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Transcription
00:00Sud Radio, Bercoff dans tous ses états, André Bercoff, Céline Alonso.
00:06On ne peut plus rien dire, si tu veux pas te retrouver seule, t'as intérêt de fermer ta gueule, on ne peut plus rien dire.
00:14On ne peut plus rien dire, sûr qu'on est d'accord avec toi.
00:18Et oui, malheureusement, on ne peut plus rien dire, André Bercoff, la censure est hélas.
00:22Pas vraiment, pas vraiment, mais ça s'est rétréci, c'est vrai.
00:25Et oui, cette censure est hélas éternelle, universelle et de nombreux artistes en sont attirés les foudres, notamment Boris Viandre, Bercoff.
00:33Monsieur le Président, je vous fais une lettre que vous lirez peut-être si vous avez le temps.
00:46Et oui, qui aurait pu penser, qui aurait pu penser que cette chanson de Boris Viand, qui date de 1954, début de la guerre d'Algérie,
01:08sonnerait aussi fort aujourd'hui au moment où on entend des bruits de bottes et de plus en plus fort du côté de la Russie, de l'Ukraine
01:16et de la possibilité d'envoyer des troupes françaises en Ukraine.
01:20Et oui, André Bercoff, et pour tout savoir sur l'histoire de cette chanson si célèbre de Boris Viandre,
01:25nous avons le plaisir de recevoir Emmanuel Piera, qui est avocat et spécialiste de la censure.
01:32Bonjour à vous, Emmanuel Piera.
01:34Bonjour, Céline Alonso. Bonjour, André Bercoff.
01:37Bonjour, Emmanuel.
01:37Alors expliquez-nous, quelle est l'histoire de cette chanson ?
01:41Alors André vient d'évoquer le début de la guerre d'Algérie, c'est aussi 1954, Dien Benfou,
01:47la fin, entre guillemets, malheureuse, avec beaucoup de guillemets, pour la France, de la guerre d'Indochine.
01:53Et c'est donc un Boris Viandre qui a 34 ans, qui prend la plume pour écrire des chansons.
01:58Boris Viandre, on le sait, mais on va le redire quand même, l'auteur surtout de J'irai cracher sur vos tombes,
02:03livre déjà censuré et las de voir ses livres interdits ou mal commercialisés.
02:09Il décide de commencer à écrire des chansons.
02:12Il mourra, d'ailleurs, peu de temps après.
02:14Il est dans un état de santé peu enviable.
02:18C'est vrai, Emmanuel Piera, juste un détail.
02:21Il mourra au moment de la projection du film tiré de J'irai cracher sur vos tombes,
02:26qu'il avait signé de Vernon Sullivan, vous vous rappelez.
02:28Bravo, André, exactement. C'est le pseudonyme qu'il utilise.
02:33Et il avait d'ailleurs toujours dit qu'il mourrait avant 40 ans,
02:37comme une sorte de prophétie dès qu'il était adolescent.
02:40Et en 1954, il écrit cette chanson magnifique dont vous venez de diffuser les premiers couplets,
02:45absolument extraordinaire et bouleversante, qui dit surtout
02:48« Je ne voudrais pas mourir comme mon père est mort et comme mon grand-père est allemand »
02:53donc aux guerres de 14-18, aux guerres de 39-45,
02:56alors que la guerre d'Annochine vient à peine de s'arrêter
02:59et que ce qu'on appelle pour l'instant uniquement les événements en Algérie vient de débuter.
03:05Ça sera une chanson qui, évidemment, tout de suite sera interdite
03:08de diffusion d'abord à la radio,
03:11et puis, pire encore, dont les disques seront détruits.
03:15Ah oui, carrément détruits, Emmanuel Piera.
03:18Producteur totalement démoralisé et voyant les poursuites arriver,
03:23les saisies arriver, décide de passer au pilon plusieurs milliers de disques vinyles.
03:28Donc, si vous en avez un exemplaire qui a été sauvé du désastre,
03:31il vaut une petite fortune, je me permets de vous le dire.
03:33Ah oui, c'est incroyable.
03:34Au départ, Boris Vian...
