00:00Tech & Co, la quotidienne, le débrief de la tech.
00:04Voilà le retour de Tech & Co, la quotidienne.
00:07Un grand merci de nous être fidèles.
00:09Chaque soir, du lundi au jeudi, on est là, 19h30, 21h.
00:13Avec ce soir, pour débriefer l'actu, les amis,
00:15Claudia Cohen qui est là, journaliste chez Bloomberg,
00:18Salim Nassur, fondateur de Mars,
00:20et Frédéric Simotel, journaliste à BFM Business.
00:23Et je vous invite maintenant à réagir
00:26sur encore une décision qu'a prise cette semaine
00:29Donald Trump.
00:31Travailler dans le secteur technologique aux Etats-Unis
00:33quand on est étranger va devenir de plus en plus compliqué.
00:37Pour freiner justement l'arrivée des étrangers dans le secteur,
00:40Donald Trump impose donc un visa à 100 000 dollars
00:44et conséquence, les valeurs de la tech indienne dégringolent.
00:48Les investisseurs craignent que le pays fasse les frais
00:50de cette politique protectionniste de Trump.
00:52On écoute les explications d'Erwan Morris.
00:55C'est à l'une des plus grandes forces de l'économie indienne
00:58que s'attaque le président américain.
00:59C'est un secteur technologique qui pèse pour 280 milliards de dollars
01:04et qui utilise largement ce programme pour envoyer du personnel
01:07travailler aux Etats-Unis.
01:087 titulaires sur 10 du visa H1B sont indiens.
01:12Wipro, Infosys ou HCL qui fournissent des services informatiques
01:15aux entreprises américaines sont particulièrement touchés
01:18et vont devoir réfléchir à augmenter leurs tarifs
01:20pour rester compétitifs étant donné le prix des visas
01:23ou bien développer de nouveaux marchés.
01:25Exercice périlleux alors que la tech indienne est en pleine turbulence.
01:29L'indice phare, le Nifty IT, a perdu 15% de sa valeur depuis le début de l'année.
01:34En tout cas, rien de tel pour exacerber les tensions entre New Delhi et Washington,
01:38Trump ayant déjà imposé des droits de douane de 50% sur les produits indiens.
01:42Les entreprises indiennes caressent encore l'espoir que cette mesure soit stoppée
01:46par la justice américaine.
01:48Cette nouvelle règle, si elle entre en vigueur, ne devrait pas s'appliquer
01:51avant le mois de février.
01:53Voilà, 100 000 dollars, donc le visa étranger.
01:57C'est un visa qui a un nom un peu particulier, c'est le H1B.
02:01C'est ça.
02:02Qui est bien connu de tous ceux qui travaillent dans la...
02:04Qui a fait la richesse technologique aussi américaine, finalement.
02:07Parce que, alors on parle des Indiens, mais il n'y a pas que des Indiens
02:11qui bénéficient de ce visa.
02:12En 2003, tu avais 32% de visa H1B qui travaillent dans la tech,
02:19en Silicon Valley, enfin globalement, sur les Etats-Unis.
02:22Et là, sur les cinq dernières années...
02:24Et où tu dis en 2003 ?
02:25Il y avait 32% de H1B en 2003.
02:29Et depuis cinq ans, on est en moyenne à 65% de gens qui travaillent dans la tech.
02:33Tu n'as que 35% d'Américains natifs.
02:37Et tout le reste...
02:39Je vous raconterai une anecdote.
02:41En gros, pour qu'on comprenne bien, Trump dit qu'il y a trop de visas H1B qui sont données
02:46et que ça ne donne pas l'opportunité à des travailleurs américains.
02:50On revient à ce protectionnisme qui est régi par Donald Trump.
02:57Il dit, faisons travailler d'abord les Américains,
03:00au lieu de faire venir des étrangers qui piquent les jeunes des Américains.
03:04Et beaucoup d'Indiens, dont trois quarts qui sont des Indiens.
03:06Et le reste des Chinois, il y a des Français.
03:09Bien sûr.
03:10Et trois quarts, c'est les Indiens.
03:11Donc, en gros, à partir de février prochain, un Google, un Microsoft, un OpenAI,
03:16veut embaucher un ingénieur talentueux étranger.
03:20Ils seront obligés de donner 100 000 dollars par an pour bénéficier, pour avoir ce visa.
03:24Au lieu de 10 000.
03:25Voilà.
03:26Au lieu de 10 000.
03:26Et sachant qu'Amazon, c'est 10 000 personnes qui font travailler en H1B.
03:31Et en moyenne, les autres, c'est entre 5 000 et 8 000 personnes.
