux syndicats agricoles sont montés au créneau, la Coordination rurale et la Confédération paysanne.
04:32Ils dénoncent des méthodes autoritaires et inefficaces.
04:35Ils préconisent plutôt une vaccination élargie, voire systématique,
04:39ou des abattages partiels, si cela est vraiment nécessaire.
04:42Mais il faut dire que le sujet fait vraiment débat au sein du monde agricole.
04:45La FNSEA, par exemple, ne s'oppose pas à l'abattage systématique.
04:50Et avant ce reportage, j'ai parlé avec un agriculteur qui a vécu ce drame
04:53et qui considère que ce sacrifice était nécessaire.
04:56Aujourd'hui, quand on vaccine des troupeaux, il faudrait étendre la vaccination.
05:00Et puis, il n'y aurait plus besoin de sacrifier des bêtes.
05:02Et puis, surtout qu'aujourd'hui, il y a des gens qui n'arrivent pas à manger.
05:05Puis, la viande, elle est consommable par l'homme.
05:07Puis, on balance les bêtes comme ça, c'est honteux.
05:09La maladie de la dermatose, comme elle est classée A au niveau de l'Europe,
05:13elle provoque le blocage du commerce si la France choisit de ne pas abattre.
05:19Donc, c'est quand même bien un problème commercial avant d'être un problème sanitaire.
05:23Là, ça fait deux ans qu'on prend des maladies plein les dents avec le réchauffement climatique.
05:26Il y a la MHE, il y a la FCO.
05:27Ça amène des problèmes de production derrière, effectivement.
05:31Mais ce n'est pas pour autant qu'on vient abattre nos troupeaux sur ces maladies-là.
05:33Est-ce que l'abattage systématique, ce n'est pas une manière aussi de sacrifier pour les autres, pour la bonne cause ?
05:39Si c'est un sacrifice, alors il est vraiment lourd.
05:44Mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire.
05:47Des soucis, on en a chaque année.
05:48Et puis, on a toujours su les gérer.
05:50Pourquoi celui-là, on le gérerait par l'extrémination ?
05:53C'est un plaid total.
05:55Pour expliquer le protocole sanitaire, le préfet organise des réunions publiques dans le département
06:00avec des experts et le groupement de défense sanitaire.
06:03C'est une association reconnue par l'État qui veille notamment à la sécurité sanitaire des élevages.
06:08Et ce soir, il y a donc une centaine d'agriculteurs qui ont fait le déplacement.
06:11Ce n'est pas quelque chose de nouveau. Beaucoup de troupes ont déjà connu ça dans notre département.
06:17Et la seule différence qui nous met par rapport à ces cas-là, c'est qu'aujourd'hui, il y a des associations.
06:21Et beaucoup de gens préfèrent débattre et faire des associations que de se déplacer ce soir ou dans notre réunion
06:28pour comprendre ce qu'est la réalité de la maladie.
06:30Sachant que le sanitaire d'aujourd'hui, c'est les vaches de demain.
06:35Donc, pensons aussi à nos enfants, à nos successions, savoir ce qu'on veut pour demain.
06:40Le choix de vacciner la France totalement, moi, je dis une des choses franchement.
06:46Le point positif pour tous, c'est qu'on voudrait souffler.
06:50Mais en parallèle, on peut se retrouver avec les marchés qui se fêtent.
06:54Certains disent qu'on ne veut pas produire les crues qui sont produits par du lait de vache vaccinée, DNC.
07:02Concrètement, en fait, ce que vous demandez à certains élevards, c'est quand même un sacrifice, un sacrifice énorme.
07:07Vous en avez conscience ?
07:08On en est pleinement conscients et on mesure, évidemment, le choc que ça peut représenter pour les éleveurs qui sont touchés par ces abattages.
07:16Il faut quand même rappeler que ce n'est pas nouveau dans le monde agricole.
07:19On a, depuis très longtemps, lutté contre la diffusion de maladies, chez les bovins en particulier, par des mesures d'abattage.
07:26Ça ne faisait pas de débat parce qu'on n'avait pas les réseaux sociaux, parce que chacun comprenait l'utilité de la mesure.
07:31Et puis, tout est pris en charge par l'État.
07:34On a la compensation de la valeur du cheptel, la compensation des pertes d'activité.
07:39C'est vrai que c'est quand même quelque chose qui est très prenant pour nous, la profession, parce que c'est quand même nos animaux.
07:46On vit avec.
07:48Il y a la génétique qui est là, les animaux qui viennent déjà depuis nos parents, nos grands-parents.
07:53Ce n'est pas simple.
07:55Vous comprenez les protocoles sanitaires aujourd'hui ?
07:59Oui, il faut essayer d'éradiquer plus la chose.
08:02C'est vrai que ceux qui sont personnellement touchés, ça doit être lourd.
08:06Moi, je le comprends.
08:07Je sais bien que ce n'est absolument pas réjouissant pour personne.
08:11C'est vrai que c'est toujours un crève-cœur.
08:13Mais bon, s'il faut passer par là pour tout assainir, pour tout le monde, je pense que c'est la solution.
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