00:00Le Grand Matin Sud Radio, 7h10h, Patrick Roger.
00:06Sud Radio vous explique à 7h40 comme chaque matin, et ce matin avec Benjamin Morel qui est constitutionnaliste français,
00:14politologue, maître de conférences. Bonjour Benjamin Morel.
00:20Bonjour Benjamin Morel. Ah, petit souci.
00:23Bonjour.
00:24Non, non, voilà, il est bien là Benjamin Morel.
00:26Bon, réveillé pour nous commenter ce gouvernement d'eux, avec des personnalités de la société civile,
00:34Jean-Pierre Farandou, l'ancien patron de la SNCF, Édouard Geffrey à l'éducation, l'ancien patron de Super U,
00:43Serge Papin, Monique Barbu, qui vient à la transition écolo,
00:50et puis quand même quelques personnalités poids lourds qui étaient déjà là précédemment,
00:54Rachida Dati, Catherine Vautrin, Darmanin, DLR, quoi, et Jean-Noël Barraud toujours maintenu.
01:01Votre premier regard, vous, sur ce gouvernement entre des personnalités nouvelles et quelques-unes qui viennent de la société civile ?
01:09Le premier élément, c'est qu'on a la première volonté de Sébastien Lecornu d'incarner malgré tout une forme de rupture.
01:14Alors, certes, il y a des continuités, mais il voulait donner le change à ceux qui avaient reproché à Darmanin 1 d'être uniquement un gouvernement de continuité.
01:24Dans ce cadre-là, les nouveaux visages servent essentiellement à ça.
01:29Après, d'un point de vue politique, ça n'élargit pas l'assise politique sur laquelle repose son gouvernement et qui est réduit à pas grand-chose.
01:37Il n'y a pas vraiment de signaux envoyés à la gauche qui pourraient conduire éventuellement à être un argument supplémentaire pour ne pas censurer.
01:45Quant à la présence de beaucoup de ministres LR, depuis quelques heures anciens LR, parce qu'il s'agit maintenant des lectures du parti,
01:53c'est un chiffon rouge envoyé à ce stade sous le museau de LR, si vous voulez.
01:59Donc, ce n'est pas nécessairement quelque chose qui va en accroître l'assise politique et la stabilité.
02:03Oui, c'est ça. Bon, la stabilité, c'est difficile aujourd'hui en politique, d'autant que là, c'est un calendrier qui est très serré, d'un point de vue budgétaire, à l'Assemblée.
02:18Que peut-il se passer dans les jours qui viennent ?
02:21Cet après-midi, il va y avoir, ou ce midi, les passations de pouvoir, très simples, et la suite, Benjamin Morel ?
02:28Alors, si on comprend bien, on devrait avoir un conseil des ministres mardi.
02:33Ce conseil des ministres mardi devrait donner lieu au dépôt du projet loi budgétaire au Parlement.
02:39Et donc, cette étape qu'on n'arrivait pas à franchir, et qui est quand même un petit peu importante,
02:43le fait de déposer un budget, je ne parle pas de le faire voter, uniquement de le faire déposer, devrait être derrière nous.
02:48Ensuite, on aura une déclaration de politique générale, qui devrait donner lieu à des motions de censure.
02:53Ces motions de censure, alors il n'en aura sans doute une déposée dès aujourd'hui, pour les Insoumis,
02:58elles devraient être discutées relativement tôt dans la semaine,
03:01mais les motions de censure, beaucoup plus dangereuses pour le gouvernement,
03:04elles seront déposées après cette déclaration de politique générale.
03:08Et là, si jamais il y en a une du Parti Socialiste, on peut déjà acter le fait que le gouvernement tombera en fin de semaine.
03:15S'il y a une motion écolo-communiste, union de la gauche, ce sera un peu moins évident,
03:21mais il suffit que 23 socialistes votent la censure, pour que le week-end prochain,
03:26on attende soit potentiellement le nom d'un nouveau Premier ministre,
03:30fût Sébastien Lecornu, soit qu'on se dirige vers une dissolution.
03:35Oui, là ce serait la seule issue, si ça ne tenait plus, bien sûr, pour le gouvernement Lecornu 2, Benjamin Morel.
03:45Potentiellement, oui, même si Emmanuel Macron pourrait être tenté de nommer un nouveau Premier ministre,
03:49mais il faut bien comprendre que la dissolution, pour lui, se termine mal.
03:54Le seul qui peut avoir une majorité absolue aujourd'hui, c'est le Rassemblement National.
03:58Donc la première issue d'une dissolution, ce serait pour lui une cohabitation.
04:04La deuxième issue, beaucoup plus probable à ce stade-là, quand on prend les enquêtes,
04:08c'est qu'il n'y ait pas de majorité du tout, mais qu'il y ait quand même beaucoup plus de RN.
04:11Et que, à partir de là, on se retrouve dans une situation où, bon ou mal an,
04:16on est un blocage encore plus aigu que celui d'aujourd'hui,
04:20qui probablement conduirait beaucoup de partis politiques à demander, cette fois-ci, à nouveau sa démission.