03:34Enfin, les grands acteurs.
03:35Donc, ça fait du monde.
03:36On calcule, on multiplie par 100 000.
03:37L'année dernière, tu avais 400 000 de ces visas qui ont été octroyés,
03:42dont les renouvellements de visas.
03:43Parce qu'en fait, c'est un visa de trois ans que tu peux renouveler une fois trois ans.
03:47Donc, pour donner un ordre de grandeur.
03:48Et au bout de six ans, qu'est-ce qui se passe ?
03:50T'es obligé de retourner ?
03:51Soit tu retournes, soit tu peux avoir un autre type de...
03:56Tu peux avoir la nationalité.
03:56Tu peux peut-être prétendre à être américain.
03:58Après, si tu réussis à montrer que ton métier est suffisamment important
04:02pour que tu restes dans la société,
04:04que tu ne prends pas justement le métier de quelqu'un d'autre,
04:06tu peux avoir justement la carte verte.
04:09Mais moi, je trouve que ça pose quand même...
04:11Alors, évidemment, comme tu le disais,
04:13c'est toujours dans cette idée de favoriser l'embauche des travailleurs américains
04:17sur des emplois quand même très qualifiés.
04:20Parce que là, on parle d'emplois assez qualifiés.
04:24Et ensuite, moi, je trouve que ça pose deux questions.
04:26Ça pose la question quand même,
04:27si vous êtes jeune ou moins jeune
04:29et que vous allez faire vos études aux Etats-Unis,
04:31que vous payez une fortune.
04:33C'est-à-dire, est-ce que ça ne pose pas une question
04:35sur qu'est-ce que ça vaut finalement les études aux Etats-Unis
04:38si jamais derrière, c'est impossible d'avoir ce visa ?
04:41Parce qu'il y a plein d'entreprises, Amazon, etc.,
04:44les géants qui ont dit publiquement que pour elles,
04:46ce serait impossible d'être sur le rythme d'embauche d'étrangers
04:50si jamais, effectivement, il y avait ce visa à 100 000.
04:53Et ensuite, je pense que pour certaines entreprises,
04:56que ce soit le secteur de la tech, mais aussi le secteur financier,
04:59qui est très dépendant de ce visa,
05:00il va y avoir une question de...
05:02Est-ce qu'on ne met pas des centres de recherche ?
05:04Est-ce que les activités offshore qu'on avait,
05:07qui étaient déjà développées dans certains pays,
05:09dont l'Inde, aussi avaient des centres de recherche
05:12à Londres ou au Canada ?
05:14Au lieu d'être embauchés sur le sol américain,
05:18ils seront peut-être dans leur pays d'origine ?
05:20Oui, parce qu'en fait, il y a certaines activités.
05:22Alors, il y a des activités, voilà, plus ou moins stratégiques,
05:26quand même, dans la tech, et il y a certains centres, en fait,
05:28que tu peux mettre ailleurs qu'aux Etats-Unis.
05:30Donc, à moyen terme, même si là, la nouvelle,
05:33c'est panique à bord, à moyen terme,
05:35est-ce que ça pourrait profiter à d'autres pays ?
05:39Mais après, moi, il y a un truc que je ne comprends pas trop,
05:42Salim, quand on écoute ce que dit Donald Trump,
05:45il dit parce qu'en fait, il y a eu des abus
05:48concernant ce visa H1B,
05:51et il faut faire revenir les travailleurs américains.
05:53Mais toutes ces boîtes américaines,
05:55je pense qu'elles privilégient quand même
05:56le recrutement aux Etats-Unis.
05:58Nous, ce n'est pas...
05:59Non, mais on va dire que s'il y a un talent américain,
06:02ils ne vont pas le mettre de côté
06:03pour préférer prendre un talent étranger.
06:05C'est ça que je veux dire,
06:06c'est que si un Google ou un Microsoft
06:09va chercher ses talents ailleurs,
06:11c'est qu'ils n'ont peut-être pas trouvé
06:12ce qu'ils voulaient sur le territoire américain.
06:14C'est qu'il y a une pénurie de talent, déjà.
06:16Voilà, ou pénurie de talent,
06:17ou de formation, tout simplement.
06:19Ce n'est pas que ça, je pense,
06:20mais enfin, c'est un langage que moi, déjà...
06:21Vas-y, M. Salim.
06:23Moi, je pense que...
06:24Alors, si je veux me marrer,
06:26je dirais que Trump ne m'a jamais autant fait penser à un cow-boy,
06:29parce qu'en fait, si on revoit deux siècles auparavant,
06:31les Américains essayaient de chasser les Indiens,
06:33ce n'étaient pas les mêmes,
06:34et lui, il s'est mis dans la tête de chasser les Indiens.