03:36C'est une très censure de l'ancien régime, pratiquement.
03:38Oui, c'est ça, une chanson antimilitariste
03:40qui avait fait vraiment scandale à l'époque.
03:43Mais au départ, ce qui est très intéressant,
03:45c'est que Vian ne peut songer pas à l'interpréter, cette chanson.
03:48Il a eu du mal à trouver des interprètes.
03:51Oui, il l'écrira, et il y aura plusieurs tentatives.
03:54Vian commence dans la chanson.
03:56Il a la réputation d'être un écrivain,
03:58un joueur de trompette à Saint-Germain-des-Prés.
04:00De trompinette.
04:01De trompinette, oui.
04:02Il dira trompinette, bravo.
04:04Et il est assez, comment dire,
04:08peu optimiste sur l'avenir de cette chanson.
04:11Il y avait raison, parce qu'elle sera interdite,
04:13on le dit d'emblée, pendant huit ans.
04:15Et donc, elle ne sortira de la censure
04:17ou des enfers, de la discographie,
04:21que plusieurs années après la mort de Maurice Vian.
04:23Mais alors, Emmanuel Pira, c'est très intéressant,
04:25ce que vous racontez.
04:26Elle ne sortira qu'à l'indépendance de l'Algérie,
04:30à la fin de la guerre d'Algérie, quoi.
04:32C'est ça ?
04:32Une fois qu'on est plus susceptible,
04:34puisque c'est l'accusation qu'il reçoit,
04:36d'antipatriotisme, c'est-à-dire d'atteinte
04:38aux morales des armées.
04:39Ce qui pose problème au pouvoir,
04:41c'est le fait que, dans le même temps,
04:42on appelle des jeunes gens pour monter au front
04:44et que l'on puisse passer une chanson
04:47qui dit qu'il faut renoncer à la guerre.
04:50Maurice Vian, il y a un discours beaucoup plus subtil
04:52qu'uniquement anti-militariste.
04:54C'est un homme extrêmement intelligent et formidable
04:56et qui dit, si c'est pour la patrie,
04:59mais que tout le monde aura la patrie,
05:01où sera la patrie ?
05:03Il prend avec beaucoup d'ironie.
05:05Il dit, pour interpeller le pouvoir,
05:07il dit, d'ailleurs, ma chanson a été déjà chantée
05:10par Serge Radjiani.
05:12Et c'est lui qui sera le premier grand interprète
05:14du déserteur, en disant,
05:16est-ce que vous voulez aussi enfermer Serge Radjiani ?
05:19Qui est quand même, à l'époque,
05:20une star montante, une gloire montante
05:22de la chanson française.
05:23La chanson, ensuite, sera reprise
05:25par beaucoup, beaucoup, beaucoup de chanteurs
05:27de façon très engagée.
05:28Et c'est très intéressant, en fait, Emmanuel Pirat.
05:33Il y a eu aussi Mouloudji qui l'a chanté.
05:36Mais vous savez que...
05:38Edi Mitchell, Hugo Fray, dont on célèbre les 96 ans,
05:42Juliette Gréco, comme l'a dit Céline,
05:44et surtout, ensuite, John Bez et Renaud,
05:46dont on peut parler.
05:47Oui, c'est vrai.
05:48Mais vous savez que Mouloudji a changé le début
05:51de la chanson.
05:52Il ne disait pas, le président,
05:54messieurs qu'on nomme aux grands.
05:56Oui, il a fait plusieurs modifications
06:01du texte, même, André Bercoff.
06:03Oui, je ne sais pas.
06:04En tout cas, messieurs qu'on nomme aux grands,
06:05et certes...
06:06Et dites-moi, est-ce que ça...
06:08C'est tout à fait extraordinaire.
06:11C'est-à-dire qu'elle a été bannie
06:12jusqu'après sa mort, puisqu'il est mort en 59,
06:14Maurice Vian.
06:15C'est ça ?
06:16Il faudra attendre 3 ans après sa mort
06:18pour que la chanson soit...
06:19L'interdiction soit levée.
06:21Ça ne veut pas dire que les ennuis s'arrêtent.