04:26Donc, il y aurait une pression.
04:28Mais, d'un point de vue technique, s'il n'y avait pas de budget de voter,
04:34qu'est-ce que ça signifierait pour la France, et pour nous tous, finalement ?
04:40Alors, il y a plusieurs façons, entre guillemets, de ne pas avoir de budget voté.
04:44Si jamais, au bout de 70 jours, le Parlement ne s'est pas prononcé,
04:47qu'on n'a pas eu de dissolution, et qu'on a potentiellement encore un gouvernement,
04:51le budget pourrait être exécuté par voie d'ordonnance.
04:55Auquel cas, il n'y a aucun impact, parce qu'en réalité, il y a l'impact de l'application du budget,
04:59si vous voulez, qui ne sera peut-être pas forcément un budget très sympathique pour les Français,
05:03mais les ordonnances valent et prévalent.
05:06Tant que l'on vote un budget, si on n'en vote pas,
05:08prévalent jusqu'à fin 2026.
05:12L'autre voie, si jamais on est vraiment en incapacité d'avancer,
05:18si jamais il y a une dissolution entre-temps,
05:20si le gouvernement est renversé,
05:22il ne peut pas appliquer les ordonnances au bout de 70 jours,
05:25c'est qu'on roule avec des lois spéciales, comme l'année dernière.
05:27Et donc, ces lois spéciales, en revanche, elles ont un impact sur l'économie,
05:30parce qu'il faut bien comprendre que, on dit beaucoup,
05:32les dépenses de l'État sont reconduites par douzième provisoire.
05:35Donc, un douzième chaque mois,
05:38avec une forme de copier-coller du budget de l'année dernière.
05:42Ce n'est pas tout à fait vrai.
05:43C'est-à-dire que ne sont reconduites que les dépenses routinières,
05:46les dépenses courantes de l'État.
05:47Pas les dépenses exceptionnelles, notamment d'investissement.
05:50Ça veut dire quoi ?
05:51Ça veut dire que, derrière, il y a des marchés publics qui ne se font pas.
05:54Donc, il y a des entreprises qui en souffrent.
05:56Ça veut dire que, derrière, il y a des sous-traitants de ces entreprises qui en souffrent,
05:59et que ça se ressent sous l'ensemble de l'économie,
06:01et qui, plus est, les marchés vont nous regarder d'un œil torve.
06:04Donc, cette situation-là n'est pas tout à fait idoine.
06:07Et la dernière fois, on a eu à ce moment-là un budget au mois de février.
06:12Cette fois-ci, on a des municipales au mois de mars.
06:15Et on n'a pas vraiment de raison de croire que des parties
06:17qui ne se sont pas mis d'accord au mois de novembre ou au mois de décembre
06:20ne sont pas capables de se mettre d'accord en pleine municipale.
06:22Oui, c'est vrai.
06:23Et puis, l'incertitude pour beaucoup, des ménages comme des entreprises
06:27qui, même chose, préfèrent ne pas investir.
06:31Une forme de statu quo en disant, on verra ce qui va se passer par la suite.
06:36Ce qui veut dire que c'est une forme de paralysie du pays,
06:40en tout cas, dans le domaine économique.
06:42Même si je voyais qu'il y avait certains économistes,
06:43j'arrive pas à comprendre comment ils font,
06:45qui disent que la croissance va repartir en 2026.
06:48Alors, je ne sais pas où ils peuvent aller chercher ça,
06:50compte tenu du contexte actuel.
06:52Benjamin Morel, non ?
06:54Alors, je ne suis pas du tout économiste.
06:55Je vous remercie du mal à les contredire ou à leur donner une...
06:59Mais ce qui est certain, c'est que quand vous regardez aujourd'hui
07:01un peu la croissance française,
07:02ce qui la tient visiblement, quand on le voit,
07:05sans être économiste, c'est ni la consommation, ni les exports,
07:08mais le peu d'investissement public que l'on a.
07:11Vous comprenez bien que si vous avez des collectivités
07:13en pleine fébrilité, parce qu'elles ne sont pas,
07:15quelle est leur dotation ?
07:16Si vous avez un État qui roule avec des lois spéciales
07:18et qui, donc, ne peut pas investir,
07:20votre croissance, de toute façon,
07:22va prendre un coup qui doit être un coup non négligeable.
07:26Merci, on va suivre ça.
07:28Merci pour ces explications.
07:29C'est vrai que c'est difficile.
07:31Nous ne sommes pas, Mme Irma,
07:33pour savoir ce qui peut se passer.
07:36Et là, c'est vrai qu'on est vraiment dans le brouillard.
07:38Merci quand même pour ces explications,
07:41Benjamin Morel.
07:41Vous nous avez dit quelles étaient les étapes à venir
07:44et ce qu'il fallait penser, en tout cas,
07:46de ces décisions politiques.
07:48qu'il est 7h48.
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