06:36L'anecdote que je voulais vous raconter,
06:37c'est que quand j'étais chez Google Cloud,
06:38mon grand patron, il s'appelait...
06:40Bon, bref, je ne sais pas son nom,
06:42mais il était Indien.
06:43Et à un moment, je lui disais,
06:44c'est marrant, il n'y a pas assez de diversité
06:47côté Google Cloud, et il me dit,
06:48t'as raison, il n'y a pas assez d'Indiens.
06:50Parce que quand tu regardes,
06:51ils sont plus d'un milliard dans le monde,
06:52et il se dit, finalement,
06:53la représentativité n'est pas importante.
06:55Donc, en fait, il faut voir deux choses.
06:56Si tu prends au niveau des États-Unis,
06:58la population indienne, c'est 1 ou 2 %,
07:00ce n'est pas beaucoup.
07:01Quand tu reviens dans la tech,
07:03et notamment dans la partie tech,
07:07et encore plus chez Google,
07:08que je connaissais plutôt bien,
07:09il y a beaucoup d'Indiens.
07:11Le ratio que tu donnes sur les 400 000 visas,
07:14il y en a effectivement les trois quarts qui sont indiens.
07:17Combien de grands patrons sont indiens ?
07:20Et tous ceux qui sont numéro 2, numéro 3, numéro 3.
07:26C'était là où je voulais venir.
07:27C'est-à-dire, à un moment,
07:29là, je ne comprends pas trop ce que fait un Trump,
07:31parce que ça veut dire que,
07:33là, sur un temps donné,
07:34on a parlé des grands patrons,
07:36donc c'est des grands patrons qui sont d'origine indienne,
07:39ça va être compliqué.
07:40Mais surtout, les talents, en fait,
07:42il y a quelques talents américains,
07:44mais il y a beaucoup plus de talents,
07:45aussi bien chinois qu'indiens,
07:48déjà en nombre.
07:48Et après, c'est là où on n'en parle jamais,
07:51c'est au niveau de l'intensité de travail.
07:53Quand tu es occidental,
07:54tu as un rythme de travail
07:56qui est bien moindre qu'un Indien ou qu'un Chinois.
08:00Tu vois, et là, je reviens de Chine,
08:01je peux te dire que les gars,
08:02non seulement, ils bossent beaucoup plus,
08:04ils ont une recherche de l'excellence
08:05qui est beaucoup plus importante que la nôtre.
08:07Et donc, quand tu mets le nombre,
08:09plus en plus cette pugnacité,
08:11cette capacité de travail,
08:13si tu enlèves ça des boîtes tech,
08:15ça va être intéressant de voir où va être l'innovation.
08:17Petite précision,
08:18en fait, il se trouve que
08:20là où Donald Trump n'a pas tout à fait tort,
08:23c'est que si une boîte américaine
08:24fait venir un Indien, par exemple,
08:27avec ce visa H1B,
08:30il va le payer en moyenne 36% moins cher
08:32qu'un, on va dire,
08:36un employé américain
08:37à compétence égale.
08:39Pourquoi ? Je ne sais pas.
08:40Oui, mais regarde,
08:40je ne sais pas pourquoi,
08:42mais c'est comme ça.
08:42Donc, en fait,
08:43et c'est ce que reproche aussi Trump,
08:45c'est le fait de dire,
08:46ben voilà,
08:46toutes ces boîtes-là
08:48font venir des talents étrangers
08:50qui vont payer moins cher
08:52que des Américains.
08:53Parce qu'ils sont prêts à accepter
08:54ces salaires-là,
08:56parce qu'ils ont travaillé
08:57pour des gens américains,
08:58d'avoir cette expérience.
08:59Alors, je ne veux pas prendre parti,
09:01mais on peut comprendre aussi,
09:03d'un côté,
09:04le point de vue de Trump,
09:05en se disant...
09:06Oui, mais il est très court-termiste,
09:07en fait.
09:08En fait, c'est là où je comprends.
09:10Il y a deux exemples,
09:11si tu veux,
09:12pour aider les auditeurs
09:13à comprendre.
09:14C'est qu'un,
09:15surprend à un moment
09:16ce qu'avait dit Tim Cook,
09:17le patron d'Apple.
09:18Je me souviens,
09:19une fois,
09:19il y a un journaliste
09:19qui lui dit,
09:20ah, mais en fait,
09:21vous continuez à délocaliser en Chine
09:22parce que c'est moins cher.
09:24Et pourquoi vous ne produisez pas
09:25aux États-Unis ?