06:23Puisque cette chanson connaîtra encore ensuite
06:25de nouvelles interdictions.
06:28Alors, pas quand Renaud l'interprète
06:30en 1993.
06:32Il la reprend dans les années 80,
06:34début des années 90,
06:35en la transformant de façon argotique.
06:37Magnifique version.
06:39Ceci dit, il y a la censure hésite
06:40parce que malgré tout,
06:41on aura la guerre du Golfe.
06:43Et pendant la guerre du Golfe,
06:44beaucoup de chansons passent à la trappe
06:46sur les ondes de France Inter,
06:47des radios publiques.
06:49Toutes les chansons qui évoquent
06:50de près ou de loin la guerre ou le désert.
06:52Alors, seul dans le désert de Balavoie,
06:53par exemple, est interdite
06:54pendant la guerre du Golfe.
06:56Une chanson de Niagara,
06:57le groupe qui chante
06:58« J'ai vu les bombes »
06:59est interdite.
07:01Mieux en quoi,
07:01il y a une chanson d'Alain Bachung
07:02sur la Bococcalise
07:04et la marée noire en Bretagne
07:06dans lesquelles il part du Golfe du Morbihan.
07:08Et comme il dit dans les golfs,
07:09pas très clair,
07:10et qu'il y a la guerre du Golfe,
07:11on interdit la chanson.
07:12C'est une censure ubesque.
07:15Et surtout,
07:16une judiciaire
07:16se verra suspendue à vie
07:19en 1999
07:20pour avoir fait chanter ses élèves
07:22devant le monument aux morts
07:23de 1939-1945.
07:24Elle leur fait chanter
07:25Maurice Vian et le déserteur
07:27et elle est radiée
07:28à vie de l'éducation nationale.
07:30En quelle année vous disiez ça ?
07:33C'était en 1999 exactement.
07:36Extraordinaire, extraordinaire.
07:38Et oui, cette sanction,
07:39il faut le dire,
07:40Emmanuel Piera
07:41sera annulée quelques mois plus tard
07:43par Ségolène Royal,
07:46ancienne ministre déléguée
07:47à l'enseignement scolaire à l'époque.
07:50Mais revenons à John Bess
07:51parce que vous avez parlé
07:52de John Bess
07:53qui a interprété cette chanson.
07:55C'est vrai qu'aux Etats-Unis,
07:57alors que cette chanson
07:58était censurée en France,
08:01cette chanson a connu
08:02un certain succès.
08:05Le message anti-militariste
08:06a été mieux accueilli
08:07que chez nous.
08:08Parce qu'il y avait
08:09la guerre du Vietnam.
08:10C'est ça, il y a la guerre du Vietnam.
08:12Nous, on passe
08:12de la guerre d'Indochine
08:13en 54,
08:14à très vite,
08:15pour les Américains,
08:16la guerre du Vietnam.
08:17Et les grands interprètes
08:18anglo-saxons,
08:19par ailleurs John Bess
08:20est francophone,
08:21elle est américaine
08:22mais elle parle
08:23parfaitement le français
08:24et comprend la chanson
08:25et s'en empare.
08:26Et ça devient un étendard
08:27contre la guerre du Vietnam.
08:29Et John Bess sera d'ailleurs
08:30interdite
08:31de diffusion
08:32à l'ORTF
08:33en France.
08:35Elle est invitée
08:35à une grande émission
08:36que vous avez peut-être
08:38entendue.
08:39Alors, il faut avoir
08:40non pas un certain âge,
08:42on ne va pas écouter
08:42la réalité.
08:43Un âge certain, oui.
08:44Un âge certain.
08:46Il y avait une émission
08:46de Raymond Marciat
08:47qui s'appelait
08:48Télé Dimanche
08:48qui a duré
08:49jusque dans les années 2000.
08:50qui était à 14 heures
08:51et John Bess est invité
08:53en 71.
08:54Alors, on lui dit
08:55qu'il y a quatre chansons
08:56à choisir.
08:57Elle commence par
08:57Blowing in the Wing
08:58donc une chanson
08:59plutôt sympathique,
09:01pas de problème
09:01et elle enchaîne
09:02juste après
09:02avec le déserteur.