09:26Et Tim Cook lui dit,
09:27mais en fait,
09:28tu es resté dans la Chine d'avant.
09:29Ce n'est pas parce que c'est moins cher,
09:30c'est parce qu'ils sont plus compétents.
09:31Ils sont meilleurs.
09:32En tout ligne,
09:33justement,
09:33sur du truc de précision,
09:34ils sont meilleurs.
09:35Et en fait,
09:36si tu veux,
09:36l'autre exemple,
09:37c'est avec LVMH qu'on connaît bien.
09:39Ils ont voulu implanter
09:40une usine aux États-Unis.
09:42Ils ont eu des retours
09:43sur leur sac,
09:43ils ont dû mettre à la poubelle
09:44parce que le travail
09:45est moins bien fait.
09:46Donc, aujourd'hui,
09:47se dire que
09:48parce que je vais bloquer
09:49les Indiens,
09:50les Chinois,
09:51les étrangers,
09:52les États-Unis,
09:57et encore une fois,
09:58pardon de parler
09:59de mes affaires personnelles,
10:00mon frise qui vient de faire
10:01un an à Los Angeles,
10:02je l'ai amené à Hong Kong.
10:04Première chose que le dit
10:04le dean de l'université de là-bas,
10:06c'est,
10:07attendez,
10:07aux États-Unis,
10:08c'était cool les mecs.
10:09Ici, les mecs,
10:09ils bossent.
10:10Et c'est vrai,
10:11tu vois,
10:11il leur a dit,
10:12mais préparez-vous
10:12à avoir des menottes moins fortes
10:14parce que là-bas,
10:15les mecs qui bossent,
10:15là-bas,
10:16c'est les vacances.
10:17Donc, tu peux enlever
10:17tous les étrangers,
10:19les immigrés que tu veux,
10:21ça ne fera pas un Américain
10:22beaucoup plus fort
10:23que quelqu'un
10:24qui vient d'Asie.
10:25Ça prendra du temps.
10:26Ce qu'on peut peut-être reprocher
10:27à ces boîtes américaines,
10:28c'est de payer moins,
10:29en fait,
10:30ces ingénieurs
10:31qui viennent de l'étranger,
10:32finalement.
10:33C'est ça, en fait.
10:34Parce que,
10:35effectivement,
10:37l'ingénieur américain
10:38va être,
10:39en quelque sorte,
10:40lésé.
10:41Ils les recrutent aussi
10:43beaucoup plus vite.
10:44Les délais de recrutement
10:45sont beaucoup plus...
10:45Je disais un article
10:46qui disait que
10:47recruter un Américain,
10:48ça prend un peu plus de...
10:49Enfin,
10:49un Américain natif,
10:51ça prend beaucoup plus de temps
10:52que, justement,
10:54c'est visa H1B
10:55où, une fois qu'il a le visa,
10:56hop,
10:56il est vite recruté
10:58alors que, parfois,
10:59voilà, ça...
11:00Et ça va être intéressant
11:00de voir, justement,
11:01comment...
11:01Est-ce que, vraiment,
11:02à terme,
11:02ça va avoir un vrai impact
11:03sur l'ingénieur américain ?
11:05Et le pire,
11:05ça ne va même pas
11:06nous bénéficier en Europe
11:07parce que, nous,
11:07on a tellement de contraintes
11:08administratives,
11:09fiscales.
11:10On ne les fait pas rêver
11:11par l'état de nos finances,
11:13par notre incertitude,
11:15tout ce que l'on veut.
11:16Nous,
11:17on prépare
11:18quelque chose
11:20où, en fait,
11:21ce qu'on a vu
11:22ces derniers mois
11:23aux Etats-Unis,
11:24ce sont des boîtes européennes
11:26qui s'autocensurent
11:29en s'interdisant
11:31de recruter
11:32des salariés européens.
11:34C'est-à-dire qu'avant,
11:35des géants,
11:36que ce soit dans la finance,
11:37dans le luxe ou autre,
11:38qui,
11:39alors que ce n'est pas
11:40sur la table,
11:41c'est-à-dire,
11:41pour se faire un peu mieux voir
11:43par Trump
11:44et dans nos quotas
11:45de fin d'année,
11:46on va peut-être
11:47moins faire venir
11:48les personnes
11:49qu'on faisait venir
11:50de France
11:50et d'autres pays
11:51aux Etats-Unis
11:52et qui font maintenant
11:53un peu une prime
11:54à l'embauche américaine.
11:56Donc là,
11:57ce qu'on voit,
11:57je pense que ça va accélérer
11:58un mouvement de fond
12:00qui avait déjà un peu commencé.