09:03Et là,
09:04on immédiatement,
09:05on diffuse,
09:06on arrête le son
09:07et on passe une émission
09:08de jeux télé.
09:09On n'entend que le son
09:10du jeu de télévision
09:11pendant 10 minutes
09:13et puis après,
09:13on lui dit
09:14c'est bon,
09:14vous pouvez reprendre
09:15si ce n'est pas le déserteur.
09:16Et là,
09:17elle quitte le plateau
09:17en disant
09:18non,
09:18je ne chanterai pas
09:18les deux dernières
09:19au secours à la censure.
09:21On est en France
09:21et elle n'a pas
09:22de la partie.
09:23C'est sous Pompidou.
09:26Emmanuel Perra,
09:27c'est passionnant
09:27ce que vous dites.
09:28C'est sous Pompidou ça.
09:29C'est en plein
09:30pompidoulisme.
09:33C'est extraordinaire
09:34ces chansons
09:35qui vivent
09:36après que l'auteur
09:38soit décédé
09:39et qui vivent encore
09:41et qui vivent toujours
09:41parce que le déserteur
09:42de viande
09:43c'est devenu
09:43une chanson culte.
09:45Oui,
09:45c'est même l'une,
09:46André,
09:46c'est l'une des chansons
09:47les plus reprises
09:48à travers le monde
09:49aujourd'hui,
09:50le déserteur.
09:51Oui,
09:52Emmanuel Perra.
09:52C'est la force
09:53des très grandes chansons.
09:54C'est ça
09:55qui ennuie la censure.
09:56Ce n'est pas tellement
09:56le propos de faux
09:58s'il était écrit
09:59par un chanteur
10:00ou un narrateur
10:01ou un parolier
10:02sans talent.
10:03C'est la puissance
10:04de Boris Vian.
10:05Il faut comprendre
10:05l'intelligence.
10:06Il rajoute d'ailleurs
10:07sur le disque,
10:07il dit
10:08un conseil
10:09si la radio vous ennuie,
10:10tournez le poste.
10:11Donc,
10:12c'est une façon
10:13de prendre le censeur
10:14à son propre jeu.
10:15Il dit
10:15personne ne vous oblige
10:16à l'écouter.
10:17Bien sûr.
10:17Et il a totalement raison.
10:19Si ça ne vous plaît pas,
10:20fermez le bouton,
10:21fermez le poste.
10:21Et je rappelle simplement
10:22un titre d'actualité.
10:24C'est très intéressant
10:25ce qu'il dit
10:25dans cette chanson
10:26Le déserteur,
10:27Emmanuel Perra.
10:28Il dit
10:28s'il vaut donner son sang,
10:30allez donner le vôtre.
10:32Vous êtes bon apôtre,
10:33monsieur le président.
10:35Ça sonne bien aujourd'hui.
10:37André,
10:37moi je terminerai
10:38peut-être sur ça.
10:39Il aurait dit
10:39des phrases
10:40vraiment touchantes.
10:41Il dit
10:41vous battez-vous
10:42pour la paix
10:43ou pour le plaisir ?
10:44Ah ouais, je lis.
10:45Vous battez pour construire
10:46la paix
10:46ou est-ce que c'est
10:47la jouissance du massacre
10:48qui vous intéresse ?
10:50Vraie question.
10:51Ça prend quand même
10:53les interlocuteurs
10:54ou ceux qui écoutent
10:55à leur propre miroir,
10:56à leur propre trip
10:57et à leur propre,
10:58voilà,
10:59on va dire,
11:01envie éventuellement
11:02inconsciente.
11:03Tout à fait.
11:03Merci beaucoup
11:04Emmanuel Pira.
11:05Toujours passionnant
11:05de vous lire
11:06et de vous écouter.
11:08Et oui,
11:09je rappelle que vous êtes
11:09l'auteur d'un livre passionnant
11:11qui s'intitule
11:11« 100 chansons censurées »
11:14qui sont parus.
11:14Ce livre est paru
11:15aux éditions Oé Bequet.
11:17Sous-titrage Société Radio-Canada
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